CHAPITRE XVII
FIN DE LA BATAILLE DE NANCY (10-13 Septembre)
Offensive du 10 septembre. — Combats vers la forêt de Champenoux. — Le détachement Ferry. — La 74 e division. - — Le 16* corps. — Menace allemande vers la Meuse. — Le 11 septembre-. — Retour offensif des Allemands vers le Mont d'Amance. — Le détachement Ferry. — Le 12 septembre. — La 7 4 e division dans Lunéville. — Le 16 e corps à Fraimbois. — Le détachement Ferry à Réméréville. — Retraite générale des Allemands. — Dislocation de la 2 e armée. — Extension de la i w armée.
Le général de Castelnau doanait, dans la matinée du 10 septembre, des ordres en vue d'une offensive énergique-, destinée à déloger l'ennemi des positions d'où il bombardait Nancy (1). Peut-être estimera-t-on que c'était là un médiocre objectif, qui ne justifiait guère de violents efforts. Quoi qu'il en soit, les divisions de réserve devaient attaquer la forêt de Champenoux et le défilé de La Bouzule; le 20 e corps, Réméréville, et le 16 e , Lunéville. On opérerait avec méthode, après une préparation d'artillerie.
La fatigue des troupes était extrême à la suite de trois semaines de combats presque ininterrompus. On ne lan-
(1) Un texte officiel s'exprime ainsi : « Des ordres sont aussitôt donnés pour une offensive énergique qui délogera l'ennemi des positions où il a installé ses batteries ».
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çait donc à l'attaque que les éléments relativement frais tels que le détachement Ferry, les éléments venus de Sainte-Geneviève, un régiment (i43 e ) du 16 e corps, alors à Essey-les-Nancy, en réserve générale. Plusieurs groupes d'attaque étaient constitués avec des éléments àes divisions de réserve où de la garnison de Toul et le détachement Ferry. Le détachement Neltner, <te ïa 59* division, était rendu à 6 heures à l'ouest du Pain-de-Sucre, prêt à intervenir, soit dans lardirection de Ghampenoux, soit au nord du Grand-Mont d'Amance. A 10 heures, après avoir reçu comme, objectifs la ferme de La Bouzule et la lisière efct de la forêt de Champerioux, il se mettait en mouvement et atteignait la station de Laître-sous- Amance, pendant que l'artillerie dirigeait une énergique préparation sur les lisières de la forêj^
A sa gauche devait opérer le 206 e (68 e division) qu'allait prolonger vers; le nord, comme nous le verrons, un nouveau détachement aux ordres du colonel Lambin (1) et mis, comme les précédents, à la disposition de la 68 e division, chargée d'opérer une attaque générale sur tout son front. v
Au sud de la route de Château-Salins, un autre groupement réunissait deux bataillons du 168 e et un du 169 e , lieutenant-colonel Brault. Ces deux groupes seraient appuyés à droite par des éléments de la 64 e division de réserve (286* et 3/i e ' colonial) commandés par le lieutenant-colonel d'Ollonne, l'explorateur bien connu.
Dans la matinée, notre artillerie entretenait un feu vif sur les lignes allemandes, ne provoquant qu'une faible
(1) M. Hanotaux, VI, p. 110, paraît confondre les détachements Lambin et Neltner. Le premier n'eut pas à intervenir le 10 septembre, contre ce que semble admettre M. Hanotaux.
La grande gterre, IV. 13
ig4 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL
réaction. À n heures seulement, J'attaque était déclenchée. Nps troupes franchissaient la ligne Velaine, château du Tremblois, halte de Lâître-sous-Àmance. Deux des bataillons du colonel Neltner (i) arrivaient à hauteur de la station de La Bouzule, Champenoux, d'où, ils progressaient sous bois, parallèlement à la voie ferrée et à la routé. Ils étaient accueillis par des feux venant' de la Maison forestière, à 800 mètres au nord-est de la station. Un violent combat suivait. Derrière ces deux bataillons, le 6 e ldu 3i4 e restait en réserve à la lisière sud-ouest de la forêt. Les autres progressaient; .le 5 e du 3i4 e atteignait la laie allant de la Maison forestière à 1.200 mètres au nord de la station, vers le sud-est. .Le bataillon du 325 e prolongeait sa gauche vers la ferme de La Fourasse. Une demi - compagnie du génie, adjointe au détachement Neltner, s'arrêtait à la Maison forestière, qu'elle organisait défensivement.
