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CHAPITRE VII

LA BATAILLE DES ARDENNES A LA 3« ARMÉE (22 Août)

Rôle de la 3« armée dans Toffensive d'ensemble. — Le 4* corps. — Combat de Virton. — Combat d'Ethe. — Le 5« corps. — Combats^ de Longwy. — Le 6*^ corps. — Combats «ur la Crusnes. — Résultats d'ensemble.

Les instructions données par le général Ruffey pour la journée du 22 août étaient basées sur les renseignements suivants, forts incomplets comme on peut en juger : « La zone méridionale du Luxembourg et particulièrement la région Sud-Est de Luxembourg est occupée, mais on n*y a vu que des mouvements ^sans importance; on n'a signalé également que quelques bivouacs ou cantonnements d'infanterie et d'artillerie entre Etalle et Arlon. Longwy a été attaqué le 20 août dans la direction de Differdange, où se trouve la grosse artillerie ».

La mission de la 3® armée était double : en premier lieu, couvrir la droite de la 4® armée en marche vers le nord ; faire face à toute attaque venant du nord et de l'est.

Le 22 août, la première partie de cette mission incom berait au d* corps, qui pousserait l'une de ses divisions dans la direction d'Etalle et l'autre vers' Saint-Léger, Châtillon, de façon à pouvoir contre-attaqucr par Etalle et par Vance toutes les forces ennemies débouchant d'Arlon dans le flanc droit de lai, 4* armée.

£a bataille des ARDENNE8 A LA 3® ARMÉE (22 AOUT) l53

Le 5® corps, agissant dans la région comprise entre les routes exclues Virton, Châtillon, Arlon et Musson, Halanzy, Messancy, se porterait vers Meix-le-Tige, Rachecourt, avec mission de refouler ce qui sortirait d* Arlon et d'aider le 6* corps, à sa droite, à déboucher vers Aubange, Athus, au nord-est de Longwy.

La deuxième partie de la mission réservée à la 3® armée serait remplie par le 6* corps, qui, disposant de l'artillerie lourde de l'armée, masquerait avec une de ses divisions la position de Differdange, à l'est de Longwy, et déborderait avec une autre division, par Longwy, cette même position. Il disposerait à cet effet de la zone comprise entre la Chiers et la limite sud-ouest du terrain affecté au 5® corps. Sa 3® division, demeurant en flanc-garde dans la région Fillières, Mercy-lê-Haut, serait prête à contre attaquer tout ce qui sortirait de Fontoy.

La 7® division de cavalerie éclairerait dans la région d'Audun^le-Roman, Rochon villers, et chercherait ensuite à passer au noi-d de la zone boisée Villerupt, Rumelange, pour se porter vers Esch-sur-Alzette, d'où elle explorerait vers Thionville, Bettembourg, Luxembourg.

Au cas où elle ne pourrait s'ouvrir passage, elle se replierait dans la région de Longwy, pour passer ensuite par le nord de cette place.

Un groupe de deux divisions de réserve viendrait dans la région Spincourt, Mouaville, pour couvrir le flanc droit du 6® corps et se tenir prêt à combattre tout ce qui déboucherait de Briey.

La place de Longwy coopérerait à l'action du 6* corps.

L'ordre donné par le général Boëlle, pour se conformer à ces instructions complexes, peut se résumer comme II suit :

l54 LA GKANDE GUEKKK SUK LE FKOKT OCCIDENTAL

La mission du 4* corps est de couvrir la droite de la 4* armée (2** corps), qui marche vers le nord.

Le i4* hussards se portera dans la r^ion <ie Vance^ entre Etalle et Arlon, afin de renseigner sur les mouvements, de l'ennemi entre la route de Vance, Arlon incluse et celle d'Etalle, Habey-la-Neuve, Heinstert incluse. Ce régiment partira de Chenois à 4 heures, avec un bataillon de la 7* division en soutien.

Cette division, général de Trentinian, marchera sur Ethe, Saint-Léger et Châtillon, « avec mission de contreattaquer, par Vance, tout mouvement de Tennemi vers l'ouest menaçant It^. 2® corps ». Départ d'Ethe à 5 heures.

La 8® division, général de Lartigue, marchera par Virton sur Etalle, « avec mission de contre-attaquer toute troupe menaçant le flanc droit du 2® corps », dans la zone à Touest de la route incluse Etalle, Habey-la-Neuve. Départ de Virton à 4 h. 3o,

Le général Boëlle marchera en tête du gros de la division Trentinian (i). L'artillerie et le génie de corps seront rendus, à 7 heures, à Latour, d'où ils suivront en queue la colonne Trentinian, un bataillon du 3i7' réparti entn^ les groupes et derrière eux (2).

La mission incombant aux divisions du 4* corps est « nettement offensive », malgré les difficultés du terrain. La surveillance sur le flanc des colonnes par les escadrons divisionnaires devra être « très active ».

Aucune autre disposition n'est prescrite pour couvrir le flanc droit de la 7* division, évidemment le plus exposé. Les renseignements, si insuffisants, communiqués par

(i) En réalité, il marcha avec la division I^rtiguc, <fu'il.nc quittf» pas de la journée.

(2) Un bataillon du 3i5* serait rendu à 8 heures à Marvîlle pour assurer la garde du quartier général de Tarmée venant de Verdun.

LA BATAILLE DES ARDENNES A LA 3® ARMEE (22 AOUT) i55

l'armée ont sans doute persuadé le commandant du 4* corps que la résistance à prévoir serait purement frontale. En outre, il compte sur l'intervention du 5® corp^ à sa droite, bien qu'elle puisse faire défaut.

Notons encore que, jusqu'à Etafle et à Châtillon, les deux divisions vont suivre des directions divergentes, séparées par le massif difficile des bois de Saint-Léger, d'Ethe et d'Etalle.

Dans l'après-midi du 21, le i4* hussards a recueilli quelques données nouvelles. De La Malmaison, au sud-ouest de Virton, il rendait compte que la vallée de la Basse- Vire (la rivière de Virton), ainsi que la ligne ferrée de cette ville à Athus, au nord-est de Longwy, étaient tenues par de l'infanterie et des cavaliers pied à terre, entre Latour et Signeulx (i). De l'infanterie ét«iit signalée à, Ruette, des cavaliers à pied à Grandcourt, au sud-est de Latour et de Signeulx (i). On savait par un blessé qu'un bataillon et la compagnie de mitrailleuses du 1 23® (27® division, XIIP corps) étaient arrivés de Luxembourg à Virton le 21, à 7 heures; les habitants déclaraient qu'Ethe et -Saint-Léger étaient occupés.

