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CHAPITRE XVI

Le i**" corps. — L'ennemi force le passage de la Meuse. — Le lo* corps. — Engagement du i*' corps vers la Meuse. — Sac de Dinant par les Allemands. — Le 3® corps. — Retraite. — Le i8® corps. — Combats. — Retraite. — Le corps Sordet. — Le groupe Valabrègue.

Au i"' corps, dans raprès-midi du 22 (i 5 h. 45), on recevait Tordre de faire sauter les ponts de la Meuse. On détruisait ceux d'Anseremme. de Bouvignes, de Houx; celui de Dinant était conservé, sans qu'on en voie la raison. A minuit 3o, la /2® division, général Deligny, quittait les environs de Weillen, à Toiiest de Dinant. Les 33*, 73', iio* et rartillerië se rassemblaient vers la ferme de Montigné. La i'® division, général Gallet, était vers Sart-Saint-Laurent, pour soutenir le lo* corps, et la brigade Sauret occupait ce point. Quant au 8* régiment, il était vers Bîoul, au nord-ouest de Dinant, avec le colonel Pétain, commandant la 4® brigade, en réserve de corps d'armée.

Le 23 août, vers 9 h. 3o, le i^ corps recevait ordre de porter la division Deligny, moins le 8" régiment, sur Saint-Gérard, Maison. Ce mouvement s'opérait en deux colonnes, la 3" brigade marchant au nord, le iio" et rartillerië au sud. A Graux, la division opérait sa liaison avec la brigade Blancq de la division Comby, qui avait là trois bataillons de zouaves et deux de tirailleurs. Après une

La grande gnerre» HL 20

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sérieuse préparation d'artillerie, le général Delîgny allait ordonner l'attaque, quand il recevait Tordre de garder la défensive, sans dépasser à Touest Gottaprez, la ferme Tayot et la cote 270. Déjà la division Gallet s'était engagée à Saint-Gérard, mais son offensive s'arrêtait également (i).

C'est que de fâcheuses nouvelles étaient survenues. On avait appris l'abandon de Namur par sa garnison, les échecs de la division Boutegourd sur la Meuse, vers Dinant, Hastière. On savait les Allemands à l'ouest du fleuve au nord et au sud de Dinant, sans qu'on connût d'une façon précise à quelle formation ils appartenaient. En réalité, il s'agissait de la droite de l'armée Hausen. XII* corps, tandis que la gauche, XIX*, était à l'est de la Meuse, vers Bourseigne-Neuve, face à la gauche de notre /i* armée.

Dans la nuit du 22 au 28 août, le lo" corps avait reçu du général Lanrezac l'ordre de prendre ses dispositions en vue de réparer les événements du 22. On avait donc commencé à rallier les trois divisions, ainsi que l'artillerie de corps et la brigade provisoire de cavalerie. La division Comby pouvait combattre immédiatement, les divisions Bonnier et Ménissier étaient moins désorganisées qu'on ne l'avait craint. La brigade de cavalerie, après avoir couvert la retraite, avait bivouaqué près de Saint- Gérard. Le poste de commandement du général Defforges était à Stave.

Dans la matinée du 28, il crut devoir prescrire un nou- -veau repli sur la ligne Hermeton-sur-Biert, Fumaux (division Bonnier); Séry, Devant-les-Boîs (division Ménissier); Graux, Mettet, Wagnée (division Comby). Pourtant la nuit s'était passée sans incident.

(î) HâAolaux, V, p. 292.

JOURNÉE DU 23 AOUT 3o7

Vers lo heures, l'ennemi ouvrait une violente canonnade sur les troupes d'Afrique, qui répondaient de leur mieux. A 12 h. 3o, le canon allemand se taisait subitement. Cet arrêt était dû au déploiement vers Test des deux divisions du i*' corps, apparaissant ainsi dans ^e flanc gauche de la garde prussienne venue de Fosse (2* division). Nous avions évidemment la possibilité d'un succès local qui n'eût pas été sans importance. Mais comme nous l'avons vu, le i*' corps n'attaquait pas; il jugeait même indispensable de retourner vers la Meuse pour parer au péril le plus pressant (i).

