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CHAPITRE X

LA RETRAITE DE LA 3* ARMÉE (4« et 5* Coips) LES 23-25 AOUT

Projet» d'offensive du général Ruffey. — Le grand quartier général et ice« projets. — Le aS août au 4* corps. — Les 24 et 26 août. — Le 5* corps Iles 28, 24, 26 août. — Le 6* corps à Arrancy. — Combats sur rOrne.

Dans la nuit du 22 au 28, la 3* armée tenait à peu près la ligne ferme d'Houdrigny, Virton, bois de Guéville (i), Vezin, Villers-le-Rond, Longuyon, Arrancy, Spincourt. Elle avait beaucoup souffert de son offensive si vite avortée, mais les Allemands étaient éprouvés eux aussi.

Nous avions reconnu devant l'armée la présence du V* corps, de partie du XIIP, en marche d'Arlon sur Neufchâteau et qui avait fait face au sud; d'éléments du VI* €orps de réserve, qui attaquaient Longwy; du XVP corps venu de Thionville vers Spincourt; de la 33* division de réserve, renforcée d'une brigade de landwehr au moins, qui était sortie de Metz pour attaquer notre droite en liaison avec la 6* division de cavalerie allemande. En réalité, la 3* armée avait en face d'elle la V* armée entière, c'est-à-dire- des forces plus considérables que nous ne le supposions.

(i) Où le 124® était porté vens 3 heures le 23, avec ordre de teùir jusqu^au bout (Lettre du lieutenant X., du 124*, déjà citée).

LA RETRAITE DE LA 3® ARMEE (A® ET 5® CORPS) 2l5

Malgré les échecs du 22, le général Ruffey ne se croyait nullement contraint de quitter la partie. Dans la nuit <Ju 22 au 23, il donnait Tordre de reprendre Toffensive, tout en tenant compte de la situation délicate oii les événements avaient placé le 6® corps. Il prescrivait même une attaque enveloppante par ses deux ailes, la manœuvre en tenaille si chère à Schlieffen. Mais ce genre d'opérations n'est praticable qu'avec la supériorité numérique, ou,^ du moins, comme à Cannes, avec J'incontestable primauté du jwmmandement et du moral.

L'ennemi n'avait pourtant profité ni de la soirée du 22, ni de la nuit suivante pour entamer la poursuite. On se hâtait d'en conclure qu'il faisait preuve de faiblesse et d'hésitation, impression fausse que les commentaires naïfs des habitants du pays venaient encore renforcer.

Quoi qu'il en fût, le général Ruftey donnait au ^^ corps l'ordre de s'appuyer sur Mont-Quintin et Lamorteau pour prendre Toffensive par sa gauche, en étroite liaison ave 3 le 2* corps (4® armée). Le .5® corps, s'organisant pour la défense au nord de la Chier* et se reliant vers Longuyon à la gauche du 6® corps, aurait à se maintenir sur cette rivière, en passant au besoin sur sa rive sud, pour servir de base au mouvement de la 3* arm^e.

Le 6" corps sur laCrusnes, la droite vers Mercy-le-Bas, se préparerait à reprendre l'offensive par sa droite, en liaison avec la 7® division de cavalerie. Ces escadrons, restés tout à fait inutiles le 22, se porteraient dans le flanc des colonnes qui attaquaient le 6® corps vers Ollières et Domprix, au nord-est de Spincourt.

Mis au courant de ces décisions, le grand quartier général estimait que la contre-offensive montée par le général Ruffey n'avait aucune chance de réussir. De fait, elle était basée sur une attaque du 4® corps appuyé par le 2'.:0r,

2l6 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

la retraite de la 4* armée rendait dangereux un mouv<?ment en avant de la 3* à sa droite. Le 24 août, à 20 h. 35, le général en chef adressait donc au général Ruffey un télégramme ordonnant la retraite sur des positions à organiser en arrière. La situation de la 4* armée et de la droite de la 3* conduisaient à penser qu'il était préférable de ramener cette dernière de Montmédy à Azanne, par Damvillers (i), à peu près parallèlement aux Hauts-de-Meuse, l'armée pivotant ainsi sur sa gauche, elle-même ramenée de quelques kilomètres en arrière. A cette aile, la 4® armée tiendrait les hauteurs de la rive droite de la Meuse entre Stenay et Mouzon. A droite, l'armée Maunoury défendrait les Hauts-de-Meuse.

