CHAPITRE VIII DU 26 AU 27 AOUT A NOTRE GAUCHE
La région entre la Moselle et les Vosges. — Projets de l'ennemi. — Le 26 août au i3 e corps. — Le 8* corps. — La 6* division de cavalerie. — La 2 e armée. — Intentions du général de Gastelnau.
— Le 16 e corps et la 74* division. — Le i5 a corps. — Le 20 e corps.
— La 70 e division. — Les fractions du 9 e corps. > — Les Allemands le 27 août. — Leurs intentions. — Le corps Gonneau. — Les 8° et i3 e corps. — La 6 e division de cavalerie. — La 2 e armée. — L'arrêt du 27 août. — Ses motifs. — Le front occupé.
Le 26 août, il pleuvait tout le jour (1). Entre Damasaux-Bois et Provenchères, de la Moselle aux Vosges, le pays est couvert de bois, de plus en plus touffus à mesure qu'on s'élève vers les montagnes. Trois rivières le parcourent du sud-est au nord-ouest : la Moselle et son affluent l'Euron, qui lui est à peu près parallèle, la Mortagne et la Meurthe. Leurs vallées, d'abord encaissées, s'élargissent quand elles sortent de la zone des avantmonts à l'ouest des Vosges. L'altitude du sol va croissant de l'ouest à l'est. De 3i3 mètres à Damas-aux-Bois, on atteint ainsi 468 mètres à Provenchères. Toute la région intermédiaire est accidentée, couverte de bois. Dans maints endroits, elle présente l'aspect d'un fouillis inextricable, coupé de pentes parfois très dures (2).
(1) Capitaine Rimbault, p. 87.
(2) Hanotaux, V, p. 272, reproduisant les impressions du colonel Hamon, commandant la 26 e brigade.
du 26 au 27 AX>VT a notre gauche 99
L'ennemi, se rendant cptnpte de la difficulté de l'offensive par la Trouée de Charmes (1), paraît l'avoir orientée dans une autre direction, en remontant le long de ,1a Mortagne, 4e Gerbéviller sur Rambervillers. Elle allait porter ainsi sur la jonction des i3 e et 8 e corps, qui est souvent un point faible. Cette attaque ne tardait pas à contraindre le 8 6 corps à dédoubler son action ; la iS e division demeurait face au nord, gardant la côte d'Essey et la Trouée de Charmes; la 16 6 faisait face à droite pour attaquer de flanc l'ennemi aux prises avec la gauche du i3* corps.
L'effort principal se produisait entre la Mortagne et la Meurthe. Dans la matinée du 26 août, la cavalerie rendait compte que les Allemands tenaient Doncières, la cote 3i6 au nord-est, Ménarmont, Domptail (2), Saint-Pierremont, Magnières et les bois au sud de ces deux villages. Leur attaque prenait la direction de Roville-aux-Chênes, le long de la Mortagne. Au i3 e corps, la 2t5 e division était accablée et perdait ce village. A sa gauche, la 25 e division ne pouvait que garder la région Saint-Maurice, Hardoncourt (3).
Heureusement, le 8 e corps (16 e division) intervenait dans le flanc des assaillants, vers Clézentaine. Le général de Maud'huy engageait en preiiiier lieu les 46* et 5a e bataillons de chasseurs, mis provisoirement sous ses ordres.
Ils étaient rassemblés, dès 7 heures, entre Ortoncourt ot Fauconcourt.
(1) Le critique militaire du Bund t M. Stegemann, écrit que la Trouée de Charmes « se révéla un mythe » (envies sich als eine Fabel) (cité par Hanotaux, V, p. a56).
(2) Il y a deux Domptail, l'un à l'ouest de Baccarat (celui dont il s'agit), l'autre au nord de Bayon. ; : : :
(3) Hanotaux, V, p. 272, 2718. . " ' :
Au nord, Clézentaine était déjà occupé par les 137 e et i38 e régiments allemands (XXI e corps). Le 52 e bataillon de chasseurs traversait Fauconcourt et se déployait face à Clézentaine. Le 46* opérait un mouvement analogue. L'attaque progressait lentement. A 18 heures seulement, une attaque générale nous permettait d'aborder les lisières de Clézentaine, qui étaient défendues énergiquement, jusqu'au' corps à corps. Le village était emporté, les Allemands se retiraient sur Deinrillers, qu'ils incendiaient avant de l'abandonner.
A gauche de la division Maud'huy, la i5* division, général Bajolle, et la 6 e division de cavalerie (Le Villain) rencontraient également une résistance acharnée.
De ,grand matin, le général Le Villain, qui avait passé la nuit à Saint-Germain-la-Côte, entrait dans Rozelieures, dont le combat de la veille avait fait un charnier (1). A la sortie est, des tranchées pour tirailleurs couchés avaient été creusées par l'ennemi. Tous les défenseurs étaient morts. Morts également les chefs de peloton en arrière. Aucun, dit-on, n'avait échappé.
