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CHAPITRE IX

LA RETRAITE DE LA 4° ARMÉE (24 et 25 août)

Le 9® corps le 24. — La Sa* division. — Le 11® corps. — Le 17*, corps. — Le 12® corps. — Combat de Carignan. — L'ordre de retraite générale. — Le 9® corps le 26 août. — Le 11* corps. — Le 17* corps. — Le 12* corps et le corps colonial. — Le a* corps.

Le 2k août, au 9* corps, à la réception de Tordre de retraite générale, Tordre suivant était donné (3 h. 3o) :

Le corps d'armée allait se porter dans la région Mézièrês, Cons-la-Grand ville, Lûmes, son quartier général â Gharleville. La 17* division opérerait tout son mouvement par la route de Pussemange, Gespunsart, Aiglemont, * pour se rassembler entré ce dernier village et Charle ville, en tenant dès Tarrivée le pont de Nouzon. La division marocaine s'établirait à Sugny, Gernélle, Lûmes, pour couvrir la retraite.

Dans la matinée, la 17* division était tout à fait en flèche et son mouvement rétrograde Tamenait à traverser la partie la plus large et la plus difficile de la forêt des Ardennes. Son flanc droit était complètement découvert et Tennemi avait atteint déjà Bouillon et Poupehaut, presque sur ses derrières. Enfin l'itinéraire à suivre ne présentait aucune position d'artillerie.

Deux bataillons, Tun du 68® et l'autre du 82*, formèrent arrière-garde, tenant Tun les ponts de Membre et de Bohan, l'autre ceux de Vresse et d'Aile.

Un bataillon de zouaves, deux bataillons coloniaux et

une batterie prirent position à Sugny, pour faire face à une attaque éventuelle qui viendrait d'Aile et de Poupehaut. Deux bataillons coloniaux et deux batteries occupèrent la clairière de Gespunsart, surveillant les routes au nord. Le reste de la division marocaine opéra un rassemblement très largement articulé sur le front Aiglemont, Cons-la-Grandville, Gernelle.

Grâce aux dispositions prises et à Tétat moral des troupes, la retraite se fit « dans le plus grand ordre ». Elle parut même échapper à Tobservation de Fennemi, qui, d'ailleurs, n'avait pas renouvelé ses attaques de la nuit. A II h. 5o, le 7* hussards rendait compte que les patrouilles allemandes n'avaient pas encore franchi la Semoy.

La chaleur était accablante. La 17* division faisait une grand'halte à Aiglemont, puis, dans la soirée, allait cantonner à Mézières, Charle ville et Waroq. Un peu avant la nuit, les troupes marocaines se repliaient, sans avoir été inquiétées, et se portaient dans la région Mohon, Villers-devant-Mézières, Lûmes, où elles cantonnaient. La cavalerie allemande ne dépassait pas la Semoy.

La 52® division de réserve avait passé en alerte la nuit du 23 au 24. Elle apercevait au loin des villages belges en flammes, notamment Hérissart et Orchimont. Au petit jour, elle reçut l'ordre de la 4* armée prescrivant la retraite à l'ouest de la Meuse. Ce ne fut pas sans un étonnement mêlé de colère que certaines des troupes l'exécutèrent. A 10 heures, toutes avaient repassé le fleuve; on avait replié le pont jeté précédemment à Monthermé.

La division marchait ensuite sur Château-Regnault, au milieu de l'immense désordre causé par la fuite des habitants apeurés : « Pêle-mêle, entassés, se pressant, se heurtant, des hommes, des vieillards, des femmes et des enfants suivent la route, dans une masse confuse. Devant

eux, des charrettes encombrées de bagages, traînées par de maigres haridelles, cherchent en vain à se frayer passage. Tous, saisis par la surprise et par la crainte, précipitent leur fuite; une femme, qui s'est enroulé un tapis sur le dos, tient à la main un fourreau garni de parapluies; une autre, qui mène après elle une fillette, serre précieusement une pendule sur son cœur; un vieillard a placé dans sa hotte sa batterie de cuisine.... Parfois un cri s'élève, strident et prolongé :