Quant au détachement Brault, à droite du précédent, il avait abordé, vers i4 h. 5o, la lisière ouest de la forêt de Champenoux. Il pénétrait sous le couvert et occupait la ferme de La Bouzule, malgré une vive résistance et un feu écrasant d'artillerie lourde. À 19 heures, les bataillons de Toul atteignaient la lisière est de la forêt, en face de Champenoux. A leur droite, les éléments delà 64 e division bordaient seulement laf grande tranchée médiane, orientée du nord-ouest au sud-est (2).
L'ennemi s'était hâté dé déclencher un feu très violent de la forêt de Grémecey sur la face est du mont d'Àmance. Son infanterie opposait une résistance obstinée dans les tranchées à l'ouest et en bordure, de la forêt de Champe-
(1) 5 e du 3i4 e et bataillon Doumer du 325*.
(2) Hanotaux, VI, p. 112.
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noux, puis à l'intérieur de ce jnassif. On voyait vers Lanfroicourt, au nord, arriver une forte colonne de cette arme. ,
Le bombardement allemand, qui continuait jusque vers 18 heures, mettait eç feu Bouxières-aux-Chênes, détruisait le hameau d'Ecuelle et l'Auberge du Cheval Rouge.
Pendant que ces événements se déroulaient au centre de la 2 e armée, à gauche on signalait de la 73* division l'entrée du 167 e dans le bois de Cuitç à l'ouest de la Moselle. Le colonel Lambin donnait, de grand matin, à ses trofs batteries, l'ordre de coopérer à cette offensive. Les deux batteries de Villers-Prudhomme devaient se porter, à cet effet, sur Bezaumont. A ce moment survenait une nouvelle dépêche: la 117 e brigade devait évacuer la position de Sainte-Geneviève, en gardant simplement la crête 357-374 au sud de la Natagne et Morey, Millery. Toute l'artillerie serait portée à Faulx-Saint- Pierre, en réserve de la bçf division.
Ainsi on renonçait entièrement à soutenir la 73 e division au bois de Cuite et on abandonnait l'importante position de Sainte-Geneviève après l'avoir réoccupée et sans y être contraint le moins du monde. Il est difficile d'apprécier ces dispositions imprévues. On peut croire que 1 elat-major de la 2° armée sacrifiait notre situation sur la Moselle à l'opération entreprise par le 20 e corps et par les divisions de réserve. Peut-être allait-il trop loin dans cet abandon.
Dans la matinée du 10, le colonel Lambin recevait l'ordre de se rendre lui-même à Faulx-Saint-Pierre pour
y prendre le commandement d'un nouveau détachement d'une composition singulière (1) : 5 e bataillon du 325 e , un bataillon du 335 e (118 e brigade) venant de Sivry, Bratte; le groupe du 33 e , venu de Sainte-Geneviève. Le tout devait se porter sur Ecuelle et les pentes sud du plateau de Rochette, pour diriger une attaque sur la lisière nord de la forêt de Champenoux et sur la ferme de La Gandale.
Ce mouvement était retardé par diverses circonstances, en sorte qu'à la nuit l'infanterie n'avait pas dépassé Ecuelle et Bouxières-aux-Chênes. Elle attendait le jour sur place- Nous verrons ce qui devait advenir du détachement Lambin, le 11 septembre.
Au 20 e corps, nos progrès étaient plus lents qu'au groupe de divisions Léon Durand. Le corps d'armée devait jeter toutes ses forces disponibles sur Réméréville, en contenant l'ennemi vers Sionviller. D'après l'ordre du général Balfourier, le détachement Ferry, appuyé par l'artillerie de la 70 e division et partant de la ligne Velaine, Buissoncourt, attaquerait à 10 heures pour .atteindre la croupe 277 et la corne sud-est de la forêt de Champenoux, Réméréville, le mouvement de terrain au sud. Il se relierait sur sa droite à la 3g e division.