Quoique les raisons misefi en avant par le grand quartier général parussent sérieuses, le général Ruffey persistait à croire que la 3* armée pouvait encore tenir sur les positions qu'elle occupait, de façon à infliger aux Allemands des pertes sensibles. H jugeait^ qu'une offensive par sa droite avait des chances de succès, et l'avenir devait lui donner raison. D'où un certain flottement dans les journées du 2/i et du 25. Il semble en résulter qu'en présence de l'immense étendue des fronts actuels, l'action du général en chef doit se borner aux grandes lignes et à l'intervention des armées de réserve, armées qui justement nous manquaient entièrement à la fin d'août 191 4, puisque nous avions mis, dès le début, toutes nos forces disponibles en ligne, de la frontière suisse à l'Escaut.

Lé soir du 22 août, le quartier général du 4* corps était à Lamorteau, au sud-ouest de Vîrton, la 8* division dans

;(i) Hanotaux, V, p. 186.

la zone Harnoncourt, Dampicourt, Saint-Mard, Lamoij teau, Rouvroy- la 7* bivouaquait plus au sud, d'AUondrelle à Charency et Villers-le-Rond. Des renseignements recueillis, il résultait que les Allemands n'avaient encore occupé ni Virton, ni Saint-Mard; à Ethe même, au nordest> il n'apparaissait, jusqu'à 10 heures environ, que des patrouilles allemandes, quoique le bourg ne renfern^ât plus que des blessés, des infirmiers et quelques traînards. Mais, si la 8® division se consolidait sur ses positions de Mont-Quintin, Lamorteau, il n'en était pas de même pour la 7'.

Un de ses bataillons tenait la croupe 254, à cinq kilomètres Est de Charency, se reliant par sa droite aux avant-postes du 5® corps. Dans la matinée du 28, il était attaqué dans cette direction, que venait de découvrir subitement la retraite des troupes voisines. Il se retirait « précipitamment » sur Charency et son recul mettait dans une situation dangereuse les fractions qui occupaient le secteur Charency, AUondrelle. Le général de Trentinian jugeait nécessaire de les replier immédiatement sur Villers-le-Rond, sans qu'il en référât au commandant du 4*^ corps, semble-t-il (i3 heures) (i).

Tl ne se bornait pas à ce premier repli : il observait que Villers-le-Rond est dominé par àes hauteurs boisées, à quelques kilomètres vers le nord. En cas de retraite sur Marville, direction prévue, nos troupes seraient exposées à passer le pont de l'Othain sous le feu de l'artillerie ennemie.

Le général croyait donc devoir prescrire la retraite au sud de cette rivière, sans avoir pris les ordres du commandant de corps d'armée. A la nuit, la 7* division occupait la

(i) Cf. Hanotaux, V, p. 186. ^

2l8 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

forte position de MarTille, qui commande toute la rive droite. La défense de cette ville avait été organisée par le génie. Elle était d'autant plus facile que ses maisons s'étagent jusqu'au sommet de la colline, qui offre, sur les deux flancs, de bons emplacements d'artillerie.

Cependant, en face de la 8* division, à la gauche du général de Trentinian, on signalait "des troupes ennemies se massant dans le bois de Robelmpnt,'à la jonction du te corps et de la k^ armée. Vers midi, Robelmont était occupé et deux batteries prenaient position sur la crête 3o5, à l'est. Mais, dans cette direction, les Allemands cheminaient avec la plus extrême prudence, en sorte que l'artillerie de la 8* division pouvait faire déharnacher ses attelages à Torgny (i).

Il résulta de ces circonstances que, tandis que la division de Trentinian opérait sur Marville une retraite sans doute trop hâtive, la division Lartigue gardait ses positions au Mont-Quintin, Lamorteau, appuyée à l'ouest par le 2* corps (4® armée), qui avait réoccupé le plateau do Villers-la-Loue, la ferme du Hayon, se tenant prêt à une contre-attaque. Dans la soirée du 23 août, le corps d'armée Boëlle était donc établi sur une ligne nord-sud, marquée à peu près par Mont-Quintin, Harnoncourt, Lamorteau, Villers-le-Rond, Marville, Saint-Jean, Petit- Failly.