« — Les Prussiens I

« Alors c'est une ruée furieuse; des hommes jouent du poing; des femmes tombent, des enfants sont piétines... » Sur le pas de sa porte, une vieille femme indique, de son doigt crispé, la direction de Willerzie. Elle interpelle les chasseurs à pied : « Où alW-vous, chasseurs I La frontière n'est pas par ici. Elle est là-bas I Lâches! » Elle écume comme une furie et ses invectives font baisser les fronts, détourner les têtes (i).

La nuit précédente, une panique inexpliquée avait balayé toutes les troupes établies derrière la Meuse, de Fumay à Givet, moins quelques sections. Il fallut envoyer en hâte des renforts. On ne put disposer que de deux compagnies (7** et 9^) du 58* bataillon de chasseurs, qui furent transportés en autobus, d'une batterie et de deux escadrons de dragons (2).

A 22 h. 3o, la 52* division recevait Tordre de détruire tous les ponts de la voie ferrée entre Mézières et Fumay.

A la 60® division de réserve, la journée du 24 se passait sans incident notable (3). Il en était de même au ii" corps .

(i) H. Libermann, p. 29-81.

(2) H. Libermann, p. 33.

(3) Elle s'était repliée par Donchery sur les hauteurs au sud. Comme la 52«, elle était à la disposition du 11® corps.

pour la nuit du 23 au 24. Le 2* chasseurs avait reçu Tordre de reconnaître, dès la première heure, le 2^, en direction de Paliseul et de détacher vers Mogimont un escadron en liaison avec la 6o* division. Le régiment fut rappelé (16 heures), mais il ne put aviser Tescadron de Mogimont qui, déjà menacé, se replia sur Botassard, s'y maintint pendant une heure, puis se déroba, non sans peine, au travers des bois, et finalement parvint à franchir la Semoy en aval de Bouillon.

. La 21® division reprit son mouvement de retraite par La Chapelle, Sedan; la 22% par Corbion, Fleigneux, Sedan. Dans la soirée et le lendemain matin, on prit des dispositions pour achever l'organisation de la ligne Villers- Cernay, lUy, Fleigneux, commencée avant l'offensive. Des éléments de la 21* divisiôti tenaient le secteur à l'est de Givonne; d'autres, de la 22*, celui de l'ouest (i). Le gros du corps d'armée franchissait la Meuse sur un pont de bateaux au isud de Torcy; le quartier général die la 21* division cantonnait à Noyers, celui de la 22® à Fresnois, ainsi que celui du ii* corps.

Au 17^ corps, on continuait les travaux de défense entrepris le 23. Deux ponts de bateaux étaient jetés sur la Meuse, l'un à Villers-devant-Mouzon, en amont de ce village, l'autre en aval.

Les débris du bataillon du 87^ (2), qui avait servi de soutien à la cavalerie et avait été à peu près détruit à Neufchâteau, s'étaient repliés au pont de Douzy. Ces i5o hommes environ, conduits par un lieutenant, furent pro-

(i) Colonel Bujac, La bataille de Maîssin, loc, cit, (,2) V. supra, p. io4.

visoirement rattachés à Tun des régiments de la 34* division.

Vers i4 heures, sur une demande de soutien formée par le 12* corps, le général Poline envoyait un groupe du 67* qui prenait position au Mont-des-Tilleuls (i), à Test de Carignan; un bataillon se portait sur Ornes. Aucun autre incident n'était signalé. Dans la soirée, un télégramme daté de 18 heures et adressé aux commandants de corps d'armée parvenait au 17** corps. Le général de Langle prescrivait de faire sauter tous les ponts de route sur la Chiers et la Meuse, dès que les troupes se seraient écoulées. On mina donc et on chargea les ponts de Carignan, de Tétaigne, de Brevilly, de Douzy, de Remilly. Pour plusieurs, les chambres de mines n'avaient pas été préparées à l'avance, malgré la leçon de 1870.

