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CHAPITRE XVII LÂRMÉE BRITANNIQUE A MÔNS

Emplacemciils des forces britanniques. — Conseil de guerre du 23 août. — Apparition des Allemands. — Dépêche du général Joffre. — Gjmbats du 26 août. — Les divisions du groupe d*Amade. — Leur répartition. — Le contact avec les Allemands. — Evacuation de Lille.

Le 17 août, le maréchal French disposait de 5o.ooo à 60.000 hommes au plus, qui s'étaient concentrés à partir ■du i4 aux confins de la Thiérache et du Gambrésis : le i" corps avait son quartier général à Wassigny; le 2®, à Nouvion-en-Thiérache; la division de cavalerie à Maubeuge. Le 22 août, le quartier général du i®' corps venait ■à Maubeuge, ses troupes tenant le front de Mons exclu vers Gharleroi; le 2* corps était à la gauche du i", de Mons inclus à Condé-sur-Escaut; la b"" brigade de cavalerie à Binche, à mi-distance de Mons à Gharleroi. La division de cavalerie était maintenue en arrière, comme une sorte •de réserve, jusqu'à l'arrivée du y corps.

Devant les troupes britanniques, la droite de la IP armée allemande et la P armée tout entière allaient apparaître, sans que nos Alliés en eussent tout d'abord le moindre . soupçon. C'est ainsi que le VIP corps (IP armée) débouchait le 22 à l'ouest de Gharleroi; sa division de gauche, la i4*, atteignait Fontaine-l'Evêque et Monceau-sur-Sambre, sur les talons du corps Sordet; la division de droite, i3®, marchait sur Binche oîi elle se heurtait aux premiers cavaliers britanniques.

A droite, la P armée, avait le IP corps vers Vilvorde le 22; il changea brusquement de direction pour se porter sur Ninove le 28; une de ses divisions exécuta une marche de 38 kilomètres. Le IV* se porta vers Touest de Mons par Enghien, en une étape de ko kilomètres, dit-on; le IV* corps de réserve suivit le même itinéraire un peu au sud; il allait être vers Ath le 24. Le IIP corps et derrière lui les IX" et IX" de réserve se dirigeaient à Test de Mons vers Maubeuge (i).

Les Anglais avaient reçu Tordre de se retrancher sur les positions occupées, suivant les règles qu'une dureexpérience leur avait enseignée au Transvaal. Le i"' corps s'étendait de Peissant (sud-ouest de Binche) à Mons, par Bray et Saint-Symphorien. Il avait à sa droite la i" division (i", 2*, 3® brigades); à gauche la 2" (4*, 5", 6" brigades).

Le 2" corps tenait la gauche de l'armée, derrière le canal de Mons à Condé; à droite la 3* division (7", 8", g* brigades; à gauche la 5® division (i3®, ik^, i5" brigades). Mons, en particulier, était tenu par la 7* brigade, ainsi que ses environs.

Le 23 août, à 6 heures, le maréchal French réunissait los commandants de corps d'armée et celui de la division de cavalerie, pour leur exposer la situation générale des Alliés et « ce qu'il croyait être le plan du général Joffre » (2), ce qui semblerait indiquer qu'entre les forces britanniques et notre grand quartier généraLla liaison était encore bien imparfaite. On discuta ensuite, avec quelque détail, la situation immédiate sur le front britannique.

(i) Hanotaux, VI, p. 3 et suiv.

(2) And what I understood to he gênerai Joffre'' s plan (Rapport du maréchal French, 7 septembre igiA).

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Des informations reçues de notre grand quartier général, le maréchal déduisait qu'un peu plus d'un corps d'armée, deux au plus, peut-être avec une division de cavalerie, étaient devant lui. Il ne prévoyait aucune tentative de débordement de leur part et fut confirmé dans cette opinion par le fait que les reconnaissances britanniques ne rencontrèrent nulle part une résistance inattendue. Les observations des avions semblaient abonder dans le même sens.

Vers r5 heures, le 23 août, des comptes rendus firent connaître que les AUemands/commençaient l'attaque du front britannique, en montrant des forces assez sérieuses; la droite et Bray étaient particulièrement menacés. Le commandant du i" corps, général sir Douglas Haig, ramenait sa ligne sur un terrain dominant au sud de Bray et la 5* brigade de cavalerie évacuait Binche pour se retirer légèrement au sud. Les Allemands occupaient cette petite ville. Il s'agissait du VIP corps, qui canonnait vigoureusement les positions britanniques de Binche vers Bray; son attaque sur Mons et à l'ouest était moins énergique.

A Mons, la droite de la 3" division, général Hamilton, dessinait un saillant dangereux, et le maréchal French invitait le commandant du 2* corps à ne pas y attarder ses troupes. Au cas où elles seraient sérieusement menacées, elles devraient se retirer au sud de la ville. On opéra ce mouvement rétrograde avant la nuit. A peu près en même temps, vers 17 heures, le maréchal recevait du général Joffre une dépêche télégraphique <( fort inattendue », l'informant qu'au moins^trois corps d'armée allemands, à savoir un corps de réserve, les IV* et IX", étaient en marche sur les positions britanniques et que le IP corps opérait un mouvement débordant vers Tournay. En mémo

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temps, il apprenait que les deux divisions de réserve Valabrègue et la 5* armée se retiraient, après avoir perdu le 22 les passages de la Sambre entre Charleroi et Namur (i).

