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CHAPITRE XIII LA 5* ARMÉE JUSQU'AU 21 AOUT

Ensemble de la manœuvre allemande. — L'armée Hausen. — Les armées Bûlow et Rlûck. — L'armée Lanrezac. — Le général Lanrezac. — Ses idéeis. — Le mouvement de Tarmée an nonî-ouest. — Combat de Dînant, i5 août.. — L'emplacement de la 5* armée au soir du 20 août. — L'armée britannique. — Les divisions d'Amade.

Pendant que ces événements se déroulaient à Test de la Meuse, d'autres d'une importance plus grande encore, de par leurs conséquences, survenaient à l'oues-t.

Nous avons dit comment se dessinait l'ensemble de la manœuvre allemande au début des opérations actives. Tandis que les IV® et V* armées, renforcées d'éléments des garnisons de Metz-Thionville, opéraient contre nos 4*, 3' armées et l'armée de Lorraine, les F* et IP armées, déjà sur la rive gauche de la Meuse, entamaient un vaste mouvement tournant à travers la Belgique. La IIP armée établissait sur la Meuse la liaison entre ces deux groupes.

Le déclenchement de cette manœuvre n'avait lieu que le 19 août. La veille, Guillaume II avait quitté Berlin pour prendre le commandement suprême. On a cherché quels pouvaient être les motifs de ce retard, la partie essentielle de la concentration allemande ayant dû être terminée vers k 12 août, comme pour la nôtre.

M. Hanotaux croit que l'immobilité des armées allemandes du centre et de la droite jusqu'au 19 août tient

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au désir do prafitor d'une faute éventuelle de leurs adversair-es : « N'ignorant pas que le Gouvernement belge avait fait appel au Gouvernement français et qu'il avait demandé d'urgence l'envoi d'une armée en Belgique, les Allemands avaient sans doute conçu le projet de laisser cette armée s'avancer jusque sur la plaine de Bruxelles- Waterloo, pour l'écraser entre les cinq armées tombant simultanément sur elle » (i).

Cette assertion vaut d'être <?xaminée de près. En premier lieu, on doit se demander si abandonner Qomme nous l'avons fait les Belges à leur destin, en^ dépit des instances de leur Gouvernement, était à la fois digne d'un pays comme la France et prudent au point de vue militaire. Nous croyons diamétralement le contraire. Moralement, nous devions soutenir plus efficacement la petite nation qui s'exposait aux pires souffrances pour défendre sa neutralité. Militairement, il y avait tout avantage à éloigner la guerre de nos frontières, à ne pas abandonner à l'ennemi les immenses ressources de la Belgique, à ralentir la ruée des Allemands vers la partie la plus riche de la France.

Nous en concluons que soutenir efficacement les Belges n'eût pas été commettre une faute, mais agir selon les exigences de la situation.

De plus, est-il bien exact que l'arrêt des Allemands avant d'entreprendre leur manoeuvre en Belgique ait été voulu dans l'intention que leur prête M. Hanotaux? Il ne faut pas oublier que la chute des derniers forts de Liège est du 17 août: Avant le. 18, les armées allemandesL n'ont pas la pleine disposition de cet important nœud de routes et de voies ferrées. On peut donc admettre que l'arrêt en

(i) Hanotaux, VEnigme de Charleroî^ Bévue des Deux-Mondes d" i5 août 1917, p. 737.

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question tient à la nécessité de faire tomber e«ntièrement la résistance de cGtte position fortifiée (i). Peut-être aussi, le départ du Kaiser de Berlin fut-il retardé par divers motifs et notamment par l'offensive des Russes commencée dès le 17 août.

Quant au tableau que trace M. Hanotaux de l'armée Lanrezac, écrasée dans la plaine de Bruxelles-Waterloo par les cinq armées allemandes, il paraît être singulièrement poussé au noir. Il ne pouvait s'agir de cinq armées allemandes, puisque deux au moins, la IV® et la V®, faisaient face à nos 4®, 3® armées et à l'armée de Lorraine. Même la IIP avait à traverser la Meuse en défilant devant notre 4^ armée. Il eût fallu un extraordinaire concours de circonstances, doublé d'une rare impéritie chez nos commandants d'armée, pour que l'armée Lanrezac eût affaire aux cinq armées de la droite et du centre allemand.

L'auteur de VEnigme de Charleroi continue ainsi son plaidoyer : <( A partir du i8, lefs Allemands apprennent par des actes publics et les conimuniqués officiels que le Gouvernement belge a pris le parti de ^amener son armée dans le camp retranché d'Anvers; dès lors l'attente est inutile et aussitôt le Kaiser ordonne le déclenchement du grand mouvement tournant » (2). Malheureusement pour cette thèse, c'est le soir du 19 seulement, après le combat d'Aerschot, que le roi Albert donnait l'ordre de retraite surJa position fortifiée d'Anvers (3). Comment cette déci-

(i) I^ Communiqué allemand du 18 août porte : « Nos adversaiires annoncèrent que devant Liège se trouvaient 120.000 Allemandfl ne pouvant continuer Jeur marche en avant en raison des difficultés du ra-vitaillement. Ils se tromipaient, car cette paUse eut d'autres raisons ». On peut croire que la vérité est exactement le contraire de ce qu'écrit le rédacteur officiel.

(2) Hanotaiix, V énigme de Charleroi^ loc. cii,, p. 789.

(3) Campagne de V armée belge d'après les documents officiels, p. 48. D'après V action de V armée belge, p. 25, la retraite sur la

sion aurait-elle pu influer sur le déclenchement d'une offensive commencée le matin même?

Le véritable objectif de V Enigme de Charleroi paraît être de justifier les décisions du haut commandement français au début de la campagne : « Tant que les armées allemandes étaient immobiles dans le Luxembourg et le Luxembourg belge, installées qu'elles étaient au carrefour des routes conduisant soit en Belgique, soit en France, on pouvait leur attribuer divers projets....

(( En présence de ces diverses éventualités, le haut commandement français, tout en engageant son aile droite dans roffensive lorraine, se tenait ramassé sur son centre, prêt à se porter partout où les Allemands apparaîtraient » (i).