Au i2^ corps, dès le matin du 24, on creusait des tranchées, on cherchait des emplacements de batterie derrière le front occupé. La matinée était assez tranquille, mais, à partir de i3 heures, l'ennemi se rapprochait peu à peu, à l'abri des mouvements de terrain et des couverts. Puis commençait une forte canonnade.

Le moral de la troupe étant bon, on arrêtait facilement l'infanterie ennemie. L'effort principal de l'adversaire se portait ensuite sur notre gauche, où un combat opiniâtre s'engageait au Mont-des-Tilleuls. Le tir de l'artillerie, lourde, réglé par avions, surprenait et inquiétait le soldat.

Quatre fois, le Mont-des-Tilleuls était pris et repris, sans que la constance de notre infanterie se relâchât. C'est alors que le 12* corps réclamait l'intervention du 17*, comme nous l'avons vu. Le groupe Gèzé se portait vers Carignan.

(i) Mont Tilleul de la carte au So.ooo*, cote 290.

2o4 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

Cependant les fractions de ce même corps d'armée qui gardaient Carignan fléchissaient. Le général Roques tentait d*y porter des éléments prélevés sur sa droite, malheureuse idée qui provoquait du désordre. Les tirailleurs du loo^ se conformaient au mouvement de leurs réserves et creusaient un trou dans notre ligne. 11 fallait que le commandant de corps d'armée leur fît personnellement reprendre la position évacuée (i).

Sur les entrefaites, Tennemi faisait un grand effort sur Carignan. Vers i6 h. 3o, une de ses brigades sortait des bois et arrivait à i.5oo mètres environ de la lisière. Mais notre artillerie ouvrait un feu destructeur, et ces six bataillons étaient à peu près anéantis Tun après l'autre; quelques isolés seulement arrivaient jusqu'à la ville. L'ennemi arrêtait l'attaque et repliait son avant-garde.

L'infanterie du.i2^ corps était épuisée par sa résistance. Le soir tombait, favorisant le désordre qui gagnait. On se précipitait sur le pont de Carignan, bien que l'ennemi ne le menaçât plus. Il ne passa même la Chiers que dans la matinée du 25. La retraite du 12* corps reprit dans ha soirée du ilx, pour ne se terminer sur la Meuse que le lendemain soir.

Au corps colonial et au 2^ corps, la journée se passa sans incident notable, semble-t-il.

Dans la soirée du 24 août, le général de Langle donnait l'ordre de continuer le mouvement de retraite. La 4* armée allait se reporter sur la rive gauche de la Meuse, en aval de Mézîères et sur la rive droite entre Mouzon et Stenay. Le long de tout ce front, ses positions seraient fortement organisées.

(i) Hanotaux, V. p. 182, i84.

La 4* division de cavalerie appartenait à la 5" armée, qui Tavait mise temporairement à la disposition de la 4*. Elle lui retournait et portait son quartier général à Aubenton. La 9^ division de cavalerie aurait à entretenir la liaison avec elle dans la région de Givet.

La 52^ division défendrait les passages de la Meuse entre Mézières et Revin, ces deux points inclus. Le g* corps passerait sur la rive gauche dès le soir du 24 et tiendrait le fleuve entre Mézières et Nouvion; il serait prêt à porter la division du Maroc sur Rimognc, pour aider la cavalerie à maintenir la liaison avec la 5" armée.

Le II* corps continuerait de se replier derrière 'a Meuse, de Nouvion à Remilly. Il en défendrait les passages comme le g® corps. X.a 6o* division lui était subordonnée.

Le 17* corps tiendrait, au nord de Mouzon, la région Amblimont, signal 345, en se reliant à droite au 12* corps. Il aurait, en outre, à interdire les passages de la Meuse de Remilly à Villers-devant-Mouzon, ces deux points inclus. Il prendrait les dispositions nécessaires « avant le jour » et disposerait le 25 du pont de Mouzon, entre minuit et 3 heures, pour faire écouler les éléments au nord de la Meuse.