On pouvait conclure de cet ensemble que l'ennemi se montrait en force au nord et au nord-est. Vers i3 heures, on entendait le oanon dans la direction de Longwy. Le commandant de cette place faisait savoir que des colonnes allemandes passaient au nord, venant du grand-duché et marchant vers l'ouest. D'où une menace évidente pour le flanc droit du l\^ corps.

Le soir du 2t, vers 17 heures, l'avant-garde de la division Lartigue avait atteint Virton. Deux bataillons, 2* et 3* du iî5*, étaient aux avant-postes, sur les hauteurs au

(i) Hanôtaux, V, p. 187.

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nord, tenant la route d'Ethe et vers Houdrigny. Une compagnie du même régiment gardait le hameau de Bellevue, sur la route d'Etalle. Durant la nuit du 21 au 22, des combats s'engageaient dans cette direction; le commandant Coquerelle, du iiô**, y était tué, mais la liaison était bien établie avec le 91®, qui tenait la droite du 2* corps et soutenait le bataillon du ii5®, dont les munitions étaient épuisées.

Dans Virton, tout était calme. Les habitants se montraient pleins de confiance, assure un témoin oculaire (i).

L'ordre du tC corps pour le 22 août était daté de Velosnes, à 23 h. 5o. Il ne parvint à la 7® division, à Ruette, qu'entre 2 heures et 2 h. 3o. Ce retard, dû à une cause encore inconnue, se reproduisit sans doute pour la 8* division, dont l'état-major était à Saint-Mard. Il ne fut pas sans influence sur les événements. A la division Trentinian, l'ordre pour le 22 fut expédié à 3 heures, alors que certains éléments devaient être rassemblés à k heures au plus tard. 11 en résulta des retards inévitables pour la mise en route des deux divisions.

Le général de Lartigue avait pris les dispositions suivantes. L'avant-garde, sous les ordres du colonel Chabrol, commandant la i5® brigade, était composée de trois pelotons de l'escadron divisionnaire, du i3o®, de la compagnie du génie. La tête devait passer à /| h. i5 au point initial, bifurcation des chemins de Virton et de Vieux- Virton, à environ un kilomètre au nord-est de Dampicourt. Le gros, commandé par le colonel commandant la t6* brigade, comprenait le reste de la division, moins deux compagnies et quelques cavaliers d'arrière-garde ' Le régiment de tête, 124®, devait passer à 4 h. 45 au point initial.

(i) Hanotaux, V, p. 188. d'après Paul Linlier, Ma pièce, p. 70.

LA BATAILLE DES ARDENNES A LA 3® ARMÉE (22 AOUT) ibj

Le 22 août, par un brouillard épais, le i3o® se mettait en mouvement vers 5 h. 3o, avec un retard de plus d'une heure. Dès 6 heures, le général Boëlle arrivait à Virton et établissait son poste de commandement dans la ville. Le 130** s'engageait sur la route ouest, dans la direction de Beilevue; mais, dès 6 h. o5,. le colonel Chabrol rendait compte que la tête d'avant-garde était arrêtée devant la lisière sud du bois de Virton. Quatre compagnies du i3o' étaient déjà déployées, bien qu'il fût difficile, en raison du brouillard, de se rendre compte des forces de l'ennemi. Il garnissait, avec des mitrailleuses et de l'infanterie, des tranchées en bordure du bois.

Devant cette résistance imprévue, le i3o® engageait successivement ses trois bataillons; le reste de la division se massait dans Virton; à 6 h. /lô, le 124® était en position d'attente, le 3® bataillon à la lisière est de Virton, les autres à l'intérieur (i). Notre première ligne se battait un peu au hasard dans le brouillard, sans savoir nettement où était l'ermemi. Le gros de la colonne restait sur l'itinéraire de marche, non sans imprudence, pour ne pas s'égarer.

L'artillerie divisionnaire recevait l'ordre d'appuyer l'avant-garde, qui était, nous l'avons vu, dépourvue de cette arme et avait attaqué sans aucune préparation. L'un des groupes trouvait un emplacement à l'ouest de Virton. Les deux autres, canonnés, ne pouvaient s'établir que vers 9 heures, à l'est de Dampicourt, au sud-ouest.

Cependant l'avant-garde poursuivait péniblement son combat. Le colonel Chabrol, commandant la i5* brigade, était mortellement blessé, ainsi que le colonel Lafargue, du i3o'. Vers 7 h. 45, ce régiment se repliait après avoir

(i) A. Joubaîre, p. 27.

f58 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

subi de grosses pertes, et le i2/j* était engagé en soutien, le 3* bataillon à cheval sur la route, le i*' aux abords nord et nord-est de Vîrton. Le dernier prononçait vers le nord une contre-attaque, bientôt arrêtée par rartillerie allemande (i).

Le 2* bataillon du 124* avait été porté à l'ouest d« Virton, en avant de la lisière, en soutien d'artillerie. Un témoin oculaire y décrit ainsi la situation :

« A peine en place, dans le brouillard et notre artillerie aveugle jusqu'à 8 heures..., nous fûmes arrosés par des rafales de io5 et d'artillerie légère, et en même temps par ui^ feu d'infanterie et de mitrailleuses parfaitement repéré.... A 10 heures du matin, heure à laquelle notre artillerie fit rage, notre commandant de brigade et trois officiers de son état-major étaient blessés et, dans mon bataillon, nous avions : tués, le commandant du bataillon, deux capitaines et quatre lieutenants.... L'effectif en officiers... était réduit, à 11 heures du matin, à un capitaine... et trois lieutenants, dont deux officiers de réserve... » (2).

Par suite d'une erreur d'interprétation, un bataillon du II 5® avait abandonné la hauteur à Test de' Virton. L'ennemi s'y jetait aussitôt et on ne pouvait la reprendre. Cependant le brouillard s'était dissipé vers 8 h. 45. Le 117® recevait Tordre d'attaquer entre Virton et la ferme d'Houdrigny, pour tenter de déborder l'ennemi qui se portait sur Robelmont et cherchait à déboucher des bois au nord de Vîrton. Notre artillerie, gênée par la brume, puis par l'absence d'objectifs visibles et par le défaut d'ordres, paraît être entrée en jeu tardivement ^3).