La prétendue immobilité des <( armées allemandes » dans ;< le Luxembourg et lo Luxembourg belge » n*a jamais existé. Avant le 17 août, dans Tarmée belge, « on n'ignorait pas... que de grands rassemblements ennemis se faisaient au nord de Liège, entre le Démer et la Meuse. Le 17 août, des forces non moins importantes franchissaient la Meuse vers Huy et en aval » (2). Le fait seul de l'attaque brusquée de Liège, opérée avec de gros sacrifices, n'indiquait-il pas, sûrement, l'intention de traverser la Meuse pour opérer dans la partie centrale et occidentale du pays?

D'après M. Hanotaux, le haut commandement français se « croyait suffisamment protégé en disposant ses troupes depuis Rocroi et même Vervins jusqu'aux Vosges, puisque la plus grande partie de nos corps d'armée se

Dyle est prescrite le 18 à 19 h. 3o. L*idée de la retraite sur Anvers est dès lors arrêtée, mais les Allemands Tignorent.

(i) Hanotaux, L^énigme de Charleroi, loc. cit., p. 789.

(2) Campagne de V armée belge diaprés les documents officiels, p. 38; Uaction de Varmée belge, p. 21.

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trouvaient ainsi placés face à la Belgique et au Luxembourg » (i). Il suffit de rappeler que notre première concentration établissait la 5* armée entre la frontière belge et la ligne Verdun, Audun-le-Roman; la 3* entre cette ligne et la Moselle; la 4* dans la région Commercy, Sainte-Menehould. Les i'® et 2® armées faisaient uniquement face a la frontière allemande (2). Dans ces conditions, la 5® armée, seule, pouvait être considérée comme destinée à opérer éventuellement en Belgique et en Luxembourg.

A dater du i5 août seulement, la lumière parut se faire à notre grand quartier général. On a vu comment il poussa la 4" armée entre les 3® et 5% comment il renforça les /i® et 5* armées aux dépens des armées de Lorraine et d'Alsace. Mais ce fait seul ne montre-t-il pas qu'il s'était trompé dans son plan de concentration primitif et qu'il dut île modifier sous la pression de l'ennemi ? Au lieu de dicter sa loi à celui-ci, il était forcé de subir son initiative. Dès lors comment l'auteur de VEnigme de Charleroi peut-il écrire (3) : « Pour rien au monde, on n'obéira à la manœuvre allemande qui voudrait nous forcer à dégarnir la région de l'Est; pour rien au monde, on n'abandonnera la liaison de toutes nos armées, soit de l'Est, soit de l'Ouest, avec leur principal point d'appui au centre, Verdun » ?

Il paraît pour le moins douteux que le but de la a manœuvre allemande » fut de nous faire dégarnir la région de l'Est. Néanmoins, elle l'atteignit par la force des choses, car nous fumes obligés d'affaiblir constamment la région

(i) Hanotaux, Uénigme de Charleroi, p. 744.

(2) iVofe du Gouvernement français en date du 24 mars 1916 (Réponse aux assertions de Bem-hardi).

(3) Loc. cit., p. 748.

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de l'Est à dater du i5 août 191 4. Quant à Tabandon de la liaison avec Verdun, il n'en a jamais été question à notre connaissance.

Pour démontrer la profondeur des combinaisons da haut commandement français, l'auteur de VEnigme de Charleroi énumère complaisamment nos forces entre la Meuse et la mer, non sans les exagérer. C'est ainsi qu'il fait état des 18.000 hommes et des 34o canons de la garnison de Lille, des 35. 000 hommes de Maubeuge, des 25.000 hommes de Namur, des forces plus nominales qu'effectives du général d'Amade (m. 000 hommes, d'après M. Hanotaux) (i). Qui ne voit que ces troupes sont en grande majorité de valeur très contestable pour la guerre de campagne, que la plupart sont immobilisées par une tâche spéciale et ne peuvent sérieusement entrer en ligne devant les 545. 000 Allemands des F*, IP et III* armées? D'après M. Hanotaux, il faudrait évaluer à 536.ooo hommes, y compris les 85. 000 Anglais (2), nos forces opposées à ces trois armées. Déductions faites des. éléments que nous avons indiqués, ce chiffre se réduit à 347.000 hommes au plus. Encore faut-it ajouter qu'une forte proportion entra tardivement en ligne, quand nous avions subi le premier choc des Allemands.

Quoi qu'il en soit de ces évaluations et de ces hypothèses, le déclenchement de la manœuvre capitale des Allemands eut lieu le 19 août. Leurs colonnes étaient pré-

(i) M. Hanotaux y comprend les 61® et 62® divisions de réserve qui arrivèrent du camp retranché de Paris dans le Nord le 25 août seulement.

(2) Y compris la 4® division, i5.ooo hommes environ, qui ne rejoip:rn t l 'a rmée que Je 2 4 . •

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cédées d'un vaste déploiement de cavalerie soutenu par des détachements avancés. Ces escadrons n'étaient pas, comme parfois les notices, tenus groupés en masses d'une lourdeur sans égale, s'épuisant par leur lourdeur même, par de longs arrêts sous les armes, par des bivouacs répétés. Ils tendaient un immense réseau d'exploration, renforcé de cyclistes, d'automobiles armées, de petits groupes d'infanterie transportés en camions-automobiles. L'ensemble formait, dès le 20 ou le 21 août, à la fois un voile protecteur, un masque pour les armées allemandes, et un vaste appareil de reconnaissance fouillant les moindres recoins du pays ennemi, drainant ses ressources, effrayant les populations et les amenant à croire que les forces ennemies, déjà très considérables, l'étaient encore plus en réalité.

Devant les F® et IP armées opérait le corps de cavalerie von der Marwitz, 2®, 4*, 9® divisions. La 2* s'avançait entre la Grande Nèthe et le Démer, la A* marchait en direction générale de Wavre et la 9® vers Gembloux. Dès le 22 août, on signalait des patrouilles de cette cavalerie entre Gand et Audcnarde, des environs de Tournay à Saint-Ghislain *ct sur le front Mons, Charleroi (i).

De même, en avant de la IIP armée, la 5* division de cavalerie et la division de la garde, groupées en un corps, allaient passer la Meuse pour remplir le même rôle à Test des escadrons de Marwitz.

La IIP armée, général von Hausen, comprenait surtout des corps saxons (XIX*, XIP de réserve, XIP, XP corps). Il semble qu'elle ait d'abord été tenue en réserve dans la région d'Asselborn, jartie nord du grand-duché de Luxembourg. Elle ne se serait mise en mouvement pour

(i) Hanotaux, V, p. 282-234.

