‹ La grande guerre ecclésiastique [microforme]Chapitre 6 sur 38 · MONSEIGNEUR · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR

Les renseignements que j'ai reçus de diverses parties du pays, et surtout de ce Diocese, sur les injures que nombre de curés e: de vicaires se sont permis d’adresser du haut de la chaire, pendant les dernières élections, aux candidats qui ne leur couvenaient pas, me paraissent justifier non seulement une nouvelle constatation de faits de ma part vis-à-vis de V. G., mais exiger :ussi que je lui présente sous uu nouveau jour la situation qu’Elle nous a faite par une tactique qui est devenue trop transparente pour que nous ne la comprenions pas enfin telle qu’elle est.

Disposés comme nous létions à croire à la sincérité des supérieurs æcclésiastiques dans les mandements où ils recommandaient la neutralité au Clergé, nous avions eu ia vonhomie d'espérer, en 1867, que la constatation publique de faits nombreux d’'intervention hautement répréhensibles de la part des Curés,en chaire, dans les élections de députés, déciderait les autorités ecclésiastiques à faire cesser cet abus. Les dernières élections nousont montré combien il est illusoire de cotupter sur l'esprit de modération des ecclésiastiques, et surtout sur leur esprit de charité. La tactique du Clergé semble être de briser où d’être brisé, et nous voyons qu'il nous faut accepter cette alternative. Je viens au-

jourd’hui dire à V.G. en quel sens moi pour un je l’accepte. Puisque la guerre que l’on nous fait est implacable, la défense doit découler de la nature de l'attaque, et puisqu'on nous représente partout comme des gens sans aucune espèce de principes, je ne vois pas après tout pourquoi nous ne montrerions pas un peu, de notre côté, ce qu'est, dans la vie intime et secrète, ce Clergé qui parle tant de ses principes et fait proclamer si haut ses vertus. Qu'il ait des vertus, il serait injuste de le nier; mais qu’il y fasse, bien plus souvent qu'on ne le croit généralement, de terribles brèches, voilà ce que je me ferais fort de prouver sans dénégaiion possible.

Que l'intervention du Clergé dans les luttes politiques, surtout dans l’enceinte de l'Eglise, soit un abus grave, il existe trop de mandements d'Evéques éminents de diverses parties de la catholicité la définissant ainsi pour qu'il soit nécessaire de faire de la logique pour le démontrer. Et ceux qui peusent ainsi sont vraiment les hommes sages et réfléchis dans l'épiscopat ; pendant que nous voyons trop souvent que ce sont ceux qui ne sont n1 réfléchis ni sages qui parlent autrement ?

Le simple bon sens dit que le pasteur éloigne de lui ceux avec qui il se met en antagonisme et auxquels il inflige un blâme violent en public parcequ’ils exercent leurs droits de citoyens sans le consulter ou contre son avis. Ce

SP = ARE go

blâme ne serait il pas violent dans la forme, qu’il est encore répréhensible en droit canonique du moment qui a quelqu'un publiquement désig.e dans une église à l'attention de ses voisins d’une manière défavorable.

Ceci est trop élémentaire en droit ecclésiastique pour que V. G. ne l'ad.

mette pas. Et ce qui est aussi évident, c'est que l'influence indue que le Clergé exerce au nom de la religion dans les affaires temporelles, vicie tout le sys:

tême constitutionnel, nullifie pratiquement les institutions libres, met en quelque sorte tout le système politique entre les mains du Clergé ; et l'en avu cent fois ce que le Clergé sait faire des peuples qu’il contrôle. IL ‘est satisfait de son œuvre que quand il les a ame nés à croupir dans l'ignorance et la superstition.

e comprends que je puisse paraître importun à, ceux que je vois si peu disposés d'êtie justes. Je comprends surtout qi. ° n'ai que mauvais vouloir et souve: 1e violenie à cspérer de ceux aux, je me permets de rap peler les devoirs qu'ils violent si sou vent dans l'intérêt 4e leur sur:ématie temporelle. Je me suis depuis longtemps convaincu que l'autorité ecclésiastique aime encore moins que l’autorité laïque à s'entendre dire franchement et fermement la vérité ; mais ce n’est pas là une raison pour se taire quand des circonstances graves exigent que l’on rompe le silence.