(i) A. Joubaire, loc. cit,

(2) Letire du Lieutenant X., i5 septembre 191 '1-

(3) A. Jou'baire, p. 3o.

Sur les entrefaites un grand désordre régnait dans Virton : « ii5', 117®, 124®, i3o®, tout esï confondu. Ce troupeau humain » (i) refluait vers Saint-Mard, puis sur la cote 280, à i.5oo mètres au sud-ouest. Là, il se reformait (midi). Le général Boëlle avait dû reporter son poste de -commandement sur la route de Saint-Mard à Harnoncourt, où il resterait jusqu'à 19 h. 3o. Il prenait ses dispositions pour installer solidement le gros de la division Lartigue entre Vieux-Virton et Ruette, où Ton tiendrai!; à tout prix. Il se préparait même à porter sur sa droite un détachement en soutien du 5® corps, qui signalait sa situation dangereuse vers Signeulx. D'ailleurs nos éléments avancés n'avaient pas abandonné Virton, où l'ennemi ne pénétrait pas de tout le jour.

Le général Boëlle avait rappelé de la colonne Trentinian l'artillerie de corps, 44® régiment, qui la suivait en queue. Elle prit position vers la cote 280 et la Tuilerie, d'où elle tira très vivement. L'intervention du 2® corps à la gauche du 4® contribuait à rompre l'élan de l'ennemi et le combat devenait stationnaire. A 19 heures, le feu allemand ayant fafbli, le 117®, colonel Jullîen, qui n'avait pas quitté son <^mplacement d'Houdrigny, se lançait à la charge, clairons «onnant, et, avec l'aide du 91® (2® corps), refoulait, après un brillant engagement, l'infanterie allemande dans les bois.

L'impression générale était presque d'une victoire. « Moral des hommes parfait dans la tourmente, malgré d'effroyables tableaux », écrit un officier du 124*, 2* bataillon (2). Mais nos pertes étaient grandes et le général Boëlle, n'ayant plus un bataillon en réserve, jse bornait à faire tirer des rafales pour affirmer son succès. Le der-

(i) A. Joubaire.

(2) Lettre cit^e du lieutenant X.

l6o LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

nier coup de canon retentissait de notre côté vers 20 heures. Le 117* bivouaquait sur le plateau de Robelmont et se repliait par ordre, à partir de la même h'^ure.

La division Lartigue n'avait pu dépasser Virton, mais die gardait le terrain occupé. Ses pertes étaient très consi dérables. Au 12^®, par exemple, 5 officiers tués, dont les commandants Favier et Brunet; i4 blessés, i disparu; 9 hommes de troupes tués, 269 blessés et ^98 disparus, tués ou grièvement atteints pour la plupart (i). Les ii5* et 117* avaient beaucoup souffert également.

Pendant ce combat, un autre engagement avait lieii à Test, sur la route d'Arlon.

Le général de Trentinian avait pris, pour le 22 août, les dispositions suivantes : L'avant-garde, commandée par le général Félineàu, comprenait le io4*, un groupe d'artillerie, la compagnie divisionnaire du génie, deux pelotons de l'escadron divisionnaire. Sa tête devait passer à Gomery, à 4 h. 3o. Le gros, formé d'un bataillon du io3*, de deux groupes divisionnaires, de la i3® brigade, de l'artillerie et du génie de corps avec un bataillon du 317*, suivrait à 5 h. 45.

Le i4® hussards, lieutenant-colonel de Hauteclocque, soutenu par un bataillon, devait contribuer à couvrir la première partie de ce mouvement. Suivant Tordre du général Boëlle, ce régiment était rassemblé le 22 août, à

(i) A. Joubaire, p. 3o et suiv.. D'après la lettre citée du lieutenant X., au I®' bataillon, 2 officiera blessés, dont le commandant. iS5 hommes hors de combat; au 3^, le commandant et 3 ofificiers tués, 3 blessés, 3oo hommes hors de combat. Le 2* était réduit r, 3 officiers et 3o8 hommes.

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k heures, à la sortie est de .Chenois. Il se mettait en marche pour Latour, où il devait trouver le 3* bataillon du io3®. Mais cette unité, aux avant-postes la nuit précédente, n'était pas encore rassemblée, en raison de la réception tardive des ordres. Sans l'attendre, le i4® hussards marchait sur Ethe, en se bornant à se faire précéder par un escadron d'avant-garde, le 4*, le reste demeurant en colonne de route.

Ce dispositif d'exploration était d'autant plus fautif qu'il faisait un brouillard épais. « On ne voyait pas à dix pas ».

A un kilomètre d'Ethe, sur le chemin de Latour, Tavantgarde rencontrait des cavaliers ennemis qui étaient bousculés. Une partie allait sur Bleid, poursuivie par le 3* es^cadron. Le reste traversait Ethe (6 heures), toujours suivi du 4* escadron, puis cherchait à barrer la route de Saint-Léger par un combat de feux. Le i"' escadron mettait pied à terre et s'ouvrait passage à coups de carabines. L'avant-garde reprenait sa marche, le gros du régiment restant dans Ethe, en attendant qu'elle eût regagné sa distance. Bientôt après, aux abords du château d'Ethc- Gevimont, elle était saluée par une vive f-usillade venant des bois au nord et semblant provenir d'infanterie. Sur les entrefaites, le 3® bataillon du io3® (commandant Vicq) était arrivé à Ethe. Le lieutenant-colonel de Hauteclocque rappelait son ayant-garde et poussait ce bataillon en avant. Deux compagnies et un peloton de hussards suivaient la route; une section et un autre peloton s'engageaient sur le chemin bifurquant vers le nord, après le pont du chemin de fer.

k partir de ce moment, aux coups de feu venant de la direction de Saint-Léger s'en joignaient d'autres tirés du nord de la route. L'intensité de ce tir devenait telle qu'il fallait replier le i4* hussards dans la tranchée que suit

La grande gaerre, III, Il

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la voie ferrée à Test de la station. Le régiment y restait vingt à vingt-cinq minutes.

Cependant la tête de Tavant-garde de la division, qui devait quitter Ruette à 3 h. 45 environ, n'avait pu en partir^ que vers k h. 3o, pour les raisons que nous avons indiquées. Le général de Trentinian marchait entre Tavant-garde et la tête du gros.

