J>U 26 AU 27 AOUT 4 NOTRB GAUCHE
Au jour, ils entraient dans Lamath, sans ombre d'inquiétude : « Nous sommes venus là comme des hannetons, sans éelaireurs » (i)„ Dans le village régnait un silence de mort. Un paysan apparaissait sur la crête qui le domine, * montrant avec de grands gestes l'ennemi sur le versant opposé. Un officier allait à lui. Mais, sur un mouvement de ses bras, un obus venait éclater au milieu de l'escadron, pourtant caché à toutes les vues. Une fusillade terrible suivait. Des Allemands étaient dissimulés dans Lamath. Ils tiraient des fenêtres. Les dragons n'avaient d'autre ressource que de s'enfuir à toute allure : « C'est une assez triste débandade » (2).
Heureusement, le 6 e bataillon de chasseurs (29 e division) suivait. Le village de Lamath s'élève sur une petite hauteur au sud de la Mortagne. L'embranchemeiit ferré de Mont-sur-Meurthe à Gerbéviller en longe le pied, parallèlement à ce cours d'eau. Sur l'autre rive, Xermamé^nil est relié à Lamath par un pont. Il n'y a guère que la Mortagne et des prés qui les séparent.
A 5 heures, le 6 e bataillon avait ordre de se porter sur Lamath, de traverser la Mortagne, s'il fêtait possible, et de chasser l'ennemi de Xermaménil.
Les chasseurs exécutaient leur marche d'approche à travers bois, sous les obus. Ils arrivaient ainsi à la lisière nord, que 3oo mètres à peine séparaient de Lamath. Deux compagnies s'y jetaient rapidement, sans y rencontrer de
(1) La Victoire de Lorraine, p. 18. Comme nous l'avons indiqué ailleurs, cet ouvrage doit être consulté avec la plus grande précaution, malgré ses, dix-huit éditions.
(2) La Victoire de Lorraine, loc. cit. La compagnie du génie de la 74 e division, qui faisait -également partie du détachement de poursuite, se porta directement sur Lamath, y fut soumise à un feu de surprise et subit des pertes (récit paraissant provenir de l'état-«najor de la 74 e division et reproduit par Hanotaux, VI, p. 12 et suiv.).
résistance. Les Allemands venaient d'en partir pour Xermaménil, d'où ils entretenaient un feu violent.
Lainath n'a qu'une seule rue descendant vers le pont. Quatre mitrailleuses allemandes enfilaient cette voie et la rendaient impraticable. Le sol y était littéralement labouré par les projectiles. Les deux compagnies enttées dans le village cheminaient, Tune à droite, l'autre à gauche, atteignant ainsi les abords de la Mortagne et du pont. Elles y étaient arrêtées; une section poussait néanmoins jusqu'à la station et s'y embusquait face à Xermaménil.
Vers 16 heures, nos i55 déclenchaient leur tir sur ce village et le réglaient rapidement^ avec un grand effet. On voyait les Allemands abandonner peu à peu leurs tranchées et ralentir la fusillade. A la nuit, la section embusquée à la station, vigoureusement- entraînée par son chef, se jetait à la baïonnette sur le pont, le traversait et entrait dans Xermaménil sans rencontrer de résistance.- Elle arrivait ainsi au château, où 3oo Allemands environ étaient rassemblés dans la cour, sans douté prêts à partir. Un capitaine qui les commandait, brusquement assailli par le lieutenant de chasseurs qui lui sautait à la gorge, se rendait aussitôt et ses 3oo hommes en faisaient autant sur son ordre, sans l'ombre de difficulté. Il y avait pourtant là sept officiers, en outre du capitaine. Ces 3oo hommes, encadrés par la section, refluèrent sur le pont de Lamath, que le gros du bataillon n'avait pas encore dépassé. Les Allemands étaient évidemment sous Tinapression de nos obus lourds et aussi de l'attaque subite des Alpins : « Es sind kriechende Katzen » (i), disait le hauptmann de nos soldats.
(i) Littéralement : Ce sont des chats rampants; ils rampent comme des chats (Carnet de route d'un Officier d'alpins, I, p. 34-36, confirmé par la Victoire de Lorraine, p. 25).
