CHAPITRE VIII
RETRAITE DE LA 4« ARMÉE (23 Août)
Les lignes naturelles de défense derrière la 4* armée. — Premièrjs intentions du général de Langle. — Le 9® corps. — La 52® division.
— Suriwrifie de Monthermé. — Le ii® corps. — Retraite du 9® corps. — '• Retraite du ii* corps. — Retraite du 17® corps. — Le 12® corps.
— Le corps colonial. — Le 2® corps. — Ordre pour le 24. — Ses inconvénients.
Repoussée dans son offensive du 22 août, la 4* armée avait derrière elle plusieurs lignes naturelles de défense . la lisière de la forêt des Ardennes, puis la Chiers entre Montmédy et son confluent dans la Meuse. Cette dernière aurait prolongé notre ligne vers l'ouest, tandis que l'Othaîn la prolongerait à Test. Mais roccupation/ de ces positions défensives ne pouvait se concilier avec une retraite de la 5® armée et de l'armée britannique. C'est sans doute ce qui devait empêcher les y et 4® armées de s'établir derrière la Meuse, la Chiers et l'Othain, puis, finalement, derrière la Meuse, ligne de défense beaucoup plus sérieuse que la première.
Dans la nuit du 22 au 28 août, la première intention du général de Langle fut de réclamer de ses troupes un effort décisif vers le front Beauraing, Laroche. Un ordre était envoyé dans ce sens. Le 9® corps, renforcé des premiers éléments de la division marocaine, devait, tout en se couvrant vers Houdremont, Bièvre, prendre l'offensive vers Paliseul pour soutenir le 11® corps et tenter de déboucher dans cette direction.
Un autre ordre, qui paraît antérieur et qui était particulier au 9® corps, précisait ainsi qu'il suit la tâche de ce dernier.
Le 23 août, il pousserait une avant-garde à Gedinne, en réunissant le gros de ses éléments propres (combattants) dans la zone de Bièvre, Oizy, Gros-Fays, Mouzaivé, Bohan, Nafraiture, Houdremont; son .quartier général irait ù Vresse.
La division marocaine se concentrerait dans la région Sugny, Neufmanil. A droite du 9® corpis et en arrière du II®, la 60® division serait groupée dans la zone Vivy, Cornimont, Corbion, Noirmont, Mogimont. A gauche du 9* corps, la 62* division se porterait dans la région Hautes-Rivières, Hautrue, Braux, Château-Regnault, Monthermé, les Hauts-Buttés et pousserait une avant-garde à Willerzie.
Enfin, un dernier ordre, également particulier au 9* corps, spécifiait que, tout en couvrant la gauche de l'armée dans la région Houdremont, Bièvre, le corps d'armée appuierait l'offensive du ii* corps, qui attaquerait au nord de Paliseul.
La multiplicité de ces prescriptions était faite pour amener de la confusion. D'ailleurs la situation qu'ils envisageaient ne cadrait aucunement avec la réalité, en sorte qu'ils étaient devenus, en grande partie, inexécutables, avant même d'être parvenus à destination.
Le général Dubois donnait dans la nuit (22 août, 22 heures) un ordre visant une collaboration du 9® corps avec le II®, comme le voulait le général de Langle.
Les deux escadrons du 7* hussards étaient mis à la disposition du général Dumas pour couvrir son flanc gauche. Ils pousseraient des reconnaissances sur Willerzie, où ils chercheraient la liaison avec la 52® division, sur
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Vencimont, Haut-Fays, Gembes-en-Ardenne, Porcheresse, où ils se relieraient au ii* corps.
A 4 heures, la division Dumas pousserait un régiment et un groupe en avant-garde à Gedînne, avec mission de couvrir le corps d'armée. Le gros serait dans la région Houdremont, Bièvre, Oizy, Nafraiture, prêt à soutenir éventuelleiment le ii* corps, avec lequel le général Dumas aurait à se mettre en liaison intime.
L'artillerie de corps et le bataillon du 82® seraient rendus à 8 heures entre Vresse et Mouzaivé, à la disposition du commandant de corps d'armée e* prêts à se porter »ûr Houdremont ou sur Oizy.
Dès 5 heures du matin, le 28, le général de .Langle faisait savoir que les corps de droite avaient peu progressé, en raison des difficultés rencontrées. Seul, le iT* corps avait pu <( atteindre » Paliseul.
