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Selon la promesse qu’il avait faite à Jean, Denis de Morbecque voulut aussitôt conduire son illustre captif au princede Galles. Edouard , voyant que la bataille était gagnée, n’avait plus cherché à cacher la fatigue qui l’accablait; il avait détaché son bassinet et s’était assis a l’ombre d’un buisson auprès duquel on avait planté sa bannière, d’après le conseil de son inséparable Chandos. « Sire — avait dit le chevalier — c’est bon que vous vous arrêtez ici et mettez votre bannière haut sur ce buisson, si se retrairont vos gens qui sont durement épars; car Dieu merci la journée est vôtre et je ne vois mais nulles bannières ni nuis pennons françois ni convoy entre eux qui se puisse rejoindre ; et si vous rafraîchirez un petit, car je vous vois moult échauffé*. » Edouard , séparé de Jean dès le début du dernier engagement, l’avait perdu de vue et il était inquiet de son sort. Quand donc ses deux maréchaux, les comtes de Warwick et de Suffolk, se présentèrent devant lui poulie féliciter, la première chose qu’il leur demanda fut des nouvelles du roi. « Sire — répondirent-ils — nennil, bien certaines ; nous créons bien ainsi qu’il est mort ou pris; car point n’csl parti des batailles. » Gardant au-
1 Chroii. de Froissait, liv. I, part, il, cli. 15.
près de lui le comte de SulTolk, Edouard dit à Warwick et à Renaud de Cobham : « Je vous prie, partez de ci et chevauchez si avant qu’à votre retour vous m'en sachiez à dire la vérité. »> Les deux hannercts remontèrent à cheval et parcoururent la plaine. Ils ne tardèrent pas à remarquer une foule compacte et tumultueuse de gens d'armes à pied qui s’avançait lentement. Ils piquèrent droit à ce groupe et y rencontrèrent ce qu’ils cherchaient. Ils ne pouvaient arriver dans un moment plus opportun, car Jean courait les plus grands dangers.
A peine Denis de Morbecque avait-il fait quelques pas avec le roi qu’un capitaine gascon, Bernard de Truttes, et une vingtaine d’Anglais, furieux de se voir enlever celui qu’ils considéraient comme leur proie, s’étaient rués sur Morbecque et ses gens d’armes et avaient entouré Jean en se le disputant mutuellement : « Je l’ai pris ! je l’ai pris ! » criaient-ils tous ensemble. Déjà les épées se croisaient, déjà quelques-uns proposaient de tuer le roi pour se mettre d’accord sans se laisser émouvoir parles paroles de Jean qui leur disait : « Seigneurs, seigneurs, menez-moi courtoisement et mon fils aussi, devers le prince mon cousin, et vous riotez plus ensemble
• Vies îles (ïramls Capitaines, par Mazas, t. lit, p. l ia.
— ltiîi —
de ma prise, car je' suis sire et grand assez pour chacun de vous faire riche1. » Jamais Jean, depuis le commencement de la journée, ne s’était trouvé dans un aussi grand péril, et sans les deux bannerets anglais il allait être mis en pièces. Warwick et Cobham, écrasant les plus mutins sous les pieds de leurs pesants destriers, se firent jour et parvinrent jusqu’au roi; puis, après l’avoir
remis à Denis de Morbccque et avoir menacé de mort
quiconque ferait un pas , ils l’escortèrent respectueusement jusqu’à la tente dans laquelle se reposait le prince de Galles.
Celte recherche avait demandé quelque temps et, sur désormais d’ètrc instruit de la destinée du royal vaincu, Edouard avait tourné ses pensées d’un autre côté. James Audley fut la première personne de laquelle il daigna s’informer, en des termes qui prouvaient bien en quelle haute estime il tenait ce brave gentilhomme. Ayant appris qu’il était blessé et couché sur une litière à peu de distance de sa tente, il témoigna le désir de le voir : « Or sache-t-on — ajouta-t-il — je vous prie, si il pourroit souffrir le apporter ici; et se il ne peut, je l'irai voir. » Deux chevaliers se détachèrent et allèrent jiorlcr
