OFFENSIVE ALLEMANDE PAR LA BELGIQUE 18-25 AOUT
D'après La Campagne de l'Armée belge (Bloud et Gay, Éditeurs).
LA SORTIE DES 25 ET 26 AOUT I<)l4 A ANVERS 17
Hombeck; IV e à Bueken; IX e à Bruxelles; X e à Jodoigne; VII e à Eghezée; 2 e division de cavalerie à Westerloo; 4 e et 9 e à Wavre (i).
Ces masses, dont la densité atteignait dix hommes par mètre courant du front, submergeaient toute la région comprise entre le Démer et la Meuse. Encore les Belges ne savaient-ils pas que des corps d'armée de réserve suivaient ceux qui viennent d'être énumérés, dans leur vaste mouvement vers la frontière française.
Le terrain autour d'Anvers p£ut être partagé en cinq secteurs. Les i er et 2 e , compris entre l'Escaut inférieur et la petite Néthe, orientés au nord-est, vers la frontière néerlandaise, ne présentaient, par suite, qu'un intérêt relatif. Le 3 e , entre la Dyle et la petite Néthe, se prêtait mal aux opérations tactiques. Au delà de la zone de tir, voisine immédiate des forts, le pays y était très couvert. Toute sortie se heurterait à deux obstacles sérieux : la Dyle prolongée par le Démer et le canal de Malines à Louvain.
Paî* contre, ce secteur était le plus menaçant pour les communications allemandes entre Louvain et Bruxelles. Il fut donc le théâtre de deux sorties. Longtemps, l'armée belge y resta en observation et c'est par là que les Allemands entreprirent le siège d'Aîivers.
Le 4 e secteur, entre la Dendre et la Dyle, présentait des conditions topographiques plus favorables, bien que les
(i) La Campagne de V armée belge, p. 53^ porte le IX* corps à Bueken et à Bruxelles, mais il paraît y avoir là une faute d'impression, le IV e corps n'étant pas signalé.
ta grande guerre, IV. 2
l8 LA 6RJUS©E GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL
vues y fussent également très limitées. Aucun obstacle natuTel de quelque importance ne pouvait y gêner une offensive belge. Mais il menaçait moins directement que le 3 e les lignes de communication allemandes.
Sut la rive gauche de l'Escaut, le 5 e secteur, très précieux pour TaTmée belge, assurait ses liaisons avec la mer et avec les Alliés, ainsi que la possibilité de sortir d'Anvers. Un gros obstacle, l'Escaut, le couvrait au sud. La vieille place de Termonde; déclassée, servirait, de tête de pont en cas d'opérations offensives. Enfin, la Durme, large rivière aux abords inondables, doublait au nord l'obstacle de l'Escaut (i).
C'est à dater du 21 août que le gros des armées allemandes disparut du front de l'armée belge, pour infléchir sa marche vers la Sambre et le Hainaut. Uile armée d'observation, composée des IIP et IX e corps de réserye, prit position^ devant Anvers, tandis que la i3 e division de féserve (VII e R.) et une ou deux divisions de landwehr s'établissaient vers Liège. Ces unités venaient de se mettre en place quand le haut commandement belge apprît qu'une série d'actions violentes étaient engagées sur la Sambre et vers M'ons entre les Allemands et les Alliés. Il jugea le gros de l'ennemi suffisamment éloigné pour qu'il pût négliger la possibilité de son intervention. D'autre part, les Allemands n'avaient pas encore eu le temps d'organiser leurs positions devant Anvers. On pouvait donc tenter une sortie de la^ position retranchée (2). Elle eut lieu les 25 et 26 août.
Le secteur choisi permettait de menacer les communications allemandes et de percer le front des IIP et IX e
(1) La Campagne 'de Vannée belge, p. 68.
(2) Vaction de l 'armée belge, p. 4o.
LA SORTIE DBS »5 ET 2-6 AOUT I<)l4 A ANVERS JQ
corps de réserve, qui semblait s'étendre très largement 4e Wolweïthem par Elewyt à Aerschot et même Diest, sur une ligne courant de l'ouest à Test.
.. Dès le 24, dans l'après-midi, une avant-garde, comprenant le 3 e chasseurs à pied et l'artillerie de la 17 e brigade, se heurtait aux avant-postes allemands à Impde et \m repoussait dans un combat qui coûtait aux Belges d'assez fortes pertes\Gi).