De même, le 12* corps se replierait « avant le jour » sur la rive sud de la Chiers, sa droite dans la région de Malandry, en liaison avec le corps colonial, sa gauche dans la région d'Euilly, se reliant au 17* corps. Il contreattaquerait, s'il était nécessaire, pour soutenir le 17* corps au nord de Mouzon.

L'artillerie lourde stationnée à Yoncq était mise à sa disposition; il lui ferait passer la Meuse, si la situation le permettait.

Le corps colonial aurait à maintenir le plus longtemps

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possible Toccupation de Saint- Walfroy par une arrièregarde. Le gros serait replié « avant le jour » dans la zone Lamouilley, Olizy, Martincourt, tenant les ponts dlnor et de Martincourt.

Le 2* corps, laissant une arrière-garde au sud-ouest de Thonne-le-Thil, en liaison avec Tarrière-garde du corps colonial et avec Montmédy, se replierait a avant le jour » sur la Chiers, entre Lamouilley et Vigneul-sous-Montmédy, ces deux points inclus. Il constituerait un détachement pour maintenir la liaison avec le 4* corps, vers Han-lcs-Juvigny et Juvigny, sur le Loison, et couvrir b direction de Baalon. S'il était nécessaire, il contre-attaquerait par sa gauche, pour soutenir le corps colonial; il ferait tenir le pont de Sassey, sur la, Meuse, en aval de Dun.

D'après Tordre qui vient d'être résumé, l'armée devait être répartie le 25 août sur les deux rives de la Meuse, sans qu'il ressortît des dispositions prises l'idée arrêtée d'opposer dans ces positions une résistance <^e quelque durée. S'il en avait été ainsi, la situation de nos corps d'armée, à cheval sur la Meuse, se fût prêtée à une attaque allemande contre la fraction stationnée à l'est du fleuve. D'autre part, la retraite de la 5* armée, nous le verrons ensuite, découvrait le flanc gauche du général de Langle et l'obligeait fatalement à une nouvelle retraite. Ainsi se déroulaient les conséquences nécessaires d'une concentration première qui n'avait tenu aucun compte de l'éventualité, pourtant si probable, d'une invasion allemande par la Belgique.

Le 25 août, sur un nouvel ordre de la 4* armée, le 9* corps marchait vers l'ouest, la division marocaine sur

LA RETRAITE DE LA 4® ARMEE (2^ ET 25 AOUT) aOy

Le Châtelet, au sud de Rocroy, la 17® division vers Mézières, Charle ville, la 62® division devant succéder à celle-ci dans la même direction.

Un tunnel et dix ponts, dont plusieurs non préparés, étaient détruits sous la direction du colonel du génie Durrieu. On ne gardait que les passerelles indispensables à la surveillance de la rive droite du fleuve. A 19 heures, les troupes étaient installées sous la protection d'avantpostes établis aux lisières sud des bois d'Harey et de Renwez (i), face au nord. Dans cette direction, l'ennemi était encore éloigné. Il poussait la droite de la 5* armée sur Marienbourg et la &2® division, gauche de la 4® armée, sur Revin.

Autant qu'on peut le démêler des renseignements publiés jusqu'ici, le 24 août, le XIP corps paraît avoir été, la 32* division vers Morville, la 23® vers Falaën (2), dan«5 la province de Namur. Le 26, la 32* arrivait à Dourbe, à Test de Marienbourg, à 5 heures, après une marche prolongée toute la nuit.

La 24* division de réserve (XIP C. R.) investissait Gîvet et ne ralliait par suite son armée que le 9 septembre, pendant la bataille de la Marne.

La 24® division (XIX® corps) après une marche de vingtcinq heures, exécutée les 22 et 28, était vers Fumay le 24 août; la 4o* était vers Hargnies, au nord-est.