Depuis le milieu du jour, sa gauche était découverte par la retraite du 2® corps, que le repli du corps colonial obligeait à son tour de gagner la ligne Sommethonne, Couvreux, Avioth, en attendant un recul plus prononcé encore. Le moral de la 8* division restait néanmoins solide (2). On signalait l'avance prudente de l'ennemi le

(i) Hanotaux, V, p. 189, d*après Lintier, Ma pièce^ p. 92. (2) Hanotaux, V, p. 190, d'après Lintier, Ma pièce, p. 94.

long des chemins aboutissant à Ethe, à Latour, à Ruette^ à La Malmaison, à Tellancourt.

Le 2/i, la division continuait de fortifier ses positions de Mont-Quintin, sans être troublée par l'ennemi. Le général Boëlle portait son. quartier général d'Iré-le-Sec à Ville- Gloye, immédiatement à Test de Montmédy.

Quant à la division Trentinian, le 2/i, elle était déployée sur un front de plus de quatre kilomètres, la i4* brigade et un groupe tenant la croupe 283, de Marville à La Chapelle-Saint-Hilaire, la i3* brigade et un groupe la cote 277, de Marville au gué à 800 mètres en aval de Petit- Failly.

Deux bataillons de réserve et un groupe d'artillerie de corps gardaient une hauteur à environ deux kilomètres au sud de Marville.

Dans l'après-midi du 24, le général Ruffey invitait à deux reprises le commandant du 4® corps à faire une énergique contre-attaque pour dégager le 5* corps obligé à la retraite sur l'Othaîn. Le lieutenant-colonel Blin, du I02^ en était chargé avec deux pelotons du i4* hussards, un bataillon du 102®, un autre du 3i5*, un du 124* et une batterie du 26®. Ce détachement, si bizarrement compose, devait se constituer au sud-ouest de Villers-le-Rond. Mais le rassemblement ne fut achevé que pendant la nuit. Le détachement le termina vers la cote 3oi, au sud du boifi de Lagrange, après avoir constaté que Flabeuville et Charency étaient occupés par Tennemi.

Le 25, de grand matin, le colonel Blin dessinait un double mouvement offensif sur Petit-Xivry, le long de la route de Longuyon, et vers Flabeuville, au nord. Aprè& un court engagement, il était rappelé à Marville. 8an& que sar démonstration eût produit un effet appréciable.

Vers 8 heures, une colonne ennemie, soutenue par un

feu violent d'artillerie lourde, débouchait sur. la rive droite de l'Othain, en plusieurs points, et s'emparait du faubourg Saint-Jean. Notre artillerie tirait efficacement sur elle, mais s'efforçait vainement de répondre aux batteries ennemies, établies à grande distance. Une pièce mise en batterie sur la place de l'église arrêtait les. assaillants sur le pont de Marville et même les chassait des tranchées voisines où ils cherchaient à s'abriter, mais ils parvenaient à passer un gué en aval et se glissaient entre Marville et la droite de la 1 4* brigade, qui tenait, nous l'avons vu, la croupe 288.

Dès la veille, des cavaliers ennemis avaient paru à la gauche d^ cette brigade, mal reliée à la division Lartigue, qui n'avait pu s'étendre suffisamment au sud. Menacé aux deux ailes, le commandant de cette brigade prenait l'initiative de se replier. Vers la même heure, le lieutenantcolonel commandant la défense de Marville, voyant que l'ennemi commençait à pénétrer dans la partie ouest de ia ville, et informé du recul de la i4* brigade, décidait également ^e se retirer.

Le général de Trentinian ignorait encore ce repli de sa gauche, quand il était prévenu, par un officier du 5* corps, que ce dernier se retirait sur Grand-Failly. Jusqu'alors ce corps d'armée avait ses avant-postes sur la rive Est de l'Othain; ils s'étendaient même en avant du front de la 7* division, le gros étant sur la rive ouest de cette rivière. Tout en étant mal relié au général de Trentinian, le 5* corps lui assurait cependant une sécurité suffisante sur son flanc droit. Son recul le découvrait entièrement.