La grande guerre, III. 17

s'intercaler entre les IV et IV® armées, que quand les Allemands eurent connaissance du déplacement de l'armée Lanrezac vers la Sambre. On la poussait alors en avant pour profiter de l'ouverture qui se faisait dans notre ligne, de Namur à Monthermé, comme nous le verrons bientôt. Aucun soin ne fut pris afin de ménager ces troupes (i).

Le XIP corps, général von Eisa, est vers Marche, où cantonne la 82* division, le 18 août. Il marche vers Achêne, dans la direction de Dinant, puis se rassemble au nord, vers Namur, avec les ponts de la Meuse pour objectif. Le 21, à midi, la 82* division a l'ordre de prendre l'offensive.

Le XIP corps de réserve, général von Kirchbach, suit le corps actif. Il est le 28 août à l'est de Dinant.

Le XIX* corps, général von Laffert, part du grand-duché de Luxembourg (Les Trois Vierges) le 18, et débouche sur Bourseigne-Neuve et Willerzie, à l'est de Fumay, le 28. Sa division de droite a traversé la forêt de Saint- Hubert, pour marcher sur Jemelle et Rochefort. Elle passera finalement le pont d'Hastière, au sud de Dinant. Sa division de gauche, plus au sud, attaquera, le 24, le pont d'Haybes, en aval de Fumay.

Enfin, le XP corps, général von Pluskow, paraît être resté en arrière, entre Dinant et Huy. Il sera bientôt désigné pour le front oriental, où une offensive inattendue des Russes inquiète sérieusement les Allemands. , Par sa droite, von Hausen soutient le VIP corps de réserve (IP armée), qui assiège Namur et qui est en position, à dater du 19, entre la région d'Eghezée, au nord, et Faulx au sud.

(i) V. supra, p. 207.

(2) C'est le 3i août seulement que le Communiqué allemand annonce une grande victoire eur les Russes, 60.000 prisonnieis.

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La IP armée, général von Bûlow, est à la droite de la IIP. Elle comprend la garde, général baron von Plattenberg, qui vient d'Andenne, par Eghezée, contourne Namur au nord et se dirige sur Jemeppe, près de la Sambre, au sud de Gembloux.

Le X® corps de réserve, général von Hulsen, se porte à l'ouest sur Tamines; le X®, général von Emmich (i), parti de Tirlemont le soir du i8, est vers Ottighies (2) le 20 et arrive le 22 dans la zone Jumet, Fleurus, au nord de Charleroi.

Le VIP corps (général von Eînem, dit von Rothmaler) s'était dirigé par Wavre sur Nivelles. Le 22 août, la i3®division marchait sur Binche, au sud-ouest de Nivelles, et la i4* vers Fontaine-l'Evêque et Monceau-sur-Sambre, à l'est.

La P armée, général von Kliick, stationne derrière la Cette jusqu'au 19, sans doute en attendant la mise en place des autres armées. Elle se met en mouvement à l'aube du 19. A sa droite, le IP corps, général von Linsingen, passe à Vilvorde, au nord-est de Bruxelles, le 22 août (^^ division). Le 28, il contourne cette capitale et se porte sur Ninove, par Dilbeck, accomplissant une marche très dure (3(S kilomètres pour certains éléments).

Le W corps, général Sixt von Arnim, défile dans Bruxelles le 20 août et se porte également à marches forcées à l'ouest de Mons, par Enghien. Sa première étape atteint ào kilomètres (3) .

Derrière lui, le IV* corps de réserve est vers Ath, au nord-ouest de Mons, le 2^. Le IIP corps suit, sans que

(i) Von Bmmich commandait, au début de» opérations, le groupement dénommé Armée de la Meuse et qui fut sans doute disloqué après la prise de Liège.

(2) Sur la Dyle, entre Gembloux et Bruxelles.

(3) Hanolaux, V, p. 24o-243.

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nous puissions spécifier ses directions de marche. Le IX* corps, général von Quastj se porte vers Maubeuge, par Test de Mons, en se liant au VIP corps (IP armée).

Le 22 août, les gros.de l'armée Bûlow sont entre Nivelles et la Sambre, face au sud-ouest, au contact de Varmét: Lanrezac. Ceux de Tarmée Klûck font encore face à l'ouest, la droite vers Vilvorde, la gauche vers Haut-Ittre, à l'ouest de Braîne-l'Alleud. Le 28, pendant que Bûlow et le XIP corps (armée Hausen) attaquent le général Lanrezac, Klûck continue vers l'Escaut et la Lys; puis, sans doute sur des renseignements nouveaux, il fait un complet changement de direction, face à gauche, pour ^ller à marches forcées (i) vers le sud. M. Hanotaux en déduit justement, semble-t-il, que le mouvement de. l'armée Lanrezac et des forces britanniques surprend les Allemands, les obligeant à modifier la manœuvre projetée (2), non sans les conséquences les plus sérieuses pour l'avenir. Il paraît certain, en effet, que leur intention première était de s'étendre beaucoup plus loin vers l'ouest, en élargissant leur zone d'action au moins jusqu'à Lille. Le mouvement de Klûck vers sa gauche les força d'y renoncer pour l'instant; jamais plus les circonstances ne furent aussi favorables à une occupation rapide de la partie occidentale de la Belgique et du Nord de la France.

(i) M. Hanotaux (V, p. 243) en donne comme preuve un carnet du capitaine Kietzmann, du IP corps. Ce corps d'armée marche vers Solteghem et Courtrai, par Ninove, quand îl apprend, le 28* que le IIP corps de réserve, le IV® et le IX® corps sont violenmient engagés contre les Anglais. Il descend par Grammont sur Valenciennes, et bivouaque le 2^ vers Willaupuis, à Test de Tournai, oh il renconlre le rV* corps de réserve, après une étape de 4? kilomètres.

(a) Hanotaux, V, p. 243-244.

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La 5* armée était sous les ordres du général Lanrezac, Tune des plus hautes réputations de l'armée française. On a dit (i), avec justesse, que l'aspect extérieur et l'allure générale caractérisent en lui Thomme et le soldat. De taille aund'^ssus de la moyenne, fortement charpenté, la tête puissante, autoritaire, le verbe haut, tout décèle en lui l'intelligence, la force, l'impétuosité, la décision rapide, comme impulsive; il a du méridional, bien qu'il soit créole, sans rien de l'indolence qu'on prête d'ordinaire à nos compatriotes des Antilles.