A ^j heures, les rapports d'avant-postes rendaient compte de la non arrivée à Willerzie de la 52* division. Celle-ci, pour des raisons inexpliquées, n'avait pas encore dépassé les Hauts-Buttés (i). On signalait, en outre, que, dès 3 heures, le corps provisoire de cavalerie s'était replié sur la Semoy. De forts groupes ennemis avaient été vus au nord de Willerzie et nos cavaliers y avaient été violemment engagés.
D'autre part, on apprenait que le 11® corps n'avait pu rester à Paliseul. Attaqué de front et sur son flanc droit, il s'était replié sur la Semoy, sous la protection de son artillerie et de ses réserves..
Néanmoins, le général Dubois jugea possible de persis-
(i) D'après H. Libermann, op. cit-j p. 19, le 58" bataillon de chasseurs et un état-major de brigade cantonnent à Hauts-Buttés, clans la soirée du 28, venant de Monthermé.
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ter dans Toffensive qu'il avait préparée. S'il pouvait réussir, ce mouvement aurait du moins pour résultat de nous conserver les passages de la Meuse vers Pumay, Hayl>es, Givet, c'est-à-dire la liaison avec la 5* armée, dont la retraite eut lieu le soir du 28 seulement.
Ordre était donné à l'artilkrie de corps de ne pas franchir la Semoy ei de chercher au sud des emplacements d'où elle pourrait couvrir la retraite du corps provisoire de cavalerie. Elle conserverait avec elle deux compagnies du 32®; une compagnie garderait chacun des ponts de Vresse et d'Aile (i).
Le général Dubois comptait sur la coopération de la 52* division de réserve à sa gauche, sur Willerzîe. Nous avons vu qu'aucun des éléments aux ordres du général Coquet n'avait atteint ce village dans la matinée du 28. Voici ce qui s'était passé à cette division. Dans la nu't du 16 au 17 août, afin d'assurer la sécurité du flanc droit de la 5* armée en marche vers la Sambre, nous avions jugé à propos de faire sauter tous les ponts, sauf ceux du chemin de fer, entre Mézières et Revin, au nord de Fumay. L'opportunité de cette destruction était moins que discutable, car nous n'avions nullement renoncé à l'offensive. Notre intérêt évident était de pouvoir relier nos armées à l'est et à l'ouest de la Meuse.
Durant la nuit du 21 au 22, le génie de la 52* division eut l'ordre de construire un pont de bateaux à Monthermé, pour remplacer celui en fils de fer si malencontreusement détruit. Le soir du 22, la division reçut mission de se porter en Belgique, sur le front Louett'e-Saint-Pîerre, Houdremont, et de contre-attaquer les forces ennemies qui
(i) Cf. le texte de cet ordre, Hanotaux, V, p. 160. II est de 6 heurei du mntîn.
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seraient aux prises avec le 9® corps sur le front Nafraiture, Petit-Fays, Monceau (i).
La division était encore cantonnée sur une vaste zone, entre Revin, Mézières et Renwez. Son rassemblement fut long et difficile, A la nuit seulement, tous ses élément.^ étaient sur la Meuse, Tavant-garde à Tournavaux (2).
Le 23 août, deux colonnes se portaient sur les Hauts- Buttés et sur Linchamps, Les Hubiets^ au nord des Hautes-Rivières; trois bataillons et une batterie poussaient sur Willerzie (3); deux bataillons et un groupe restaient à Monthermé pour la protection du pont. La 52* division cherchait ensuite, sans succès, la liaison avec la brigade Moussy du 9* corps : cette dernière était, déjà en retraite sur Bohan. Le général Coquet maintint néanmoins sa io3* brigade (291® et 3/17®) à cheval sur la Semoy, entre les HnJ)iets et le bois des Hazelles, près de la frontière belge.
Les bataillons dirigés sur Willerzie y étaient arrivés tard et fatigués. Ils ne songèrent, dit-on, qu'à se reposer, sans se couvrir. Vers 21 heures, trois projecteurs trouaient brusquement la nuit noire, balayant de leurs faisceaux aveuglants les rues, rendant l'obscurité plus profonde hors de leurs nappes de lumière. La fusillade éclatait, projetant sur le village une nappe de balles tellement dense qu'une folle panique s'empara de nos réservistes. Ils fuyaient dans la direction de la Meuse (^), couverts
(i) C'est la version de M. Hanotaux, V, p. iSS-iôg. Le texte de l'ordre partîciilior an 0® corps {22 août) porte simplement : « A gauche du g* corps, la 52® d. r. se concentrera dans la zone Hautes- Rivières, Haulmé, Braux, Ghâteau-Regnault, Monthermé, les Hauts- Buttés et poussera une avant-garde à Willerzie. »
(2) Sud-est de Monthermé, sur la Semoy.