A peine en route, il jugea prudent, au lieu d'assurer la liaison des /i® et 5* corps seulement vers Meix-le-Tige, suivant Tordre du général Boëlle, de l'opérer sans retard. Il détacha un officier, avec ordre de prendre le premier bataillon disponible à la i3® brigade et de le diriger sur Bleid. Cette unité y ferait la liaison et servirait en même temps de flanc-garde de droite. Après avoir dépassé Bleid j elle suivrait les hauteurs au nord-est, afin de couvrir la division en marche sur Saint-Léger.

Pour lui donner le temps de se porter à la hauteur voulue le général de Trentinian fît arrêter toute la colonne pendant près d'une 'heure; puis, ne recevant aucun renseignement de Bleid (i), il la remit en marche vers Ethe, par Gomery.

A 6 heures, craignant pour son flanc gauche, quand la division tournerait vers l'est, sur la route d'Ethe à Saint-Léger, il envoya l'ordre de porter le dernier bataillon du io3* au nord d'Ethe, pour surveiller avec trois compagnies les principales directions menant vers les bois.

La marche continuait très ralentie en raison du brouillard, quand le général de Trentinian faisait prescrire à Tavant-garde de ne point s'attarder ainsi. Ce n'était pas

(i) Le capitaine de Jouvencel, qui dirigeait le bataillon sur Bleid, n'a jamais reparu.

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en marchant à 2 kilomètres à l'heure qu'on pourrait faire, une étape de 20 kilomètres. L'intérêt de Tennemi étant de retarder la coloniie, si quelque patrouille se montrait à droite ou à gauche, il suffirait de lui opposer une force équivalente, sans ralentir la marche de Tensemble.

Vers 7 heures, le général Félineaù recevait un premier renseignement du ï4* hussards, daté de 6 h. 45. Le colonel de Hauteclocque faisait connaître qu'il avait chassé des cavaliers d'Ethe, en leur infligeant des pertes. Entre 7 heures et 8 heures survenait un deuxiènie compte rendu, daté de 7 h. 3o et se rapportant au mouvement du * bataillon de. soutien. D'ailleurs, à ce moment même, la tête du gros de l'avant-garde, arrivant à la sortie d'Ethe, était a<;cueillie par des coups de feu tirés du nord de la voie ferrie, sans que le brouillard permît de distinguer leur provenance. Tout en continuant sa marche, le 3" bataillon du io4* (commandant Levin) déployait successivement des éléments face à cette direction. La fusillade s'accentuait et devenait bientôt très nourrie de part et d'autre. ^ A 8 h. 3o, l'avant-garde était entièrement déployée, les 3'' et-i®' bataillons du io4* le long de la voie ferrée. Déjà le^ commandant Levin avait été mortellement blessé. Les 3"* bataillon du io3® et 2* du io4* combattaient face à l'est, au nord de la route de Saint-Léger, vers le château de Gevîmont. La compagnie du génie Durand était déployée au fond de la vallée parallèle à la route, en face de l'étang deClaireau.

Cependant, te iii* hussards, subissant des pertes malgré l'abri que lui offrait la tranchée du chemin de fer, se reportait derrière des maisons aai sud, la tête à hauteur d'un passage en dessous. Le colonel de Hauteclocque, voulant savoir de qui venaient les feux tirés du nord, tentait une charge en fourrageurs dans cette direction. Une pre-

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mière fois il avait un cheval tué sous lui. Il réitérait cette tentative, pour être atteint de deux blessures et démonté à nouveau. Sauf un, tous les cavaliers qui l'avaient accompagné étaient tués ou blessés.

Voyant la situation sans issue, il se décidait à ce qu'il aurait dû faire depuis longtemps. Il prescrivait au régiment, entassé dans la rue principale, un den^î-tour par peloton. Le capitaine Delafon avait été envoyé en queue pour amorcer cette retraite. En pénétrant à vive allure dans le village, il débouchait devant une de nos pièces braquée dans la direction du régiment. Après avoir prévenu les artilleurs, il tournait à droite, c'est-à-dire vers l'ouest, et se voyait à 200 mètres d'une barricade garnie de fantassins allemands, qui ouvraient un feii violent. Il fallait se rejeter vers Test et remonter ensuite le chemin allant vers Gomery. Cette voie, écrit un témoin, était enconabrée de voitures d'artillerie <( en parfait quiétude ». Quelques instants après, elle allait être transformée « en charnier ».

Après un arrêt dans le bois de Gomery, d'oii ils furent chassés par les obus, les débris du i4* hussards se retirèrent sur ce village, puis sur Ruette, La Malmaison, Allondrelle et Velosnes, où ils arrivèrent vers i5 heures. Le matin du 28 août, il restait 180 chevaux intacts et i4 officiers, sur un total de 620 chevaux et 82 officiers présents le 21 août. Le lieutenant-colonel de Hauteclocque, blessé, était demeuré dans Ethe; le chef d'escadrons de Brémond d'Ars avait disparu (i). Assurément les services rendus n*étaient pas en proportion de ces sacrifices.

Au moment où il apprenait que de l'infanterie barrait la route de Saint-Léger au i4* hussards, le général de

(i) Tué aux abords du village. Ancien attaché militaire en Grèce.

LA BATAILLE DES ARDENNE8 A LA 3° ARMÉE (22'AOUT) i6&

Trentinian, alors en queue de Tayant-garde, doublait son artillerie et entrait dans Ethe par le chemin de Gomery. C'est à ce moment que la fusillade éclatait à Test, au nord et à l'ouest.

Les compagnies de queue, deux batteries et le gros de Tescadron divisionnaire étaient, avec Tétat-major de la division, dans la rue orientée est-ouest, lorsque les débris du i4* hussards refluèrent en trombe désordonnée.^ Le commandant Macker, chef d'état-major, organisait rapidement la défense du village, tandis que le capitaine Jordan, du 26*, mettait deux pièces en batterie face au passage en dessous dont nous avons parlé et face à l'ouest. Au sud, une autre batterie s'établissait près de la Tuilerie.