Charles-^Louis Lanrezac est né le 3i juillet i852 à Pointeà-Pitre (La Guadeloupe); il entre à Saint-Cyr en 1869, prend part à la guerre de 1870-1871 comme sous-lieutenant d'infanterie et fait à ce titre campagne sur la Loire. Capitaine en 1876, il est professeur à Saint-Cyr en 1880 et reçoit le brevet d'état-major en 1888. Chef de bataillon en 1892, il est ensuite professeur à l'Ecole de guerre, où son enseignement « large, puissant, tumultueux » laisse des traj^es profondes dans l'esprit de ses auditeurs. Il reste à l'Ecole comme sous-directeur, puis directeur des études. Colonel en 1902, il prend le commandement du 119' (4* corps). Il est en 1906 général de brigade à Vannes. Divisionnaire le 28 mars 191 1, il commande la 20** division à Saint-Servan, puis le 11® corps à Nantes (19 12). 11 est le 10 avril 191 4 membre du Conseil supérieur de la guerre.

Nous avons dit (2) que le général Lanrezac avait colla-

(i) Hanotaux, V, p. 244-246.

(2) La grande guerre sur le front occidental. Les éléments du conjlit, p. 278,

boré au Dictionnaire militaire pour ce qui a trait à la tactique générale et à la stratégie. Des articles provenant de cette collaboration on peut déduire qu'il ne partageait pas les idées dominantes sur Voffensive quand même, à La Grandmaison (i). Celui consacré à la stratégie notamment est intéressant à relire aujourd'hui, en ce qu'il montre que le général avait prévu certains des faits qui se sont affirmés au début de nos opérations, avec les conséquences que chacun connaît.

Il démontre, en effet {2), que la manœuvre jouera un rôle capital dans cette période, contre ropinioiî de ceux qui croient à son impossibilité, en raison de la grandeur des masses à mouvoir. Il croit aussi que « jamais les premières opérations n'auront exercé une influence aussi grande sur Tissue de la lutte; jamais, par conséquent, la préparation stratégique du temps de paix n'aura pris une telle importance ». En cas d'échec, il n'y a, pour le vaincu, d'autre parti « que de se replier lentement derrière un grand obstacle naturel ou une région fortifiée, où il ait le loisir de rétablir dans son armée l'ordre matériel et moral, et d'appeler à lui ses renforts; en même temps^ il pousse en avant tout ce qu'il a de troupes de deuxième et de troisième ligne disponibles pour flanquer l'armée d'opérations et développer des menaces sur tout le contour de la région occupée par le vainqueur ». N'y a-t-il pas dans ces lignes prophétiques^ tout le germe de la Bataille de la Marne et de la Course à la mer.î^

Le général admet la possibilité de la défensive stratégique. Il constate même « l'obligation absolue de prendre sur son propre terrain autant de champ qu'il est utile pour disposer d'une zone de manœuvres de profondeur

(i) Cf. IJanolaux, V, p. Î5ii4 et suiv.

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suffisante » (i). D'où robligation de faire, dès le temps de paix, l'éducation de tous à cet égard, afin d'éviter que l'abandon d'une large zone de terrain frontière, le cas échéant, ne soît pris pour un aveu iniplicite de faiblesse et n'exerce une influence fâcheuse sur le moral de l'armée et de la population.

Primitivement, nous l'avons vu (2), la 5* armée devait opérer à la gauche de la 3®, la 4* restant en réserve. Le grand quartier général apportait une extrême lenteur à -modifier ce plan d'opératidns, que l'invasion de la Belgique rendait d'une exécution impossible, et des divergences sérieuses se manifestaient dès Je premier jour entre sa compréhension des faits et celle du général Lanrezac(3), Ce dernier signalait le danger d'un mouvement débordant par la Basse Belgique. Il y^ apportait même une insistance trop justifiée, que l'on trouvait gênante, le général en chef croyant devoir garder sa conception générale d'une poussée sur la gauche, puis sur le centre allemand. Le général Lanrezac eût voulu devancer au nord les événements qu'il pressentait avec tant de justesse. Il trouvait que nous tardions trop à entrer en Belgique, tandis que le grand quartier général évoluait lentement, obéissant à regret aux événements, quand il ne pouvait plus en nier l'importance.

D'après M. Hanotaux, ce serait entre le 12 et le 1 4 seulement que se précisait l'idée d'une offensive simultanée de la 5* et <ie la 4* armée. Le général Lanrezac « tirait sur la

(2) La grande guerre sur le front occidental. Liège, Mulhouse, Sarrebourg, Morhange, p. loi.

(3) Gf. Hanotaux, V, p. 2^6 et suîv. Ce que nous avions dédaît du texte de rhîstorien officieux nous a été confirmé de la meilleure source. Voir aussi F. Engerand, Le drame de Charleroi, Correspondant du 25 mars 1918.

bride » (i) pour appuyer vers Maubeuge, en laissant la défense de la Meuse à des divisions de réserve. On le retenait encore, malgré lui. Le i* corps s'échelonnait déjà le long de la Meuse, en aval dé Givet. Le 1 5 (2), à 19 heures, enfin, les renseignements ne laissaient plus aucun doute sur la présence de masses allemandes au nord-ouest de Liège et Ton se résignait à déplacer vers le nord-ouest le reste de la 5* armée. Est-il nécessaire d*ajouter qu'il était déjà bien tard et que, si nous avions obéi aux suggestions du général Lanrezac, nous aurions livré bataille les 22 et 23 août dans des conditions moins fâcheuses?

Quoi qu'il en soit, la 5® armée s'orientait vers Beaumont, à mi-chemin entre Givet et Mons, au lieu de rester concentrée au sud de la ligne Signy-l' Abbaye, Sedan, comme elle avait dû le faire d'abord. Mais, sans doute par suite d'ordres précis du grand quartier général, au lieu de faire face tout entière à une même direction, elle allait se scinder en deux fractions, dont Tune borderait la Meuse de Givet à Namur, tandis que l'autre serait au sud de la Sambre. Nous dessinerions ainsi un angle aigu dont le sommet serait à Namur.

Le I®' corps, général Franchet d'Espérey, allait défendre los passages de la Meuse, de Givet à Namur. Son quartier général, d'abord à Rethel, se portait à Chimay.

Le 3* corps, général Sauret, s'était concentré dans la région Novion-Porcien, Launois, son quartier général à Poîx-Terron. Il y resta du 10 au i5. Le i5, il eut ordre

(i) Hanotaux, V, p. 246-25o.