(3) Le 9® corps chercha inutilement la liaison avec la 52* division à Willerzie. Il se peut que cette avant-garde y soit arrivée ultérieurement.
(4) H. Lîbermann, Ce qu^a vu un officier de chasseurs à pied (58* bataillon), p. ig.
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par le 58® bataillon de chasseurs, qui prenait position aux abords de Hauts-Buttés.
. L'armée de von Hausen étafift arrivée le 23 vers Bourseigne-Neuve (nord-est d'Haybes), où s'installaient des avant-postes du XIX® corps. -C'est sans doute l'apparition de ces forces qui permit au VHP corps, dans la région de Gedinne, Bièvre, de refouler, dès 5 heures, le 23 août, les 4* et 9® divisions de cavalerie sur la Semoy. Du moins c'est ce qu'écrit M. Hanotaux, mais il y a lieu de s'étonner que ces deux divisions n'aient pas cherché à se maintenir plus longtemps au nord de cette rivière, dont les Allemands, à Gedinne et à Bièvre, étaient encore à dix kilomètres au moins.
Au 9* corps, le 90® (9 bataillons) et un groupe d'artillerie, le tout sous les ordres du colonel Simon, avaient rejoint à Houdremont le bataillon qui y était déjà. A 3 h, 3o, la colonne se mit en marche. Un bataillon était à Tavant-garde, précédé de deux pelotons de l'escadron divisionnaire; les deux autres pelotons étaient sur les flancs.
A 5 h. 3o, l'avant-garde recevait des coups de fou au sud de Gedinne, dans les bois. Le 3® bataillon du 90* se déployait à cheval sur la route d'Houdremont à Gedinne, sa droite à Louette-5aint-Denis. A sa gauche, le t" bataillon marchait sur Louette-Saint-Pierre, qu'il enlevait à de l'infanterie et de la cavalerie ennemies. Le 2® bataillon restait en réserve au sud-est. L'artillerie en position à la cote 4o5, au nord-est d'Houdremont, avait préparé l'attaque de Louette-Saint-Pierre.
Le combat continuait avec 'succès jusqu'à réception d'un ordre du général Dubois, daté de 6 h. 45 : Favantgarde du colonel Simon était tout à fait en pointe, par suite de la retraite du corps provisoire, du retard de la
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division Coquet à Willerzie et de l'arrêt du ii' corps à Paliseul (i). Elle était donc invitée à la plus grande vigilance. Jusqu'à nouvel ordre, elle ne se laisserait entraîner à aucune action offensive.
Le général rappelait que le rôle essentiel du 9® c6rp& était de couvrir la gauche de l'armée sur la ligne Houdremont, Bièvre et d'appuyer le mouvement offensif du II' corps.
En cas d'attaque par des forces supérieures, le colonel Simon se replierait en combattant sur Houdremont. La if division se maintiendrait à tout prix au nord de la Semoy, en gardant la liaison avec le ri® corps.
A la même heure, ordre était donné au 68® d'occuper Houdremont et ses abords. Dès 8 h. 3o, le i*'' baiaillon tenait le cimetière à l'ouest du village et le petit bois dominant Louette-Saint-Pierre; le 3® bataillon était à Test et au nord d'Houdremont, avec des vues sur Louette-Saint- Denis, et flanquant de ses feux les positions occupées vers l'est par le 77®, comme nous le verrons; le 2® bataillon était en réserve à 5oo mètres au sud-est; enfin deux groupes avaient pris position à 600 mètres au sud-ôuest.
Au détachement de Bièvre, deux bataillons du i35* avaient Jeur gros derrière le talus de la voie ferrée, à Test du village; un bataillon était en réserve derrière la gauche, au nord-ouest de Bièvre, que la compagnie divisionnaire du génie avait mis en état de défense. .Le colonel du i35® avait réclamé un groupe d'artillerie. La position était reconnue par lui et il était prêt à occuper ses emplacements.
A gauche du i35% le 77* avait poussé un bataillon à
(i) Le général Dubois paraissait ignorer encore la retraite du II® corps sur la Semoy.
cheval sur la route de Bièvre à Houdremont; deux bataillons étaient en réserve au nord-est de Bellefontaine-lez- Bièvre. /
Déjà la retraite du ii® corps exposait grandement le détachement de Bièvre. A 8 heures, Tennemi attaquait sur tout son front. Bièvre était violemment bombardé, sans qu'on pût repérer l'artillerie allemande dans ce pays^ tourmenté et couvert, faute d'avions de corps d'armée (i). A 9 h. iT), le colonel de Bazelaire, du i35*, rendait compte qu'il était engagé sur toute la ligne et n'avait plus que trois compagnies de réserve derrière sa gauche. Il faisait ressortir la nécessité de le dégager par un mouvement offensif.