Déjà des batteries ennemies s'étaient révélées à cinq ou six kilomètres vers Test, dans la direction où eût dû être, sinon le 5* corps, du moins ia flanc-garde dirigée sur Bleid. Elles tiraient sur le chemin de Gomery, sans doute repéré à l'avance. En quelques instants, presque tous les chevaux de la batterie de queue étaient tués ou blessés. ■

Coup sur coup, le général de Trentinian faisait partir plusieurs agents de liaison pour hâter l'arrivée du gros* de sa colonne. Il envoyait le capitaine JuUien, avec mission de pousser en avant la i3* brigade, en essayant de déborder le village par l'ouest. Le cheval de cet officier était blessé et il avait peine à accomplir sa mission. La route était couverte de cadavres et les Allemands tiraient sur le moindre isolé.

Ils occupaient la partie ouest d'Ethe, mais nous continuions de tenir à l'est et il y affluait des débris des bataillons de Tavant-garde. On s'efforçait de les rallier et Ton tenait l'escadron divisionnaire prêt à charger, en prévision d'une attaque jugée imminente.

l66 I.A GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

Cependant les éléments di&posés le long de la voie ferrée étaient- violemment pris à revers, sur leur droite, par de l'infanterie allemande, venue avec des mitrailleuses dans les bois au nord de la route. Le 3® bataillon du io4* et la compagnie du génie se repliaient progressivement vers la station du chemin de fer.- D'autres éléments des 2* bataillon du lo/i® et 3* du io3® refluaient par le fond de la vallée.

A midi, les fractions de ces bataillons restées dans Ethe se voyaient encercler par le feu de Tennemi et surtout par ses obus. Son artillerie, par un tir violent et ininterrompu, non seulement interdisait aux troupes du gros le débouché du Jeune-Bois et du bois des Loges vers Eth€j mais couvrait de projectiles les fractions, si peu importantes qu'elles fussent, qui essayaient de gagner ces bois, en venant du nord. Elle allait jusqu*à tirer sur des blessés se traînant péniblement vers la lisière.

Sur les entrefaites, le général Félineau était rentré dans Ethe, où il rencontrait le divisionnaire. Celui-ci, jugeant que sa place n'était plus à l'avant-garde, chargeait le commandant de la i4* brigade de défendre le village aussi longtemps que faire se pourrait; puis, avec son étatmajor et son escorte, il s'efforçait d'aller prendre le commandement du gros.

Il venait de porter quelques éléments du io4*, avec le commandant Forcinal, sur la crête au sud-ouest d'Ethe, sans qu'ils parvinssent à s'y installer. Il tentait ensuite d'envoyer dans cette direction le gros de l'escadron divisionnaire. Ne pouvant remplir leur mission, ces hussards se dirigeaient sur Saint-Mard (i). Un peloton resté dans Ethe sortait par un chemin compris entre les deux routes

(i) Cet escadron comptait au plus 8o chevaux le matin du 22 août.

de Latour et de Gomery, non sans perdre une partie de son effectif.

Entre 12 h. 3o et i3 heures, le général de Trentinian * donnait le signal du départ. Son entourage s'était rassemblé derrière un gros tas de bois qui le cachait aux vues. A un moment donné, tous, par groupe de trois, partirent à grande allure vers le Jeune-Bois, sous un feu violent qui causa des pertes.

Le général arriva ainsi aux environs de Gomery, oîi il trouva le colonel Farret, du 10 1*, avec quelques-uns de ses éléments. A sa grande stupeur, il apprenait que le commandant de la i3® brigade, colonel Lacotte, avait donné Tordre de la retraite, sans s'inquiéter du sort de Tavant-garde. Le général de Trentinian ordonnait aussitôt au 101^ de reprendre l'offensive en direction d'Ethe et de Latour. En même temps, il prescrivait aux compagnies du génie de corps, alors dans Gomery, d'en organiser la lisière nord et d'y tenir coûte que coûte.

Puis il faisait rechercher le colonel Lacotte et, dans tous les cas, arrêter partout la retraite amorcée. On 4ie parvenait pas à trouver le commandant de la i3* brigade. Le commandant Macker faisait ouvrir le feu par un groupe du 26®, en batterie au nord-ouest de Ruette et qui hésitait à tirer, faute d'être éclairé sur la situation. Il se portait ensuite sur le chemin de Ruette à Gomery, pour arrêter tous les isolés qui battaient en retraite.

Sur les entrefaites, le général de Trentinian était allé à l'artillerie du gros, alors vers Latour, après avoir erré, dit-on, à la recherche de positions favorables, n'apercevant aucun objectif dans le vide ambiant, attendant des ordres et recevant des obus sans les rendre (i). Sur son

(i) Hanotaux, V, p. i42, d'après Lintier, Ma pièce.

l68 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

ordre, ces batteries appuyaient Toffensive du loi*, en prenant sous leur feu les premières lignes d'infanterie allemande qui arrivaient déjà au sud-est de Belmont, en deçà du bois des Loges. L'ennemi reculait légèrement tout en restant maître de ce couvert. Après d'inutiles efforts, le loi*, menacé sur son flanc droit par la retraite du 5® corps, se retirait lentement vers Latour, sous la protection de l'artillerie divisionnaire que renforçait un groupe de l'artillerie de corps.

Dans la soirée, le commandant Macker arrivait à La Malmaison, quand le général de Trentinian prescrivait de continuer la retraite sur Villers4e-Rond, par AUondrellc et Gharenc/.

Après le départ du général de Trentinian, le général Félineau s'efforçait d'organiser la défense d'Ethe. Il n'avait d'abord sous la main que quelques groupes disparates d'infanterie, appartenant aux compagnies refoulées sur le village. Presique tous leurs officiers et leurs sous-officiers étaient déjà tombés. L'adjudant Sedillot, du io3®, avait commencé l'amalgame de ces groupes, de sa propre initiative et avec un calme très méritoire. Il continua sous la direction de Tétat-major de la ï4* brigade et parvint à grouper ainsi 3oo fantassins, ainsi que ï5o à 200 hommes du génie.

Le général Félineau confiait au capitaine Durand l'organisation de la défense des issues vers l'est; le capitaine

(i) D'après le général de Trentinian, il aurait reçu Tordre (vers iQ h. 3o) de cantonner la division entre Allondrelle et Villers-le-iRond. Aucun document à notre connaissance ne confirme cette affirmation.. Macker, devenu lieutenant-colonel commandant le 92*, a été tué sous Verdun en 1916.

Jourdan, du 26* d'artillerie, et le capitaine Moleux, du io3®, étaient chargés de défendre la partie ouest, que les Allemands paraissent avoir abandonné dans Tintervalle. On élevait des barricades. Derrière celles de Touest, deux pièces balayaient les rues dans cette direction. Les maisons de la lisière nord, mises en état de défense, étaient garnies de défenseurs.