(1) On remarquera l'incohérence de ces dispositions: prélèvement de quatre bataillons sur la m 7 e brigade pour les porter à Faulx; constitution d'un -détachement (lieutenant-colonel Neltner) avec trois de ces bataillons; constitution d'un nouveau détachement avec le quatrième de ces bataillons, un bataillon de la 118 e . brigade et trois batteries, le tout sous les ordres du colonel commandant la 117 e brigade et le secteur de Sainte-Geneviève.
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Le détachement était rassemblé dès 4 h. 3o et le général Ferry prescrivait aux deux bataillons des 69 e et 79 e d'attaquer directement la forêt de Réméréville, de façon à y fixer l'ennemi, tandis que le reste des troupes manœuvrerait par le sud en profitant des brèches que lui ouvrirait l'artillerie.
* L'ensemble de la u e armée devait reprendre l'offensive dès le déclenchement de l'attaque du détachement.
Dans la forêt de Champenoux, les deux bataillons de la « division de fer »^ sous les ordres du commandant de Salles, se heurtaient aux organisations défensives de la butte de Tir, mais remplissaient héroïquement leur tâche, en se reliant à gauche à la 68 e division. Lç général Ferry avait adressé à ces bataillons, d'origine lorraine, un pressant appel, leur demandant de venger Nancy bombardé par l'artillerie ennemie.
Quant à la droite du détachement, elle s'emparait de la lisière sud de la forêt Saint-Paul et du bois d'Haraucourt.
La 39 e division, renforcée du 2 e bataillon de chasseurs, attaquait les croupes au sud de Gourbessaux et de Drouville. A droite, la 11 e division appuyait cette attaque par son artillerie, tout en contenant l'ennemi vers la cote 3i6 et vers Maixe. /
L'offensive du 20 e corps ne réussissait qu'imparfaitement. En fin de journée, ses fractions avancées tenaient la crête à l'est de Gellenoncourt, le bois d'Haraucourt et la lisière est de la forêt Saint-Paul. Réméréville restait à l'ennemi, mais ce village était complètement sous nos coups.
On constatait partout que, sauf un instant vers le nord, les Allemands avaient renoncé à l'offensive et que leur résistance fléchissait. Une violente canonnade masquait
ce mouvement de repli, selon leur procédé familier (1), d'ailleurs très rationnel.
Au sud du 20* corps, le 16* et la 7/1* division continuaient leur offensive les 10 et 11 septembre : la 7 V sur Lunéville, par Chaufôntaine, et sur Hériménil; la 3s e division, moins le i43 e en réserve d'armée, portant sa gauche sur le bois Féchant et sur la ferme au sud-est, sa droite. en direction de Fraimbois. On visait ainsi à prendre de flanc les Allemands qui se maintenaient dans ce village et à faciliter l'offensive directe de la 3i e division dans le terrain découvert entre le bois de Bareth et ceux du Fey et du Four, vers l'est. •
•Nos troupes exerçaient sur l'ennemi unç pression continue, mais leurs progrès étaient ralentis par les défenses allemandes et par de nouvelles batteries lourdes établies dans la forêt de Mondon.' On préparait une attaque sur Fraimbois dans la nuit du n au 12; il fallait la décommander au dernier moment, en raison de l'extrême fatigue des troupes qui combattaient depuis dix-neuf jours.
Sur le front de la 7/1° division, une batterie placée sur un mouvement de terrain de la forêt de Vitrimônt enfilait la vallée du Laxat et la rendait intenable pour l'ennemi. Le 223? en prenait possession. Déjà on signalait (10 septembre) un commencement d'évacuation à Lunéville. Trois trains Tn partaient dans la matinée (2).
(î) Hanotaux, VI, p. n3.