(2) E. Renault, Charleroi'Dinant-Neufchâteau-Virtorif Revue du i5 octobre 19 16, p. 3, ajoute que Tarmée devait se tenir prête à reprendre au premier signal Toffensive sur le front NeufchâteaU, Paliseul, Gedinne, Beuvraing, en liaison avec la 4* armée. Notons encore que, dè« le i4 août au soir, le Bulletin français portait que des forc^îs importantes entraient en Belgique par Charleroi et vers Grembloux.

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de se porter vers Chimay. Le soir du 17, il était dans la région de Chimay, Rance (i), ayant parcouru 70 kilomètres depuis le matin du 16. Il y prenait contact avec la 38® division, général Muteaû, qui débarquait à Solrele^hâteau, au sud-ouest de Mau'beuge, ainsi que des éléments du i8* corps.

La division Muteau et la 87*, général Comby, faisaient partie du 19® corps, qui ne fut jamais groupé, sans raison connue. Ces deux divisions et celle du Maroc, dont nous avons dit le rattachement à la 4* armée, paraissent avoir été destinées, tout d'abord, à opérer en Alsace. Elles furent détournées vers l'ouest quand on décida de renforcer la 4* et la 5® armée. De même pour le 18* corps, qui avait d'abord compté à l'armée Castelnau.

Pour en revenir au corps Sauret, il continua vers la Sambre, la 6* division, génftal Bloch, dans la région Somzée, Tarcienne, Joncret, au sud de Charleroi; la 5% général Verrier, sur la rivière l'Heure, son quartier général à Chastres. Tout le corps d'armée restait au sud de la Sanibre, la cavalerie seule passant cette rivière (2).

Le 10® corps, généraLDefforges, s'était concentré au sud de la Meuse, dans les régions d'Omont {3) (19® division) et de Bulson (20® division). Il se mit en marche le i5; le soir du 19, son quartier général était à Florennes, au sud-est de Charleroi, ses éléments cantonnés au sud du front Hanzinelle, Mettet, prêts à se porter sur la Sambre.

Le général Valabrègue commandait un groupe de trois divisions de réserve (5i*, 69®, 63®) qui, au début des opérations, se concentra autour de Vervins, avec mission d'y organiser une position défensive entre l'Oise et le

(i) Sur Ja aroute de Charleroi.

(3) Hanotaux, III, p. 294 et suiv.

(3) Omont au sud de Mézières; Bulson au sud de Sedan.

VilpioD. L'une de ces diyisions, la 5i* reçut une autre destination et passa, comme nous le verrons, à la droite de la 5* armée. Les deux autres devaient ensuite être portées vers la Sambre, afin d'établir la liaison entre l'armée britannique et la gauche de la 5* armée, au nord de Thuin (i).

Le i8* corps, général de Mas-Latrie, s'était concentré dans les environs de TouL Le i6 août seulement, il reçut l'ordre de partir pour la frontière belge. L'embarquement commença le soir du 1 8, et le 19 les 'premiers éléments arrivaient à Hirson. De là il se portaient sur Trelon (20 août) et Beaumont (21 août), entre le 3* corps et le groupe Valabrègue.

La 38' division, en route vers Belfort, était aiguillée à Is-sur-Tille dans la direction du nord-ouest; elle commençait le 1 7 août à débarqiiér à proximité de la S.aml)re. Rattachée d'abord au 3* corps, elle devait l'être ensuite au i8*, dont elle constituerait le meilleur élément.

Enfin, on concentrait autour d'Arras, à dater du 18 août, un groupe de divisions territoriales sur lequel nous aurons à revenir et qui était commandé par le général ^'Amade. On le destinait ai prolonger vers Lille la gauche •des Anglais.

Sur les entrefaites avait lieu un combat de nature à inquiéter la 5® armée pour son flanc droit, avant même qu'elle eût atteint la Sambre.

Des reconnaissances allemandes s'étaient montrées, dès

(i) Vervlns entre Hîpson et Laon; Thuin sur la Sambre, entre Charleroi et Maubeuge.

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le 6 août, sur la Meuse, vers Dinant et Anseremme, entre NaïQur et Givet. Le 12 et le 1 4, ^ contact s'établît aux mêmes points entre cette cavalerie et des éléments de notre infanterie appartenant aux i/i8® et 33® (i). Elle atteignait même Anthée, en aval de Dinant, où elle était arrêtée par une fraction du 33®.

Le i5 août avait lieu une tentative beaucoup plus sérieuse. Deux divisions de cavalerie, la 5® et celle de la garde, appuyées par plusieurs bataillons dont les 12* et i3® bataillons de chasseurs, cherchaient à forcer, pour leXIP corps, la route de la trouée de rQise. Dans la matinée, il y avait à Dinant deux compagnies du i48®, un bataillon du 33* et une section de mitrailleuses qui occupaient l'ancienne citadelle sur la rive droite. Des éléments de la 2® division, général Deligny, étaient établis sur la rive gauche. Des postes de section gardaient les issues de la ville vers les faubourgs nord et sud. . L'aspect de Dinant est tout pnrticulier. La ville proprement dite est située sur la rive est de la Meuse, dans une échancrure de la falaise qui domine le fleuve depuis Mézières et surtout depuis Givet. L'église Notre-Dame s'élève à l'entrée du pont qui unit Dinant au faubourg Saint-Médard, sur la rive ouest. Immédiatement au-dessus de l'église surgit le rocher sur lequel est construite la citadelle. Les hauteurs de la rive ouest sont moins accentuées et terminées par des pentes moins escarpées que celles à l'est de la Meuse. Dans cette partie de son cours, le fleuve est longé par une ligne ferrée qui suit la rive gauche. Outre le pont qui traverse la Meuse à Dinant, il en existe un autre, en aval, dans le voisinage, celui de Bouvignes. La disposition des lieux fait que les habita-

(i) i48® de la brigade Mangin, 2® corps; 33®, de la 3® brigade, I*' corps.

lions de la ville et des faubourgs s'allongent sur les deux rives et surtout sur la rive droite.

Les Allemands dirigeaient une première tentative sur le pont de Bouvignes. Après avoir été repoussés, ils la renouvelaient au pont de Houx, en aval, sans plus de succès, bien qu'ils se fussent fait précéder de plusieurs habitants, selon leur déshonorante pratique. Une compagnie et une mitrailleuse suffisaient à les repousser.

