CHAPITRE XIV PRÉPARATION DE L'OFFENSIVE A LA 5" ARMÉE
Le théâtre dos opérations. — Dispositions en vue de l'offensive. — Objectif visé par le grand quartier général. — Le i*' corps k ai août. — Le lo* corps. — Les premiers contacts. — Combat de Tamines. — Perte du pont d*Auvelais. — Le 3® corps. — Perte du pont de Roselies. — Le corps Sordet. — Le 1 8® corps. — Ordres pour l'offensive du 22. -
Sur les entrefaites (20 août), une instruction du grand quartier général parvenait à la 5® armée, constatant que tout coBfumait «hez Tennemi Tintention de nous déborder par le nord. Les 3® et 4® armées avaient ordre de marcher, le 21, «ur Neuf château, Arlon. La 5®, s'appuyant à la Meuse et à Namur, allait prendre pour objectif le groupement ennemi du nord. L'armée britannique, à sa gauche, marcherait vers Soignies, en direction générale de Nivelles. Quant au général d'Amade, il organiserait des positions défensives pour ses quatre divisions.
La Sambre est le principal affluent de la Meuse sur sa rive gauche. Elle devait jouer un rôle important dans les opérations qui allaient commencer. Cette rivière coule d'abord du-sud-ouest au nord-est; puis, à partir de CharlertDi, elle devient encore plus sinueuse et se dirige à peu près de Touest à Test jusqu'à Namur, où elle se confond avec la Meu6«.
L'ensemble de la région qu'elle parcourt est très peuplé, surtout aux environs de Charleroi où l'industrie a
pris un grand développement. Vers roiiest s'étend autour de Mons le Borinage, dont les houillères sont bien connues; puis, vers Tournai, un pays de grandes fermes, presque uniquement agricole. Ainsi la culture, les mines et rindustrie concourent à donner une vie intense à cette partie de la frontière franco-belge, surtout dans le centre, où s'élèvent une multitude de fabriques. Les maisons y succèdent aux maisons, les cabarets aux cabarets, les rues aux rues; les murs en briques noircies par les intempéries bornent partout la vue. Quelques champs, des boqueteaux oubliés par la hache du bûcheron mettent dans cet océan grisâtre une note de verdure. Des terrils de cendres et de déchets s'élèvent par endroits. Le ciel est presque toujours alourdi de nuages que pousse la ruée folle des vents d'ouest; des tourbillons de fumées noires s'y mêlent constamment (i).
Autour de Charleroi, à l'ouest de Mons, le terrain est creusé en tous sens par l'exploitation des mines, des voies ferrées qui les desservent. Il se hérisse de corons et de terrils. Si Charleroi est une ville industrielle, Mons n'est plus guère qu'un centre de commerce et dé plaisirs pour le Borinage, malgré les souvenirs historiques qui s'y attachent. Au nord et au sud de la Sambre, le pays se relève et change d'aspect. Des bois assez étendus s'y montrent, couronnant les pentes.
A l'ouest de Mons, la culture prend le dessus. Il y a quelques carrières dans la partie nord, mais, presque partout, le terrain présente de vastes ondulations couvertes de riches moissons et semées de grandes fermes qui ressemblent à des forteresses avec leur« enclos rectangulaires, fermés de hautes murailles, leurs pigeonniers et
(i) Cf. Hanotaux, V, p. 267-258.
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leurs grands bâtiments. Elles évoquent le souvenir de La Haye-Sainte et des fermes célèbres du champ de bataille de Waterloo.,
La Sambre est un obstacle insignifiant en raison du grand nombre de ponts qui la traversent et de son peu de profondeur. Sous ce rapport, elle ne diffère pas sensiblement de ce qu'elle était au temps de César, lorsqu'il battit les Nerviens sur ses bords (i). Comme à cette époque, la défense est plutôt sur les crêtes qui dominent la rivière au nord et au sud, que dans la vallée où les habitations, les obstacles de tout genre masquent les vues et facilitent les progrès de l'attaque.
Le général Lanrezac arrêta les dispositions suivantes pour l'offensive qui lui était ordonnée :
La 5* armée allait se porter en avant, dans l'intervalle entre Namur et Nivelles. Pour l'instant , elle se bornerait à des mouvements préliminaires. A sa droite, le i®' corps resterait à la garde des passages de la Meuse, jusqu'à relève par la division de réserve Boutegourd (5i"). Il se porterait ensuite entre Namur et Sart-Saint-Laurent, en détachant à Namur un régiment actif au plus.
Le lo* corps organiserait la défense du front Fosse, Vitrival, Sart-Eustache. Le 3** corps s'opposerait au débouché de l'ennemi sur Châtelet et tiendrait Nalinnes, Tarcienne, au sud de Charleroi. Le i8® corps borderait le front Ham-sur-Heure, Gozée, Thuin.
Le groupe des divisions de réserve porterait sa droite à Solre-le-^hâteau; il aurait sa division de gauche au sud-est de Maubeuge, de façon à pouvoir gagner Cousolre (2), par Beaumont.
(i) Le lieu de la rencontre était en amont de remplacement actuel de Maubeuge. Cf. De hello Gallico, lih. II, XVI-XXVII. (2) Cousolre sur la route de Beaumont à Maubeuge.
Quant au corps de cavalerie, il se bornerait à garder ses cniplaccnionts actuels au nord et à l'ouest de Charleroi (i)*
En résumé, la 5' armée, avant d'engager l'offensive qui lui était prescrite, exécutait des mouvements préparatoires dont le résultat serait de rétablir sur une ligne allant de Namur à Thuin, au sud de la Sambre. Le corps de cavalerie resterait en avant de sa gaucbe et le groupe Valabrègue la prolongerait en échelon refusé, de Cou«olre au sud-est de Maubeuge. Mais, avant de gagner les emplacements indiqués, le i" corps devait être relevé par un clément qui n'était pas à pied d'oeuvre, ce qui pouvait retarder son entrée en ligne. 11 semble que l'intention du général Lanrezac ait été de ne pas entreprendre son mouvement offensif avant la fin de la concentration des Anglais (2). Il semble aussi que ce retard n'entrait pas dans les vues du grand quartier général, qui envisageait une offensive de la 5** armée concordant avec celle des 4* et 3^ armé(*s à Test de la Meuse. Voici,' en effet, comment s'exprime une publication officielle :
« Le 20 août, la concentration de nos lignes était terminée et le général en chef donna l'ordre à notre centre et à notre gauche de prendre l'offensive.... Le plan allemand, à cette date, était le suivant : sept ou huit corps d'armée et quatre divisions de cavalerie allaient, s'efforcer de passer entre Givet et Bruxelles, et même de prolonger leur mouvement plus vers l'ouest. Notre objectif était par conséquent tout d'abord de maintenir et de repousser le
(i) Ilanotaux, Y, p. 262. La 5® division était vers Landclies, la i"^*" à Gosselies et vers l'ouest, la 3® dans la boucle du canal, entre Lultre et Gouy-los-Piétons.
(2) M. Ilanotaux écrit (L* énigme de Charleroi^ loc, cit.f p. 767) que, pour le 21 août, « le général Lanrezac donna des instructions offensivesdéfensives, par conséquent un peu obscures ».