(2) Hanotaux, loc. cit. D'après la Victoire de Lorraine, p. £4, un dos commandants de brigade de la 7,4 e division demandait depuis trois jours à l'artillerie de faire passer des pièces au nord d«* la Meurthe, sur un pont de fortune. Le commandant de l'artillerie refusait, de crainte de perdre du matériel. Un ordre formel du divisionnaire intervint : deux pièces lourdes et une batterie de 75 passèrent \e il septembre et ouvrirent un feu qui se prolongea toute la nuit.
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Si les forces allemandes sur la MorUgne et à l'est du Grand-Couronné semblaient se réduire,- il n'en était pas de même à l'ouest de la Moselle. On annonçait que des troupes auraient traversé Pont-à-Mousson (i) allant vers l'ouest» On signalait la présence de la 33 e division de réserve dans cette région. Des forces plus importantes se mouvaient dans laWoëvrc. Il semblait, d'après ces indices, que l'offensive allemande fût en voie de se déplacer vers le nord-ouest. Son but serait-il de tourner nos défenses du Grand-Gourbnné*par leur gauche ou même d'isoler la 2 e armée du centre de notre ligne? Un fait militait pour cette dernière hypothèse : le fort de Troyon était bombardé depuis le soir du 9 septembre, sans que la résistance de la garnison en fût ébranlée. Mais la 2 e division de cavalerie n'avait rencontré vers le bois de Thiaucourt que de la cavalerie, qui évitait le combat, comme d'ordinaire.
■De l'ensemble de ces faits, l'état-major de la 2 e armée et notre grand quartier général paraissent avoir conclu que les Allemands cherchaient à tourner Verdun par le sud, en isolant la 2 e armée de la 3 e . Le général de Castelnau décidait, par suite, de modifier la répartition de ses forces. La 73 e division tout entière (2) (garnison de Toul) serait portée vers Saint-Mihiel, dans la vallée dé la Meuse. Elle aurait à soutenir la 2 e division de cavalerie, à dégager le fort de Troyon et à « étayer » la 3 6 armée vers
(1) « Au moins 600 hommes », écrit M. Hariotaux, sans doute par Une' erreur <Je chiffres.
(3) Elle rallierait la brigade mixte partie le 8.
Test Trois bataillons et une batterie, renforcés au besoin par le gouverneur de Toul, tiendraient la vallée de la Moselle et ses abords entre Custines et Saizerais. Des dispositions étaient prévues pour que le 20* corps fût transporté dans la région de Saizerais. Il aurait à opérer, au besoin, entre la Moselle et la Meuse. Le général de Castelnau ne renonçait pas néanmoins à tirer parti des résultats obtenus dans notre défensive - offensive à Test de Nancy.
Sur les entrefaites, le général en chef reconnaissait pleinement les mérites de la 2 e armée dans cette tâche ingrate. Le 10, à 1/4 h. 10, il écrivait ail général : « Depuis près d'un mois, l'armée que vous commandez a combattu presque tous les jours et a montré des qualités remarquables d'endurance, de ténacité et de bravoure. Quelque difficiles qu'aient été pour vous les. circonstances, vous avez réussi à vous maintenir sur les hauteurs du Grand-Couronné, à repousser les attaques furieuses lancées contre vous et à empêcher l'ennemi de pénétrer dans Nancy.
« Je tiens à vous exprimer ma sympathie et vous prie de la transmettre aux troupes sous vos ordres » (1).
D'après l'ordre pour le 11, la 2 e armée devait continuer son offensive d'ensemble dans les conditions prescrites pour le 10 septembre. Au nord de la route de Château-
(1) Reproduit d'après J. Reinach, des Commentaires de Poîybc, I, p. io4. Le texte de M. Hanotaux n'est pas conforma à celui de M. Reinach.