A gauche, le 77® combattait avec succès dans le bois entre Houdremont et Bièvre; enfin, à l'extrême gauche, le 90® tenait en échec une colonne débouchant de Gedinne. -? Vers 10 heures, le i35*, ayant perdu mille hommes environ, dont la moitié de ses officiers, sous les feux convergents de l'artillerie et de l'infanterie allemandes, commença de refluer au sud de Bièvre. Deux de ses officiers^ supérieurs étaient blessés, dont le colonel de Bazelaire, qui passait le commandement au lieutenant-colonel Graux.
La compagnie du génie, capitaine Gobeau, restait sansordres dans la partie ouest de Bièvre. Elle y tenait vigou-^ reusement. Puis, se voyant isolée et menacée sur sa droite, elle se retirait dans le bois au sud, après avoir perdu 2 officiers et 80 hommes (2).
Au cours de son repli, le i35® était brusquement sou-
(i) A cette époque, les avions étaient attribués aux armées et mi» par exception à la disposition des corps d'armée.
(2) D'après Hanotaux, V, p. 108 et suiv., c'est le 160®, 1 5® division^ Vni* corps, qui prit Bièvre, y brûlant 72 maisons, tuant 18 personneset en blessant 20.
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mis aux feux d'une artillerief' venue au nord de Bièvre. Mais elle était vue de nos batteries et rapidement réduite au silence. Finalement, le i35* se retirait sur la Semoy, où il se reformait à Vresse.
A lo h. 35, un officier de Tétat-major de la 4' armée faisait transmettre au général Dubois Tordre verbal ciaprès, qu'il confirmait personnellement à ii heures :
(( L'armée se porte au sud de la Semoy; le 9® corps suivra immédiatement le mouvement ».
Cette retraite paraissant prématurée, du moins en ce qui concernait le 9® corps, le général se bornait à prescrire de se rapprocher des ponts de la Semoy, pour les couvrir directement. D'ailleurs, le général Dumas émettait des regrets au sujet de l'abandon d'Houdremont et de la position au nord de Bellefontaine, qu'il avait jusqu'alors tenus sans difficulté. Il n'évaluait l'artillerie ennemie qu'à deux batteries, qui avaient été à peu près réduites au silence par les nôtres, au nombre de neuf.
Quoi qu'il en fût, le mouvement de repli prescrit par la 4* armée conduisait le 90® à Nafraiture, lé 77* à Petit- Fays et Gros-Fays, le 68® en réserve au nord d'Orchimont. Ce dernier régiment avait à peine entamé son mouvement, qu'il recevait Tordre de réoccuper Houdremont^de fâcheux incident résultait d'un ordre écrit du général de Langle, daté de 10 heures et annulant par suite son ordre verbal.
« La 4® armée, écrivait le général, n'a devant elle que des forces inférieures. Il importe de reprendre le plus tôt possible l'offensive ». Le 12® corps, dont les gros s'étaient repliés sur Florenville, se reporterait en avant sur Aubry et les Hayons, en se reliant à gauche au ii* corps. Ce dernier, renforcé de la 60® division, marcherait sur Bellevaux <'t Mogimont; le 9®, sur Baillamont, Bellefontaine. La 62*
division, appuyant sa gauche aux Hauts-Buttes, attaquerait' sur Nafraiture (i).
A la droite de l'armée, le corp^ colpiiial se maintiendrait dans la région de Jamoignes, Izel, prêt à faire face à toute offensive venant des directions.de Tintigny et de Rossignol. Dès que le 2® corps serait en mesure de déboucher sur Bellefontaine et Saint-Vincent, le corps colonial, et le 1" corps reprendraient leur attaque vers le nord.
Il serait superflu de montrer que cet ordre, aussi bien que ceux de la veille au soir, était en contradiction flagrante avec les faits. D'autre part, on s'explique mal la succession aussi rapide d'un ordre verbal démenti par un ordre écrit. Il semble eh résulter qu'un certain flottement se produisait à l'état-major de la 4* armée. On hésitait devant la douloureuse nécessité d'une retraite, ^u lendemain d'une offensive sur laquelle on avait bâti trop de chimériques espérances.