1 Gliron. de Froissurl, liv. I, part. If, « h. 43.
— lût; —
au blessé les gracieuses paroles d'Edouard. « Grand mereis — dit James — à monseigneur le prince quand il lui plaist de se souvenir d’un si pelil bachelier que je suis. » Puis il ordonna à huit valets de prendre sa litière et se fit déposer aux pieds du prince qui l'accueillit avec une distinction à rendre jaloux tous les assistants : « Messire James — dit-il — je vous dois bien honorer, car par votre vaillance et prouesse avez vous huy acquis la grâce et la renommée de nous tous ; et y ôtes tenu par certaine science pour le plus preux. — Monseigneur — répondit Audley — vous pouvez dire ce qu’il vous plaît, je voudrois bien qu’il en fût ainsi, et si je me suis avancé pour vous servir et accomplir un vœu que je avois fait, on ne le me doit pas tourner à prouesse , mais à outrage. — Messire James — repartit Edouard — je et tous les autres vous tenons pour le meilleur de notre côté, cl pour votre grâce accroître et que vous ayiez mieux pour vous étoffer et suivir les armes, je vous retiens à toujours mais pour mon chevalier, à six cents marcs de revenue par an , dont je vous assignerai bien sur mon héritage en Angleterre. — Sire — s’écria Audley — Dieu me doint desservir les grands biens que vous me faites 1 ! »
i CJiron. île Froissart, liv. I. part, n, ch. 4i>.
Quand Àudlcy fut rentré sous sa tente, il y fit appeler aussitôt son frcre, Pierre Audley, et ses parents, Barthélemy Burghersh, Etienne de Codrington, le sire de Willoughby et Ralph de Ferrcrs, et leur fit part de sa résolution d’abandonner aux quatre écuyers qui l'avaient si vaillamment secondé , Dulton de Dulton , Delves de Doddington , Fawlehurst de Crew et Hawkcstone de Wainehill, la récompense que le prince venait de lui accorder. Il attribua modestement à leur valeureux appui les prouesses qu’il avait accomplies, et il obtint l’entière approbation des chevaliers de son lignage qui se séparèrent en l’assurant qu’ils témoigneraient en toute occasion de la générosité et de la spontanéité de sa donation et des termes dans lesquels elle avait été faite1.
Sur ces entrefaites, et après avoir reçu le roi avec un
respect et un cérémonial bien plus propres à lui faire
sentir vivement l’étendue de son malheur qu’à la lui faire
oublier, le prince de Galles voulut entendre de la bouche
même de Denis de Morbecque et d’Enguerrand de Beau-
laincourt le récit des circonstances qui avaient précédé et accompagné la prise de Jean. Bcaulaincourt se rendit seul à l’invitation du roi, car son cousin était, si l’on
1 Clirou. île KroUaart , liv. I, [iarl. n, eh. 48.
s'en souvient, grièvement blessé. « Messirc Enguerraml — lui dit le prince — la journée a été belle pour vous, car il est advenu par fortune que vous avez reçu l’épée de votre roy. — Puis le prince luy demanda, oyans tous, quelles armes il portoit ; sy luy respondi ledit Enguerran : — Très chier sir, puisqu’il vous plait savoir, je vous diray : mes armes sont d’azur à deux lyons d’or assis dos à dos, à teste de léopards , leurs deux queues croisées ensemble. — Quoi — dit Edouard — des léopards qui sont les armes d’Angleterre! Eh bien! pour l’honneur des léopards et en souvenance que vous avez été en la conqueste du roi , je veuil que vous augmentiez et enrichissiez lesdites armes d’une couronne d'or prinse des armes d’Angleterre ’. »
Telle est en effet la glorieuse origine des armoiries que la noble maison de Beaulincourt n'a cessé de porter depuis. Quoiqu’absent, Morbecque ne fut pas oublié; Beaulincourt lui remit de la part du prince deux mille nobles d’or qui furent par la suite augmentés de trois mille autres, quand Bernard de Truites, ayant contesté à Morbecque la capture du roi, Edouard 111 se fut prononcé en faveur de ce dernier, sur le témoignage, du roi Jean et les cha-
■ Vies des (irands Capitaines, par Ma/as, t. III, p. 140-lU.
leureuses plaidoiries de Beaulaincourl qui présenta à Edouard, au nom de son cousin toujours malade de scs blessures, le gantelet et l'épée du monarque français comme pièces de conviction. Les cinq mille nobles d’or que toucha le banneret artésien équivalaient à peu près à cent vingt mille francs de notre monnaie. Il reçut aussi des lettres-patentes d’Edouard III constatant que c’était bien à lui , qu’à la bataille de Poitiers, le roi de France avait « baillé sa foi'. » Etait-ce donc bien la rançon d’un roi ?