Il fallut toute une journée de rude combat à la 29 e division et à la 147 e brigade pour s'emparer de Xermaménil. Bien que cette dernière restât en seconde ligne, vers io heures le 222* était en prise à un feu violent d'artillerie en atteignant la lisière sud du bois au nord-est de Landecourt. Le général Durupt fut grièvement blessé et dut être remplacé par le colonel Giralt, du 222 e (1).
Vers 12 heures, la 61 e brigade (général Dauvin) organisait la lisière du bois au nord de Lamath, face à Xermaménil. A partir de 19 heures, la brigade Giralt faisait de même pour la croupe nord du bois des Bayeux et pour les lisières du bois de Broth. On voit quelle importance prenait déjà l'organisation défensive des champs de bataille, à laquelle nous étions si peu préparés par nos traditions et par la doctrine récemment rajeunie de l'offensive « quand même ».
Dans la soirée, les 222 e , 36* colonial et une batterie du 54 e tenaient (les avant-postes de combat dans ces positions, te 223 e et le reste de l'artillerie cantonnaient à' Einvaux avec Tétat-major de la 74 6 division.
«Un témoin donne un détail montrant le degré de sauvagerie auquel arrivaient les Allemands. Le bois de Vacquenat apparut rempli de cadavres; la puanteur y était écœurante : « A l'entrée du bois... sur la route de Lamath à Méhoncourt... au croisement de cette route et d'un layon allant à la ferme Saint-Antoine, nous avons vu, ce matin, un dragon français pendu à un arbre par les pieds, la. tête en bas, le ventre ouvert, le corps dépecé » (2).
(1) La 74 e division perdit, les a5 et 26 août, outre le généra] Durupt, le lieutenant-colonel Lausé, du 23o e , très grièvement blessé; les lieutenants-colonels Mouret, du 36 e colonial, et Brouet, du 223 e . tués à l'attaque d'Einvaux.
(2) La Victoire de Lorraine, p. 21.
A la droite de la 74 e division, la 3a e , général Bouchez, ne put passer la Mortagne entre Xermaménil et Gerbéviller. Elle demeura dans le bois de Broth et dans les boqueteaux voisins (1). Le général Vidal (3i e division) commandait le groupement de droite du 16 e corps. Il reçut ordre de prendre Gerbéviller comme objectif, en combinant son mouvement avec celui du 8 e corps sur Sérauville et Mattexey au sud. Son offensive ne put dépasser la Mortagne.
En face du 16 e corps, après la perte de Xermaménil, l'ennemi se replia sur le bois Saint-Mansuy, dont il garnit la lisière ouest, battant de son artillerie ce village et les hauteurs à l'ouest de la Mortagne.
A là gauche du i5 e corps, pendant la nuit du 25 au 26 août, nos troupes s'étaient arrêtées dans les bois à l'est de Charmois, avec des avant-postes à Mont-sur-Meurthe. La 3o e division tenta de déboucher dans cette direction le 26. Mais l'ennemi avait établi une puissante artillerie sur les hauteurs dominantes à l'est; en outre, la boucle de la Meurthe, qui s'étend largement de Lunéville à Dombasle, limite dans sa partie sud la forêt de Vitrimont. tes pentes boisées laissent très peu d'espace entre elles et la rivière, en sorte que le débouché des villages au sud, Mont, Blainville, Damelevières, est difficile. Loin de pouvoir traverser la Meurthe, la 3o e division dut abandonner Mont et le combat se prolongea tout le jour, sans autre décision (2).
Le 20 e corps, général Foch, s'était installé très fortement au nord du coude dont nous venons de parler, sur les hauteurs de Flainval, qui commandait la forêt de
(1) Hanotaux, VI, p. 10.
(?.) Hanotaux, VI, p. i4-
Vitrimont et la route de Nancy à Lunéviile. Il pouvait ainsi, soit appuyer l'attaque de cette dernière ville, soit coopérer à la défense du Grand-Couronné.