Dans ces conditions, les deux flancs de la 7® division étant en l'air, le général jugeait qu'il était exposé aux plus grands risques, sans que l'armée pût en tirer le moin-

dre avantage. Il prescrivait aux i3® et i4® brigades de se retirer immédiatement derrière le Loison, où elles occuperaient de nouvelles positions défensives. On remarquera que cette décision grave, à laquelle le commandant de corps d'armée n'avait aucune part, avait été prise avant Tordre de retraite, peut-être intempestif lui aussi, donné par le commandant de la lA® brigade (i).

La i3® brigade, sous un feu terrible d'obusiers, venait de perdre presque tous ses attelages d'artillerie, quand Tordre de retraite lui parvint. Elle crut devoir abandonner sur place une partie de ses pièces et se retira par le pont de Jametz à l'ouest du Loison. Dans le combat de Marville, l'aviation allemande avait encore joué son rôle, sans que la nôtre pût s'y opposer. Elle réglait ainsi le bombardement de cette petite ville et aidait ses canons lourds à jeter le désordre dans notre retraite (2).

La 1/4® brigade battait déjà en retraite dans la même direction. On la dirigea sur le pont de Remoiville.

Ce pont et celui de Jametz étaient gardés chacun par une compagnie; le i/i** hussards, mis à la disposition du général de Trentinîan, restait sur la rive Est du Loison, pour couvrir nos derniers éléments dans leur passage. Quelques escadrons ennemis apparus à trois kilomètres au nord de Remoiville étaient re jetés dans les bois par nos batteries. A la division Lartigue, dans la matinée, la 16® brigade, colonel Dervaux, et trois groupes tenaient Mont-Quintin; la 1 5® brigade, colonel Froppo, défendait Velosngs et la rive gauche de TOthain. Les Allemands attaquaient vers Mont-Quintin et le général Boëlle se rendait compte que son front était très étendu, que sa

(i) L'ordre de retraite de la 7^ division paraît avoir été donné entre 9 h. 3o et 9 h. 45.

(2) Hanotaux, V, p. 192, d'après Lintier, Ma pièce, p. 109? La

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gauche était dans une situation délicate. Il décidait de resserrer son front et prescrivait à la division Lartigue d'évacuer Mont-Quintin, en y laissant une forte arrièregarde pour couvrir sa retraite derrière TOthain. Elle avait ordre de ne se replier qu'en cas de nécessité absolue sur Montmédy, Villé-Cloye, Flassigny, face au nord-est. Mais elle se laissait entraîner par le recul du 2" corps et aussi par celui de la division Trentînian effectué dès la veille. Avant même d'être attaquée, vers 11 heures, elle se mettait en retraite. Le 2® corps la recueillait à la hauteur du bois Robert, au sud-ouest de Montmédy.

Sur les entrefaites, le général Boëlle recevait (12 heures) Tordre de repli ' général sur les Hauts-de-Meuse, ce qui rendait moins fâcheuses les dispositions prises, sans sa participation, aux 7* et 8* divisions. Le mouvement rétrograde de son corps d'armée continuait toute la soirée du 25, dans les conditions les plus pénibles, sous la protection des débris du i4* hussards. Le général rendait compte que la division Trentinian tenait le front Bréhévilk, Brandeville, au pied des Hauts-de-Méuse et au sud-ouest de Jametz. La division Lartigue était vers Han-les-Juvigny et le bois Robert, de l'autre côté de la forêt de Wèvre. On jugeait même nécessaire de prolonger vers l'ouest, sans arrêt, cette retraite déjà si hâtive. Dans la nuit, le /t® corps atteignait la Meuse, le quartier général à Dun, la division Trentinian à Brieulles et Cunel, en amont; la division Lartigue à Cléry-le-Grand, Cléry-Ie-Petit, Liondevant-Dun, Doulcon; l'artillerie de corps à Sassey-sur- Meuse et Mont-devant-Sassey. La liaison avec le 5* corps s'effectuait, vaille que vaille, par Bréhéville.