De fait, le II* corps (I"* armée; marchait sur Condé et Valencîennes, menaçant la retraite' des Anglais vers Cambrai; le IV* corps portait la 8® division sur Baisieux et Angre, entre Valencîennes et Mons; la 7* sur Pommerœul et Elougeé, à Touest de Saint-Ghislain. Le IIP corps marchait sur Jemappes et Mons; le IX* corps attaquait avec la 18® division "sur la route de Nimy à Mons et, avec la 17* sur Saînt-Symphorien et Villers-Saint-Ghîslain. Evidemment, il n*en fallait pas tant pour obliger .nos Alliés à la retraite, même si la nôtre n'avait pas découvert leur droite.

Dans cette attaque, les troupes britanniques, abritées par des tranchées, souffraient peu du feu violent. A leur droite, les Allemands attaquaient en masses compactes qui étaient fauchées par des feux destructeurs {2). A ce moment, leurs forces morales et matérielles étaient encore

(i) Rapport French du 7 septembre 191 4.

(2) Hanotaux, VI, p. 6-8, d'après la Times History of the W<ir,

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intactes et ils agissaient ainsi sous l'influence d*un mépris brutal de leurs adversaires et de leur hâte d'en triompher. .

Au centre, la division Hamilton avait victorieusement résisté à la poussée allemande vers Mons et sa retraite fut purement volontaire.

Le maréchal French avait, dans la journée, prévu la possibilité d'un échec et fait reconnaître une position plus au sud,' entre Maubeuge et Jeulaîn, au sud-est de Valenciennes. On lui rendait compte qu'elle était difficile à tenir, en raison de'S moissons encore debout et des habitations qui gêneraient l'établissement des tranchées. Néanmoins elle présentait quelques bonnes positions d'artillerie.

Avant de prescrire un mouvement général de retraite, 1q maréchal jugea nécessaire de faire vérifier la menace allemande par ses avions. Le résultat fut qu'il prescrivit à l'armée de gagner la position de Maubeuge, au point du jour, le 2^ août (i).

Durant la nuit, le combat garda une certaine activité sur tout le front britannique. Les pertes avaient été peu considérables et les troupes n'avaient même pas le sentiment de la supériorité du nombre ennemi.

La gauche des troupes britanniques était tenue, comme nous l'avons dit, par les divisions territoriales du général d'Amade. Vers le 20 août, la 84* était entre la Sambre et la Scarpe, et son front s'étendait par la lisière nord du bois L'Evêque (à l'est du Gâteau), Solesmes, Villers-en-

(i) Rapport French cité. D'après Hanotaux, L'énigme de Charîeroi, /oc. cii,, p. 3o, l'ordre de retraite fut donné à 17 heures le 28 aoûl.

Gauchie, Estrun, le canal de la Sensée. Une ligne avancée tenait le front nord-est de Maubeuge, Mecquignies, Wargnies, Valenciennes jusqu'au confluent de l'Escaut et de la Scarpe (i). Or, de Maubeuge à la jonction de ces deux rivières, il y a quarante-cinq kilomètres à vol d'oiseau, ce qui montre que la 84* division était disposée en cordon, pour arrêter tant bien que mal des incursions de cavalerie. Encore n'apparaît-il pas comme démontré que des troupes aussi peu consistantes auraient pu gêner sérieusement la marche de grosses unités de cette arme. Il eût été prudent de les tenir plus groupées, ne fût-ce que pour ébaucher leur instruction de combat.

Au centre, la 82* division était entre la Scarpe et la Lys, son front marqué par le canal de la Haute Deule, le canal de La Bassée à Aire, ses avant-postes allant du confluent de la Scarpe et de l'Escaut à Lille et à Deulemont. L'extension était à peu près la même que pour la 84^

Enfin, à gauche, la 81® division s'étendait de la Lys à la mer, son front passant le long du canal de Neuf-Fosse, du canal de l'Aa; les avant-postes par Warneton, Gassel, Bergues, Dunkerque.

Sur ce front immense, on ébauchait quelques travaux défensifs sans pouvoir réaliser œuvre utile. Nous avons vu comment la 88® division venait s'adjoindre aux précédentes et comment, à l'arrivée des troupes britanniques, la 84® se concentrait vers Valenciennes.

Après l'arrivée du général d'Amade, les hésitations qui avaient ralenti, sinon arrêté, la mise de Lille en état de défense, parurent cesser un instant. Le général Percin, qui commandait la i" région, prescrivit au commandant de

(î) TTanofaux, VI, p. i2-t3.