A la -nuit, sans avoir eu à livrer d'engagement sérieux, il atteignait la ligne La Faisanderie (ferme), Frescati, Deuxville, Maixe, bois de Crévic. La partie sud de ses avant-postes était à moins de deux kilomètres de Lunéville, qu'ils dominaient entièrement des hauteurs de Frescati.
A la gauche du 20 e corps, la 70 e division de réserve, général Fayolle, atteignait Drouville.
Plus au nord, le commandant du 2 e groupe de divisions de réserve, général Léon Durand, prescrivait, de grand matin, à la i36 e brigade (68 e division) de se porter, par Champenoux, sur Sornéville, en flanc-garde de la brigade Janin (9 e corps), poussée contre Erbéviller. Le 344 e restait à la cote 262, en réserve; les 267° et 212 e atteignaient Champenoux, où ils étaient retenus par un nouvel ordre du général Léon Durand, leur enjoignant de mettre en état de défense ce village, ainsi que les crêtes à Test, depuis le bois Morel, au nord-est de Champenoux, jusqu'au Rond-des-Dames (i). Ils auraient à surveiller le couloir entre la Seille et la forêt de Champenoux. En avant d'eux, les deux escadrons du i5 e dragons reconnaissaient vers la Seille et sur Moncel.
Dans l'après-midi, pour une cause inexpliquée, le 267* et un bataillon du 212 e étaient rappelés sur la position cote 262, château du Tremblois; le 344 e occupait Seichamps; le 212 e avait un bataillon aux avant-postes, vers le Rond-<Ies-Dames, en liaison à droite avec les éléments du 9* corps.
(1) Au sud de la voie ferrée de Château-Salins, entre Champenoux et Brin.
Les jours suivants, jusqu'au i er septembre, un calme relatif permit d'améliorer les lignes de défense, notamment à la i35 e brigade, où le 234 e , à Ecuelle, était incessamment inquiété par les Allemands : ils enlevèrent même un de ses postes à la ferme de Quercigny. Des renforts parvenaient à ces régiments. Le 206 e incorporait 3oo hommes; le 344 e , "4 officiers et 5o8 hommes de troupe, ce qui permettait de le reporter de quatre à six compagnies (1), au lieu de huit qu'il avait en premier lieu.
Le 27 août, les armées allemandes de Lorraine continuent leur offensive. Tandis qu'elles arrêtent la droite du général de Castelnau vers Gerbéviller, elles font effort contre la droite du général Dubail, le long des Vosges. Le repli de la. 58 e division de réserve au sud de Saint-Dié découvre le flanc droit du i4 e corps. Epinal est menacé dans les directions de Rambervillers et de Saint-Dié, Bruyères. Le projet des Allemands est-il, comme on Ta écrit, d'opérer un mouvement de beaucoup plus large envergure vers la haute Saône et la haute Marrie? Se bornent-ils à tenter de fixer en Lorraine des effectifs qui nous font défaut sur la Marne? Il est malaisé d'en décider faute de documents positifs. Mais la seconde hypothèse paraît la plus vraisemblable : contre la masse principale de nos armées, nos adversaires ne disposaient pas de forces suffisantes pour un double mouvement enveloppant par Test et par l'ouest. Dès lors, il était naturel qu'ils cherchassent à retenir en Lorraine les forces considéra-
(1) Colonel Bujac, loc. cit.
blés que nous y avions maintenues jusqu'alors, sans tenir compte des circonstances.
La 6 e division «de cavalerie était entre le 8 e corps et le 16 e . Le 27 août, sa mission restait la même : assurer la liaison entre les r et 2 e armées; aider à la progression du 8 e corps, la route Remenoville, Gerbéviller. demeurant à la disposition de la 2 6 armée. Le général Le Villain, partant de Saint-Remy-aux-Bois, cherchait à pousser de suite jusqu'à la Mortagne avec la brigade de cuirassiers et une batterie, en cheminant par Vennezey, le bois du Hautdu-Mont, la lisière est du bois de Guilgnebois, les bois d'Avedeux etde*Gondal.