Le lendemain, la 6 e division attaquait Hof stade et Elewyt, au sud de Malines. A sa droite, les i ro et 5 e divisions marchaient entre la Senne et le canal de Willebroek; à sa gauche, la 2 e division, vers Boortmeerbeek. La 3* et la division de cavalerie suivaient en réserve, derrière la 6 e division et vers Putte.
La 6 e division s'empara de Hofstade et des bois de Schiplaeken; la i re de Sempt et de Weerde; la 5 e d'Eppèghem. Mais, à gauche, la 2 e division ne put forcer le passage du canal de Louvain à Malines et dut même se replier. Au centre, les Belges se heurtèrent autour d'Elewyt à des défenses solides qui brisèrent leur élan. De même, à droite, vers Pont-Brûlé et Grimbergen.
L'armée, encore dépourvue d'artillerie lourde, ne put percer la ligne ennemie. D'ailleurs on connaissait le résultat de la bataille sur la Sambre et l'opération entreprise paraissait être devenue sans objectif. Les Belges furent ramenés dans Je camp retranché, non sans avoir subi des pertes sensibles (2).
Le communiqué belge du -27 août portait que les opérations des 25 et 2^ a^ûi avaient été « couronnées de suc-
(1) Dont cinq officiers tués, Campagne de V armée belge, p. 69. Un zeppelin fut abattu le 24, après avoir bombardé Anvers.
(2) Dont seize officiers tués les- 25 et 26 août, Campagne de V armée belge, p. 69.
ces ». Le but poursuivi était double : i° détruire les retranchements ennemis; 2° « attaquer les Allemands sur la ligne Malines - Bruxelles et soulager les positions françaises ». La 4 e division allemande, en marche vers le sud (II e corps), avait été obligée de revenir en arrière. Les forts de Namur tenaient encore.
Dans le communiqué allemand du même jour, la note •est bien différente : « Quatre divisions belges ont entrepris, hier et avant-hier, depuis Anvers, une attaque contre nos communications dans la direction de Bruxelles. Les troupes chargées de cerner Anvers (sic) ont repoussé les Belges, en capturant de nombreux prisonniers et des canons. Presque partout, la population belge a pris part au combat, de sorte que les mesures les plus rigoureuses durent être appliquées pour supprimer les francs-tireurs et d'autres bandes de non-combattants.
<( Les lignes d'étapes ont dû être assurées jusqu'ici par les armées. Toutes les forces étant nécessaires pour la ligne de front, l'empereur a ordonné la mobilisation du 'landsturm, qui sera employé au service des étapes et à l'occupation de la Belgique. Ce pays sera placé sous l'administration allemande et mis à contribution pour les besoins de l'armée, afin de décharger l'Allemagne ».
On voit quelle hypocrisie nuancée de férocité, quelle avidité, quel dédain du droit des gens trahit la prose du" quartier-maître général von Stein. Il invoque la prétendue participation .des populations belges aux combats pour justifier les mesures les plus rigoureuses et finalement le pillage organisé d'un pays dont le seul crime est de ne pas s'être incliné devant la toute puissance allemande. Nous allons voir par quels actes se traduisait, dès ce moment, la vengeance de Guillaume II. }
on
ed
LA SORTIE DES 25 ET 26 AOUT I<)l4 A ANVERS aS
Louvain était une ville d'environ 45.ooo habitants, la métropole intellectuelle des Pays-Bas depuis le xv e siècle. Ses monuments, sa bibliothèque étaient célèbres*
Lorsque l'entrée des Allemands parut imminente, le bourgmestre Colins fit placarder un avis invitant au calme. Il n'en était pas besoin, car nul ne songeait à en sortir. D'ailleurs toutes les armes,, Jusqu'aux fleurets d'escrime, avaient été remis à l'administration communale et déposés dans l'église Saint-Pierre.
Le 19 août, dans l'après-midi, les Allemands entraient dans Louvain et, de suite, procédaient à d'énormes réquisitions de vivres, à l'imposition d'une indemnité de guerre, à l'arrestation d'otages, parmi lesquels le sénateur Van dcr Kelen et le bourgmestre. Les relations entre les habitants et l'envahisseur restèrent correctes, du moins extérieurement, mais on signalait déjà de nombreux viols (1).