Le soir du 26 août, la IIP armée, après s'être échelonnée "du nord au sud, entre Dinant et Fumay le 28, faisait face au sud-ouest, de Philippeville à Fumay et à Willerzîe, le XIP corps à la droite, le XIX* à la gauche, le XIP corps de réserve en arrière, vers Givet (3).

(i) Hanotaux, V, p. 178.

(2) A l'ouest de Dinant.

(3) Hanotaux, V, p. 178.

ao8 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

Dans la matinée du 25, une fraction du 58* bataillon de chasseurs (52* division), postée sur la rive gauche de la Meuse, dans le bois des Cinq-Cents-Bonniers, entre Haybes et Fépin, voyait défiler sous ses pieds, sur les deux routes parallèles au fleuve, deux longues colonnes appartenant au XIX* corps, 24* division, en marche sur Fumay. Un bataillon les couvrait fort insuffisamment sur la rive ouest. Nos chasseurs ouvraient tout à coup un feu violent, qui provoquait une surprise complète. Les compagnies tourbillonnaient sur place et s'enfuyaient; des attelages se cabraient ou s'abattaient et plusieurs centaines d'hommes, dit-on, restaient par terre (8 h. 45). A peu près en même temps, nous voyions arriver l'avant-garde du i*"* corps (5* armée), en retraite sur la route du Mesnil à Oignies (i). Ce corps d'armée opérait son mouvement sans être attaqué de flanc.

Le soir du 25 août, le ii* corps était disposé comme il suit : à la 2i* division, la 4i* brigade occupait et organisait le bois de la Marfée, Noyers; le 64*, à droite de Noyers, à la lisière est du bois, le 65* dans ce dernier. La 42* brigade, rappelée de Villers-Cernay, Gîronne, arrivait assez tard le 25 et se massait entre Chaumont-Saint- Quentin et Thelonne, un bataillon sur la Meuse, à Pont- Maugis. Le 298* était en réserve de corps d'armée à la ferme de Beau-Ménil. L'artillerie* de la 21* division avait pris position, un groupe à la cote 346, à l'est du bois de la Marfée, les deux autres à cheval sur la route de Noyers à Chaumont-Saint-Quentin.

La 22* division tenait la gauche de la 21*, le ig* en pointe dans Torcy; en arrière le 118*, sur la position de repli qui, de la croupe 255 à l'est de Frénois s'étend vers

(i) H. Libermaiin, op, cit, p. 33-ilo.

]e château de Belle-Vue (i). La 43* brigade -était en seconde ligne dans les bois Saint-Aignan et de la Queue. Le ii6® organisait solidement la croupe 807, à l'ouest du bois de la/Marfée, et la lisière nord du bois Paré. L'artillerie divisionnaire était sur la croupe à Test de Frénois.- L'artillerie de corps avait deux groupes sur les hauteurs de Noyers, avec d'excellentes vues sur la rive nord de la Meuse.

La 60® division (quartier général à Sapogne) défendait le cours du fleuve de Donchery à Flize (2); la 52® assurait la défense plus à l'ouest, vers Mézières.

Le 25 août, tout se bornait à une action d'artillerie. Vers midi, l'ennemi ouvrait le feu sur Sedan, puis sur les hau teurs de Frénois et sur Noyers. Ses batteries, au nord de Balan, ne purent être repérées. L'artillerie de corps et celle de la 21® division tirèrent néanmoins sur elles et sur des troupes en mouvement aux abords de Bazeilles. Vers i5 heures, une batterie allemande, qui se mettait en position au nord-ouest de ce village, en était chassée par quelques obus heureux.

Vers 16 heures, la 34® division (17* corps) faisait connaître que l'ennemi avait jeté un pont sur la Meuse à Remilly et semblait vouloir y faire déboucher des forces considérables; il n'y avait aucune artillerie pour s'y opposer. Le colonel Darde porta un groupe de l'artillerie de corps sur la croupe au sud-est de Thelonne et prit sous son feu Remilly, ainsi que la vallée de l'Ennemanne. L'ennemi ne fît aucune tentative de passage. D'ailleurs,

(i) Trop connu pour les souvenirs qu'îl rappelle (2 septembre 1870).