Sir John Pelham, chevalier anglais, qui avait bravé la redoutable hache de Jean pour porter la main sur lui, apporta au Prtnce-Noir, comme preuve de sa prouesse, la boucle et un fragment du ceinturon du roi, qu’il lui avait arrachés. Edouard changea aussitôt ses armoiries et lui donna pour armes nouvelles une boucle ou fermail que le chevalier fit peindre sur son écu et graver sur son sceau et qu’il légua à ses descendants*. Sir Henry Vane fut fait chevalier pour la valeur qu’il avait déployée dans le combat. Deux mois après, Jean Chandos
1 Voir res lettres auv pièces justificatives {<■), à la lin «.lu volume.
5 Peeragc and Buronetoge of the Ilrilish Empire , bv sir Bernard Ibirke : article Chie.heslor.
recevait aussi de la munificence royale , pour sa belle conduite à Poitiers, deux parties du manoir de Kirketon, avec ses dépendances, tenu en fief du roi par une redevance annuelle d’une rose rouge à la saint Jean-Baptiste ', tandis que James Àudlcy devenait son collègue dans l’ordre de la Jarretière.
Le chapitre des récompenses ayant été épuisé, le prince expédia immédiatement en Angleterre, par Bordeaux, Geoffroy Hamclin, son valet de chambre, chargé d’annoncer au roi la grande victoire que Dieu avait accordée à scs armes. Geoffroy était porteur de la cotte d’armes et du bassinet brisé de Jean *, qu’au péril de sa vie, un écuyer anglais avait ramassé, pendant la lutte, aux pieds du roi , et qu’il avait vendu à Edouard pour une forte somme d’argent’.
Le triomphe du prince de Galles était complet cl mil le sceau à sa réputation militaire. S’il avait été habilement secondé, il est juste de dire qu’il avait déployé un courage et des connaissances qui lui firent le plus grand honneur. Toutes les circonstances aussi lui furent favo-
i Voir cette donation aux pièces jiistiücalires (II), ù In lin du volume. * Ryuier, èdit. de lu Haye, 1. III, part, l, p. 129.
» Vies des Grands Capitaines par M. Mazas, t. III, p. 137.
râbles, depuis la fuite désordonnée de la majeure partie de l’armée française jusqu'à la déplorable idée de combattre à pied suggérée par Euslache de Ribcaumont et aveuglément accueillie par le roi. Les pertes des Anglais étaient du reste assez importantes, si l’on considère le chiffre peu élevé de leurs forces. En les évaluant, comme on l’a fait plus haut , à douze ou quinze mille hommes , c’était presque un quart de ses soldats que le prince laissait sur le champ de bataille, puisque les chroniqueurs anglais avouent dix-neuf cents hommes d’armes et quinze cents archers, en tout trois mille quatre cents hommes tués.
Les Français perdirent dans cette journée, tant morts que prisonniers, deux ducs, treize comtes, un archevêque, un évêque, soixante-six bannercts, deux mille chevaliers et environ huit mille hommes d’armes , brigands et archers, c’est-à-dire les deux tiers des forces réellement engagées, car, si l’on s’en souvient, trentedeux mille combattants avaient fui honteusement sans tirer l’épée '. Cette conduite inouïe porta un coup ter-
1 Les Grandes Chroniques. (Vie de Jcan-lc-Bon, eh. il*,) évaluent seulement le nombre des morts à huit cents, et celui des prisonniers à dix-sept cents, plus cinquante-deux bannercts, tant de l'une que de l'autre catégorie. — 11 y a là évidemment erreur ou mauvaise foi.
ii hic à l'antique réputation de la noblesse française, et il lui fallut Azincourt, le plus grand, mais aussi le plus glorieux désastre de toute notre histoire, pour se réhabiliter dans l’opinion publique. Le peuple, à qui les gentilshommes avaient infligé tant de maux divers depuis le commencement de la grande guerre, ne laissa pas échapper une si bonne occasion de se venger de ses oppresseurs par des épigrammes et de sanglantes railleries. Les fiers barons osaient à peine se montrer dans les villes où on ne leur épargnait ni sarcasmes ni mépris. Renfermés piteusement dans leurs forteresses, ils n’y étaient même pas à l'abri des grosses gaietés villageoises qu'alimentaient le récit de leurs paniques, et cette fois du moins la chaumière riait à son aise du château.