Le reste du groupe de Tavant-garde était immobilisé sur le chemin conduisant à la scierie, moins deux pièces sous les ordres du sous-lieutenant L'Hoste, du 26*, aidé, à défaut de servants valides, par des cavaliers démontés et des fantassins.

Elles canonnaient avec la dernière énergie et lé plus grand succès les tranchées allemandes par dessus les maisons du village.

Cependant le commandant Forcinal ramenait dans Ethe les débris de son bataillon. Il était aussitôt utilisé pour occuper, avec une partie de son effectif, les lisières de jardins au sud-ouest. Le reste se portait dans la vallée, vers Virton, pour empêcher tout mouvement tournant de ce côté.

Des cavaliers du i/i® hussards, la plupart démontés, au nombre de cinquante environ, formaient une petite réserve à l'intérieur du village.

La défense ainsi improvisée continuait <( avec une farouche énergie », grâce à l'absolu dévouement des officiers et des sous-offieiers qui trouvait un écho dans les soldats. Les Allemands cherchaient à déboucher de Touest. Ils étaient mitraillés à très courte portée. Les deux pièces du sous-lieutenant L'Hoste, surtout, faisaient parmi eux d'épouvantables ravages. A 18 heures, ils exécutaient sur tout le village un bombardement d'obus fusants de 77 et de io5. L'Hoste était grièvement blessé. Le combat

continuait ainsi jusqu'à la tombée de la nuit. Aucua secours n'étant ni arrivé ni annoncé depuis le départ du divisionnaire, le général Félineau estimait que sa tâche avait pris fin (20 heures).

Il choisissait pour direction de retraite celle de Gomery, où devait le conduire un chemin de terre indiqué par un habitant et qui permettait d'éviter la route directe balayée par les obus.

Pour ne pas attirer intempestivement le feu de l'ennemi, on répandit de la paille sur la première partie de cet itinéraire; on entoura de foin les roues des voitures et Ton prescrivit un silence. absolu. Une section d'infanterie prit la tête, avec le guide en question. Puis venaient les huit pièces sauvées et les voitures; la fraction du i4* hussards, les cavaliers démontés et 600 fantassins environ. Les éléments d'infanterie aux barricades devaient se reti- Ter successivement et constituer l'arrière-garde.

Cette marche de nuit s'accomplit heureusement. Toutefois ont dut abandonner trois voitures trop lourdes pour des pentes aussi raides. On atteignit Gomery, puis Ruette où l'on s'arrêta une heure environ, après s'être grossi de divers débriâ des 3® bataillon du io5® et 2* du 10/4® restés dans les bois de Laclaireau et de Gérimont. On se dirigea ensuite sur La Malmaison, Allondrelle, Charency, Vezin où l'on arriva au point du jour et où l'on retrouva, bivouaquée, une partie du gros de la division.

Cette retraite, ainsi que la défense d'Ethe, faisait grand honneur au général Félineau.

La 7* division avait» été durement éprouvée dans ce combat incohérent : 124 de ses officiers restaient sur le champ de bataille; les quatre pièces de la 9® batterie du 26", <lémontées, étaient perdues également. L'effet moral d'un mouvement rétrograde aussi accentué, survenu dès le

premier engagement, était de nature encore plus grave. 1} est surprenant que nos troupes Taient supporté aussi vaillamment.

D'après M. Hanotaux (i), le V* corps prussien, auquel s'était heurté le 4* corps, souffrit beaucoup également. Il dut être reformé dans la région d'Arlon et resta quinze jours sans reparaître sur le front.

Le 22, à 23 h. 3o, la plus grande partie de la 7* division était à Villers-le-Rond, au bivouac. Quatre batteries environ du 26® et sept ou huit du 44® Paient réparties entre ce village et Charency; le génie de corps, le parc du génie et réquipage de ponts étaient à Epiez, le tout sous la gaide de deux compagnies, l'une du 3i5® et l'autre du 3 17*. En avant d'elles, le bataillon Boone, du 317®, restait en avant-postes à La Malmaison.

Parti de Longuyon, le 5" corps marchait en deux colonnes, la 9* division à gauche et la 10® à droite. Elles avaient devant elles la forêt des Monts, tenue par l'ennemi; vers Musson, au nord du ruisseau, de la Batte, des batteries lourdes tiraient sur Longwy.

Les directions affectées aux 4® et 5® corps étaient nettement divergentes. En effet, le 5® corps devait attaquer le fiont compris entre Signeulx et la redoute du Bel- Arbre, à l'ouest de Longwy, et il y a cinq kilomètres à vol d'oiseau entre Signeulx et Ethe, ce qui impliquait un défaut de liaison pour ces deux offensives. Ordre fut donné à la 10® division, avec deux groupes d'artillerie et le génie de corps, de se porter entre la redoute du Bel-Arbre et la ligne

Gorcy, Musson, tout en se gardant vers la Chîers, sur le flanc droit. La 9® division, laissant un régiment, avec les deux groupes restants de l'artillerie de corps, à la disposition du commandant de corps d'armée, attaquerait de Gorcy exclu à Signeulx, dans la direction générale Saint- Pancré, Baranzy, Gennevaux.

A gauche, la 9® division s'avançait sans précautions suffisantes, par un léger brouillard. Elle passait la frontière, puis la Basse-Vire, sa gauche à Signeulx. Mais Tennemi tenait les hauteurs du nord; d'autres forces allemandes débouchaient de l'est et prenaient de flanc les éléments que nous poussionis vers Bleid. Ils se jetaient aveuglément sur ce point d'appui, à i.5oo mètres, sans préparation d'artillerie, et se heurtaient à des tranchées précédées de fils de fer barbelés (i).

L'artillerie lourde allemande ajoutait à la surprise de nos troupes. Vers ïi heures, leur gauche n'avait pu déboucher de Signeulx et il était nécessaire de la soutenir. Vers i3 heures, il n'y avait pas encore de liaison avec la 7* division (4® corps).

