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CHAPITRE X DU 29 AU 31 AOUT A LA 1" ARMÉE

Instructions du général Dubail et du général en chef. — Situation de la i re armée le 29 août. — Le 8 e corps. — Le i3 e corps. — Le 21 e corps. — Le i4 e corps. — Echecs de notre droite. — Le 3i août.

Le A 2g août, l'ordre général n° l\b de la i re armée porte ce qui suit : « Continuation de l'offensive qu'il faut entretenir à tout prix et avec la dernière énergie pour duter et gagner le temps nécessaire à nos succès par ailleurs » (1). Il n'est pas besoin de faire remarquer que ce programme rentre tout à fait dans les intentions du général en chef, qui s'est enfin décidé à limiter au strict indispensable son action dans l'Est, pendant qu'il mettra tout en œuvre pour reprendre une offensive victorieuse à l'ouest de l'Argonne.

Mais l'ensemble de la situation, le soir du .28, est défavorable à la 1™ armée. L'ennemi nous a pris les hauteurs des Pucelles; il gagne du terrain vers Bru; il a enlevé Saint-Benoît. D'autre part, les Allemands sont à Saint- Dié; par Rouges-Eaux, ils peuvent s'avancer vers Brouvelieures et Bruyères, c'est-à-dire vers Epinal.

Le 21 e corps n'a pas encore renoncé complètement au-

(1) Reproduit d'après Hanotaux, VI, p. 4g.

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col de La Chipote et menace Raon-1'Etape. La situation est très confuse.

A gauche, la 6 e -division de cavalerie et le 8 e corps ont ordre de développer leur action eiL-directjon générale de Ménarmont, Vathiménil, à l'est de la Mortagne, tout en continuant de soutenir le i3 e corps vers Roville-aux- Ghênes. D'où des directions divergentes, bien faites pour rendre à peu près impossible l'obtention de résultat^ sérieux. De fait, le soir venu, le 8 r corps n'a pas sensiblement modifié ses emplacements du 28 août : il reste à Valois et en face de Moyen, sur la Mortagne.

Quant à la 6 e division de cavalerie, après s'être rassemblée, comme la veille, aux environs de Vennezey, elle restait tout le jour dans cette formation d'attente. Par suite des départs matinaux et des rentrées tardives, les chevaux ne pouvaient recevoir les soins indispensables. Leur fatigue était telle qu'il devenait difficile de leur demander le moindre mouvement « Ils n'ont même pas la force d'aller boire au ruisseau qui coule à quelques mètres ». Il fallut mettre la division au repos le 3o août, dans ses mêmes cantonnements de Saint-Remy.

A droite du 8 e corps, le i3 e doit se porter à Test de la Mortagne, la 25 e division tenant la gauche. Elle a Tordre de marcher, la 4<f brigade sur La Grande-Pucelle et le bois de La Horne, la 5o e de Saint-Maurice sur Xaffévillers, et le bois du Grand-Bras. Le 16 e régiment va donner l'assaut à Xaffévillers, vers i3 heures, quand une rafale d'artillerie du I er corps bavarois lui cause de lourdes pertes. La 26 e division, à droite de la 25 e , atteint les hauteurs 3i2 et 320 à l'ouest de Doncières, mais ne peut les garder et se retire sur le bois de la Grandc-Coinche.

A la fin du jour, la 20 e division tient la zone Saint- Maurice, Hardancourt, Roville, Romont; la 26 e , Badelieu,

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bois de Rovilfe, bois d'Anglemont, Saint-Pantaléon (i). L'offensive du ï3 e corps a donc échoué.

* Le 21 e eorps est encore à la droite du i3 e . Dans la soirée du 28, il a reçu Tordre de reprendre le col de La Chipote, perdu de nouveau le jour même. Le général Legrand se propose de mener son offensive par Bazien et Sainte-Barbe, c'est-à-dire par sa droite, tandis que le reste du corps d'armée garde la direction générale de Rambervillers vers Raon-1'Etape; par Bru, Larifontaine et le Grand-Carré. Mais des événements surviennent à sa droite, qui modifient encore la situation.

Le il? corps, général Baret, tient alors l'espace compris entre le 21 6 et la crête des Vosges. De nouvelles forces de landwehr et d'Ersatz, .venant d'Alsace, sous le commandement du général von Tettenborn, débouchent par le col de Saales sur Ban-de-Sapt. Le i4* corps a déjà perdu Saint-Dié les 27 et 28 août. Les renforts allemands se heurtent, le 29, à la 27? division qui a reçu l'ordre de se porter dans le massif du bois de Repy, au sud de Raon-1'Etape. Après une violente préparation d'artillerie, ils gravissent les pentes descendant vers la Meurthe. D'autres troupes venant de Saint-Michel prennent les nôtres à revers. Un violent combat s'engage en un point où avait eu lieu un engagement en 1870, à Nompatelize. A la fin du jour, la 27 e division perd ce village, puis celui de La Bourgoncc, connu également pour un combat en 1870; mais elle continue à tenir le débouché vers Ram-

(1) Hanotaux, VI, p. 53.