A deux kilomètres nord-ouest de Valois, la tête de la division voyait déboucher un bataillon du 27 e (1 5 e division, 8 e corps) qui montrait une très belle attitude sous le feu de l'artillerie allemande, ouvert depuis 9 heures. On pouvait constater que notre tir de Ta veille avait été excellent : les batteries allemandes s'étaient repliées si rapidement qu'elles avaient abandonné du matériel et jusqu'à des jumelles d'officiers.
Cependant, aur moment de traverser le plateau de Giriviller, le gros de la 6 e division était accueilli par un violent tir de barrage, qui l'arrêtait court. Un obus tombait même sur le caisson de mélinite, qui fusait sans éclater. Les escadrons se retiraient au trot sur la route de Giriviller, Haillainville, encadrant leur artillerie et, avec elle, ce dangereux véhicule.
A midi, le général Le Villain recevait l'ordre de rentrer au cantonnement de Saint-Remy, sans doute en raison de la fatigue des chevaux. Le rôle de la 6 e division se bornait donc, le 27 août, à cette démonstration.
1 10 LA GRANDE OUEURfi SUR ht, FRONT OCCIDENTAL
Le 27 août, le général Dubail avait donné au i3 6 corps l'ordre de reprendre le combat là même où il s'était arrêté^la veille et de regagner le terrain perdu. La 27 e division, général Delétoile, dut marcher sur Doncières et Domptail; la 44*, général de Vassart, qui n'était pas encore rattachée au 21 e corps, sur Anglemont et Nossoncourt; la 26 e , général Silhol, resta d'abord en réserve au nord de Rambervillers.
Dès que le brouillard se dissipa, nous dirigions un feu d'artillerie très violent sur les hauteurs qui «bmmandent à l'est le cours de la Mortagne, du bois des Aulnes au nord-est de Deinvillers au bois de Roville au sud-est de ce village. Puis l'infanterie se mit en mouvement La 25° division gravit les pentes du Menu-Bois et de La Grande- Pucelle, atteignant la crête sans trop de pertes. De même, la 26 e division occupait le bois de Roville et de La Grande- Coinche.
Une contre-attaque venant du nord rve tarda pas à se développer et la hauteur de La Grande-Pucelle fut violemment disputée. Après une lutte énergique, l'infanterie du i3 e corps perdit la crête; elle restait accrochée à mi-hauteur, où elle se retranchait. La journée demeurait indécise et même plutôt désavantageuse pour le corps d'armée (1).
Le 8 e corps avait également ordre de continuer son offensive. La 16 e division, général de Maud'huy, devait d'abord s'établir solidement sur la rive ouest de la Mortagne, entre le bois du Fays et Deinvillers (2).
(1) Hanotaux, V, p. 291.
(2) Hanotaux, V, p. 288.
A gauche, la 16 e division, général Bajolle, se maintiendrait, autant que possible, à la hauteur du 16 e corps, qui opérait vers Moriviller. Elle prenait comme premier objectif les hauteurs de Giriviller. Mais l'ennemi ne restait pas sur la défensive. Dès le 26 août, il avait violemment frappé sur le point de jonction des 8 e et i3 e corps, vers Roville-aux-Chênes. Il continua de plus belle le 27.
Dans la matinée, la division Bajolle, appuyée par son artillerie établie sur les hauteurs au nord de Giriviller, marchait sur Serau ville et Mattexey, qu'elle débordait simultanément par le nord et par le sud. Dans la soirée, la 3o* brigade occupait ces deux villages; la 29 e , attardée, abordait Mattexey par le sud.
Cependant la division Maud'huy avait continué de soutenir le i3 e corps contre l'offensive allemande en direction de Roville-aux-Chênes, ce qui assignait au 8 e corps deux «tâches divergentes, en affaiblissant tout naturellement son action^ Maître de Deinvillers, le i3 e corps attaquait à Test de la Mortagne, de Xaffévillers sur Domptail, %i la division Maud'huy l'appuyait par son artillerie, qui fouillait les bois autour de ce village. Il était convenu que, dès .l'offensive du i3 e corps déclenchée sur Domptail, la division se porterait également en avant, cherchant à enlever, à hauteur de Saint-Pierremont, le passage de la Mortagne.