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Salins, la 68* division, les détachements Neltner et Lambin, de là 59*, et le régiment de marche dé Toul continueraient d'attaquer la forêt de Champenoux et ses abords. Au sud, la 64 e division, général Compagnon, attaquerait par sa gauche dans la direction générale de la cote a32 et du bois Morel. Cette double attaque serait appuyée par l'artillerie des 64 e et 68 e divisions, ainsi que par les batteries lourdes du Mont d'Amance et de La Rochette (a*i sud de Leyr). Le détachement Neltner avait ordre de se porter, dès 5 h. 3o, par la lisière sud de la forêt, sur le rond-point à 1.200 mètres au nord-ouest de Champenoux. Il pousserait ensuite vers le Rond-des- Danies et la lisière nord -est. Le 6* bataillon du 3i4 e et celui du 325 e , accolés, se mettaient en mouvement. A leur gauche, un bataillon du 206 e , parti de la ferme de La Fourasse, marchait sur le Rond-des-Princes et le Ronddes-Dames.
Ce dernier mouvement paraît avoir été très mollement mené. Le bataillon du 206 e aurait à peine pénétré en forêt, tout en faisant connaître qu'il avait atteint le Ronddes-Dames (1). Quoi qu'il en soit, les bataillons de Neltner étaient en mouvement, quand le commandant Couteau, du i68 6 , chargé d'attaquer Champenoux par le nord-est, vint déclarer au colonel que le Rond-Point-des-Dames était fortement occupé et que son attaque avait échoué. Son ancienneté lui valut le commandement des deux bataillons de Neltner et il renouvela l'attaque.
Ce fut pour être bientôt en prise avec des forces supérieures. Le bataillon du 325* fut arrêté. Une compagnie
(1) D'après Hanotaux, VI, p. n5, doux des compagnies de La Fourasse auraient échangé des coups de feu pendant la nuit, par •méprise. On aurait cru à une surprise de l'ennemi et notre ligne se serait repliée jusqu'à Essey. Ces détails ne semblent pas exacts.
du 3ii e se laissa entraîner dans un coupe-gorge par un sous-officier et une fraction allemande qui levèrent la crosse en l'air. Sans méfiance, nos officiers s'avancèrent et furent accueillis par un feu à bout portant qui blessa grièvement le capitaine Beauchel-Filleau, tua deux officiers et un assez grand nombre d'hommes.
Presque au même instant, le reste du bataillon et celui du 32o e étaient obligés de se retirer devant de nombreuses mitrailleuses tirant de front et de flanc. Le bataillon du 168 e refluait également, très éprouvé, entraînant la demicompagnie du génie.
Ce mouvement de repli s'arrêtait à la lisière sud -de là forêt et, avant la nuit, le bataillon du 325 e réoccupait la Maison forestière; celui du 168 e s'installait sur la laie longeant ce bâtiment; deux compagnies du 3i4 e tenaient la ferme de La Fourasse; le reste de ce régiment bivouaquait au sud de la forêt (i).
Quant au détachement «Lambin, ~ on se souvient qu'il avait passé la nuit vers Ecuelle et Bouxières, son artillerie n'ayant pas encore paru. Au jour, le bataillon du 325 e occupait Eruclle avec deux compagnies, les autres restant en réserve au sud-ouest. Le bataillon du 335 e quittait Bouxières pour se porter au .sud d'Ecuelle, entre ce hameau et la route de Nomeny. La direction ultérieure serait l'Auberge du Cheval Rouge et la ferme de La Candale.
Les trois batteries du 33 e venaient prendre position entre la Fine-Aiguille et l'Auberge de la Côte de Delme, pour eontrebattre les lisières de la forêt de Champenoux et la ferme de Ouercigny.
(1) Portos du 3i£ e : 3 officiers tués, 1 blessé; 33 hommes tués, 84 blessés, 6 disparus; 325 e : 3 officiers tués, 3 blessés, i£ hommestués. 90 blessés, 17 disparus.
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Le mouvement du 335 e , vu sans doute par l'ennemi, attirait des obus lourds. Le commandant Prioux, blessé, passait le commandement à un capitaine, qui exécutait mollement les ordres donnés. Finalement, deux de ses compagnies se" retranchaient entre Ecuelle et la route, vers l'Auberge de la Côte de Delmc. Deux autres restaient en réserve. Deux des compagnies du 325 e prolongeaient la gauche du 335 e sur les lisières d'Ecuelle.