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bcrviilers,.en avant des bois, à la Passée-du-Renard (i).

A sa droite, la 28 e division se retirait sur les Moitresses, au sud-ouest de Saint-Dié; les bataillons de chasseurs du détachement Gendron sur Mandray, au sud-est (2). Enfin, les éléments de la 58 e division de réserve, qui tenaient encore vers les Vosges, se répliaient sur Anould, découvrant le flâne droit du i/* e corps (3). Une offensive allemande par la haute Meurthe aurait beau jeu pour nous couper de ces montagnes et de leurs débouchés en Alsace. Le général Dûbail voyait le danger. Il appelait à lui la A i e division, du groupement des Vosges, et la dirigeait sur la haute Meurthe, à Anould. On reprendrait l'offensive générale le 3o août, en dépit de nos échecs du 20^ faisant ainsi preuve d'une persévérance' qui méritait d'être récompensée.

Le soir du 29 août, la droite de la i n armée tenait la ligne générale Passée-du-Renard, Rouges-Eaux, hauteurs de Mandray.

Les Allemands avaient fait de lourdes pertes dans cette région de Saint-Dié, qu'ils appelaient le « Trou de la Mort » ( r i). Leurs succès du 29 n'eurent pas de suite. Ils durent s'arrêter en se fortifiant sur tout leur front; un léger recul de leur part nous permit même d'avancer quelque peu.

<i) Hanotaux, VI, p. 56.

(2) Le 29 août, le régiment de dragons du commandant Bréant était, des 5 heures, au col des Journaux, soutenant une batterie de montagne qui appuyait l'attaque de deux bataillons alpins sur Mandray et La Croix-aux -Mines (Commandant Bréant, p. 54).

(3) Ces mouvements rétrogrades ne se faisaient pas sans de lourdes pertes. Au 5i* bataillon de chasseurs, il ne restait plus, le matin du 3o, que 3 sous-lieutenants et 180 hommes (F. Belmont, Lettres d'un Officier de chasseurs alpins, p. 35, cité par Hanotaux, VI, p. 56).

(4) Hanotaux, VI, p. 58.

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Le 3o août, le 8 e corps, en liaison par sa gauche avec le 16 e , devait attaquer en direction générale -de Domptail; à droite, le i3 e corps continuerait son offensive sur Xaffévillers et le bois du Grand-Bras, en partant des hauteurs de La Pucelle.

L'offensive du 8 e corps sur Saint-Pierremont et Magnières fut ralentie par les travaux de campagne de l'ennemi et par un feu terrible d'artillerie lourde. Ses progrès furent peu marqués. De même pour le i3 e corps, qui rencontra partout des tranchées et des fils de fer. Pourtant, la 25 e division porta ses avant-postes à l'ouest de Xaffévillers et la 26 e aux bois de la Grande-Coinche et d'Anglemont.

Quant au 21 e corps, il faisait des progrès appréciables au col de La Chipote, chassant l'ennemi de ses tranchées, sans pouvoir les occuper lui-même. En même temps, il attaquait au nord-ouest, vers Sainte-Barbe. Mais ses troupes avaient grand besoin de repos; elles s'arrêtaient en se fortifiant (i>. Elles allaient d'ailleurs être transportées sur un autre théâtre d'opérations, comme nous le verrons.

On a vu que le iV corps avait été renforcé de la 4i" division qui remplaçait à Ànould la 8 e brigade de dra-

(1) -Le général Legrand avait donné pour le 3o les ordres suivants : la gauche du 21* corps, renforçant son front par la fortification, formera pivot avec la 85* brigade ^et une partie de la 88 e ; la droite, comprenant la 89 e brigade (BaTbot), la 2 e brigade coloniale, la 86 e brigade et une partie.de la 85 e (17 e , 20 e , ai 6 bataillons de chasseurs), se portera à l'attaque en direction de Sainte-Barbe. À Autrey, le 17* organisera une tête de pont. La 26* brigade formera réserve du corps d'armée à Jeanménil.

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gons. Le 28 août, au moment où l'offensive allemande se déplaçait de plus en plus vers le sud-est, le groupement des Vosges avait à tenir le front compris entre la Trouée de Belfort et le massif du Bonhomme, puis de ce massif à la Meurthe. Les éléments dont il était formé étaient loin d être en place.

Lia 4i e division avait moitié de ses forces face à Colmar et le reste en route de Mulhouse vers Gérardmer. La moitié environ de la 58 e division de réserve était retenue dans la région de Thann; quant aux groupes alpins, les uns étaient près de Thann, les autres à la Schlucht, les derniers dans la région de Bussang. Tout était donc à faire pour mettre de Tordre dans ce chaos et constituer entre la Meurthe et les Vosges un 'barrage susceptible d'arrêter les Allemands.