Puis ils portaient leur effort sur Dinant. Après Favoii bombardé, ils jetaient sur la lisière Est leur infanterie, en plusieurs cplonnes, et parvenaient à y pénétrer. A midi, le chef de bataillon du 33' croyait devoir évacuer la. citadelle et se replier sur le pont, suivi de fractions de chasseurs saxons qui passaient même sur la rive gauche. Deux sections du i48® restaient ainsi isolées aux issues des faubourgs du nord et du sud.

A ce moment l'ennemi commençait de s'installer sur la rive droite et ses six batteries tiraient des abords de Sorinnes sur nos positions. Mais le gros du 33,® avait pris position, dès 6 h. 1 5, le long de la voie ferrée; le 27® d'artillerie était en batterie sur les hauteurs à l'ouest et le i5' partait de Weillen pour le renforcer.

Le feu très précis de notre 76 atteignait les fractions ennemies entrées dans la citadelle et poussées à Touest du pont. Elles reculaient avec de grosses pertes, mais pour être bientôt renforcées. Une contre-attaque de deux compagnies (10* et 12* du 33^) paraît avoir échoué, malgré l'appui d'un nouveau bataillon, puis du 73*.

Sur les entrefaites, le 127* accourait de Gochenne; le 84' occupait Onhaye, le iio* se portait sur Bouvignes et le 8*, laissant un bataillon à Weillen, entrait également en ligne. Les Allemands, ne pouvant déboucher des ponts de Dinant et de Bouvignes, essayaient d'en jeter un en

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amont de la ville. A peine termirté, il était pris sous le feu de nos batteries. Celles des Allemands ripostaient, mais elles étaient fort inférieures en nombre. A partir de i5 heures, elles avaient à peu près cessé le feu et une énergique contre-attaque pouvait enfin être déolenchée. Vers 17 heures, le colonel Doyen, du 8*, occupait la ville et la citadelle. La population, ivre de joie, accueillait nos troupes aux cris de « Vive la France!, » et au chant de la Marseillaise, inoffensives démonstrations que Tennemi allait bientôt lui faire expier avec la férocité préméditée qui lui est habituelle.

Les Allemands se retiraient poursuivis, dit-on, par le 8* régiment de chasseurs. Les 8® et 78® cantonnaient sur la rive gauche de la Meuse, tenant les ponts et les abords de la ville. On prenait quelques dispositions défensives.

Ce combat aurait coûté à Tennemi 3. 000 hommes hors de combat au moins, 12 panons et 5i. caissons hors de service. Chez nous, un seul bataillon aurait été sévèrement atteint.

Le 75 avait eu la meilleure part dans ce succès d'ordre plutôt moral que matériel, car notre infanterie paraît avoir été employée d'une façon peu judicieuse. Quoique la cavalerie ennemie se fût retirée vers Test, on pouvait croire que son attaque devançait simplement le débouché de forces beaucoup plus considérables. L*ennemi n'aurait pas consacré treize régiments de cette arme et plusieurs bataillons à la conquête d'un passage sans intérêt immédiat pour lui. Cette considération paraît avoir échappé au commandement français, qui prit un peu plus tard des dispositions tout à fait insuffisantes pour défendre les passages de la Meuse entre Namur et Givet, nialgré l'évidente nécessité de couvrir le flanc droit de la 5* armée (i).

(i) Pour oe récit en combat de Dînant, nous avons utilisé l'ouvrage

Le 18 août, le général Lanrezac maintenait le i*"" corps sur la Meuse, ainsi que la 8* brigade (Mangin), 2* corps. Il décidait que le i8* corps serait transporté vers Maubeuge, où il se relierait aux Anglais. Les 3* et 10® corps étaient au nord de Stave (i), prêts à passer la Sambre entre Namur et Charleroi. La 52* division de réserve restait encore vers Mézières, établissant la liaison de la 4* armée avec le i*' corps. ^

Le 20 août, le i** corps n'avait pas changé d'enaplacements; le lo* était à Fosse, le 3® à Villers-Poteries, Lover-val; le 18* continuait ses débarquements et se formait vers Thuin, Gozée. A ce moment on commençait à se rendre compte de la marche foudroyante des Allemands à travers la Belgique. Leurs pointes apparaissaient sur un front imniense, de Sotteghem à Givet.

Depuis le 17, on connaissait l'existence à Test de la Meuse d'une armée comprenant probablement les VIP, IX*, X® corps et la garde, ainsi .que trois corps de réserve. Ce groupement, en réalité la IP armée (Bulow) passait le fleuve sur quatre ponts entre Huy et Liège (2). On signalait d'autre part le groupement de la I" armée (Klûck), sans qu'on connût sa composition. On savait aussi qu'il y avait dans le Luxembourg belge et la province de Namur une autre armée dé trois ou quatre corps, parmi lesquels le IV® (3) marchait alors sur deux colonnes de Ciney et de Beauraing vers l'ouest, à la hauteur de Dinant et de Givet.

de M. Ilanotaux, JII, p. 298-803, V Illustration du 27 août 1914, Fleury- Laimir<î, Charleroi, Notes et impressions, p. 22, 28.. (i) Sur la route de Givet à Charleroi.

(2) "Trois ponts entre Huy et Ombret-Rausa , un à Seraing (Hanoiaux, V, p. 246-25o).

(3) Erreur de numéro au lieu du XIP.

LA 5* ARMÉE jusqu'au 21 AOUT 271

Sa composition était incertaine; on n'était sûr que de la cavalerie, 5® division et division de la garde, qui avait combattu à Dinant.

Le 20 seulement, ces données se précisaient^ On se rendait compte que Tarmée Bûlow, forte, croyàit-on, de quatre corps d'armée, après avoir passé la Meuse, se dirigeait vers le sud-ouest. Une autre, celle de Klûck, au moins d'égale force, marchait de Liège vers Bruxelles.

A cette date du 20 août au soir, la 5® armée avait son quartier général à Signy-l' Abbaye; le i** corps (quartier général à Anthée, à l'ouest de Dinant) et la brigade Mangin continuaient de garder la ligne de la Meuse au nord de Revin. La 5i® division de réserve, général Boutegourd, était encore au sud, dans la région de Rocroi, d'où elle allait gagner, le 21, Matagne-Ia-Petite, Treignes, au sudouest de Givet. Comme la brigade Mangin, elle était rattachée provisoirement au i®' corps et se tenait en liaison vers le sud avec la 62® division (4® armée). D'autre part, le I*' corps se reliait à la position fortifiée de Namur, où le général Michel, commandant la 4* division belge, allait être renforcé de trois des bataillons du général Mangin.