Mais ces combinaisons étaient déjouées par l'événement. Tandis que le 16 e division stationnait dans les bois de Mattexey, face à Magnières et à Saint-Pierremont, le i3* corps pliait. Attaqué autour de Roville-aux-Chênes, il réclamait l'intervention du général de Maud'huy. Un moment la situation était difficile (1). Il semblait que l'ennemi allât couper le i3* corps du 8*. Mais, à la nuit, une
(1) Hanotaux, V, p. 289.
vigoureuse offensive rétablissait nos affaires à la gauche du i3* corps. La i6* division restait sur ses emplacement de la veille, sans dépasser la Mortagne.
A la 2 e armée, la journée £u 27 août était surtout consacrée à la reconstitution des unités et au repos. Pour expliquer cet arrêt des opérations/ on a mis en avant différents motifs. D'après une publication officielle, la gauche de la i w armée n'ayant pu dépasser Giriviller, Rovilleraux-dhênes, bois d'Anglemorit, il' aurait été inutile, pour la droite de la 2 e , de franchir la Mortagne.
On se bornera, au sujet de cette explication, à dire qu'elle rentre dans la très nombreuse catégorie que nous avons déjà signalée, celle des justifications après coup./ <( Conquérons d'abord, disait Frédéric II; nous trouverons aisément ensuite un pédant pour justifier la conquête. » Si le i3 e corps ne put dépasser la ligne indiquée, il tenta sûrement de faire mieux. Dès lors, comment son échec du 27 pourrait-il expliquer l'arrêt de la 2 e armée à sa gauche, dans la même journée? N'était-il pas indiqué, au contraire, pour cette armée, d'agir avec d'autant plus d'énergie, dans le flanc de l'ennemi, que celui-ci s'attardait davantage en amont de Gerbéviller, sur la Mortagne, comme entre cette rivière et la Meurthe?
On a dit aussi (1), avec plus de vraisemblance, que les troupes de la 2 e armée étaient « au comble » de la fatigue et de l'épuisement. La résistance acharnée de l'ennemi les surprenait. Elles avaient compté sur une prompte retraite
(1) Hanotaux, VI, p. 16.
DU 20 AU 27 AOUT A NOTRE GAtJCHE 1 13
de sa part. Leurs officiers étaient tombés en foule et n'avaient pas été remplacés. Beaucoup d'unités restaient sans commandement suffisant. M. Hanotaux ajoute que le général de Castelnau, tenant compte de la fatigue des troupes et aussi de l'offensive allemande vers le sud, jugea nécessaire un temps de repos. Mais c'est justement cette offensive sur la i w armée qui eût exigé l'action immédiate et énergique de la 2 e .
Ajoutons que nos troupes étaient surprises par la tournure très lente que prenait dès lors la guerre de campagne. Déjà elle se rapprochait de la guerre de forleresse par l'usage intensif des travaux de fortification. Voici ce qu'écrit un témoin du i5 e corps :
« ...Nos ennemis, dès cette époque, connaissaient la valeur de la fortification de campagne. Certes, nous ne l'ignorions pas non plus. Mais il faut reconnaître qu'on en tenait peu de compte dans la préparation militaire. A force de prôner l'offensive, de répéter que, seul, le mouvement en avant est décisif et irrésistible, on ne songeait pas assez qu'il était utile, par moments, de s'accrocher au sol et de remuer la terre pour augmenter sa capacité de défense... » (1).
Le 27 août, au 16 e corps, on apprenait l'évacuation, pendant la nuit du 26 au 27, d'Haudonville et de Gerbéviller par les Allemands. Le commandant de corps d'armée autorisait, dit-on, le général Vidal « à pousser des détachements dans Gerbéviller, mais en évitant d'engager
(1) Carnet de route d'un Officier d'alpins, I, p. 46.
La grande gnerre. IV. 8
îli LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL
une action générale » (i). L'ennemi se maintenait sur la lisière des bois bordant la Mortagne à l'est et couvrait Gorbévillcr d'obus. Les deux groupements de la 74 e division se reformaient dans la zone Vennezey, Rozelieures, Remenoville (quartier général), où était déjà celui du colonel Terris. ' ,
Au i5* corps, le repos était complet. Les troupes se reconstituaient dans leurs cantonnements.