Les chroniqueurs contemporains ont jugé sans doute que ces malheureux fuyards étaient assez punis par euxmômes d'une faiblesse dont des princes du sang n’avaient pas été exempts. Ils n’attachèrent aucun nom au pilori de l’histoire et il ne faut pas être plus sévère qu’il ne l’ont été. Mais si l’on a imité leur discrétion , il est juste, à l’exemple de Froissart, d’enregistrer soigneusement ceux qui furent fidèles aux lois de l’honneur et aux traditions de leurs pères.
Parmi les morts, « dont ce fut pitié et dommage », on
remarquait donc le maréchal de Clermont, tué au commencement de la bataille, le duc Pierre de Bourbon, Gauthier de Brien ne , duc d’Athènes, connétable de France, Benaud Chauveau, évêque de Chàlons, Guichard de Beaujeu, Jean de Landas, Guillaume de Clcrmont- Nesle, Eustachc de Ribeaumont, le sire de la Tour et Guillaume de Montagu, chevaliers d’Auvergne, le sire de Pons et le vicomte de Rochechouart, du Poitou, le sire de Poyane, le sire de Parthcnay, le sire de Montendre, chevaliers de Saintonge, Grismouton de Chambly, le Baudrain delà lieuse, Guichard d'Angle, Geoffroy de Charny, porte-oriflamme de France, Robert de Sicile- Duras ', André de Charny, le sire de Mathas, Guillaume de Narbonne, Jean de Lisle, Robert de Hangest, le sire de Chàteauvillain, le sire de Monljouvant, le sire d'Argenton, Jean de Sancerre, Louis de Brosse ’, le sire de Maulevricr, André de Cbauvigny \ Jean, sire de Milly, en Berry, Pierre de Chambly, frère de Grismouton, déjà nommé, Jean de Montigny, Jean de Maumont, Jean de Bourbon, Philippe de Boulainvilliers, Hue de Maillé,
1 Cbron. de Froissart, liv. I, part, il, cli. 40 (5.
* Robert d’Avesburv, p. ïr>2 et suiv.
s Arelupologiu Rritannica, liv. I, p. îtS, — (fnprta une note du Froissarl de AI. Ruebon, t. I, p. 334.
Geoffroy de Saint-Dizicr, sire de la Roche, Aimery de la Barre, Guillaume de Blés, Jean de Grillon , « Monsieur de Cliitres, seigneur de Rademon, » Clérin de Clierves, Baudin de Gargalinghen, Anseau de Mois, Michel de Pommiers, Richard de Beaulieu, Guillaume de Fuille, Hugues Bonnin, Dance de Mellon, Guillaume de Crevant, Guillaume de Lignières, Olivier de Saint-Gilles, Guillaume de Romeneuil, Jean de Grandies, Yvon du Pont, Guillaume de Mongy, Jean de Tigny, Jean Bridene, Jean de Noireterre, Guillaume de Patv, Robert de Charlus, Bonahe de Beauvilliers, Bonabe de Rouge, Yves de Saint- Denis, Mau de Grobois, Louis de Nully, Simon Oyenpuille et Henry, son frère, le sire de Champrccourt, Guillaume Sauvage, Guillaume du Retail, Seguin de Cloux, le Budane de la Rochedragon, Raoul de Reday, Jean de Mirebeau, Guicher de Chantclou, Amclyn Caron, Guy des Barres, seigneur de Chaumoy, Philippe de Prie, dit le Borgne, Bernard de Donzenac, Gilles de Miraumonl, Guichard de Maronnay, Girard de Pierre, Guillaume de la Fosse, Robert de la Roche, Jean Ribrichc, seigneur de Corbon, Colart Ilérausant, Hopart de Hanpcdourt, Guymon Péry, Guillaume de la Jarracère, Guillaume Grian, Olivier de Rosay, Girard de Lee, Bérard de Lémont, Eymonct Embcrl, Robert d’Artois, Richard deYendel,