La 6 e division se rassemblait dans le ravin qui va de Rozelieures à Vennezey. La brigade, Laperrine (2 e et i£ e dragons), d'abord au sud du bois de Rethimont, entre là route et la cote 3o6, recevait l'ordre de pousser vers le bois du Haut-^du-Mont, au sud-est de Remenoville. A ce moment, au sud de l'Euron, les éléments de la ï5 e division progressaient très lentement entre Vennezey et Saint- Boingt. L'artillerie lourde allemande continuait de tirer, sans qu'on pût préciser si c'était de la rive Ouest ou Est
(1) Hanotaux, V, p. 272, 274. « Les morts allemands sont entassé? les uns sur les autres. » Un habitant estime à 10.000 le nombre des obus tirés sur le village (Notes d'un témoin)., Y, supra, p. 73.
DU 26 AU 27 AOUT A NOTKE GAUCHE IOI
de la Mortagne. La route de Rozelieures à Gerbéviller était couverte d'obus. x
Vers 16 heures, la 6 3 division se portait au Haut-du- Mont, en cheminant par les pentes à l'ouest. Le bois avait été en grande partie nettoyé, maifc l'ennemi occupait encore sa lisière nord. L'artillerie de la division ouvrait le feu sur des batteries de 77, à deux kilomètres au .nordouest de Valois. A 18 h. 3o, elles cessaient de tirer.
La 6 e division retournait cantonner à Saint-Remy (1). Le soir du 26, le 8 e corps tenait le front compris entre Deinvillers et Giriviller.
A la 2 6 armée, d'après les relations officielles, le général de Càstelnau avait, le 26 août, l'intention d'exploiter son succès de la veille, en cherchant à s'assurer les débouchés de la Meurthe au sud de Lunéville et à se rapprocher de la route d'Einville, Arracourt, tant en attaquant entre Meurthe et Sanon qu'en se rendant maître du bastion constitué par les hauteurs de Serres. Il suit de ces considérations que l'idée de manœuvre se réduisait à une offensive générale sur le front allant de Serres au sud de Gerbéviller. Peut-être notre attaque aurait-elle eu plus de résultats si nous l'avions limitée au sud de Lunéville. Elle pouvait, en effet, menacer de la façon la plus grave la retraite des Allemands engagés dans la direction de Rambervillers.
Pour expliquer comment l'attaque au nord du Sanon ne fut pas poussée à fond, on fait intervenir la fatigue très réelle des troupes qui, depuis dix jours, n'avaient cessé de marcher ou de combattre, et dont les pertes
(1) Le général Morel, commandant la brigade légère, rendait compte que tous nos morts du a5 restés sur le terrain avaient été frappés à la tête, ce qui semblait indiquer que les blessés avaient été achevés par l'ennemi.
étaient très sérieuses. C'est ainsi que le corps de cavalerie Gonneau dut subir, les a5 et 26, un temps d'arrêt.
D'autre part, la 2 e armée était forcée d'agir en liaison avec la r, dont le centre, puis la droite après la gauche, se voyaient violemment attaqués. Le général de Castelnau aurait été ainsi conduit à manœuvrer surtout par 6a droite, en réservant sa gauche. Dirons-nous que ces raisons officielles paraissent rentrer dans la catégorie, très nombreuse, de celles alléguées après- coup pour justifier un échec ou un succès insuffisant (1) ?
Quoi qu'il en soit, le 20 e corps, partant des hauteurs de Flainval, dut attaquer dans la direction de la forêt de Vitrimont; le i5 e corps, à sa-droite, marcherait sur Lunéville au travers de ces grands bois. Le 16 e corps se porterait sur la Meurthe, entre Saint^Clément et Moncel, et s'y organiserait après avoir repris les passages de la Mortagne entre Gerbéviller et Luné ville.
Au 16 e corps (2), le 26 août, on continuait l'offensive de la veille. L'état-major de la 2 e armée croyait devoir constituer un nouveau « détachement de poursuite », comprenant la 1^7* brigade (74 e division) et la 29 division (général Carbillet, i5 e corps). On supposait l'ennemi en retraite, si bien que le point initial de ce moment fut déterminé à Test de la Mortagne, au croisement de la route de Bayon et de celle de Gerbéviller à Lunéville.
Les deux escadrons de la jlf division paraissent avoir précédé cette colonne. Ils se mirent en route dès 3 heures.
(1) Hanotaux, VI, p. 7, admet que la a armée agit en premier lieu par sa droite pour aider la i M et aussi pour essayer de rompre la suture entre les armées de Ruprecht et de Heeringen.
(2) D'après Hanotaux, VI, p. 7, la 2° armée recevait, le 36 août, six bataillons de la division de réserve de Toul (78 e ) et les' mettait à la disposition du 16 e corps. Nous avons de bonnes raisons de croire que ce corps d'armée ne reçut aucun renfort de ce genre.