. A ill heures, les Allemands reprenaient l'attaque de Waghée. Les divisions Ménissier et Coniby supportaient le choc et il s'ensuivait un combat très confus entre Wajgnée, Oret et le boi« de la Gatte. Les 25* et i36' régi.ments, le 3® zouaves avaient Toccasion d'opérer de brillantes oôntre-attaquès.

A la fiii4« jour, la division Ménissier gardait ses positions au sud de Wagnée, Graux, Mettet; la division Bonnier bivouaquait dans le ravin de Furnaux. Nous gardions ainsi la route de Bioul à Walcourt, importante en cas de repli au sud-ouest. Mais, à 21 heures, la division Bonnier jugeait à propos de se replier au sud du ravin, entre Biesmérée et Stave, exposant ainsi le i" corps à un danger sérieux.

Il faut bien dire que, pour ces troupes du lO* corps, après leurs échecs des jours précédents, la situation apparaissait fort inquiétante. Le canon retentisssait è l'ouest, au nord, à l'est et même au sud-est. La pensée d'un encerclement était dans tous les esprits. Malgré ces circonstances, la retraité s'opérait avec un ordre relatif et le

(i) Hanotaux, V, p. 296.

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moral restait solide. Voici un épisode instructif à cet égard :

Entre Flavien et Florennes, le docteur Veaux, du 4i* entend brusquement retentir « un chant profond, majestueux. Qu'est-ce donc? Je vois alors dans un pré voisin un prêtre revêtu des ornements sacerdotaux. Un autel a été dressé en plein air; le prêtre officie. Sa voix est magnifique. Elle résonne dans Tair, s'enfle, couvre la voix du canon. De tous côtés, les soldats accourent; en cinq minutes, plus de i.5oo hommes sont réunis autour de lui....

(( Après les horreurs que nous avons vues hier et avant-hier, après les incendies, la mort, les blessés, la destruction, le meurtre, il est bon pour tous ces hommes de prier un peu. La messe se termine. Tous les soldats... le revolver au côté ou le fusil en bandoulière, entonnent un cantique. Toute notre âme s'envole dans ce chant qui retentit plus haut que la canonnade. Tous les yeux sont remplis de larmes; jamais je n'avais connu une émotion semblable... » (i).

Quand le général Franchet d'E&pérey prenait le parti de ramener le i"' corps vers la Meuse, la division Deligny était déjà engagée et cette rupture de combat n'allait pas sans difficultés. Le colonel Pétain, avec le 8* régiment et Tartillerie de corps, masquait la retraite, pendant que le général Deligny ralliait les 33*, 78*, iio*, son artillerie divisionnaire et se portait d'Hermeton-sur-Bîert à Anthée.

(i) Docteur Veaux, En suivant nos soldats de VOuest, Oaest-EcUdr, '20 janvier 19 17. Ce passage n'a pas été reproduit dans la publication on volume. Mais le docteur Veaux, qui est protestant ^ nous en a confirmsé la rigoureuse exactitude.

JOURNÉE DU 23 AOUT Sog

La marche fut pénible sur une route étroite encombrée de voitures, d'habitants en fuite devant la sauvagerie teutonne. La division arriva tardivement à Anthée, sur la route de Dinant à Philippeville, ou elle rallia quelques éléments de la division Boutegourd qui s'étaient ressaisis dans la débâcle. Toute la vallée de la Meuse apparaissait jalonnée par les flammes (i).

Le général Franchet d'Espérey s'était porté sur Dinant avec la brigade Mangin, revenue des environs de Namur. II allait s'y heurter à une fraction de l'armée Hausen.

Le XIP corps avait, en effet, reçu l'ordre de forcer le passage de la Meuse à Houx (32® division) et à Dinant (23* division). A droite, le XIP corps de réserve devait s'emparer d'Yvoir; à gauche, le XIX® corps remontait le long de la rive droite, vers Givet et Fumay.