(2) Dans la nuit, un sous-oiffîcier de la garnison des Ayvelîets se présentait au quartier général et annonçait qu'une armée allemande so dirigeait vers Nouvion. Il réclamait l'appui de la 6o' division. Renseignements pris, il s'agissait de paysans en fuite devant l'invasion.

la grande gaerre, III. 14

au nord de Sedan, il montrait peu de mordant. Le VHP corps de réserve n'avait occupé Maissin, sur les talons du II* corps, que le 28 août, après 9 heures (3);

Ordre avait été donné de détruire les ponts^ mais les exploçifs manquaient. On en fît chercher au fort des Ayvelles, où ils étaient déposés.

On apprit que le commandant , du génie,,

gouverneur du fort, en était « parti », après avoir fait jeter dans la Meuse les culasses de ses pièces. Suivant les instructions ministérielles, les Ayvelles n'étaient pas considérées comme une place forte, mais comme un ouvrage de campagne destiné à servir de point d'appui aux armées et devant, par suite, être évacué comme toute autre partie du champ de bataille, si la situation l'exigeait. Arguant de ces dispositions imprudentes, le gouverneur demandait, dès le 24, les ordres du commandant de Tarmée en vue d'une évacuation. Puis, sans attendre la réponse, il réunissait, le matin du 25, les officiers et assimilés de la petite garnison en une sorte de conseil de guerre qui décidait à la majorité l'abandon du fort. Le général Eydoux fît amener le commandant à son

quartier général, d'où il l'expédia au fort, avec un officier, pour y chercher des explosifs. Ils purent 'être portés au II® corps piar le dernier train quittant Mézières. Neuf ponts furent ainsi détruits. On dut se contenter de barricader celui de Torcy-Sedan; le pont de bateaux au sud de Bazeilles était déjà replié (2).

Quant aux officiers des Ayvelles, ils se présentèrent quelques jours après au commandant du g* corps, à Lau-

■ (i) Colonel Bujac, La bataille de Maissin (août 1914), loc. cit. Le lieutenant Dc&miers de Chenon, du 118®, et un groupe d'isoilés de divers corps y restèrent jusqu'au 28, à 9 heures. '

(2) Colonel Bujac, loc. cit.

noîs, et firent connaître que le commandant avait dû se suicider. Le général Dubois flétrit leur conduite et^ leur intima défense de rester dans le voisinage de ses troupes, avec ordre de se présenter au quartier général de Tarrnée (i).

Au 17* corps, le 25 août, les travaux entrepris étaient continués tout le jour. Les avant-postes rendaient compte que, pendant la nuit du 24 au 25, le i2* corps, qui était sur la rive nord de la Chiers, dans la région de Char^beaux, avait passé cette rivière et la Meuse. Les patrouilles du 17* corps trouvaient les Allemands à Blagny et à Linay, en amont et à Test de Carignan. Contrairement aux ordres de la 4* armée, ces ponts étaient restés intacts.

Sur la demande du général Poline, le 12" corps reportait une brigade à l'est de la Meuse, vers Moulins.

Aucun autre incident ne survenait sur le front du 17® corps, entre Vaux et Remilly-Aillicourt inclus. La réorganisation des unités si éprouvées le 22 août était achevée, mais aucun renfort n'était arrivé et le 18® d'artillerie (33* division) était encore réduit à neuf pièces.

Nous avons vu* que le 12' corps, après un violent combat vers Carignan, s'était mis en retraite sur la Meuse dans la soirée du 24- Le 25, il la traversait, ne laissant qu'une brigade sur la rive est.

Au corps colonial, il ne survenait aucun incident de quelque importance. Le corps d'armée était canoiiné tout le jour (25 août), sans qu'il y eût attaque d'infanterie.