Le 20 août, dans l'après-midi, les troupes belges s'approchèrent de la ville. Une paptie de la garnison sortit à leur rencontre; le reste attendit avec anxiété les événements. A la tombée de ter nuit, des unités venues de Louvain y rentrèrent. D'un grand nombre de témoignages, il résulte que les Allemands restés en ville se méprirent sur la nationalité des arrivants et tirèrent sur leurs frères d'armes. Il se peut que ces derniers aient cru être attaqués par des civils (2). Un fait certain est qu'aussitôt
(1) Cf. commandant de Gerlache, p. g4~95, et Grondijs (Hollandais), Les Allemands en Belgique, p. 29 et suiv.; p. 77-78.
(2) D'après Hanotaux, V, p. 161, une balle ayant tué un hussard allemand aurait* été tirée de l'hôtel de M. David Fischbach. Celui-ci
intervint la doctrine allemande sur les représailles en temps de guerre. Si les troupes attaquées ne peuvent désigner les coupables, peu importe. La commune entière est responsable, même de l'attentat d'un seul inconnu.
Des groupes de sous-of liciers et de soldats du i65 e se mirent à parcourir les rues principales, pénétrant dans certaines maisons et tirant au hasard par les fenêtres ou dans les portes. Une panique, un désordre indicible s'ensuivirent. Des incendies s'allumèrent. « Une soldatesque en furie défonçait les 'portes, mettait le feu partout au moyen de grenades incendiaires, de fusées ou... de pastilles de nitro-cellulose gélatinée ». Les malheureux qui essayaient de fuir étaient fusillés, d'autres tués sur le pas de leur porte; d'autres, enfin, asphyxiés ou brûlés vifs dans leurs caves.
et son fils furent immédiatement fusillés, la maison brûlée et le vieux cocher carbonisé. Or, David était un vieillard de 82 ans et on ne^trouva chez lui aucune espèce d'armes. Les autorités belges demandèrent en vain l'autopsie du hussard, dont le cadavre gisait au pied de la statue de Juste Lipse.
Certains neutres, après avoir longtemps refusé de croire à la barbarie voulue dés Allemands, commencent à se raviser : « A Louvain, les soldats allemands, pour avoir une excuse à leur œuvre de dévastation et de pillage, tirèrent eux-mêmes des fenêtres des maisons où ils logeaient en s'écriant qu'on, les attaquait » (Maximodel Campo, La Barbarie allemande jugée par un Chilien, Revue hebdomadaire, avril 191 8, p. ia5). Lire également dans l'Histoire générale et anecdotique de la guerre de 1914, par Jean Bernard, I,p. 3o3, une lettre du Père F. H. M. Parys, sous-prieur des Dominicains de Louvain, 3o novembre 19 14. Un professeur de Fribourg, M. J. Partsch, écrivait aux journaux que, d'après ces religieux, les civils avaient tiré sur les Allemands. Le P. Parys fit justice de cette allégation. Voir, en outre, /6/'i..p. 3o4, le témoignage de l'ingénieur suisse Fuglister, et p. 3i4, 32 1, ceux du prêtre urugayen Manuel Gamarra, du docteur Karl Sounenschein, prêtre catholique, correspondant de guerre de la Kôlnische Volkszeitung, dans une conférence reproduite par la Reichspost du 16 décembre 1914, et d'un prêtre hollandais parti de Vienne avec Uautorisation de l'arche vêque.
LA SORTIE DES 25 ET 26 AOUT I()l4 A ANVERS 25
Toute la nuit, ces scènes d'horreur se prolongèrent sans obstacle.
Le 26 août, dans la matinée, une centaine de personnes, parmi lesquelles pies prêtres et diverses personnalités de la ville, furent conduites sur la place de la Station. Les hommes furent triés à "part, dépouillés de tout ce qu'ils portaient, accablés de menaces et de coups, puis conduits à Gampenhout, où on les enferma dans l'église. Là, vers k heures, on les prévenait qu'ils allaient être fusillés dans une demi-heure. Il n'en fut rien. On les mit en liberté à 4 h. 3o, mais pour les arrêter de nouveau. On lés obligea de marcher devant les troupes vers Malines : « (j)n va vous faire goûter de la mitraille belge devant Anvers >j, leur dit un officier. Ils ne furent relâchés que dans l'après-midi, aux portes de Malines, sans doute par suite de la retraite des Belges.
Toute la journée du 26, les femmes et les enfants demeurèrent, sans nourriture, sur la place de la Station. Ils assistèrent à l'exécution d'une vingtaine de personnes,, au simulacre de l'exécution du vice-recteur de l'Université et furent contraints d'y applaudir. On ne les relâcha que dans la nuit du 26 au 27. - -
Un grand nombre de personnes furent entassées dans des wagons à bestiaux et conduites à Cologne. Leur voyage dura quatre jours, pendant lesquels ils reçurent un pain noir et un litre d'eau. Quelques-uns devinrent fous (1).