Quoi qu'il en soit, le général Dubois informait la 52* division que le 9® corps tenait toujours Nafraiture et prescrivait au 68® de réoccuper Houdremont, ce qui était fait sans difficulté. Toutefois, devant les progrès de l'ennemi sur sa droite, le 68® était bientôt obligé de renforcer ses deux bataillons de première ligne par le troisième, puis de se retirer méthodiquement sous la protection de l'artillerie. Il allait s'établir derrière le 90*, qui tenait Nafraiture.
Le 77® laissé, par le repli du i35^, aux prises,, à Monceau et à Petit-Fays, avec des forces très supérieures, ne pouvait déboucher sur Bellefontaine et avait même la plus grande peine à contenir l'ennemi. Monceau, fortement menacé, devenait bientôt intenable,
A i3 heures, la 36® brigade avait le 77® à Monceau et
(1) Point que n'avait pas encore abandonné le g* corps.
igo LA GRANDE GUERRE sAr LE FRONT OCCIDENTAL
Petit-Fays, le i35* en retraite sur Vresse; la 33% le 90' au nord et près de Nafraiture, le 68® un bataillon à 1.200 mètres au sud-ouest de Nafraiture, la gauche à la route de Houdremont à Membre, deux bataillons an nord d'Or- <5himont.
L'artillerie divisionnaire était répartie entre la cote 407, à l'ouest de Petit-Fays, et le sud de Nafraiture; une autre fraction était en route sur Cérivaux. Quant à Tartillerie do corps, elle avait deux batteries au sud de Mouzaive, quatre batteries au sud d'Aile.
La tête de la division marocaine, retardée dans Mézière^ par le passage du corps provisoire de cavalerie, atteignait à peine Aiglemont.
Enfin, à gauche, la division Coquet n'avait pas quitté les Hauts-Buttés et, par suite, n'avait pas été engagée. A droite, le 11® corps n'avait plus que quelques éléments à Sensenruth et à Noirfontaine, le reste derrière la Semoy. Malgré toutes les instances du général Dubois, la 60* division (Joppé) ne tenait pas la route de Baillamont, Oizy; elle avait appuyé tout à fait à l'est, entraînée par le II*" corps. On poussait dans cette direction l'escadron divisionnaire de la i8* division (i) pour couvrir le flanc droit du 9® corps.
Jusqu'alors, l'ennemi, contenu par notre artillerie, progressait lentement. Il n'avait porté que de faibles fractions au sud de la route Houdremont, Bièvre.
A i4 h. 3o, le général Dubois donnait à la 17' division l'ordre suivant : à droite, la 60® division fait savoir qu'elle tient Vivy et Gros-Fays, son artillerie à la cote 422, au sud-est de Cornimont. Elle a évacué Oizy, Baillamont,
(i) Les deux escadrons divisionnaires du 9® corps avaient été transportés sur la Meuse.
mais tient le pont d'Aile; une compagnie du 32* est à Vresse.
JLa 17® division ne devra pas franchir la Semoy sans nouvel ordre, à moins qu'elle ne soit trop vivement près sée. Elle s'efforcera de se maintenir sur le front Nafraiture, Petit-Fays.
Sur les entrefaites, le 77®, bien appuyé par l'artillerie, arrêtait les progrès de l'ennemi. Ce dernier marquait également un temps d'arrêt devant la 33® brigade, tout en canonnant vivement les villages. Au loin, on apercevait Bièvre et Houdremont en flammes.
En prévision d'un accroissement des forces adverses, le général Dubois pressait le mouvement de la division marocaine. Jusqu'à 16 heures, le combat continuait à notre avantage. A ce moment, une colonne allemande, après avoir repoussé l'escadron détaché vers Oizy, débouchait dans le flanc du 77®, pendant qu'une forte artillerie mettait le feu à Monceau et à Petit-Fays. Le régiment tenait bon tout d'abord, puis, débordé par un ennemi supérieur en nombre, cédait le terrain pour gagner les bois au nord de Vresse.
Menacée sur sa seule route de retraite, la 33® brigade était contrainte d'évacuer Nafraiture, son artillerie se retirant par échelons au sud-ouest d'Orchimont. A 19 h. 3o, la if division était ainsi répartie : deux bataillons du 68® à Çérivaux et deux bataillons du 90® à leur gauche, en avant-postes aU contact de l'ennemi; un bataillon du 68® couvrant le pont de Bohan, un bataillon du 90® à cheval sur la route de Houdremont à Membre; le 77® au nord de Vresse, tenant les routes d'Orchimont et d'Oizy; le bataillon du 32® à la garde immédiate des ponts de Vresse et d'Aile; le i35® en réserve à Laforêt; toute l'artillerie au sud de la Semoy. La division marocaine atteignait Pusse-
mange. A 19 h. 3o, le général Dubois lui envoyait Tordre dc; pousser jusqu'à l'entrée sud de Sugny, d'y bivouaquer et de prendre les armes le 24 à 4 heures, en attendant d'autres prescriptions.