Un incident ralentissait encore ce lent mouvement offensif. Les deux compagnies du 325 e , au sud-ouest d'Ecuelle, se déplaçaient pour éviter les obus. Mal conduites par leurs officiers, tous de la réserve, elles déviaient de leur direction et finissaient par aboutir, en désordre, au bois de Montenoy, d'où elles ne reparaissaient plus de tout le jour. , ,
Le détachement restait sûr place, incapable de pousser plus avant. Le terrain, en avant, formant glacis, était favorable à ses feux. L'ennemi se bornait à un tir continu d'artillerie lourde, sans faire intervenir son infanterie. Quant au groupe du 33 e , faute de munitions, il tirait très lentement, par intermittences. La batterie de 120 du plateau de La Rochette entretenait, elle aussi, un tir peu nourri. Les obus ennemis causaient des pertes sensibles.
A 17 heures, le colonel Lambin recevait l'ordre d'activer le mouvement en avant. Les moyens lui faisaient entièrement défaut. Il n'y avait presque plus d'pbus. Derrière la première ligne d'infanterie, il ne restait plus d'échelons pour alimenter le combat. Les réservistes arrivés la veille au 325 e , au nombre de 60 par compagnie, étaient fort impressionnés par les projectiles. On resta sur place jusqu'à la nuit, qui amena la cessation à peu près complète du bombardement.
A droite du détachement Lambin, le régiment de Toul
échouait dans une attaque sur Champenoux. Nous ne conservions guère, de ce côté, que le bois de Velaine (i). Le colonel Brault était grièvement blessé.
D'après une correspondance étrangère que reproduit M. Hanotaux (2), le régiment de Toul devait traverser la forêt de Champenoux au sud de la route de Château- Salins, traverser le chemin de Champenoux à Erbéviller et marcher ensuite sur le bois Morel. 11 sortit de la forêt sans recevoir un obus ou une balle et gravit un petit plateau. En arrivant à la crête, il fut littéralement fauché en quelques minutes par douze mitrailleuses embusquées à la lisière du bois Morel et tirant de 3oo à 4oo mètres. Leurs gerbes balayaient le sol, atteignant à la tête les hommes couchés. L'attaque du régiment fut enrayée du coup.
Au détachement Ferry, l'offensive devait être poursuivie le 1 ii, à 6 heures. Elle aurait comme objectif la corne sud-est de la forêt de Champenoux, Réméréville et le moulin du même nom.
L'attaque de droite fut vigoureusement poussée. Le 43** colonial atteignit le bois d'Haraucourt et le moulin (3).
(1) Colonel Bujac, loc. cit. Le i£3 e fut mis le soir du 11 à la disposition de la 68 e division et concourut à garder le bois de Velaine. M. Hanotaux, VI, p. 116, donne une toute autre physionomie à ces
'combats. D'après lui, le détachement Lambin aurait pénétre jusqu'à l'étang de Brin, d'où il menaçait les communications allemandes par la vallée de la Seille. Une autre fraction aurait occupé La Candaîe en soutien. Au 6ud, le détachement Neltner et le régiment de Toul seraient restés maîtres du défilé de La Bouzule. Nous croyons cette version absolument fausse, pour les meilleures raisons.
(2) Journal de Genève du 10 avril 1915, Hanotaux, VI, p. 116. A plusieurs reprises, M. Hanotaux. mentionne « la brigade » de Toul, alors qu'il y avait trois bataillons seulement.
(3) D'après Christian -Frogé, p. i5o, le 43 e « colonial traverse Buissoncourt transformé en charnier et où la pestilence est effroyable. Il progresse dans la forêt Saint-Paul remplie de cadavres, d'équipements et d'armes jetés par les Allemands.