Au 20 e corps, tout se bornait à une canonnade réciproque, échangée entre nos positions de JLéomont et celles de Frescati.
Dans la journée, le général de Castelnau répartissait ainsi ses grandes unités. Le 16 e corps, avec la 74 e division et un groupe du 3 e régiment d'artillerie lourde tenait la droite, le long de la Mortagne jusqu'au pont du Fiscal, à hauteur de Xermaménil. Puis venait le i5 e corps, avec la 64 e division, entre ce pont et Mont-sur-Meurthe. Le 20 e corps, la 70 e division et trois groupes d'artillerie lourde étaient au nord de la Meurthe, dans la zone de Rosières-aux-Salines, Hudiviller, Anthelupt, Maixe, Dombasle, Haraucourt, Buissoncourt. Ils dessinaient une pointe vers Lunéville, par Maixe, Vitrimont, La Faisanderie.
Les éléments du 9 e corps laissés en Lorraine étaient dans la région de Courbessaux, Réméréville, tout en assurant la défense du Rambêtant, hauteur au nord de Dombasle, qui commande à la fois les vallées de la Meurthe et du Sanon.
Un ordre du 27 août (2 e groupe de divisions de réserve), signé Léon Durand, groupait tous les éléments du 9* corps sous les ordres du général Lefévre, à l'exception de
(1) Hanotaux, VI, p. 16.
la garnison du Rambêtant. Cette 18 e division provisoire (34 e et 35 e brigades) restait pour l'instant rattachée au 2 e groupe.
Quant aux divisions de ce groupe (59 e et 68 e ), avec des fractions des 4 e et 6 e régiments d'artillerie lourde, elles demeuraient affectées à la défense du Grand-Couronné (front nord>, la 6& sur la ligne Velaine, Leyr, et la 59 e de Leyr à Sainte-Geneviève (1).
Les Allemands mettaient à profit notre arrêt du 27 pour se renforcer. Dans l'après-midi, un corps d'armée venait de Metz, après une longue étape. Son artillerie, arrivée dans la soirée précédente, avait aussitôt pris position. Ce renfort était le bienvenu, car la fatigue des troupes déjà engagées se faisait sentir et leur ravitaillement laissait à désirer (2). Peut-être ne nous rendions-nous pas un compte exact des pertes et de l'épuisement de l'ennemi, ce qui nous eût conseillé dé ne pas interrompre notre offensive. On est toujours tenté de s'exagérer ses propres pertes, les difficultés qu'on rencontre, tandis qu'on estime presque toujours au-dessous de leur valeur celles qui entravent l'adversaire.
Malgré tout, depuis leurs échecs de Sarrebourg et de Morhange, nos deux armées de Lorraine avaient dignement rempli une mission ingrate : celle de fixer l'adversaire. Le général en chef le reconnaissait pleinement (27 août) :
(1) Hanotaux, VI, p. 16. Le général Lefèvre avait été transporté ' dans, les Ardennes aivec une partie de la 18 e division. C'est le 27 août
seulement qu'il revint à Nancy. Jusqu'alors, le commandement des fractions du 9* corps avait été assuré par le général Guignabaudet. La 73* division avait encore à Pont-à-Mousson, au Xon, à Lesménils et Àtton un bataillon du 367 e .
(2) Hanotaux, VI, p. 22, d'après G. Gratner, Les lions bavarois pendant la guerre mondiale, p. 88.
Il6 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL
« Les i" et 2 e armées donnent en ce moment un exemple de ténacité, de courage que le général commandant en chef est heureux de porter à la connaissance des troupes sous ses ordres.... Après une retraite parfaitement ordonnée, les deux armées ont repris l'offensive en combinant leurs efforts et regagné une grande partie du terrain perdu. L'ennemi plie devant elles et son recul permet de constater les pertes considérables qu'il a subies » (i).
(i) Hanotaux, VI, p. 186.