7* division perdit le 26 août le matériel du groupe Durandin, du 26®, et de la io« batterie du 44*» abandonné sur le terrain.

Ainsi la gauche de la 3* armée avait abandonné les Bauts^e-Meuse, sans y être aucunement contrainte.

Au 5* corps, la. retraite avait, semble-t-il, été extrêmement confuse dans l'après-midi du 22 et la nuit du 22 au 23. L'artillerie lourde produisait sur ce corps d'armée <( un effet moral extraordinaire », teiiant peut-être à sa composition et à son origine (i). Bien qu'il n'eût pas été sérieusement engagé le 22, le général Brochin faisait savoir le 23, dès 4 heures, qu'il allait se replier derrière la Chiers, où il tiendrait. Le désordre était extrême dans Longuyon : « Une foule de soldats aux yeux hagards, couverts de sueur et de poussière, les vêtements déchirés, se pressent avec des injures et des cris. Tous les régiments sont mélangés. La chaussée est encombrée de grandes oarrioles, pleines de blessés qui geignent à chaque cahot... Au flot des soldats se mêlent des civils qui fuient, portant -des malles sur leurs épaules, des femmes affolées traînant leurs enfants et qui, pour se sauver, ont mis leurs plus belles robes et leurs chapeaux à fleurs des dimanches. Au milieu de cette effroyable pagaïe, l'artillerie, qui se replie, <lébouehe au grand galop, dans un nuage de poussière; les canonniers, frappant leurs bêtes haletantes avec le manche des fouets, gueulent : « Place! Place I » La foule des fantassins s'entrouve avec un hurlement; les attelages bondissent sur le pavé avec un vacarme infernal, provoquant de terribles remous dans la marée humaine qui s'écrase contre les murs des maisons... » (2).

(i) Hanotaux, V, p. 194. Le 5* corps avait une division à Paris et Tane dans le Centre (Oriéans, Blois, etc.).

(2) Galtier-Boissière, p. 53-54.

(i) Galtier-Boissière, p. 56.

Dans la journée, la 9* division conâbattait au nord de Longuyon, appuyée à gauche par le IC corps, à droite par le 6®; la 10* division organisait les positions au sud de la Chiers : la ferme de Haute-Wal et le bois voisin (46*), Saint-Laurent-sur-Othain (46®), la ferme de Basse-Wàl et le Grand-Bois (76*). Le 3i*, qui avait subi des pertes importantes le 23, restait en réserve. Le 46® tenait par ses avant-postes le hameau de Noërs, au sud-ouest de Longuyon. Un témoin rapporte un trait caractéristique : le ravitaillement n'avait pu rejoindre « depuis quatre jours »; il arrivait à Saint-Laurent dans la soirée, et chacun reprenait sa gaieté habituelle (j).

Dès le point du jour, le 24, retentissait une violente canonnade allemande. A 5 h. 3o, le colonel Malleterre, commandant la 19® brigade, donnait l'ordre de marcher sur Longuyon. Tout le 46* était en ligne sur un front de i.5oo mètres; il était soutenu par deux bataillons {89^ et 3i®). L'artillerie de la 10® division, très bien défilée, ,

tirait efficacement. Vers 8 heures, le 46® atteignait ainsi la crête qui domine Longuyon au sud-ouest. La 12* division '

(6® corps) était à sa droite, se reliant à la lo* par le 67*. Au bout de deux heures, le fléchissement de ce régiment entraîna celui d'un bataillon du 46®. En même temps, le |

76* échouait dans son attaque à l'ouest, dé Longuyon. Vers midi, le recul de la 10* division devint général; I

toutefois, un bataillon du 46® et deux sections du génie restaient à la ferme de Haute-Wal et les Allemands ne poursuivaient nos troupes qu'avec leurs projectiles. |

Dans l'après-midi, le 6® corps reprenait vivement l'attaque. Vers 4 heures, les chasseurs à pied de la 12* '

division occupaient la ferme de Haute-Wal, mais le 5* 1

corps n*avaît pu se rallier suffisamment pour concourir à cette nouvelle offensive (i), dont le résultat final était nul. Les Allemands n'entraient, dit-on, dans Longuyon qu'à 17 heures. Cette petite ville, au confluent de deux vallées encaissées, formait entonnoir et notre artillerie y infligeait à Tennemi de fortes pertes.