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L'artillerie détruisit des canons allemands en batterie à la cote 246 et au nord de Réméréville (12 heures). Le 43 e colonial continuait vers les croupes au sud de ce village, le 4i e débouchant à Test de la forêt Saint-Paul. Le 36o e nettoyait cette forêt et le sud de celle de Champenoux, d'où débouchaient vers Test les deux bataillons des 69 e et 79 e . Tout le groupe se portait à l'attaque de Réméréville et des croupes qui l'encadrent au nord et au sud. Au sud du détachement Ferry, la 3g e division, général Dantan, progressait sur la longue croupe à l'ouest de Gellenoncourt et atteignait là lisière de ce village. La 70 e division restait en place* Enfin, la 11 e appuyait la 39 e , çn prenant l'offensive vers Maixe et la -eôte 346 au nordouest.
A la droite de la 2 e armée, comme nous l'avons vu, les progrès étaient peu sensibles, mais l'artillerie allemande se montrait moins active.
A la gauche, l'ennemi abandonnait visiblement l'offensive sur le Grand^ouronné/ qui lui avait coûté tant de sacrifices. A cette même date du 11 septembre, le général de Castelnau donnait au général Kopp l'ordre, d'exécuter un coup de main sur Pont-à-Mousson : on mettrait le feu au pont reconstruit par les Allemands, de façon à gêner leurs mouvements à l'ouest de la Moselle.
Un détachement fut constitué, comprenant un peloton du 25* dragons, une demi-section du génie, deux compagnies du 232% le tout sous les ordres du commandant Favre. Un bataillon du 286 e se dirigea de Faulx-Saint Pierre sur Atton, pour servir de repli.
Après capture d'une patrouille dont le chef fut tué, le détachement rencontra vers Atton une fraction d'infanterie et un peloton de. dragons allemands qui fuient aisément rejetés sur Nomeny. Une autre fraction, qui tenait la gare de Pont-à-Mousson, fut également refoulée à l'ouest de la Moselle. Le génie mit le feu au pont et pratiqua une brèche de 3 à 4 mètres qui fut élargie le lendemain à la dynamite. Le bataillon du 286 e n'eut pas à intervenir.
Sur la rive opest de la Moselle, la 2 e division de cavalerie poussait jusqu'à Saint-Baussant, entre Thiaucourt et Apremont, et y refoulait une avant 7 garde allemande. Elle se heurtait à* de la cavalerie en marche au sud de Pannes. L'état-major de la 2 e armée avait préparé pour le 12 le transport du 20 e corps à l'ouest de la Moselle. Il l'ajourna de vingt-quatre heures, afin de mettre à profit la retraite, devenue évidente, de l'ennemi à l'est de nos positions.
Ordre était donné de continuer l'offensive sur tout le front. Le 20 corps, le 2 e groupe de divisions de réserve et le 16 e corps auraient à exécuter la poursuite. Au sudest, la gauche de la i n armée opérait de même.
Le 12 septembre, vers 6 heures, le commandant Stirn-, du 27* bataillon de chasseurs, alors à la- lisière est de la forêt de Vitrimont, envoyait au général Bigot un compte rendu à peu près libellé dans ces termes : « Les Allemands f... le camp. Dans une heure je serai à Lunéville ».