Ceux-ci avaient réuni une division bavaroise d'ersatz entre Saint^Dié et la Favc, une division de réserve entre Saint-Dié et le col de Sainte-Marie. Ces éléments furent renforcés les jours suivants de troupes de toute nature empruntées à la garnison de Strasbourg et représentant la valeur d'une division.

Le général Dubail prescrivit au groupement des Vosges, d'une part, de tenir, face à l'est, les crêtes de ces montagnes jusqu'au Bonhomme; puis, face au nord, de refouler ou, tout au moins, d'arrêter l'ennemi en marche de Saint- Dié jusqu'au col de Sainte-Marie.

Entre ces deux secteurs, la liaison s'établirait au massif du Bonhomme, qui formerait ainsi charnière et dont la possession, capitale pour nous, permettrait de manœuvrer des crêtes aux vallées et (de ces vallées aux crêtes, en conservant l'unité de front.

Dès le 3o au matin, deux bataillons de chasseurs forment couverture sur la crête de Mandray, tenant Saint-.

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Léonard, le col de Mandray et le col des Journaux. Ils se relient à gauche avec une division du 1 4 e corps, établie à l'ouest de la Meurthe, et à droite avec les éléments qui gardent le massif du Bonhomme.

Mais nos troupes avaient été refoulées, dès le 29, sur Anoufd, à l'ouest de la Meurthe. Le lendemain 3o, nous attaquions au nord de Saint-téonard, Mandray, de Saulcy à Entre-deux-Eaux. Nouvel échec qui devait s'aggraver le 3i août et le i er septembre. Nous avions réussi à progresser un peu vers Fouchifol et la Tête-dé-Béhoulle, au nord de Mandray; mais, dès le i er septembre, l'ennemi, marchant par la vallée de La Croix-aux-Mines, menaçait nos communications avec le Bonhomme. La gauche du i4? corps réoccupait La Bourgonce et Nompatelize au prix de pertes élevées, mais sa droite continuait de fléchir.

Les quatre bataillons alpins qui avaient quitté le 8 e corps (1) lui avaient laissé leurs batteries de montagne. Elles furent affectées au groupement des Vosges. La 8 e brigade, de dragons, général Gendron, s'embarquait à La Chapelle-sous-^Bruyères pour être transportée dans l'Ouest (2).

Sur les entrefaites (3i août), Tordre général n° 19 portait à la connaissance de la i 1 * armée ta note par laquelle le général en chef exprimait sa satisfaction aux troupes de Lorraine « pour l'exemple d'endurance et de courage » qu'elles avaient donné. Eloge mérité, car ces combats obscurs entre la crête des Vosges et la Moselle avaient mis à une cruelle épreuve la résistance de troupes éprouvées par nos premiers échecs, tout en fixant un effectif

(1) V. supra, p. 86.

(2) Hanotaux, VI, p. 58. La 8* brigade fut mise en route. sur Epinal, Chaumont, Châlons, Epernay,'où elle arriva le i er septembre (Commandant Bréant, p. 56).

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ennemi nullement négligeable loin du théâtre des opérations principales.

Dans la journée du 3 1, le 8 e corps consolidait sa situation en prenant ÎJagnières, que la 29 e brigade enlevait à la nuit, et Saint-Pierremont, attaqué par la 16 e division en pleine obscurité. La 6 e division de cavalerie continuait de relier le 8 e corps au 16*. Elle pouvait constater que Valois était encore partiellement occupé par l'ennemi (1). Cette fois, nous tenions fortement la partie sud de la ligne de la Mortagne, que nous allions organiser pendant les journées qui suivirent. Quant au i3 e corps, il ne modifia pas sensiblement ses emplacements, mais reconstitua ses réserves et répartit entre ses éléments les renforts arrivant de l'arrière. On reconnut les positions ennemies; on fortifia les lisières nord des bois de la Grande-Coinche, d'Anglemont. De même, au bois du Ban-de-Nossoncourt et à la ferme du Champ-Chaudron, qui prolongent vers l'est les< hauteurs du bois d'Anglemont.

À la droite de l'armée t le i4 e corps ne se maintenait qu'avec peine à Anozel. Entre ce corps d'armée et la crête des Vosges, la situation de nos troupes restait sérieuse et pouvait devenir grave. Tant que nous ne tiendrions pas solidement les hauteurs de Mandray et les deux cols qui les traversent, la possession de la vallée de la Meurthe vers Saulcy, où l'un de nos bataillons s'était maintenu, et celle du Bonhomme seraient tout à fait précaires. Le général Dubail donnait donc au groupement des Vosges l'ordre de saisir la crête de Mandray et la Tête-de-Béhoulle, de s'y installer solidement et d'en faire la base de nos opérations ultérieures dans cette région.

(1) Le i" septembre, le général Le Villain était remplacé par le généra] de Mitry.

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