J'ai d’ailleurs de trop grands exemples devant les yeux pour reculer devant un devoir ou l’exercice d’un droit.

Je vois trop souvent les evclésiastiques s’obstiner dans leurs torts les plus évidents pour céder la moindre parcelle de mon dreit le plus certain, celui de dire la vérité quand l’occasion le requiert. L'été dernier même, un de mes amis entendait un curé du diocèse de Trois-Rivières dire en chaire à ses paroissiens : « Vous savez, mes frères, Fe nous ne nous rétractons jamais !»

e savais cela depuis longtemps, mais j n’en avais jamais entendu ni lu aveu. Et V. G. ne permettra bien de lui dire que j'ai pu difficilement ne

as reconnaitre un peu ses propres ha-

itudes dans la sentence peu adroite que je viens de citer. Mais il n’en devient que plus nécessaire de rappeler leurs torts à ceux qui proclament ainsi leur détermination bien arrêtée de ne pas les admettre.

Ce qui s’est passé ces derniers mois même à propos du décret de Rome sur la longue lutte de V. G. contre la maison de St. Sulpice démontre assez nette.

ment ce que je dis ici. Dès l'arrivée de ce décret que V. G. savait pourtant avoir un caractère évident de finalité, n'a t-elle pas, si je suis bien informé, fait de EAU FoileS représentations à Rome pour er arrêter l'effet? Et n’a-til pas fallu que l’on fit signifier de Rome à V. G.qu’elle ne serait plus réçue à prolonger une résistance qui n'avait plus de raison d’être ; et qu’il ne iui restait qu'à. se soumettre? Voilà un bien grand mot, Mgr. dont nous avons beaucoup entendu parler, mais que, si j'en crois l'information Apparemment très sûre que l’on m'a donéc, V. G. semble bien plus prêcher de parole que d’exemple. Les prétextes que V. G. a imaginés pour reporter à Rome une affaire jugée, font rire les hommes sérieux et démontrent bien clairement combien il Lui est impossible de céder jamais sur quoique ce soit!

Au reste cet avis donné à V. G, si semblable à celui que j'ai reçu à son instigation, à procuré, je dois le dire, un moment de satisfaction à ceux à qui l’on en a dit autant quoiqu'on se fût soigneusement abstenu de juger régulièrement leur cause. V. G.au moins ne s'est vue condamner qu'après plusieurs années d'une lutte ou les deux parties ont été longuement et contradictoirement entendues, pendant que nous avons “eçu la notification d'une condamnation avant tout avis de l’accusation nouvelle que l’on avait adroitement substituée à la question soumise, Or nous sommes, nous, des rebellles et des impies dignes de toutes les foudres ecclésiastiques parceque nous avons regardé comme non avenue une prétendue décision qui n'était qu'une fraude judiciaire parfaitement

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caractérisée (1) aux yeux de ceux qui savent ce que c'est qu’une procédure et savent ce que c'est que là justice ; mais V. G. qui s’obstine contre un ju gement qui a décidé les questious au lieu de les écarter comme avec nous, et qui, par les retards qu’'Elie apporte tant à la publication qu'à ‘exécution du décret, s-mble disposée à résister mème à ses supérieurs jusqu'à son dernier souffle, V.G. dis-je, nous parle toujours de soumission comme si elle eu était un exemple! Nous éprouvons donc un certain plaisir, Mgr., à constater que nous ne sommes pas les seuls orgueilleux en Casada. Je viens de lire, sans doute, la lettre de V. G. au Rév.