Comment croire à pareille aubaine, après les luttes acharnées qui, durant huit jours, n'avaient amené aucun résultat décisif, aucune brèche dans le front ennemi? Pour se rendre à l'évidence, il fallait une confirmation de ce renseignement. Elle ne tarda pas. Peu après, le lieu-
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tenant-colonel Bluzet, commandant le î2 23 e , annonçait également de Rehainviller la retraite des Allemands (i). D'une voix entrecoupée par la course et par l'émotion, un habitant faisait connaître l'évacuation de Lunéville. Malgré tous ces témoignages, on avait peine à croire au repli de l'ennemi. On était tenté d'y voir une ruse. L'expérience apprend, en effet, que chacun est toujours tenté de s'exagérer ses propres difficultés et ses pertes, sans jauger exactement celles de son adversaire. La 2 e armée était sous l'impression du départ du i5* corps et des autres unités prélevées sur elle : elle avait vu ses unités obligées à étendre leur front. Elle ignorait complètement, le matin du 12, les revers subis par l'ennemi à l'ouest de la Meuse (2) et la nécessité où il se voyait de porter dans cette direction, coûte que coûte, d'importants renforts. Les combats soutenus depuis le i!\ août en Lorraine avaient certainement allégé la tâche de nos autres armées sur la Marne. Maintenant, par un heureux contre-coup, la victoire inespérée de ces dernières dégageait entièrement nos armées de l'Est. •
Le 27 e bataillon de chasseurs, par la rive droite de la Meurthe, le 223 e , par la rive gauche, entraient dans
(i) D'après Hanoiaux, VI, p. 120, le 232 e s'aperçut vers 4 heures de l'évacuation des tranchées à cheval sur la route de Rehainviller à Chaufontaine. A 6 heures seulement elles furent occupées. Chaufontaine fut trouvé vide également.
(2) Ce témoignage des plus autorisés est contredit par la Victoire te Lorraine , p. 45, dont nous avons signalé le défaut d'exactitude. D'après l'auteur^ à 2 heures du matin, il fut réveillé par alerte. Le divisionnaire communiquait le télégramme célèbre du général en chef annonçant la victoire de la Marne : « C'est la plus grande émotion de ma vie. Nous pleurons. Nous nous embrassons, nous nous félicitons comme si le camarade à qui nous parlons était lui-même le généralissime et le grand vainqueur ». Suivant Christian-Frogé, p. 55, les troupes n'eurent connaissance du télégramme que Ic'i3.
2o8 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL
Lunéville et opéraient leur jonction, vers 8 heures, sur la place du Château. La i48 e brigade, puis la 147 e suivaient de près et les avant-gardes allaient occuper le plateau au nord de la ville. On y trouvait de grandes quantités d'armes/ d'équipements, d'approvisionnements de toute nature. Les tranchées étaient jonchées de bouteilles vides, témoignage éloquent de la sobriété et du respect des Allemands pour la propriété privée. Le quartier général de la 74 division s'installait, dans la soirée > au Château et le général Bigot avait l'intense satisfaction de coucher dans une chambre dont la porte était encore maculée d'une inscription à la craie : « General von Henig ». Cet hôte indésirable en était parti précipitamment le matin, après y avoir séjourné vingt-deux jours.
Vers if> heures, on entendait une violente explosion. Les débris du fort de Manonviller venaient de sauter. Partout on ne rencontrait plus que des patrouilles de cavalerie allemande (1).
Sur le reste du front du 16 e corps, la retraite des Allemands était également constatée dès le matin. Profitant d'un violent orage, ils avaient évacué, durant la nuit, leurs défenses de Fraimbois, pour se retirer dans la forêt de Mondon, après avoir détruit les passages de la Meurthe. La crête d'Hériménil à Fraimbois fut occupée ^ans résistance. Dans l'après-midi, le i er hussards fut lancé à la poursuite, avec mission de délimiter les nouveaux emplacements de l'adversaire. Mais à peine ces escadrons avaient-ils parcouru quelques kilomètres, qu'ils étaient arrêtés sur le Sanon, un peu au delà d'Einville, sur la
(1) Hanotaux, VI, p. 120. Dans la soirée, toutes les maisons de Lunéville étaient encore éclairées, suivant les ordres de la kommandantar.
FIN DE LA BATAILLE DE NANCY (lO-l3 SEPTEMBRE) 209
V^zouse, vers Marainviller. Derrière eux, l'infanterie occupait une nouvelle ligne qui est encore, à peu de chose près, celle que nous tenons en mai 1918. L'ennemi s'était fortement retranché dans la forêt de Parroy.
Près 'de Moncel, où cantonnait un état-major bavarois, on trouvait un document indiquant que les VI e et VII e armées avaient reçu l'ordre de se retirer, le 12 septembre, sur la ligne cote 344, nord de Barthelémont, Groismare, ligne de la Vezouse, « pour y attendre des renforts » (1).