Le pillage, l'incendie, les scènes d'ivresse et de débauche les plus répugnantes continuèrent durant plusieurs jours. Le 29 août, le landsturmien Gaston Klein, de Halle, écrit
(1) Lettre d'un médecin belge au professeur Debove, de Gerlache, p. 96.
20 LA GRANDE GUERRE èUR LE FRONT OCCIDENTAL
dans son carnet qu'il-- arrive à Louvain et que le premier soin du bataillon est de pénétrer avec effraction dans les maisons pour marauder. Les officiers donnent l'exemple. De même pour un autre écrivant à sa femme Anna Mànniget, de Magdebourg (i).
Pour que le pillage fut plus facile, on expulsa les habitants de leur demeure. Six à huit mille personnes de tout âge et de toute condition furent conduites au manège, où elles passèrent une nuit entière dans un tel entassement que plusieurs femmes devinrent folles; des jeunes enfants succombèrent dans les bras de leur mère.
D'autres, au nombre de plus de dix mille, furent poussés jusqu'à Tirlemont, à vingt kilomètres, en subissant les pires traitements. Enfin, plusieurs centaines d'habitants (Je Louvain et des environs furent déportés en Allemagne, dans des camps où un certain nombre devinrent fous. L'œuvre de dévastation dura huit jours, le pillage précédant d'ordinaire l'incendie. Elle s'étendit à tout le diocèse de Matines. En voici le bilan, d'après le cardinal Mercier (2).
Des villages entiers avaient à peu près disparu. A Werchter-Wackerzeel, sur 38o foyers, il en restait i3o; à Tremelov, les deux tiers de la commune étaient rasés; à Bueken, sur 100 maisons, il en restait 20; à Schaffen, sur 200 habitants, 189 avaient disparu. A Louvain, le tiers de l'étendue bâtie était détruit; 1.07/» immeubles n'existaient plus; dans l'ensemble de la ville et des communes suburbaines, 1.823 immeubles avaient été incendiés. La
(1) Lettre pastorale à l'occasion de Noël igi4, fragment reproduit par de Gerlache, p. io5.
(2) Citées par de Gerlache, p. 98. Cf. les confessions d'un déserteur allemand en Hollande, la « Civilisation allemande en campagne », Débats du 26 mars 191 5.
LA SORTIE DBS 25 ET 26 AOUT IQl4 A ANVERS 27
collégiale de Saint-Pierre, l'antique collège Saint-Ivçs, l'école des Beaux-Arts, 1 école commerciale et consulaire, les halles séculaires, la bibliothèque avec ses collections, ses incunable^ ses manuscrits inédits, sa galerie de portraits, tout cela n'était que cendres et que ruines.
Des milliers de citoyens belges furent déportés en Allemagne, dont 3.ioo au seul camp de Munster; des centaines d'innocents fusillés, dont 176 (i) pour Louvsûn et les communes limitrophes, parmi lesquels des femmes, des vieillards, des enfants à la mamelle. Dans le diocèse de Malines seul, treize prêtres ou religieuses succombèrent ainsi. EncoFe cette funèbre liste est-elle incomplète.
Pour tenter d'expliquer ces crimes, les Allemands ont eu recours à leurs procédés habituels de mensonge et d'accusations sans preuves.
Ils ont prétendu que la population de Louvain avait ouvert le feu sur un .groupe d'hommes et de chevaux le 25 dans l'après-midi et qu'à la même heure le feu avait été ouvert sur dix autres points de la ville, ainsi que sur des troupes arrivant à la gare. Un plan convenu d'avance avec les troupes d'Anvers devait avoir été préparé. Deux prêtres auraient été trouvés distribuant des cartouches. Des femmes et des jeunes filles auraient crevé les yeux aux blessés (2).
Malgré leur criante invraisemblance, ces fables ont trouvé croyance en Allemagne et chez certains neutres. 11 n'est pas un seul fait positif qui les confirme. Bien au
(1) M. Hanotaux écrit 210 (V, p. i€a).