P. Lopinto. Ce sont là de vraies paroles d'obéissance, mais on aimerait à les voir confirmer par des actes, et ce qui se passe à propos du décret montre que l'acte dément un peu trop la parole. Et d’ailleurs un prêtre ne vientil pas de nous apprendre que c'était l'orgueil qui avait perdu les prêtres des séminaires ae St. Sulpice et de Québec? Nous voilà donc, Mgr. en très grande et très illustre compagnie. Et pourtant n’aurions-nous pas eu quelque droit, nous les préchés, de demander une petite portion de lindulgence que les précheurs s'accordent 1éciproquemen; depuis si

(1) Si les ecclésiastiques étaient jugés par les tribunaux laïcs comme les tribunaux ecclésiastiques jugent les laïcs, et comme les membres catholiques de l'Institut ont été jugés à Rome, ce serait un {olle général dans le Clergé contre l’infamie de pareils procédés, Si un prêtre apprenait sa condamnation par un tribunal civil avant d'avoir étè notifié qu'il fût accusé, c’est-à-dire se voyait condamné sur une dénoncialion secrèle, il dirait de toute nécessité que cette justice est infime, ou plutôt que ce n’est pas une justice mais une conspiration, et il aurait raison, Mais quand ce sont les ecclésiastiques qui ont recours à la dénonciation secrète et à la procédure secrète, c’est être impie que de s’en plaindre! Le fait est que la vraie notion de la justice semble ne pas exister chez le prètre, faussée qu'elle est habituellement par l’idée de tout temps affirmée par les Papes que l’hérétique, ou l'adversaire du Clergé, n’a pas droit à la justice oruinaire entre les hommes. Le pape Inaocent II disait qu’il ne fallait pas garder la foi envers les héreliques ; et le pape Pie V qu'être miséricordieux envers un héretique c'était faire une injustice à Dieu.

| longtemps ? Ceux qui doivent l'exemple aux autres son£ pourtant au moixs aussi coupables de s'adonner à l’orgueil que ceux qui doivent suivre leur ex.

emple. Or il y a vingt ans, trente ans, nous informe-t-on, que l’orgueil perd tous ces prêtres, et voilà la première fois que nous en entendons parler !

Toujours des compliments et des élo ges réciproques sans fin! Jus;u'à ce qu'on se fût quereilé, nous n'entendions jamais parler que de saints prétres ! Comment donc la sainteté a t-elle pu subsister côte à côte avec l'orgueil pendant tant d'années ? Mais ce que nous appelons l'ergueil ecclésiastique existe donc ailleurs que dans noire imagination insoumise ! C’est un prè tre qui se charge de nous indiquer où il est en mettant les points sur les à!

Je me permettrai de rappeler à V.G.

un fait très frappant aussi, Au Concile du Vatican, les Evèques qui formaient la glorieuse minorité qui a défendu le droit et la tradition, et qui, quoiqu'au nombre de 226 seulement, n'en réprésentaient pas moins près des deux tiers de la catholicité et sa portion La plus éclairée, les Evèques de la minorité, dis-je, ont cru devoir faire, tant sur les questions elles-mêmes que sur l’ordre de procedure adopté, des représentations éncrgiques et souvent réitérées auxquelles la très-sainte curie romaine n’a jamais fait la moindre attention, Les Evêques n’en faisaient pas moins de temps à autre leurs protestations motivées contre l’écrasante tactique inventée par la sainte curie pour étouffer L droit de la minorité et em.

porter d'assaut une doctrine condam :

née par toute la tradition et que tant de catholiques instruits et sincères repoussent. [l y en a bien des millions aujourd'hui, Mgr., qui pensent comme St, Bernard : Quis nobis dabit videre Ecclesiam sicu! erat diebus antiquis. (1) Eh bien, je lis dans toutes ces pro- : testations cett: constante remarque que l’on savait bien à l'avance qu'aucune réponse ne serait faite, mais que l'on était tenu de parler «pour repousser les

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(1) Qui nous donnera de revoir l'Eglise comine elle était dans les temps anciens.