Guillaume Séverin, Guy de Buurnay, Le Moine de Monligny, Guinet du Buisson, Jean de Brinac, Imbert de Chamborant, Pierre de Saint-Denis, Jeannot de Montabis, Jolivet Buffart, Ardouin de la Touche, Guillaume de Lusangc, Bidaut de la Roche-Degon, Thiébaut de Laval, Olivier de Monville, Philippe de Forges, Guillaume de Bar, « le chevalier Miloton, » Jean de Chambes, Jean Macillon, Olivier de Saint-Georges, Imbert de Saint- Saturnin, Jean de Brie, seigneur de Serrant, Iluguet Odard, Gilles de Cherchemont, Guillaume de Digoinc et son fils, Robert d’Aunay, Jean d'Annemarie, Jean de Lalaing, Simon de Renouille, Philippe de Pierrefitte, Guillaume de Mauscnac, Raoul le Bouteillicr de Senlis, le sire de Mont-Épilloy, Pierre de la Rochelle, Jean Frctart, Robert d’Anerc, Jean de la Garde, Louis d’Escrivcl, Jean de Vernicourt, Pierre Audony, Jean de Verneuil, Jean de Montmorillon et son fils, Huguclin de Vaux, Jean d’Allemagne, le sire de Saint-Gildas, Henry de Launoy, Aubert de Hangest, Adam de Beauvillicrs ', Bernard de Langussel, Pierre de Bardonenche, damoiseau, Guy de Blanchefort, Jean Gautron, Thomas de Lallemand,
1 Annules d’ Aquitaine, par Uouclict, quatrième partie, P 14 et suiv. — Hist. ilestîrnnds Officiers, etc., par le P. Anselme, passim.
Geoffroy île Langon, Geoffroy-Marcel, sire de Longueil, chevalier de l'Étoile, Raimond Pantin, Briand de Savonnières, Jean de Vasselot1, et enfin « ung chevalier dont on ne scel les noms et surnoms et qui portoit un escu de sable à un chevron d’or *. »
Il résulte d’une note autographe de Nicolas de Villers de Boussevillc, chevalier, seigneur et châtelain de Faine- <*hon, écrite en marge de ee passage sur un exemplaire des Annales d’Aquitaine, de Bouchet, que ce chevalier « étoit de Picardie et avoit nom Hémond de Belleval ; il possédait du bien en Yimeu, à Huppy et environs où messieurs de Belleval d’Émonville, de Floriville, de Tilloy et de Tœullles et autres en ont encore quelque chose. »
Les cent soixante-neuf chevaliers et écuyers que l’on vient de citer et enfin tous les personnages de distinction qui avaient été tués, furent transportés « par la licence de l'official et du maire, » à Poitiers, dans des chariots. Les ordres religieux de la ville se partagèrent la triste lâche de leur donner la sépulture dans l’enceinte de leurs couvents. Les Frères-Mineurs en ensevelirent quatre-