Enfin, au 2** corps, la retraite s'opérait le soir du 24, en dehors du contact de l'ennemi. On n'arrivait même pas à

(i) Le Communiqué allemand du 3i août annonçait a la prise » des Ayvelles. D*après H. Libermann, p. 69, le bruit courut que le commandant des Ayvelles avait été tué par «es troupes « dans un sentiment d'indignation exaltée ».

le découvrir dans les bois, malgré les recherches de la cavalerie et des avions. Le matin du 25, on se préparait à une contre-attaque, la 3' division vers •le nord-ouest d'Avioth, quand survenait Tordre de se replier derrière la Meuse (i). On la passait en amont de Stenay. « Il faut... s'acheminer sur Montmédy, Stenay, écrit un -témoin (2). C'est un rude coup pour nous et je m'efforce de trouver des explications « à la hauteur », pour réconforter les hommes un peu démoralisés. En moi, ces mots sonnent comme un glas....

« Deux batteries et deux bataillons... forment Tarrièregarde. Le mouvement s'effectue en très bon ordre. Les Allemands, d'ailleurs, nous poursuivent mollement. La canonnade ne se fait entendre que vers i4 heures.

(( Toutefois, lorsque la fin de la colonne d'artillerie arrive sous Montmédy, la place forte tire déjà depuis quelque temps... Nous passons à Montmédy, le cœur serré. Devant la sous-préfecture, des dépêchés sont affichées. Retraite de Charleroi et invasion des départements du Nord. Ça va mal, mais il ne faut pas se. laisser abattre. Notre heure viendra bien. Elle ne peut pas ne pas sonner.

(( Nous- passons des ponts, tous minés. La Chiers,' à VigncuUes, est mise en état de défense. Les fantassins creusent des tranchées.

(( Notre route est encombrée d'infanterie, de cavalerie,

(i) D'après un témoin, le quartier général du 2® corps était d'abord à Baalon, où le général Boëlle apportait de mauvaises nouvelles. L'or dre était alors donné de le porter à Stenay. Le départ se faisait avec précipitation, car un message pris sur un officier d'état-major allemand portait que l'ennemi devait hâter sa marche et passer la Meuse à Inor, sur un pont de bateaux, pour couper la retraite du 2* corps.

(2) Lieutenant Deville, Carnet d'un Artilleur ^ p. 64 et suîv.

lA RETRAITE DE LA 4* ARMÉE (2 4 ET 25 AOUT) 2i3

d'artillerie, de voitures de ravitaillement, de voitures de blessés.

« Des convois d'émigrants attendent dans les champs que nous ayons fini de passer pour fuir l'envahisseur.

(( Nos pauvres fantassins ont l'air exténués... ils ont fourni uûe rude marche depuis le matin, et la nuit tombe.... »

Le quartier général du 2® corps allait à Beauclair. Bien que Montmédy eût été évacué par ce corps d'armée dans la matinée, son canon aurait pu intervenir dans le combat soutenu vers Marville par le IC corps. Le général Bon, qui commandait l'artillerie du corps Gérard, tenta vainement de l'obtenir. Son chef lui en retusa les moyens (i).

Le pont de Stenay sautait vers 22 heures, mais d'une façon incomplète. Il fallut renouveler cette opération le lendemain. Au dernier moment, on s'était aperçu que deux groupes d'artillerie étaient encore à l'est de la Meuse. liÇ colonel qui les commandait n'avait pas été touché par l'ordre de retraite. « Au jour seulement, il s'était aperçu que toutes les troupes d'infanterie avaient disparu. De sa propre initiative il était parti, se faisant une escorte de ses servants. Quelques uhlans l'avaient accompagné de loin » (2).

Cet épisode montre la précipation d'une retraite, que les Allemands ne pressaient en aucune façon et qui eût dû être opérée avec plus de calme.

(i) Oén^ral Bon, loc, cit., p. i64.

(2) Général Bon, p. 166.

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