Depuis le i5 août, Dinant n'avait pas été attaqué; le i*' corps avait organisé la rive gauche; le pont était barré par un réseau de fils de fer; le faubourg à l'ouest était fortement occupé, ainsi que la route de Dinant à Onhaye qui le traverse. De même, à Hastière, on avait coupé les routes et les chemins venant de l'est au moyen d'abatis, de barricades, de fils de fer. Deux mitrailleuses battaient le pont, gardé sur la rive droite par deux sections et demie du 348®; sur la rive gauche, la défense d'Hastière était confiée à une compagnie du 208* (2), avec une section de mitrailleuses. Ordre était donné de détruire le pont en cas d'attaque, sans qu'on puisse se rendre compte du motif

(i) Hanotaux, V, p. 298. « C'était un merveilleux spectacle de voir, le soir, de Dinant jusqu'à Leffe, tout le long des bords de la Meuse, une mer de flammes illuminer divers châteaux et édifices. Sanglante, cette lueur se reflétait dans la Meuse. Il faisait presque aussi clair qu'en plein jour » (J. de Dampierre, Carnets de route de combattanés allemands, p. 28).

(a) 208* et 348^, régiments de réserve des i*' et a* corps.

3lO LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OGCroENTAL

qui avait empêché sa destruction immédiate, ainsi que colle du pont de Dînant, lorsque le i" corps détruisit les passages de la Meuse avant d'être relevé par la division Boutegourd.

La 23* division attaqua Dinant.par les quatre routes de Lisogne, de Ciney, de Montagne-Saint-Nicolas et de Bosseilles. En même temps, la garnison d'Hastîère était attaquée sur la rive droite; les Allemands commençaient de passer la Meuse à Waulsort, en aval, par petites fractions qui refoulaient deux sections du 208*. A Anserenune, le pont n'avait été détruit qu'incomplètement; quelques éléments d'infanterie passèrent sur la rive gauche en repoussant d'autres fractions du 208*. Un petit groupement ennemi put ainsi se former à Onhaye (i), sur la route de Dinant à Philippeville.

A Dinant, tout se bornait à une violente canonnade, pendant que les Allemands saccageaient la ville avec une férocité sans exemple, tout en rétablissant le pont. Mais cette honteuse victoire de la kulfur germanique mérite plus qu'une mention.

Dès le 21 août, dans la soirée, une reconnaissance allemande était entrée dans Dînant et, sans raison aucune, avait tiré sur les fenêtres, tuant un ouvrier, en blessant un autre qu'elle obligeait de crier « Vive le Kaiser! )> Puis elle envahit des cabarets, réquisitionna tout oe qu'ils contenaient de liqueurs, s'enivra. et mit, avant de se retirer, le feu à plusieurs maisons.

Le dimanche 23, des fractions du 108" (saxon) apparurent de grand matin. A 6 h. 3o, des soldats pénétraient dans l'église des Prémontrés et en faisaient sortir les fidèles. Ils séparaient les femmes des hommes et fusillaient immédiatement une cinquantaine de ces derniers, (i) Hanotaux, V, p. 298.

jaURNéB DU 23 AOUT 3ll

sans même apparence de jugement et sans distinction d'âge. Puis ils se répandirent dans la ville, pillant et incendiant les maisons, fusillant sur place les habitants qui cherchaient à fuir.

Ils groupèrent ainsi un grand nombre d'hommes, de femmes et d'enfants sur la place d'Armes, où ils leur répétèrent toute la journée qu'ils allaient être fusillés. A 1 8 heures, un capitaine fit sortir les hommes de cette masse affolée et les aligna sur deux rangs le long d*un mur; ceux du premier rang durent s'agenouiller, les autres restant debout. Un peloton se plaça devant le groupe, au milieu des pleurs et des lamentations de Fentourage. L'officier commanda le feu; morts et blessés s'écroulèrent pêle-mêle, et les Allemands firent une nouvelle décharge dans cette masse sanglante, encore agitée des soubresauts de l'agonie.

Quelques supplicias, échappés aux balles, firent les morts pendant plus de deux heures; puis, la nuit ventte, gagnèrent les environs. Mais il resta sur place une centaine de cadavres.