Cependant, la lo* division gagnait quelque terrain dans la région Cosnes, Gorcy, vers l'objectif fixé Musson, Halanzy. Le 46®, colonel Malleterre, formait avant-garde. Dès le matin, ce régiment se portait de Cosnes à Gorcy et cherchait à progresser dans le bois de Musson et la forêt des Monts, à cheval sur la frontière. Mais ces bois, couronnant des hauteurs dominantes, étaient fortement garnis de défenseurs. Nos tirailleurs avaient peine à gravir leurs pentes sous un feu intense. L'ennemi étant dissimulé derrière les lisières, notre artillerie ne croyait pas devoir entrer en action (2). Une seule pièce tirait sur la

(i) Hanotaux, V, p. i45.

(2) Hanotaux, V, p. i45.

LA BATAILLE DBS ARDBNNE8 A LA 3* ARMÉE (22 AOUT) l'ji

route de Gorcy à Musson. L'iyi de nos bataillons parvenait néanmoins à pénétrer dans les bois.

Le 89* était « en soutien d'artillerie » à droite. De 6 à 9 heures, nos troupes demeuraient ainsi sous un feu de pièces lourdes, ruineux pour leur moral (i), sans riposte de l'artillerie française qui attendait peut-être des ordres. Quant à l'état-major du 5* corps, il semble avoir également attendu l'entrée en ligne du 6" corps, qui ne se produisit qu'à 9 heures. La lo* division se portait lentement en avant. Mais, dès 11 heures, survenait l'ordre de retraite, qui paraît avoir été tout à fait inattendu. C'était le recul après la sensation de la victoire. Un témoin écrit qu'il en pleura (2). Le mouvement gagnait d'un régiment à l'autre, sans qu'on en vît bien les "raisons. Au 46®, un officier d'état-major, déjà venu vers to heures, apportait à 12 heures l'ordre de retraite générale. Il fallait faire vite, car les Allemands occupaient déjà Cosnes, disait-il. Le 46* se mettait en mouvement et atteignait le plateau de Cosnes, vers i3 heures. Or l'ennemi n'occupait nullement ce village, à un peu plus de tix)is kilomètres des remparts de Longwy. Il l'avait attaqué, mais pour être repoussé. Dans ces conditions, l'ordre de retraite générale paraissait Incompréhensible. Les officiers en cherchaient inutilement l'explication.

Voici comment le général Malleterre décrit les sentiments qui agitèrent son régiment, le 46', dès la prescription de la retraite :

« D'un seul coup l'ardeur tomba. Les jambes furent coupées. Il fallut rétrograder péniblement; des unités échappèrent momentanément à la main du colonel. Le

(i) Cf. Galtîer-Boissîère, p. 48.

(2) Hanotaiix, V, p. i45, d'après les Lettres inédites du sous-lieute-^ nant Du/au, du 89®.

régiment couvrait la retraite qui n'était inquiétée que par les gros obus de Tartillerie lourde, dont ce fut la première et assez émotionnante apparition. Pas de fantassins devant nous : un champ de bataille videl Les Allemands étaient arrêtés, leurs brigades décimées faisaient même demi-tour, mais leurs obusiers formaient un barrage infranchissable. Devant Tavalanche imprévue, nous reculâmes, sans pertes d'ailleurs. On reculait... après avoir cru à l'avance victorieuse I

« Le souci du chef est alors d'empêcher la désagrégation et de maintenir le faisceau des énergies collectives. Le ralliement se fît assez facilement le lendemain, sur une position de repli 'dont nous préparâmes la défense. Les hommes étaient un peu étonnés, mais gardaient leur bonne humeur et leur entrain... » (i).

Le soir, tout le 5* corps bivouaquait au nord de Longuyon; la 10® division avait peu souffert, la 9* avait été fortement éprouvée, dit-on, sans qu'on puisse en apprécier les raisons.

Le bataillon du 46® qui avait pénétré dans les bois de la frontière ralliait le régiment à minuit. Averti de la retraite à i4 heures seulement, il avait effectué son mouvement rétrograde sans rencontrer personne. L'impression de tous était celle d'un recul inopportun, devant des Allemands qui se retiraient eux aussi. L'impression était <( affreuse », au dire d'un témoin (2).

Cet inexplicable combat de Longwy avait des coaséquences graves, non par lui-même, mais par l'abandon de la liaison avec le 4* corps, qui amenait notre échec à Ethe. La petite place, dont nous avions presque atteint

(i) Général Malleterre, Etudes et impressions de guerre, I, p. 33. (2) Sous-lfeutenant Dufau, du 89*, Hanotaux, V, p. i46.

les glacis, il 'était pas dégagée et les Allemands ne pouvaient que concevoir une piètre idée de nos forces morales devant une retraite aussi prompte.

A la droite de la 3® armée, le 6® corps, général Sarrail, se reliant lui-même aux divisions de réserve de l'armée Maunoury, devait soutenir l'offensive des 4® et 5® corps, en la couvrant au besoin vers Thionville et Metz,

Le corps d'armée marchait vers le nord, la 12® division à la gauche, la 42* à droite; la 4o® division d'infanterie s'échelonnait en arrière et à droite, formant flanc-garde vers la Moselle, et la 6® armée la prolongeait jusqu'aux Hauts-de-Meuse. Ce groupement, constitué le 19 août seulement au moyen de six divisions de réserve (i), avait reçu l'ambitieuse mission de commencer l'investissement progressif du front sud-ouest^ de Metz, nouvelle preuve que notre grand quartier général nourrissait de singu Hères illusions sur les proportions numériques des armées en présence. "

D'après les dispositions arrêtées par le général Ruffey, une des divisions du 6® corps devait masquer la position de Differdange, à l'est de Longwy; une autre la déborderait par Longwy; la troisième se tiendrait prête à contreattaquer un ennemi débouchant de Fontoy, au sud-est d'Audun-le-Roman, pendant que la 7* division de cavalerie (général Gîllaîn) éclairerait vers ce dernier point et se porterait vers Esch-sur-Alzette, Luxembourg, ou se replierait sur Longwy.

(i) A ces six divisions se joignait alors la 72^, de la défense mobile de Verdun.

La 12* division marchait à gauche par Arrancy, Beuveille, Gons-la-Grandville; la 42*, à droite, par Pierrepont et Boismont, son objectif ultérieur étant Differdange. La 4o® division était vers Mercy-k-Haut, au sud-est. couverte au nord-est par la division Gillain. Le général Maunoury paraît avoir mis deux de ses divisions, 54® et 67**, à la disposition du général Ruffey. Elles recevaient Tordre de se porter, le 22, dans la région Spincourt, Mouaville (i) pour couvrir également le flanc droit et les derrières du 6® corps, en parant à une contre-attaque venant de Briey. Disons de suite que la 7* division de cavalerie, dont les chevaux étaient déjà épuisés, ne rendit aucun service et que les divisions de réserve ne purent être en place le 22, -pour des motifs inconnus.