A 20 heures, le général rendait compte à la 4* armée : « J'ai donné l'ordre de tenir coûte que coûte les ponts d'Aile, de Vresse, de Membre, de Bohan. J'ai d'autre part fait appel au général commandant la division du Maroc, Je lui ai prescrit, quelle que soit la fatigue de ses troupes, de pousser ce soir ce qu'il pourrait sur Pussemange et Sugny. J'espère y avoir cinq ou six bataillons dans la nuit. Outre ces bataillons, je dispose de six bataillons de la 33® brigade qui, bien que fatigués par i4 heures de combat, sont encore susceptibles d'un effort, et de quelques éléments de la 36** brigade, ces derniers n'étant plus aptes à être employés que comme réserve. L'état moral est bon » (i).
Dans la première partie de la nuit, une fusillade inter mittente retentit sur tout le front du- 9® corps. Vers minuit 3o, les communications téléphoniques furent coupées et on apprit que la 17* division était attaquée. A i heure, on prescrivait d'alerter la division marocaine à Pussemange et de porter à Sugny le premier bataillon prêt. Celui du commandant Lachèze, des zouaves, atteignit Sugny à 3 heures et prit position au nord-est. Les deux autres bataillons du régiment mixte de zouaves et de tirailleurs ne tardèrent pas à le rejoindre.
A Orchimont, une compagnie du 77® aux avant-postes avait été attaquée par un bataillon allemand. Elle le refoulait et se dégageait sans laisser de prisonniers. A gauche, l'ennemi attaquait également le bataillon du 68®, mais il
(i) Reproduit d'après Hanotaux, V, p. 162-166.
était brillamment repoussé par une contre-attaque des deux autres, accourus aux « hurrahl » des Allemands. Malgré ce double succès, la situation de la 17* division devenait critique, et le général Dumas préparait son repli sur la Semoy au moment même où survenait un ordre du général de Langle prescrivant la retraite générale.
Au II® corps, la nuit du 28 au 24 août se passait sans incident. Quelques coups de feu étaient échangés avec des patrouilles allemandes.
La 60® division se conformait au mouvement de retraite du II® corps. Nous avons vu que, le 28 à i4 h. 3o, elle avait évacué Oizy et Baîllamont, mais qu'elle tenait encore Vivy et Gros-Fay, son artillerie à la cote 422, au sud-est de Cornimont (i). Le recul de cette division et du ii* corps, motivé lui-même par celui du 17®, obligeait évidemment le 9® corps à un nouveau mouvement rétrograde.
Nous avons vu que le général de Langle, informé de la retraite du 17* corps au sud de la Semoy, avait prescrit de rétablir derrière la Chiers, son quartier général à Amblimont. Déjà, on le voit, le recul de la 4** armée était marqué; nous abandonnions la Semoy, les forêts de la
(i) Il y a inoertittide sur les forces all-emandes que rencontra le II* corps. D'après Hanotaux, V, p. 108 et sniv., le VHP corps se poortait sur la voie feprée entre Bièvre et Bertiix; le VIII* coorps de réserve ee serait engagié vers Maissîn. D'après le même auteur (V, p. 162-166, la i5® division de réserve (VIII* R.) se serait engagée devant la 22* division, ou du moins la 43® brigade. Elle aurait pris six canons et beaucoup de munitions. La 26* division (XVIII® corps) aurait combattu les 225* et 326* (g* corps et. 60® D. R.). Mais les témoins du 11® corps affirment qu'elle fut battue à Maissin.
La grande guerre, III. 13
frontière, pour refluer sensiblement en territoire national.
Les mouvements nécessités par cet ordre furent exécutés dans la journée du 23, sans aucun contact avec l'ennemi. On commença le jour même la réorganisation des troupes, dont quelques-unes, notamment la 66^ brigade, avaient beaucoup souffert. Leurs cadres étaient décimés et il fallait les recompléter. On organisait défensivemenl les positions occupées.