Le 10® corps avait son quartier général à Florennes, dans l'angle de la Sambre et de la Meuse. Une avant-garde tenait Fosse; en arrière, la 19* division, général Bonnier, était dans la zone Saint-Gérard, Denée, Mettet, prête à se porter sur la Meuse au nord de Dînant; la 20* division, général Boë, comme la précédente à dix kilomètres environ de la Sambre, dans la région Devant-les-Boîs, Laneffe, Morialme, Oret. La 37® division, général Comby, rattachée provisoirement au 10* corps, était au sud vers Florennes, Fraire-les-Walcourt, Daussoîs, Philippeville (i).

(i) Hanotaux, V, p. aSa-aSS.

Si 7 2 LA GRANDE GUERRB 8UR LE FRONT OCCIDENTAL

Le quartier général du 3* corps était à Walcourt et ses cantonnements au sud de Gharleroi, les têtes à Villers- Poteries et Loverval. Il avait ordre, pour le 21 août, de tenir la rive droite de la Sambre et de garder les passages entre Tamines et Marchienne-au-Pont, Gharleroi compris. La division Muteau (38*), qui le renforçait pour l'instant, était vers Somzée, Gourdinne et Berzée: A droite, la 5* division gardait les débouchés vers Ghâtelet, 6'èst-à-dire les ponts de la Sambre entre Pont-du-Loup et Ghâtelet. Un bataillon du 7/1* avait été poussé sur Aiseau, vers l'est, pour parer, le cas échéant, à une tentative de l'ennemi par Roselies, autre passage de la Sambre.

A gauche, la 6* division était vers Gharleroi, les têtes de ses gros sur la ligne Villers-Poteries, Joncret, Jamioulx. Le corps d'armée pouvait déboucher soit sur Fleurus, soit sur Gosselies, c'est-à-dire sur Tirlemont ou sur Bruxelles.

Le 18® corps continuait ses débarquements. Son quartier général était encore à Solre-le-Château, sensiblement au sud. Ses divisions se portaient vers la Sambre au fur et à meçure de leur constitution. Le 21, elles allaient être sur la ligne Thuin, Gozée, en liaison avec le 3® corps par Ham-sur-Heure. Le quartier général du i8* corps serait à Beaumont (i).

A l'extrême gauche de l'armée Lanrezac, le groupe Valabrègue avait reçu l'ordre de combler le vide entre elle et l'armée britannique. Jusqu'au 19, ces divisions (53*. général Perruchon, et 69*, général Néraud) avaient organisé une position défensive dans la région de Vervîns» afin de couvrir la gauche de nos armées et la zone des débarquements anglais. C'est du moins ce qu'écrit M. Hanbtaux. Mais il est permis de se demander comment ces

(i) Hanotaux, V, p. 253.

LA 5® ARMÉE jusqu'au 21 AOUT 27S

So.ooo OU 4o.ooo hommes, ainsi établis au sud-ouest cFHirson, auraient pu couvrir la gauche de la 5® armée, soit cfu'elle se portât sur la Meuse, comme c'était le projet primitif, soit qu'elle marchât sur la Sambre, suivant les intentions dernières. D'autre part, si le général Valabrègue devait protéger les débarquements britanniques, ils ne pouvaient assurément pas être effectués vers Maubeuge, à plus de 5o kilomètres au nord^ comme il arriva. Il fallait de toute nécessité qu'ils fassent projetés dans une autre région, celle de Marie ou de I\ozoy-sur-Serre, par exemple.

Quoi qu'il en soit, le groupe Valabrègue remplit sa mission aux environs de Vervins, mit même en état de défense le fort d'Hirson (i), que nous avions commis l'imprudence insigne de laisser à l'abandon. Le 17 août, le maréchal French prenait contact avec lui et les deux divisions recevaient l'ordre de se porter vers Maubeuge. Le 22 août, elles devaient être à la hauteur du 18' corps, dafns la zone Avesnes, Limont, Fontaine, Ferrières-la-Petite, Bérelles, Solre-le-Château.

Quant au corps de cavalerie Sordet, le soir du 20 août, il était dans la région de Souvrct, à l'ouest du canal de Bruxelles et au nord de la Sambre. L'arrière-garde de la i"^ division (5** "brigade de dragons, cyclistes, deux batteries) avait été vivement talonnée par l'ennemi dans la marche du 20.

Il semble que, chez nous, on ait escompté l'entrée en ligne des forces britanniques d'abord pour le "20, puis pour le 21, c'est-à-dire à une date sensiblement antérieure à ce qu'elle fut réellement. L'intention du grand quartier

(i) Au sujet de l'état de ce fort, lire F. Engerand, p. 102S. La grande guerre, ÏII. 18

général était de les porter au nord de la Sambre et non sur cette rivière, entre Charleroi et Maubeuge, en échelon r(»fusé. Cette dernière disposition aurait présenté Tinconvénient de laisser ouverte la trouée de l'Escaut vers laquelle paraissait se diriger Tarmée Klûck. Le maréchal French allait donc marcher sur Mons, au nord de Maubeuge, avec prière d'obliquer ensuite sur Soignies et Nivelles, sans doute en direction générale de Bruxelles. On doit se demander si cette combinaison était opportune, étant donné les emplacements connus des Allemands.

L*armée britannique atteignait le front sensiblement plus tard que la plupart des éléments de la 5* armée. Le rôle d*aîle marchante lui convenait peu pour cette raison même et aussi parce que les aptitudes spéciales de nos alliés les rendent plus aptes à une défensive obstinée, suivie de contre-attaques victorieuses, qu'à une offensive de prime abord.

Quoi qu'il en soit, le 20 août, le quartier général du I*' corps britannique était encore à Wassigny, lentre Guise et Le Cateau, ses éléments à peu près au complet (i). Le 2* corps achevait ses débarquements. La division de cavalerie se concentrait au nord de Maubeuge, où son quartier général était le 18 août; le 20, il se portait à Jeumont. Le soir du 21, la concentration de l'armée fut presque terminée et le maréchal French put prendre ses dispositions pour la mettre en mouvement, le 22, vers les emplacements qu'il considérait comme les plus favorables ])our le début des opérations. Rappelons que ces emplacement étaient du choix du maréchal et que notre général en chef lui avait simplement indiqué l'objectif général

fi) TTnnotaux, V, p, 255. Le Rapport French du 7 soptembre 1914 nv donne aucun détail sur les événements avant le soir du 21.