Le consul de la République Argentine, M. Himmer, sa femme, ses enfants, ses ouvriers et leurs familles, des voisins, s'étaient réfugiés dans l'usine dont il était administrateur. Vers le soir, ils tentèrent de quitter leur retraite autour d'un drapeau blanc. Des soldats les entourèrent. Un officier fit mettre à part M. Himmer et tous les hommes de plus de seize ans. Ils furent fusillés, en dépit des protestations du consul (i).

Le directeur de la Banque Centrale, M. Wasseige, fut . emmené sur la place d'Armes avec ses deux fils et fusillé

(i) Il n*apparaît j>a« que T Argentine ait soulevé aucune protestation sérieuse, ce qui en dit long sur Tattitude des neutres au début Je la guerre.

3l2 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

de même. L'un des enfants, qui avait quinze ans, agonisa pendant des heures, suppliant en vuin qu'on lui donnât à boire.

Six femmes âgées de plus de soixante-quinze ans, huit vieillards de plus de soixante-dix ans furent assassinés' dans les mêmes conditions. Des familles entières disparurent. La liste funèbre contient les noms de dix enfants âgés de moins de cinq tins.

Près de 700 personnes, dont 78 femmes et 89 enfants, furent tuées; 600 autres, environ, furent dirigées sur rAUemagne, en captivité. De i.4oo maisons environ, 1.200 furent détruites de fond en comble. Dés malheureux S;étaient réfugiés dans les montagnes environnantes, où ils vivaient d'herbes et de racines. On les traqua, on les abattit comme des bêtes féroces. Dinant ne fut^pas seul à souffrir. A Onhaye, sur deux cents maisons, une vingtaine à peine furent épargnées; à Anthée, sur cent cinquante maisons au moins, cinq restèrent debout; à Surîce, village de 600 habitants, du canton de Florennes, sur cent trente maisons, huit échappèrent à l'incendie; dix-huit personnes, dont quatre prêtres, furent fusillés; des infirmes furent brûlés vifs dans leur lit; d'autres assassinés chez eux.

(( Près de Lisogne, raconte dans son carnet un officier du 178" régiment saxon, un chasseur de Marburg, ayant placé trois personnes Tune derrière l'autre, les abattit du même coup de feu » (i). A Villers-en-Fagne, le même officier a vu « le curé et d'autres habitants fusillés », parce qu'on avait trouvé <( des grenadiers de la Garde tués et blessés » (2)-.

(i) J. de Dampierre, Carnets de route de combattants allemands, p. 20.

(2) J. de Dampierre, p. 29. Cf. Commandant de Gerlache, La Bel-

JOURNÉE DU 23 AOUT 3l3

Le y corps avait ordre, de défendre la position Hanzinelle, Tarcienne, Nalinnes, face au nord-est, pour gagner le temps nécessaire à l'offensive de la droite française. La division Verrier était à droite, d'Hanzinelle à la cote 246; la division Muteau au centre; la division Bloch un peu au sud de Nalinnes, vers Pairain, à gauche.

Les Allemands venus de la région à l'ouest de Charleroi utilisèrent un ravin débouchant dans la vallée/ de l'Heure pour marcher par Linsoury sur Pairain, contre la gauche du 3* corps. L'artillerie de ce dernier était sur les crêtes vers Chastres et Fraire-les-Walcourt. Pour la première fois, assure M. Hanotaux (i), on faisait usage de l'artillerie lourde dont une fraction était en batterie dans la zone de la division Bloch.

Tout d'abord le combat traînait; les forces allemandes s'accroissaient lentement et, vers i6 heures, sans raison connue, la division fléchissait. Le général Sauret, d'abord à Chastres, avait cru devoir se retirer au sud-ouest, dans la direction Vogenée, Silenrieux. Une grande confusion se produisit. L'attaque avait peu à peu étendu son action atout le front du 3* corps. A la division Verrier, une contre-attaque préparée par la brigade Durand surHanzinne ne put se déolencher. L'artillerie, menacée par le repli de la division Bloch, fut sauvée par l'arrivée fortuite du i23® (i8* corps) sur la hauteur à l'est de Chastres. La retraite s'étendit atout le 3* corps, sans qu'on en perçoive nettement les motifs.

gique ei les Belges pendant la guerre, p. So-gS. Voir encore Le sac de Dinanl, Débats du 20 décembre iQiA; Le martyre de Dinant, Illustration du 20 mars igiS; Campagne de Varmée belge^ p. 60. (i) V, p. 298.