Le matin du 2/1, le général de Langle venait à Amblimont et prescrivait d'organiser la défense du front Vaux, Euilly, Mairy, Remilly-sur-Meuse, derrière la Chiers et à cheval sur la Meuse. C'était à peu près la ligne que le 17* corps avait eu à constituer les 17 et 18 août. La 33* division tenait la droite de Vaux à Euilly exclus; la 34* aurait à défendre le reste. La 66® brigade, très réduite et encore désorganisée, était eri réserve au sud d'Amblimont.
Le 12' corps s'était maintenu victorieusement le 22 à Saint-Médard et à Straimont, avec l'aide du corps colonial. Mais, ce dernier s'étant retiré, le lendemain il était attaqué de flanc et presque sur ses derrières par des troupes venant de Jamoignes et d'Izel, au sud. Leur offensive rendait sa situation très critique. A Saint-Médard et à Straimont, ses éléments étaient nettement en flèche par rapport aux corps d'armée voisins. Ils se voyaient obligés de traverser la forêt d'Herbeumont et la clairière de Florenville, avec un ennemi en force sur leur flanc droit. Heureusement, le général Roques sut combiner son action avec celle du corps colonial. Ce dernier fit face à la direction Izel, Jamoignes, pendant que le 12* corps défilait en combattant à travers bois, pendant dix longues heures. Ce fut une journée d'angoisse (i).
(i) Hanotaux, V. p. 168. Le 12® corps fut si éprouvé par cette retraite, qu'il ne put mettre en ligne à la bataille de la Marne que
RETRAITE DE LA 4* ARMEE (28 AOUX) l^b
La 24® division, qui, la veille, avait franchi à hauteur de Rossart la route de Neufchâteau à Bertrix, reçut Tordre de se replier à la lisière nord de la forêt d*Herbeumont. Dès le petit jour, elle y fut criblée d'obus et dut se retirer sur la ligne Florenville, Chassepierre. A la nuit, elle bivouaquait dans la région Mogues, les Dçux- Villes, Matton, au nord de la Chiers. L'ensemble du corps d'armée occupait la zone observatoire de Saint- Walfroy (entre Margut et Bièvres), Carignan exclus. Des éléments du 17® corps tenaient Carignan à sa gauche. A sa droite, le corps colonial se reliait à lui dans le massif de Saint-Walfroy.
La poursuite de l'ennemi fut nulle ai;i 12® corps, comme au 17*. Entre eux et lui, le terrain demeura vide, sans même une patrouille de cavalerie, allemande. Les nôtres purent retourner à Florenville jusqu'au soir du 23. On sut ensuite que les Allemands n'avaient occupé Saint- Médard que dans l'après-midi de ce jour. La 21® division de réserve (XVIIP R.) était allée de Warmifontaine à MartiUy (i).
Le 22 août, la 3® division coloniale, cernée à Rossignol, avait été en grande partie détruite; ses restes refluaient en pleine décomposition sur Jamoignes, où ils, étaient recueillis par la 2® division, qui parvenait à arrêter et même à refouler sur certains points l'offensive allemande.
Le 23, <5ette attaque était reprise par des forces supérieures, sans que le général Leblois, posté entre Izel et Jamoignes, put être rejeté. Mais vers 4 heures, sa division n'étant plus couverte ni à droite, ni à gauche, était mena
aix bataillons, les autres ayant été renvoyés à Tarrière pour se reconstituer (Dauzet, De Liège à la Marne).
(i) Hanotaux, loc, cit,, Warmifontaine au sud-est de Neufchâteau. Martilly au nord-ouest de Straimont.
cée de se voir envelopper. Elle gagna une nouvelle position au nord de la forêt de Merlanvaux, vers la cote 870, et y arrêta jusqu'au soir Toflensive allemande, appuyée par de Tartillerie lourde. A 19 heures, elle recevait Tordre de retraite. Obligée, dit-on, de gagner Pin, faute d'autre route, elle traversait ce village, qui était bombardé, et gagnait la rive nord de la Chiers, où elle s'établissait sur les hauteurs de Saint- Walfroy. Le matin du 24, le corps colonial était réparti entre Thonne-le-Thil, la lisière nord des bois de Soureil et de Signy, Saint- Walfroy.
Le corps colonial paraît avoir eu devant lui le VP corps prussien, dont la ii* division allait de Tintigny à Herbeumont. Le VP corps aurait pris à Rossignol 3. 000 hommes et 22 canons, faisait-il connaître au XVIIP corps de réserve (i).
A la droite des troupes coloniales, le 2^ corps avait Tordre de se maintenir à Houdrigny, Meix-devant-Virton, la lisière des bois au sud-ouest de Bellefontaine, de façon à conserver la liaison, à droite, avec le 4* corps (2).