1 Dicl. de la Noblesse, par La Cliesnaye-Desbois, passiin. • Bouetiel, annales d\A<piitaine, quatrième partie, f* 15.
vingt-seize pour leur pari; les Frères-Prêcheurs dix-huit en diverses places de leur église et trente-cinq sous les cloîtres : Trois fosses creusées dans ce dernier endroit reçurent encore huit cadavres qui ne portaient aucun insigne permettant d’établir leur identité, à l’exception d’un seul, de celui d’ « Hémond de Belleval » dont les armes « de sable à ung chevron d’or » étaient peintes sur son bouclier et brodées sur sa cotte d’armes
Au nombre des chevaliers, |iour la plupart plus ou moins grièvement blessés, qui furent pris avec le roi, il faut citer les comtes de Nassau et de Nidau, le comte de
1 Bouchet, annules d'Aquitaine, part. IV, f" 15. — Voici le passage de cet écrivain, relatif à l’ensevelissement des dix-huit chevaliers dans l'église des Frères-Prècheurs de Poitiers, n Le duc de Bourbon, de la partie dextre du grand anltier (autel) ; le maréchal de Clermont aussi de l’autre cousté ; Au dessouhz près de luy messire Aubert de Hangest; après luy le vicomte de Rochechouart ; au milieu du chœur Aymer de la Roche-Foucault ; à l’entrée du chœur à main dextre messire Jeban de Sanserres ; eu la chapelle de Magdeleine messire Jehan de Saint-Digicr; en la dicte chapelle près du mur, messire Thiébaut de Laval ; en la chapelle des Apoustres, près du mur, messire Thomas de Motur; en la chapelle Nostre-Damc messire Gaultier de Montagu; après lui, messire Raoul Rohiuard ; en la nef, près de la porte, messire Jehan Perchnut; près de luy messire Pierre Marcardier et Géliot son frère; devant l’imaigc Saint-Michel messire Olivier de Monville ; de l’autre cousté messire Phelipe des Forges; devaut la grand’porte messire Guillaume de Bar et messire Jehan de Nullv. »
Vendôme, Thibaut de üodenay, Renaud de Cervolles, dit l’Archiprèlre, à qui son dévouement pour le jeune comte d’Alençon avait valu de nombreuses blessures, Louis de Maleval, le sire de Pierre-Bufïière, le sire de Sercgnach, Henry, sire de Joinville, comte de Yaudémont, sénéchal de Champagne , Arnoul d’Audencham , maréchal de France, Jean de Melun, comte de Tancarvillc, Jean de Saintré, si maltraité qu’il ne put jamais recouvrer la santé, Beaudoin de Lcns, sire d’Anncquin, grand-maitre des arbalétriers, fait prisonnier par Barthélemy de Burghersh, Charles de Trie, comte de Dammartin, fait prisonnier par Renaud de Cobham ‘, le comte de Roucy, le châtelain d'Amposte , Aimery, vicomte de Narbonne, amiral de France, le vicomte de Beaumont, Jean de Sancerrc, Aimery-Aycelin, sire de Montagu, le sire de Vulois, le sénéchal de Saintonge, le capitaine de Poitiers, le sire de la Tour, le sire Villcnernail, Alain de Montendre’, Raoul de Coucy, le sire de Dcnyn, Ingerger, sire d’Amboise, Moris Mauvinct, sénéchal de Tours, Renaud de Guilhen, sénéchal de Poitou, Pierre de Craon, Giscard d’Arsc, Gauthier de Chàtillon, Guichard de
* Cliron. de Froissart, liv. 1, pari, i, cli. 3Î8.
* Robert d’Avpîihury, p. Î3Î et sniv. — Note du Froissart de M. Bhelmn, t. I, p. 33t.
Beaujeu, le sire de Basentin *, Jean, sire de Crèvecœur, dit Flaraene, Jean de Maignelais, dit Tristan, grand échanson de France, qui portait la bannière du dauphin, Philippe des Essars, très-grièvement blessé, Thomas, sire de Montmorin, Renaud de Beauvais et Philippe son fils, Arnaud d’Espagne, sire de Montespan, sénéchal de Quercy et de Périgord, Robert de Dreux *, Jean de Foudras, Jean de Menou, Guillaume Blau Jacques de Bourbon, comte de la Marche, pris par Jean de Grailly, Captai de Buch, par Etienne Dax, par Menançon de Casans, par Arnaud-Guilhem de Puy-Lonau, par Roman Arronstauh, par Arnaud du Puy et par Pierre de Casans qui, à eux sept, le vendirent au roi d’Angleterre moyennant « 25,000 cscus d’or vieux » payables en deux termes*, Jean de Favereilles, Jean Rocourt, prisonnier de Ralph de Skelton, Robert Faveroll, prisonnier de Thomas Chandeleyr, Théobald de Vyapres et Gauthier de Pelonycs, prisonniers de John Dymnok, Ogier d’An-
' Archæologia Britannica, 1. 1. p Î13. — Note du Froisaart de M. Burhon, t. I, p. 354.
* Hiat. dc3 Grand» Officiera, etc., par le P. Anselme, paasim.
•1 Dict. de la Noblesse, de la Clieanaye-Desboia, paasim.
‘ Voir ce curieux acte de vente aux pièces justificatives (I), h la fin du volume.