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terribles responsabilités que la trèssainte Curie assumait aux yeux du monde et en présence de Dieu »

I faut donc toujours parler, Mgr.

surtout quand les supérieurs ecclesias tiques sont bien plus occupés des intérêts de la hiérarchie que de la justice envers autrui. Et j'ose espérer, qu’après ces illustres exemples, V. G. ne me reprochera pas mon insistance à lui dire la vérité. I n'est certainement

lus permis de faire des représentations exigées par les circonstances el par les inconcevables écarts de certains prêtres, qu'il ne l’est à V. G. de s'obstiner à repousser, ou à éluder sous les plus futiles prétextes et par des fins de non recevoir qui font pitié à un homme d’affaires, un jugement définitif de ses supérieurs. Votre Grandeur étant de ceux qui ont aveuglément consenti à concentrer entre les mains du Pape tous les pouvoirs de l'épiscopat, et cela au point de ravaler pratiquement l'épiscopat comme corps à m'être plus qu'une institution de droit ecclésiastiqne et non de droit divin, Elle devrait au moins montrer avec empressement l'exemple de la soumission aveugle qu'elle exige des autres.

J'ai enfin une autre raison que je regarde comme très péremptoire.

Au moyen de l’inumidation ecclé siastique, de labus de linfluence qu’Elle possède comme Evêque dans une population façonnée a+ longue main à l’'adulation des personnes ecclésiastiques ; au moyen de cette éternelle et anti-chrétienne tactique des clergés ultramontains d’obliger les consciences ignorantes aussi bien sur les questions de l’ordre temporel que sur celles de l'ordre spirituel ; au moyen enfin des refus d’absolution que V. G. sous un faux prétexte de religion, ordonnait à son Clergé de faire à ceux qui recevaient un journal dont la politique ne lui convenait pas, et qu’Elle prétendait être immoral simplement pour colorer d’un prétexte spécieux une hostilité que rien de sérieux ne motivait (ce que prouvent de reste les sept longues lettres si malheureuses de fond et de forme qu’elle adressait en 1862 à la

rédaction du Pays); Votre Grandeur a reussi à bâillonner moralement la presse locale en effrayant les journalistes Ceux-ci, ayant affaire à des abonnés dont la majorité a'été faite esclave au point d'accepter comme vérité de salut la très fausse idée que

l'on ne doit pas résister publiquement

au prêtre même quand ii s’égare, ont cru de bonne tactique de céder momen:

tanément sous uue pression cléri, ale dont le caractère essentiel était l'antagonisme implacable contre toute indé pendance de caractère et toute liberté de penser en dehors du cercle étroit de l'index. Gette incompréhensible 1actique de reculade devant une tyrannie morale qui a eu dans ce pays une si désastreuse influence sur l’ordre politique et la prospérité générale, ne leur a servi qu’à se faire écraser de plus en plus,et à voir le Clergé se moquer d'eux par dessus le marché. « Nous les avons fait taire, profitons en.» Voilà non-seulement ce aui se dit mais ce qui se fait. Et les journalistes ne tarderont pas à s’apercevoir qu'ils mont abouti qu’à laisser river sur notre peuple une chaîne qu'il ne brisera qu'après des luttes sérieuses, terribles peut-être, mais inévitables aux yeux de ceux qui peuvent apercevoir quelque chose au delà de lhorizon du jour. Car jamais encore on n’a réussi, sous quelque système que ce soit, a asservir définitivement la pensée humaine, le plus grand de tous les dons de Dieu. Ou n'y a réussi qu'en partie quand on forçait les gouvernements, par la crainte de lexcommunication, à se faire persécuteurs et bourreaux ; et je ne vois guère Comment on pourrait y arriver aujourd’hui que le laïcisme laisse loin de lui en fait d'intelligence et de savoir le corps qui l’a si longtemps maintenu dans l'ignorance ; aujourd’hui surtout que les gouvernements savent enfin revendiquer leur pleine indépendance vis-à-vis de ce même corps qui les contrôlait autrefois avec tant d’arrogance et d’ambition. Et l’histoire est là pour montrer

ue plus la compression cléricale est illégitime dans ses moyens comme dans son but, plus les réactions qu’elle

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provoque sont désastreuses. Mais malheureusement pour les peuples et pour eux-mêmes, jamais les leçons de l'histoire n'ont arrêté les Clergés dans leur tactique de tous les temps d'essayer de mouler les institutions sociales sur le régime des collèges qu'ils dirigent.