Le 5* corps, dans ce cas encore, semble avoir opéré une retraite prématurée : « ...Après un nouveau combat, le 24, qui paraissait tourner bien, Tébranlement de troupes voisines nous obligea à un nouveau recul. Ce ne fut pas encore sous la pression supérieure d'une attaque h fond que nous pliâmes à nouveau; l'armée allemande attendait sur place, à bonne distance, en tirant posément, l'effet de ses canons et de ses mitrailleuses. Nos lignes s'énervaient de ne pouvoir avancer et aborder l'ennemi, et de rester sous l'averse incessante de ses obus de tous calibres. Plusieurs assauts échouèrent et l'ordre de retraite arriva pour la seconde fois*

« Le soir, malgré des pertes sérieuses, le régiment était reformé autour du drapeau... » (2).

Notons, d'après un témoin, que la retraite était méthodiquement organisée : il y avait « de l'ordre dans le désordre ». L'état-major du corps d'armée allait à Merles.

Les pertes étaient grandes. L'un des régiments de la TO* division avait, perdu deux officiers supérieurs et moitié de son effectif. Des compagnies y étaient commandées

(i) Hanotaux, V, p. 196.

(2) Général Malleterre, Etudes et impressions de guerre, I, p. 33. c( Au premier mot de retraite, les unités affaiblies, décimées, sans chefs, 6e sont désagrégées. Les tirailleurs héroïques qui, en montant à l'assaut 6ÛTS de là victoire, progressaient sous un feu terrifiant, maintenant qu'ils courent vers l'arrière, certains de la défaîte, sont redevenus de «impies hommes, jetés dans une effroyable catastrophe. Après avoir follement exposé sa peau, chacun s'est repris et veut à tout prix la ^sauver... » (Galtier-Boissière, p. 70).

La grande guerre, 11 i. .15

par des sergents. CertainoS ne comptaient qu'une quarantaine d'hommes (i).

Le 5* corps continuait, le 25 août, son mouvement de repli. Sa nouyelle ligne était d'abord marquée, dit-on, par Petit-Failly, Grand-Failly, Saint-Laurent-sur-Othain, boîs de Merles (2), et dessinait une sorte de demi-cercle, face au sud-est et au nord-est. Il se reliait par Mangiennes au 6* corps. Malgré la contre-attaque du colonel Blin (4* corps) sur Petit-Xivry (3), dont nous avons parlé, et qui était destinée à dégager la 9® division, celle-ci ne put garder Grand-Failly. A i5 heures, elle faisait savoir sa retraite derrière l'Othain. Dans la soirée du 25, la 10* division était à Damvîllers, la 9® entre Damvillers et Dun, beaucoup plus à l'ouest.

Malgré le décousu et la précipitation de cette retraite, il ne semble pas que le moral des troupes ait été sérieusement atteint. Voici ce qu'écrit le général Malleterre, après avoir mentionné que, le 25, le 46® « attendit toute fat journée,^ la lisière d'un bois, une attaque qui ne vint pas.

« La retraite s'oriente définitivement vers la Meuse. Ce fut presque un soulagement. La Meuse était un mot magique. Elle représentait pour nous la ligne inviolable, avec les côtes lorraines, les difficultés du passage, les possibilités de manœuvre vers la Woëvre et vers le nord.... La retraite n'était que le résultat d'une première offensive avortée. Sur la Meuse tout allait s'arranger... » (4). Cet espoir allait être encore une fois déçu.

(i) Galtier-Boissière, p. 77.

(2) Hanotaux, V, p. 195.

(3) Petit-Xivry sur la route de Mairville à Longuyon.

f4) Général MalMerre, Etudes et impressions de guerre, I, p. 33-34. De même, le sous- lieutenant Dufau, du 89®, dans ses Lettres inédites ^ citées par Hanotaux, V, p. 195-196, mentionne que les honunes sont exténués et non démoralisés. Cf. Galtier-Boissîère, p. 85-94-

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