3l4 LA GUANDE GUERRE SlJK LE FROiXT OCCIDENTAL.

Elle s'opérait d'abord, dit-on, dans un ordre relatif. L'ennemi ne parait avoir fait agir que son artillerie, au point qu'on attendait vainement son offensive qui ne se produisait que vers le soir (i). Une contre-attaque de la division Muteau le maintenait aisément et ces troupes pouvaient gagner la hauteur entre Somezée et Yve-Gomezée.

A la nuit, l'insuffisance du commandement provoquait un désordre indescriptible dans les masses qui refluaient sur Silenrieux par Walcourt. Le moral de tous était atteint. Quand le quartier général du 3* corps s'établissait à Silenrieux vers 22 h. 3o, l'inquiétude tendait à se généraliser, du chef aux soldats (2).

Le i8* corps avait mission de surveiller la Sambre, sans s'engager dans la vallée, et de défendre la ligne Ham-sur- Heure, Gozée, Thuin. La 36* division tenait cette ligne et devait maintenir la liaison avec le 3* corps, tout en gardant les ponts de Fontaine-Valmont et de Lobbes derrière sa gauche. La brigade HoUender (ii*, 3* corps), qui lui était provisoirement adjointe, se reconstituait dans la même direction, à Biercée. La 35* division était en réserve au sud du bois de Fontaine-Valmont, prête à prolonger la 36* vers l'ouest ou à la renforcer sur sa gauche.

On comptait, en outre, sur l'arrivée, dans la journée du 23, de la 69* division de réserve vers Montignies- Saint-Christophe. Elle irait à la gauche du i8* corps.

Vers II heures, l'ennemi dessinait une attaque sur le pont de Lobbes. Le général de Mas-Latrie prescrivait à l'une des brigades de la 35® division de se porter au nordest de Leers-et-Fosteau pour contre-attaquer, si les Allemands prenaient position sur la rive droite. Il rappro-

(i) C'est du imoins ce que rapporte M. Hanotaux, V, p. 3oo et suîv.

(2) Hanotaux, V, p. 3oo.

JOURNÉE DU 23 AOUT 3l5

chait ses deux régiments de réserve, qui venaient, le 2i8' à Strée et le 249* à Beaumont.

Le pont de Lobbes était enlevé vers i3 heures à la brigade Hollender et de vifs combats s'engageaient sur tout le front de la 36® division. Gozée était chaudement disputé. L*ennemi progressait lentement, en dépit de vigoureuses contre-attaques.

Vers 19 heures, après une très vive canonnade et l'arrivée de renforts allemands, une violente offensivç se produisait. Gozée et Marbaix étaient pris, la liaison avec le 3* corps compromise. Néanmoins le 18" corps continuait de tenir à Biesme et à Thuin. Le pont de Fontaine-Valmont, un instant perdu, était repris par le 57*.

A 21 heures, le combat se ralentissait, pour cesser bientôt. Le corps d*armée avait beaucoup souffert, sans que 1» li^e de la Sambre eût été réellement perdue. A minuit, la 36® division était dans la région Ihuillîes, Strée; la 3y autour de Leers-et-Fosteau, la 11" brigade au centre, vers Ragnies, le quartier général du i8* corps à Beaumont (i). I

Dans la nuit, les troupes recevaient Tordre de se retirer légèrement, la droite vers Clermont, en liaison avec le 3* corps qui s'était porté vers Walcourt. La 35" division resta vers Ragnîes-Thuillies; la 36" alla vers Beaumont, sans abandonner entièrement Strée! A gauche, le groupe des divisions de réserve tenait la Sambre, sa droite à Hautes-Wihéries. Si ces mouvements s'opéraient de nuit, ainsi qu'il paraît, on se les explique mal, car l'ennemi ne manifestait aucune activité. On eût dît qu'il avait perdu le contact.