^lure, le sire de Derval, prisonnier du prince de Galles, Simon de Joy et llerpin de Saint-Sauflieu, prisonniers de Denis de Morbecque, Jean de Corbanton, prisonnier de Roger de La Ware, Guy de Rocheforl, écuyer du comte d’Auxerre, Jean de Chirliewe, prisonnier de Richard de Berwiek, Nicolas Braque, Jean de Corbolayn, Gadifer de Saint-Martin, prisonnier de James Audley et de Jean Chandos, Pierre Prescy, prisonnier de Mathieu de Gournay, Jean Quaykin, prisonnier de Martin de Ferrers, l’archevêque de Sens, prisonnier, pour un quart, de Robert de Clinton, qui vendit ce quart 1,000 livres au roi, et en fut payé en manoirs et en terres ', et enfin Jean d’Artois, comte d’Eu, Charles, comte de Longueville, Edouard Lauge, le sire de Craon, le comte de Vcntadour. le sire d’Aubigny et Jean de Nevers, comte de Joigny, tous prisonniers du roi lui-même *.
Il y eut aussi des chevaliers et des écuyers qui, après s’être distingués dans le combat et après avoir soutenu l’effort des Anglais jusqu'à la fin, réussirent à échapper à la mort et à la captivité : Tels furent Oudartdc Rcnty, Jean d’EUènes, Guillaume, comte de Douglas, Archibald
• Voir aux pièces justificatives (J), à la fin du volume.
* Rymer, édit, de la Haye. t. III, part. i.p. 85, 173, passini.
Douglas qui, d’abord fait prisonnier, parvint à s’enfuir avec son compatriote, sir William Ramsay de Colluthy, et grâce à son appui ', Renaud de Trie dit Billebault, Mathieu de Trie, dit Lohier, Robert de Wavrin, sire de Saint-Venant, maréchal de France, Tartarin de Moreuil, Jean, sire de liangest, dit Rabache, Aubert de Hangest, Jean de Neuville, Jacques, sire de Ileilly, le sire Eudes de Culant, Guy Foucault, Étienne de La Baume, dit le Gallois, Dreux de Royc, Robert, sire de Houdetot, Enguerrand de Ramburcs, Pierre d’Auxy, Jean de Prie, Pierre Bournel, Jean d'Hanvières, Louis de Beaumont, Jean de Chàtillon, grand-maitre de France, Thibaut de Neufchàtel, Martclet du Mesnil, Jean, sire de Noé, Jean, comte dcSaarbruck, grand-bouteiller de France, Philippe de Savoisy, Raoul, sire de Rayneval, grand-panetier de France, Guillaume de Gamaches , Légicr d’Orgecin , Savary de Vivonne, Philippe d’Aunoy, dit le Galois, Thibaut de Lévis, Mathieu de Rouvroy, dit le Borgne, Jean de Rouvroy, sire de Saint-Simon, Jean et Pierre de Gaumont, Bertrand de la Tour, Louis de Rochechouart, Aymery de Rochechouart, sire de Mortcmart, Robert de Beauvillicr, dit le Normand, Pierre, sire d’Aumont, Jean
' Chrou. de Kroisoarl, liv. I, pari, il, eli. 40 4S.
(le Boufllers, Hugues de Melun, sire d’Anloing, Guillaume de Croy, Pierre de Cramaud, qui portait la bannière du sire de Rochechouart, Jean de Courtenay, seigneur de Champigncullcs Jean de Belleforière, Guillaume de Blosset, Jean de la Châtre, Henri de Chevriers, Étienne- Bonpar de Lastic, Guillaume-Amanieu de Madaillan, sire de l’Esparre, Guy de Prunelé, dit Guyot, Robillard de Thiboutot *, Robert Campdaveine, Eustache, sire de Campremy, Robert de Longroy et Hue de Rubempré *.
1 Hiat. des Grauda Officiers, etc., par le P. Anselme, passim.
* Dict. de la Noblesse, par La Cheauaye-Dcsbois, passim. s Très, généal. de Picardie, par un gentilhomme picard, 1. 11, passim.
algrë le triomphe du prince de Galles et la dispersion de ses ennemis, sa position au lendemain de la bataille n’était rien moins qu’assu- II aurait sufli du moindre choc pour faire crouler tout ce brillant édifice. Que le courage revint aux trente-deux mille hommes dispersés dans le Poitou, que le dauphin et ses conseillers, jaloux de venger le roi, parvinssent à rétablir un peu d’ordre et d’ensemble dans leur division et dans celle du duc d’Orléans, et c’en était fait d’une victoire éphémère.