Aux yeux du prêtre, le fidèle doit être comme un enfant dans sa main, exactement comme le moine doit être un cadavre dar la main de sou supérieur et « obéir jusqu'au péché mortel inclu sivement. V.G. sait où trouver ce beau précepte de morale ecclésiastique.

V. G ayant donc réussi. par des moyens que j'ose regarder comme très douteux en conscience éclairée, à empêcher les journaux de parler de cer taines choses que le Clergé n'aime pas à voir débattre en public parcequ'elles éclairent trop les esprits sur un passé que l’on voudrait effacer de l'histoire, et sur des prélentions qui ne soutien nent pas l'examen, il me faut bien m'adresser directement au principal auteur de ce mutisme imposé pour réclamer contre l'abaissement général des caractères que j'observe de pius en plus autour de moi et contre l'odieux système qui le produit, Comme les “vèques du Concile, je n’attends aucun résultat pratique de ma démarche.

Jo sais depuis trente ans que rien n'agit sur V. G. de sais qu'Elle est le solcat discipliné de lulträamontanisme, et qu'à ses yeux le premier devoir d’un catholique, même dans lappréciàtion des choses temporelles, est de se dépouiller de la raison que Dieu Ini a donnée pour ne s’en rapporter qu'au Pape. L’ultramontanisme a depuis plusieurs siècles cessé de tenir compte du Mundum tradidit disputationibus eorum. Je n'attende donc rien de ma démarche. Mais s’il me faut plus tard, pour raison de légitime défense, en venir à publier avec accompagnement de preuves les faits effroyables dont un si grand nombre de prêtres de ce pays se sont rendus coupables sur le chapitre de la moralité personnelle, l'autorité ecclésiastique ne pourra pas ae reprocher de dévoiler tant de faits restés secrets sans l'avoir avertie de mes intentions. Je ne joue jamais que

cartes sur table, Et quand ;e vois tant de prètres indiscrets,et souvant immoraux, avoir recours à la calomnie en pleine église pour satisfaire un pur antagonisme politique, il me sera certainement permis de dire des choses vraies, quelque pénibles qu'elles soient, pour faire connaître au peuple du pays quel est le vrai calibre moral des calomniateurs, J'en ai déjà touché quelque chose dans ma lettre à M. le curé Rousselot à propos du honteux sermon prononcé dans la chaire de N.-D. en Octobre de l'année dernière, à l’addresse d’un mort illustre qui me touchait de près. J'ai indiqué là une très petite partie des choses que je pourrais prouver, et j'y renvoie V. G.

J'ai donc été informé, Mgr. de diffé rents points du pays, que cette année comme l’année dernière, comme en 67, comme en 63 et en 62. nombre de curés se sont permis les plus outrageantes remarques, les plus inexcusables attaques, en chaire, contre les candidats libéraux. Les expressions «rouges» «révolutionnaires,» «Communistes,» «ennnemis de tout ordre et de toute morale ;: » «mauvais catholiques,» «impies,» «renégats,» «ennemis de Dieu et des hommes,» sont tombés de bien des chaires à l'adresse de mes amis politiques. Les ridicules assertions que voter pour un libéral c'était «se jeter tête baissée dans le péché mortel, et conséquemment se rendre indigne des sacrements ét de sépulture ecclésiastique » ; c'était «insulter sa religion et renier Jésus- Christ,» ces ridicules assertions, disje, se sont produites dans bien des chaires de campagne. C'était aussi un péché mortel que de ne pas soutenir la politique des Evéques qui pourtant nous affirment qu'il n'en ont aucune. Et voilà comment des hommes qui se décorent du titre de pasteurs ravalent la religion au gré de leurs passions et de leur ignorance. Et que V. G.

veuille bien ne pas trouver ce dernier mot déplacé et trop dur, car le prêtre même dont je parlais à l’instant nous apprend qu’une ignorance tout à fait déplorable règne chez les membres du Séminaire de Québec. L’'assertion m'a

