‹ La grande guerre sur le front occidental (volume 2)Chapitre 8 sur 32 · LES DÉFENSES DE NANCY · texte numérisé non relu

LES DÉFENSES DE NANCY

droite vers l'Oise et par leur gauche en Lorraine (i), les Allemands allaient compliquer à plaisir leur tâche. Evidemment l'attaque décisive était celle de von Kluck. Bien conduite, elle devait déborder notre gauche, faire tomber Paris et ouvrir les voies à une paix rapide, celle qu'ambitionnaient nos adversaires. L'attaque en Lorraine ne pouvait être que secondaire. Au cas le plus avantageux, elle ne ferait qu'achever le succès de l'attaque principale. En toute éventualité, elle présenterait l'inconvénient d'absorber des effectifs et des munitions qui feraient peut-être défaut sur le théâtre occidental des opérations. Il y aurait donc eu avantage, pour nos adversaires, à y renoncer et à. prélever tout ce qu'ils pourraient sur leurs forces de gauche pour renforcer leur centre et leur droite.

Mais ils commirent cette faute, qui rappelle en moins grave celle que nous avions commise au début des opérations, quand nous avions pris l'offensive, successivement, sur tout l'immense front compris entre la Suisse et Maubeuge. Ils n'obéirent pas comme nous à des théories abstraites, sans base pratique, mais à leur infatuation, à la confiance présomptueuse qui leur faisait dédaigner l'adversaire. Une direction suprême tout à fait incapable leur interdisait alors d'en juger sainement, si bien qu'au lieu d'être sur la Marne, au point où se produirait la décision, le Kaiser jugeait à propos de se rendre vers Nancy, dans l'intention d'y faire une de ces entrées théâtrales où excelle ce cabotin couronné (2).

(i)*E*cst l'intention que leur prêtent M. Hanotau* et beaucoup d'autres. Mais il résulte des Batailles de la Marne, traduction Buyse, p. 5 et 88, que le plan d'opérations allemand admettait entre les Vosges et la Meuse une défensive-offensive à la Moltke, autrement dit une série d'opérations ayant surtout pour but de fixer l'adversaire.

(2) Général Malleterre, De la Marne à VYser, p. 101 et suiv.

Page 1