Le prince le comprit si bien que des le lendemain, à l’aube, après avoir dévotement assisté à la messe, déjeuné à la hâte et fait charger les chariots , il s’était mis en marche. Stimulant scs troupes, Edouard passa sous
les murs de Poitiers sans permettre qu elles essayassent d’enlever la ville. Rien n'eût été plus facile alors que de les attaquer et dans d'excellentes conditions de succès. Encombrée de butin de toute nature, bijoux, argent, vaisselle, vêtements, armures, chevaux, trainant à sa suite une foule de prisonniers, l’armée anglaise, semblable à une troupe de pillards revenant de la maraude, n’avançait qu'avec une extrême lenteur et au milieu d’un désordre indescriptible. Mais le Dauphin, prince d’un tempérament débile , homme de conseil plutôt qu’homme de guerre, avait à cœur de déposer une armure pour laquelle scs membres délicats n’étaient pas faits. Il courait à Paris et en passant près de Poitiers, la veille, il avait recommandé à Mathieu de Iloye, qui gardait la ville avec scs cent lances, de faire bonne garde, de se défendre et d’attendre des ordres ultérieurs.
Mathieu de Roye, qui croyait devoir être attaqué, avait mis à profit la nuit du lundi au mardi pour faire armer les bourgeois, pour passer une revue exacte des remparts et prendre connaissance du fort et du faible de la place, afin de distribuer la garnison selon la nécessité. Ce fut avec une profonde surprise qu’il vit l’armée victorieuse défiler à scs pieds sans faire aucune démonstration hostile et disparailre paisiblement à l’horizon.
Bien ne ressemblait moins à une marche triomphale que ce retour à Bordeaux. Les Anglais, éclairés par une avanl-garde de cinq cents chevaux aux ordres des maréchaux, les comtes de Suffolk et de Warwick, cheminaient en troupe compacte et à petites journées , faisant à peine cinq à six lieues entre le lever et le coucher du soleil. Personne n’osait s’écarter des rangs, car les campagnes désertes pouvaient cacher quelqu’embuche , car paysans et gens de guerre, renfermés dans les villes et les forteresses, auraient pu profiter d’un instant de négligence ou d’oubli pour faire main basse sur les trainards et sur le butin.
Tout paraissant tranquille, et les précautions les plus minutieuses ayant été prises , le prince, qui se rassurait île plus en plus à mesure qu’il se rapprochait de la Guyenne et de Bordeaux, charmait les longs loisirs que lui faisait le voyage en s’entretenant avec ses chevaliers de la bataille et de toutes les circonstances qui l’avaient précédée, accompagnée et suivie. C’est ainsi qu’il apprit l’usage que sir James Audley avait fait de son présent. Il en fut surpris, et, un soir, au campement, il le fit appeler.
Audley, qui n’avait encore pu quitter sa litière, se fit porter chez le prince. Édouard lui dit non sans quel-
qu'aigrcur : « Mcssire James, l’on nous donne à entendre (lue la revenue que nous vous avons donnée et octroyée, vous parti de nous et revenu en votre logis, vous la résignâtes et donnâtes tantôt à quatre écuyers ; si saurions volontiers pourquoi vous files ce, ni si le don vous fut point agréable? » Audley prit alors la parole et s’excusa avec tant de modestie et de dignité, fit si bien valoir les services que scs quatre compagnons lui avaient rendus et la dette qu’il avait contractée envers eux, et dont il n’avait cru pouvoir mieux s’acquitter qu’en les faisant participer aux libéralités du prince, qu’Édouard , tout à fait appaisé et se piquant de générosité à son tour, lui répondit : « Mcssire James, de chose que vous ayez faite jà ne vous blâmerai ; mais vous en sais bon gré, et pour la bonté des écuyers et que tant vous vous louez d’eux , je leur accorde votre don et vous rends cinq cents marcs, par la manière cl condition que devant les teniez »
1 Chrou. de Froissart, liv. 1, part, il, eh. SO.