(2) Verskm communiquée à la presse, le 5i août, par le consulat d'Allemagne à Genève; Cf. un communiqué de l'agence Wolff, 29 août; Ernst Niederhausen, Der~ Weetkrieg, eine Sammlung belehrender Jngtndschriften, H. 3, dos Strafgericht in Loewen; dépêche de Guillaume II à M. Wilson, le 3o août, Gaston Jollivet, Six mois de guerre, p. 2^7; die Wahrheit ùber den Krieg, p. 60; etc.
contraire, les témoignages les plus impartiaux en montrent le néant (i). Tout prouve que la destruction de Louvain a été régulièrement organisée, à titre d'exemple plutôt que de représailles, afin d'inspirer la terreur aux pays envahis. C'est ainsi qu'on a pu reproduire le facsimilé d'affiches apposées sur les maisons épargnées (2), notamment sur celles appartenant au duc d'Aremberg, sujet allemand.
Nos adversaires se sont obstinément refusés à faire la lumière sur les atrocités de Louvain, ainsi, d'ailleurs, que sur tant d'autres analogues. Les instances les plus autorisées n'ont pu l'obtenir (3). Ils ont néanmoins reconnu qu'ils avaient fait peser sur le clergé belge des accusations sans aucune base (4), quoiqu'ils affirment le contraire en
(1) Outre l'ouvrage du Hollandais Grondijs que nous avons cité, voir le communiqué belge du 29 août (Havas, 29 août); les Débats des 10 janvier, 9 mai et 9 août 1915; l'Illustration du 12 septembre 1916; Louvain, par Mgr Baudrillart, Revue hebdomadaire, 27 mars 1915; Raoul Narsy, Le supplice de Louvain, etc. Rappelons, avec M. Hanotaux, V, p. 162, que, dès le 4 août, le ministre de l'Intérieur Berryerayait adressé aux 2.700 communes belges une circulaire interdisant à tout citoyen n'appartenant pas aux formations régulières de prendre une part quelconque aux combats et même de proférer contre l'assaillant aucune injure ou menace. « L'acte de violence commis par un seul civil serait un véritable crime que la loi punit. » Il était difficile assurément d'aller plus loin.
(2) Cf. de Gerlache, p. 101-102.
(3) Lettre du cardinal Mercier au colonel comte Wfengersky, 24 janvier 191 5; proposition renouvelée les 8 février et 10 février 1915 par le cardinal et par son vicaire-général; le 12 avril 191 5 par l'évoque de Namur et, le 24 novembre 191 5, par le cardinal et les cinq évêques de Belgique. Toutes ces propositions sont restées sans effet.
(4) Le ministère de la Guerre allemand adressa, le 22 janvier 19 15, au journal catholique De Tijd, une longue déclaration traitant de pur mensonge toutes les allégations concernant les mauvais traitements infligés à la population et notamment aux membres du clergé séculier ou régulier. « Le Gouvernement allemand est persuadé que c'est précisément le clergé belge qui a essayé comme conducteur de ramener le peuple à la raison et de le décider à renoncer à ces attaques. C'est
LA SORTIE DES 25 ET 26 AOUT I9l4 A ANVERS 29
toute occasion. La responsabilité du sac de cette malheureuse ville leur incombç donc, pleine et entière. Comment ne pas espérer que le jour de la justice viendra tôt ou tard ?
Quant au motif réel de ces crimes, en dehors de la barbarie native des Allemands, il faut le chercher ,dans la volonté arrêtée d'abattre l'âme belge, d'obliger le Roi et la nation à céder devant la violence. En outre, pour Louvain, une autre raison intervenait. Il y avait là une force intellectuelle érigée aux portes du germanisme et qui lui était étrangère. On la détruisait en vertu de ce principe que tout ce qui n'est pas avec le germanisme est contre lui, c'est-à-dire voué nécessairement à la destruction (1). „ N
pour ce motif que les officiers allemands ont essayé, à diverses reprises, de se mettre en communication avec le clergé.... » (Hanotaux, V, p. 166). On goûtera fort la mise en communication qui consiste à fusiller les gens. Les soldats allemands disaient aux prêtres belges : « Nous aussi, nous sommes catholiques, mais vous êtes des cochons et des démons noirs » (Déposition de M. Kockse, vicaire de Sainte-Gertrude, Réponse au Livre blanc, p. 36i, citée par Hanotaux, V, p. 170).
(i) Hanotaux, V, p. 170. Cet auteur porte à près de 5.ooo le nombre des Belges civils de tout âge et de tout sexe assassinés en 191 4; à i3.ooo ou 14.000 celui des déportés en Allemagne jusqu'aux grandes déportations de 1916; à 20.000 environ le nombre des maisons incendiées.