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paru forte, mais c'est un prêtre ‘sorti de la maison qui me le dit. Or si les membres d’une pareille maison sont ignorants au pointqu’un prêtre se sent irrésistiblement poussé par sa conscience—c'est lui qui nous le dit—d’en informer le public, comment ne trouverait-on pas par-ci par-là quelque curé ou vicaire de campagne qui serait affecté du même malheur ? J'ai déjà reproché au Clergé de ce pays un peu d'absence d’études générales et d: savoir sur des questions qui le touchent de près, et l’on wa pas manqué de me traiter d’impie et de mamaque! En quoi donc étais-Je plus impie ou plus maniaque que le prêtre dont je parle, surtout quand je n'avais pas même prononcé le gros mot dont il se sert, mais que j'ai le droit de répéter après lui.

Or nous avons toujours vu avec stupeur qu'aucune espèce de blâme ou de réprimande n'étaient jamais addressés aux prêtres qui se rendaient coupables de ces indécences de langage en pleine église, fait d'autant plus remarquable que l’un des Evèques de la Province, Mgr. de Rimouski, subséquemm ent approuvé par l’Archevêque, vient d avertir son Clergé que toute intervention polilique, en chaire, de la part d’un prètre, que toute désignation injurieuse, à l'Eglise, d’un candi.

dat ou d’un parti; que le conseil ou la défense de voter pour un candidat de la part d'un prêtre dans l'exercice de so n ministère, leur étaient absolument interdits ! et, enfin que le mieux, pour les membres du Clergé était de rester complètement neutres, même comme individus, entre les partis. Si Mgr.

de Rimouski n’a pas eu tort de parler comme il l’a fait, il y a donc des Evé- «ques, et nombre de prêtres en Canada, qui ont Ge propos délibéré foulé aux Pieds toutes les notions de devoir et de conscience. Voilà la cinquième fois en dix ans que ce fait remarquable se produit ; que le Clergé.se permet presque partout ce qui lui est qbsolument interdit; que des prêtres arrogants ou incapables (et combien y en a.t:il) s’arrogent le droit de déverser l’injure à l'Eglise sur ceux qui ne veulent pas

accepter leur direction en politique ; et jamais nous ne voyons les coupables punis ou reprimandés.

C'est un prêtre qui lit un journal en chaire, le commente de manière à montrer la plus grossière ignorance de la politique, et n’en menace pas moms les libéraux de refuser le baptême à leurs enfants et à eux-mêmes les sacre.

ments à la mort; c’est un autre prêtre qui défend à ses paroissiens d'écouter les libéraux qui viennent représenter leurs candidats et énoncer leurs vues ; c’est un autre qui leur conseille de les chasser à coup de bâtons ; c’est un autre qui les informe gravement qu’écouter seulement un libéral est un péché mortel; c'est un autre qui, dans un sermon plein de colère et d'insultes, rappelle à ses paroissiens qu'ils sont obligés de soutenir le ministère, coupable ou non, exactement comme on doit soutenir son père ivrogne ou vicieux ; (mais ce même prêtre, l’année précé dente, les avait informés qu'ils ne pouvaient en conscience soutenir le ministère libéral qui allait inaugurer l'ère des réformes) c’est un autre qui veut obliger un père a demander pardon à ses enfants du mauvais exemple qu'il leur a donné en votant pour un libéral; c'est un autre qui ferme vioiemment la grille du confessionnal à un citoyen de première respectabilité qui lui répond qu'il a voté pour un libéral!

(celui-ci n'y est pas retourné depuis et à qui la faute ? Quel droit avait le confesseur de poser un pareille question à son pénitent ?) c'est un autre qui exige d’une femme sous peine de refus d’absoluiion qu’elle empêche son mari de voter pour un libéral; c’est un autre qui, en pleine église, somme Satan, qu'il prétend, en regardant au bas de la chaire, appercevoir au fond des enfers, de comparaître dans l’église et d'en emporter tous les libéraux qu’elle contient ; c’est un autre enfin qui informe une femme enceinte de huit mois que si son mari vote pour un libéral, l'enfant qu’elle porte sera maudit et malheureux toute sa vie!!!

Voilà les abominations dont certains prêtres se rendent coupables! Voilà comme ils abusent impudemment des

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