I>ès le début du mouvement au 6* corps, on s'apercevait que l'ennemi avait pénétré plus au sud que Ton ne pensait : il s'était fortement retranché derrière la Crusnes et à cheval sur la Chiers, sa droite à la forêt de Monts, en arrière de la redoute de Bel-Arbre. On rencontrait ses fractions avancées sur une très grande étendue de terrain.

En effet, des éléments de la V* armée (Kronprinz de Prusse) s'étaient portés entre les 5* et 6® corps, et avaient organisé défensivement le terrain, dit-on (2), au nord et à Test de Doncourt-lès-Longuyon (3) et de Baslieux. De là, leur artillerie lourde prenait sous son feu les ponts de la Crusnes qu'il nous fallait traverser.

Les colonnes allemandes se mettaient en marche dès l'aube. A 8 heures, elles s'emparaient de Cons-la-Grandville, sur la Chiers, coupant ainsi en deux notre i2* divi-

(i) Mouaville à l'est d'Etain.

(2) Hanotaux, V, p. i4g.

(3) Hameau au nord-est de Benveille.

sion, dont une partie était déjà au nord de la rivière. Elles attaquaient alors la fraction sud (23® brigade et éléments de la 24®), en même temps qu'elles menaçaient de flanc la 42® division en marche au nord de la Crusnés, vers Pierrepont et Beu veille.

A ce moment, la 4o® division, général Hache, passait ce ruisseau à l'est. Elle abondait Ville-au-Montois et Fillières, quand elle était très violemment attaquée par le XVP corps venant de droite. En même temps l'enneimi débouchait de Gutry, Chénières, Laix, au nord, et une division se portait d'Aumetz sur Fillières.

Malgré ces attaques concentriques, nos troupes tenaient d'abord victorieusement. L*ennemi ne pouvait déboucher de Fillières. Au dire d'un témoin, les cadavres y étaient si serrés qu'ils se tenaient debout parmi les ruines.

A la 42* division, vers 8 heures, la tête d'ayant-garde sortait de Pierrepont, au moment où le gros débouchait devant ce village. A droite, deux compagnies du 16® bataillon de chasseurs 'formaient flanc-garde. La cavalerie faisait connaître qu'elle n'avait rencontré l'ennemi nulle part. A ce moment même, un obus éclatait au sud de Pierrepont et l'action s'engageait vivement.

Le général Verraux faisait déployer le 162® dans le bois au nord-est de Pierrepont; il renforçait d'un groupe du gros celui de l'àvant-garde, déjà au feu. Le dernier groupe de la 42® division prenait position sur une hauteur en avant de PieiTepont et l'infanterie cherchait à progresser par la droite, tandis que, vers l'ouest, l'engagement à la 12** division devenait très vif. Le général Sarrail faisait dire que, si la 42* pouvait disposer de réserves, il y avait lieu de les engager dans cette direction.

n semble que nos tentatives pour déboucher vers le nord aient été vite arrêtées; la 42f division se bornait à

La grande guerre, III. 12

tenir sur place. D'ailleurs, à droite, la 4o®, très éprouvée dans son offensive sur Fillières, étaitr finalement obligée de céder le terrain, et Tune de ses brigades se voyait même dans une position des plus critiques. A 20 heures, le général Verraux rencontrait à Saint-Supplet le général Hache, qui lui déclarait que la situation de la 4o* division l'obligeait à se retirer derrière TOthain. Néanmoins il décidait d'abord d'attendre les événements; puis, ne recevant aucun ordre et apprenant que les Allemands débouchaient de Xivry-Circourt sur sa droite, il prescrivait que la retraite commencerait à 2 heures, dans la même direction. La ^2* division avait eu de lourdes pertes, mais son moral restait intact.

Fn arrivant à Nouillon-Pont, sur l'Othain, le général Verraux apprenait que la 1 2® division s'était retirée égalemont entre Arrancy et la ferme de Constantine. La 4o*, fortement éprouvée, se reformait autour de Billy-sous- Mangiennes.

Le XVP corps s'était concentré, le 22 août, près d'Aumetz, peut-être sans savoir que nous avions entamé Tof fensive. On apprit que nos troupes, en grande force, se montraient dans la région de Mercy-le-Bas, au sud-ouest. La V* armée donnait l'ordre de nous en chasser. Une division dut attaquer par les hauteurs de Joppécourt, une autre par Errou ville et Serrouville, au nord, pour tourner notre gauche vers Fillières (i). C'est ainsi que se produisaient les combats de rencontre précédemment résumés : Dans la soirée du 22 août, le général Sarrail était à Arrancy, très forte position d'où il comptait reprendre l'offensive le 23. A la nuit, la 54® division de réserve était venue tenir les hauteurs d'OlIières, Domprix, au sud-est.

(i) Hanotaux, V, p. i5o, i54, d'après von Zolxîltz, der Grosse Krieg.

Elle s'y retranchait. La 67® division était encore au sudouest, vers Senon, Amel.

En somme, si la y armée n'avait pas gagné de terrain le 22, elle en avait peu perdu, malgré la supériorité numérique de Tennemi. Les 4® et 5® corps se maintenaient sur la rive droite de la Chiers, le 6* corps sur la Crusnes. La plupart des engagements de la journée étaient des combats d'avant-garde et beaucoup de nos éléments n'avaient pas combattu. Le général Ruffey donnait donc, le -22 à minuit, l'ordre de reprendre l'offensive dès ^e lendemain (i).

Gomme pour la ^^ armée, les échecs subis par la 3*, d'ailleurs d'une gravité beaucoup moindre, tenaient avant tout aux maltieureuses instructions du grand quartier général. Elles avaient permis à l'ennemi de nous attaquer par surprise, alors que nos colonnes s'échelonnaient du nord-ouest au sud-est, marchant vers le nord et se prêtant ainsi nécessairement à une attaque sur leur flanc droit, découvert. L'idée première de ce mouvement, basée sur les renseignements incomplets fournis par la cavalerie et les avions, était très critiquable et ne pouvait guère amener que des échecs, quelles que fussent les dispositions arrêtées par les exécutants.

(i) Hanotaux, V, p. i64.

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