Dans la matinée du 28, la canonnade avait cessé sur le front de ce dernier, mais Tartillerie lourde allemande bombardait Mont-Quintin, au sud-ouest de Virton, où s'effectuait la liaison entre les deux corps d'armée. Dès ce moment, le 2® corps était en flèche entre le corps colonial et le 4*, tous deux contraints h la retraite. 11 était lui-même obligé de les suivre.
Le 23, à 19 heures, le général Gérard prescrivait Toc-
(i) Hanotaux, V, p. 168-170.
(2) D'après Je Carnet d'un artilleur, du lieutenant Deville, p. A6 et suiv., rétat-major de la 3* division paraît être resté à Sommethonne toute la journée du 28 et la nuit du 28 au 24. C'est à midi seulement, le 24, que rartîllerîe de cette division leçut l'ordre de se replier sur les bois de Thonne-la-Long, sans aucune menace de l'ennemi. Le soir, elle cantonnait au Petit-VorneuiL
RETRAITE DE LA 4* ARMÉE (28 AOUX) IQ?
cupation, pendant la nuit, de la ferme d'Orval et de Villers-devant-Orval par la 7* brigade, avec deux groupes d'artillerie de corps; le 120* se retirerait sur Breuse, en territoire français, les 8* et 9® bataillons de chasseurs sur Avioth, le tout au nord de Montmédy.
Xa 3* division, renforcée également de deux groupes d'artillerie de corps, évacuerait Meix-devant-Virton pour occuper tout d'abord le front défensif Villers-la-Loue, le Haut-Bois, la ferme du Hayon, la cote 3i5 au sud de Villers-la-Loue, en continuant de se relier à Mont-Quintin au 4* corps. Le 2* corps semblait ainsi faire face à l'est mais non au nord, également dangereux; Le commandant du génie recevait l'ordre de commencer le matin du 24 des tranchées dans le secteur au nord de Montmédy. A cette date, le 2* corps paraît avoir été en arrière du front Grand-Verneuil, ferme Saint- Valéry, Thonne-la-Long, Avioth (i), dessinant ainsi une sorte de demi-cercle au nord-est de cette petite place.
Dans la nuit du 28 au 24, à oh. 45, le général de Langle donnait l'ordre pour le 24.
Il basait la nécessité d'un mouvement rétrograde sur l'attaque dont le 12® corps avait été l'objet, dans la clairière de Florenville, ce qui n'était exact qu'en partie, car d'autres motifs étaient certainement intervenus dans sa décision.
Le corps de cavalerie « se maintiendrait dans ses cantonnements du 23 », autour de Mézières, tâche sans gloire aucune. La 52* division de réserve viendrait tenir les passages de la Meuse entre Mézières et Revin; le g* corps S'3 replierait dans la zone Mézières, Cons-la-Grandville (2),
(i) Hanotaux, V, p. 170-172.
(2) II y a deux villages de ce nom, l'un auprès de Longwy, l'autre auprès de Mézières.
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Gemelle, Lûmes, se tenant prêt à passer à Touest de la Meuse. La 6o* division de réserve se replierait sur ce fleuve, entre Donchery et Nouvion. .Le ii* corps gagnerait la rive ouest entre Remilly et Fresnois, au sud-ouest de Sedan. Mais il établirait avant le jour une brigade et de Tartillerie en arrière-garde sur les hauteurs de Francheval et se couvrirait vers Test par des détachements dans la forêt des Ardennes. Le 17* corps aurait à résister sur la Chiers, de Carignan à Douzy; le 12** corps resterait sur la rive nord de cette rivière, son centre à Charbeaux, couvrant les ponts de Blagny, Linay et La Ferté; le corps colonial tiendrait la position Thonne-le-Thil, Saint-Walfroy; le 2** corps s'établirait avant le jour à hauteur d'Avîoth et de Thonne-la-Long, sa droite en liaison avec le 4* corps. Il contre-attaquerait au besoin pour dégager le corps colonial.
On établirait partout des ponts sur la Meuse, qui paraissait être la véritable ligne de défense adoptée, bien qu'une partie seulement de Tarmée se portât pour l'instant derrière elle. Cette solution provisoire n'était pas sans inconvénient. En cas d'offensive énergique de l'ennemi, la A* armée eût été répartie à cheval sur la Meuse et sur la Chiers, sans front bien défini, sans lignes de retraite nettement tracées. Dans ces conditions, les travaux de défense ébauchés ne pouvaient avoir qu'une faible utilité.