(i) Hanotaux, V, p. 3oo-3o2.

3l6 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

Le 23 août, le corps Sordet conservait les mêmes missions que la veille. La i" division, renforcée de l'artillerie de la 5* — en réserve au sud de la Sambre — continuait de garder les ponts de cette rivière, depuis celui de Jeumont. A la droite, la ii* brigade et Tartillerie de la 3* division opéraient en liaison avec TartîUerie et une brigade de la 36* division, au nord de Montignies^aint- Christophe. A i6 h. 3o, les batteries du corps Sordet, en surveillance au nord de Merbes-le-Château, ouvraient le feu sur une colonne ennemie attaquant Fontaine-Valmont. Dans la journée, il avait ordre de quitter la 5* armée de se porter, aussi rapidement que possible, à la gauche de l'armée britannique, déjà compromise par l'arrivée imprévue de nouvelles forces allemandes.

Il devait aller stationner le soir mêiîie au nord et à l'est de Maubeuge, en dépit de l'extrême fatigue des hommes et des chevaux, après l'épuisante randonnée en Belgique. A 17 h. 3o, la 69* division de réserve relevait la i" division le long de la Sambre. Le corps de cavalerie se mettait en mouvement dans la soirée. En route, le général Sordet recevait du général Fournier, gouverneur de Maubeuge, avis que la cavalerie ne pouvait cantonner dans le camp retranché. Le motif invoqué était peut-être l'imminence d'une attaque de la forteresse ou la présence de l'armée britannique déjà en retraite sur le front Bavai- Maubeuge. L'un ou l'autre procédait d'une compréhension singulièrement étroite.

Ce mouvement ne s'accomplissait pas sans mettre à de nouvelles épreuves l'énergie de nos escadrons : « On va cantonner à Elesmes oii l'on arrive à 8 heures du soir,

écrit un témoin, mais on n'a pas pensé que nous sommes dans le secteur de la défense de Maubeuge que nous menons de traverser et dont nous avons admiré les hâtives défenses. Alors on nous déloge et c'est une nouvelle marche de nuit. On arrive à 2 heures, du matin à Vîeux- Mesnil, où, fourbus, nous noué affalons dans un fossé pour dormir » (i). Peut-on imaginer des méthodes mieux faites pour la destruction rapide d'une troupe de cavalerie ?

Le corps s'arrêtait en pleine nuit dans la région de Beaufort, au sud de la place, où il bivouaquait (2).

Quant au groupe Valabrègue, l'ordre pour le 28 août portait qu'il irait dans la région de CoUeret, Montignies- Saint-Christophe, Cousolre, pour interdire à l'ennemi le passage de la Sambre. Il occuperait les hauteurs bordant cette rivière au sud, du bois de Jeumont à Montignies et à Sartiau. Si les Allemands avaient déjà passé les ponts, on les attaquerait. La 69" division agirait à droite jusqu'à Merbes-le-Château, un régiment restant en réserve vers les Haies-de-Cousolre; la 53® division, général Perruchon, à gauche, de Cousolre à CoUeret, un régiment à Aibes. Le poste de commandement du groupe serait à Solre-le-^hâteau.

On garderait les ponts de la Sambre avec des postes légers, ayant simplement mission d'arrêter les incursions de. la cavalerie. Devant une attaque d'infanteçie, ils se replieraient sur la principale ligne de résistance.

Ces instructions purent être exécutées, mais on apprit dans la journée que le i®' corps britannique était engagé sur le front Peissant-Faurœulx et progressait vers Binche.

(i) Ouy-Verzanobres, p. a5.

(2) Hanotaux, V, p. 3oa.

3î8 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

Vers 17 heures, on savait que le i8* corps avait été attaqué vers Thuîn et sur son flanc nord-ouest, qu'il avait perdu Leers-et-Fosteau et qu'il fallait le soutenir vers Thirimont. La 69* division était donc portée sur Thirimont, Bousignies et la 53* sur Gousolre, ce qui avait pour première conséquence de créer un vide entre le groupe Valabrègue et l'armée britannique.

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