LA 5® ARMÉE jusqu'au 21 AOUT ayS

qui devait être atteint, en conformité avec ses propres projets (i).

Nous avons dit que la gauche du maréchal French devait être protégée par un nouveau groupement confié au général d'Amade.

Ce membre du Conseil supérieur de la guerre, connu pour des opérations heureuses au Maroc, (exerçait, au début de la guerre, à Lyon, le commandement de ce qu'on appelait du nom ambitieux d'armée des Alpes, c'est-à-dire de quelques éléments qu'on avait jugé opportun de laisser en observation sur la frontière italienne. L'attitude de nos futurs alliés s'étant affirmée de plus en plus dans le sens d'une neutralité bienveillante, ces troupes furent les unes après les autres portées sm* notre front nord-est. Le i6 août, le général d'Amade reçut l'ordre de se rendre à Arras pour y prendre le commandement d'un groupe de divisions territoriales. Le 19 août, cette petite armée était constituée : la 81* division, général Marcot, entre Hazebrouck et Saint-Omer; la 82*, général Vigy, autour d' Arras; la 84**, général de Ferron, à Douai et aux environs. Chacune de ces divisions comptait quatre régiments à trois bataillons, deux groupes de 76, deux escadrons, une compagnie du génie. L'effectif approché de l'ensemble atteignait de 4o.ooo à 5o.ooo hommes (2).

Il faut bien dire que ces divisions territoriales constituaient alors des forces beaucoup plus apparentes que réelles. Les soldats, qui avaient servi trois ans dans l'armée active, étaient vigoureux et pleins de bonne volonté, avec un peu de lourdeur fort explicable. Les sous-officiers

(i) Rapport French cité» Cf. La grande guerre sur le front occidental, TI, p. III.

(2) Hanotaux, V, p. 266.' Pour chaque division, 260 officiers et i4.'ooo hommes, 2.100 chevaux.

et caporaux, déshabitués du commandement par plusieufs années de vie civile, n'étaient guère là que pour la forme; quant aux officiers, les uns, provenant des officiers retraités ou démissionnaires, étaient le plus souvent fatigués et usés, quelquefois aigris et enclins au pessimisme; les autres, anciens engagés conditionnels, avaient une instruction technique incomplète et parfois peu d'aptitude au commandement; les moins médiocres étaient généralement les anciens sous-officiers retraités après quinze ans de service (i). Les régiments ne comportaient aucun élément de Tarmée active.

Quant aux cadres supérieurs, ils avaient été l'objet d'une attention insuffisante, comme tout ce qui tenait à la mobilisation de l'armée territoriale. On voyait, par exemple, à la tête d'une division, d'anciens officiers de cavalerie qui n'avaient jamais eu un bataillon sous leurs ordres. Dans ce cas on n'avait même pas pris l'élémentaire précaution de leur donner un chef d'état-major provenant do l'infanterie et leur inexpérience éclatait à tous les yeux.

La première mission du groupe d'Amade consistait à mettre nos communications ferrées et fluviales à l'abri des incursions éventuelles, en constituant un barrage de Dunkerque à Maubeuge, sur une étendue supérieure à if{0 kilomètres, à vol d'oiseau. C'était beaucoup demander à des troupes aussi neuves, aussi faiblement encadrées, d'un maniement aussi lourd que cette masse inarticulée de trois divisions territoriales.

(i) Un général de brigade faisant partie d*une division territoriale au nord de Paris, écrivait le 19 août : « Depuis deux jours, j'ai interrogé un par un tous les officiers.... Ils ont de la bonne volonté, c'est certain, mais beaucoup ne connaissent guère leur profession ». A œtte date, sa brigade ne comptait pas une mitrailleuse et tout son train, en dehors des caissons de munitions, se bornait à une voiture de réquisition.

LA 5* ARMÉE jusqu'au 21 AOUT 277

Quand la marche 3es armées Klûck et Bûlow fut connue, le général d'Amade reçut Tordre de se porter en avant pour tendre la main aux Anglais, mais on ne crut pas devoir renoncer à lui faire constituer une sorte de barrage entre leur gauche et la mer. C'est ainsi que, te 20 août au soir, la 8i® division était établie en .cordon à l'ouest de la Lys, la 82® entre la Scarpe et la Lys, la 84* entre la Scarpe et l'Escaut, vers Arleux, Etrun et Valenciennes, avec des avant-gardes à Condé, à Tournai et à Lille.

Le général d'Amade donnait l'ordre d'activer la mise en état de défense de Lille, opération qui avait subi des retards tenant autant à notre imprévoyance qu'aux plus déplorables incertitudes. Nous avons dit, en effet, que le déclassement de ce camp retranché avait été officiellement demandé peu avant la guerre, en dépit d'une vive opposition (i). Celle^i fut assez forte pour empêcher le déclassement immédiat, mais non pour assurer l'entretien de l'antique forteresse. Il en résulta que tout y manquait, les troupes autant que le matériel. En outre, il ne paraît pas que le commandement y ait été assuré avec l'esprit de suite et la volonté qui permettent seuls les résultats sérieux.

Le matin du 22, une nouvelle division territoriale renforçait la petite armée d'Amade : la 88*. Elle était à Choisy-le-Roi, faisant partie de la garnison du camp retranché de Paris, quand elle reçut brusquement l'ordre de s'embarquer dans la nuit du 22 au 28, sans destination connue {2). Elle fut dirigée vers le Nord, en vingt-deux

(i) Cf. La grande gaerre sur le front occidentaU Liège, Mulhouse, Sarrehourg, Morhange, p. 53. D'après F. Engerand, p. loaa, Lille fut déclassé le i®' août 1914.

(9.) L'état-major de la division ne connaissait que sa propre desAînatîon, Templeuve.

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trains, et éparpillée tout le long de la frontière, dans des conditions que nous indiquerons bientôt. Par une singulière combinaison, son artillerie débarquait à Douai et devait rejoindre par la route. Notons qu'il s'agissait d'une division dite de place, c'est-à-dire encore plus faiblement organisée.que les 8i®, 82* et 84*, dites de campagne non sans exagération.

En outre, par suite de l'arrivée des Anglais, la 84* division était concentrée à Valenciennes, prête à se porter sur leur gauche, entre Condé et Tournai.

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