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Tartillerie, général Herment, et au chef du génie, colonel Gengembre, d'organiser les points de la place et des environs susceptibles de défense. Ces dispositions furent approuvées du grand quartier général, et le général d'Amade reçut l'ordre, purement théorique, de tenir à tout prix. Il le confirmait à ses subordonnés : « Vous devez résister dans les forts, résister dans le corps de place, faire la guerre des rues et tenir jusqu'à la dernière extrémité » (i). II. ne manquait guère que des soldats véritables pour exécuter ce beau programme, dont il faudrait bientôt rabattre. Ni les travaux défensifs, ni le «matériel disponible, ni les troupes ne permettaient une défense pied à pied. De plus, elle n'entrait nullement dans les vues des autorités locales (2), comme nous le verrons.

Le soir du 22, les Allemands prenaient le contact de nos avant-postes dans la région de Tournai, Antoing. Le lendemain, la 88* division débarquait dans la région de Templeuve, au sud-est de Lille, moins l'artillerie que l'on avait cru devoir arrêter à Douai. On portait aussitôt la division vers Cysoing, et le général d'Amade lui prescrivait de reprendre Tournai, où l'entrée d'un petit détachement ennemi venait d'être signalée.

En effet, le 22 à midi, de la cavalerie allemande s'était présentée à la mairie de Tournai. Il n'y avait dans cette ville aucun soldat belge ou allié. Les Allemands repartirent au bout de quelques minutes. Dans la nuit du 23 au 24, le général de Villaret s'y portait avec deux bataillons, un escadron et organisait hâtivement la défense des issues. Déjà on constatait l'arrivée de reconnaissances alle-

(1) Hanotaux, VI, p. i3-i8.

(a) Cf. Noël Sabord, La Tempête sur les cimes, de Lille menacée à Lille captive, Grande Revue de juillet 191 7, p. 5q et giiîv.

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mandes aux approches de Lille; des fractions du iS"* uhlans se montraient à Condé-sur-Escaut.

Vers i3 heures, le 28, des éléments de la 82® division étaient attaqués vers Antoing et rejetés à Touest; de même, à Baisieux, à mi-chemin entre Tournai et Lille, une partie de la 8i* division refluait sur Lille, après un court engagement. Des rencontres de patrouilles avaient lieu autour de la grande cité flamande. tJn petit combat se produisait sur la ligne ferrée entre Peruwelz et Tournai, au sud-est d'Antoîng. Finalement, Tournai était attaqué dans la journée du 24 et le général de VUlaret pris avec la majeure partie de sa troupe.

Ces engagements incohérentis entre des éléments de nos divisions territoriales, éparpillés sur un front très étendu et presque toujours sans artillerie, avaient surtout un résultat moral. La panique fut extrême à Lille et sur toute la frontière. Il fallut que des soldats, baïonnette au canon, empêchassent les habitants affolés de s'écraser dans les wagons. Des scènes de <( véritable folie » se produisirent sous l'influence de cette « inconcevable panique ». « Des femmes, écrivait un témoin, partent en cheveux, sans savoir oii elles vont. I>es enfants pleurent, écrasés ou perdus dans la foule » (i). On disait une délégation de notables partie pour Paris, « afin d'obtenir du gouvernement que Lille fût déclarée ville ouverte » et une proclamation du maire le confirmait, faisant appel au calme, mais provoquant une accentuation de l'exode déjà commencée (2).

(i) Fleury-Lamure, p. 64 €t suiv.

(2) Cf. Noël Sabord, p. 53-55. Dans son Journal d'une infirmière (VArraSy p. 29, M™® L. Colombel mentionne Tarrivée dan-s cette ville d'officiers d'état-major venant de Lille le 24 août : « Hs ont dû sortir de la ville, revolver au poing, au milieu de la population criant : (c Vous nous abandonnez!... » Ce fut une débâcle affreuse, que les

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Ces terreurs étaient sans objet. Lille n'entrait pas pour l'instant dans la ^ne d'opérations des Allemands et, au bout de quelques jours, leurs patrouilles avaient complètement disparu des environs (i). Mais des scènes de désordre s'étaient produites, trahissant la faiblesse du commandement autant que les appétits brutaux de la, foule. Du 24 au 3o août, un officier français était venu avec •rdre de licencier les canonniers sédentaireSy si fiers de leur glorieux passé. On avait désarmé la police, congédié les gardes civils improvisés depuis la guerre. Dans les forts, les culasses des canons étaient arrachées et jetées dans la Deule, avec quelques milliers d'équipements. Cinq mille fusils, découverts à la Citadelle, étaient chargés sur des camions par des citoyens bénévoles et envoyés en lieu sûr. On trouvait, dit-on, « mourant de faim dans leurs écuries, les chevaux d'un escadron de chasseurs parti à pied sur le chemin de la déroute ». On forçait les portes des casernes, emportant les armes, les chaussures et les équipements, sous prétexte de ne pas les laisser à l'ennemi. Des wagons chargés, restés à la gare de Fives, étaient pillés de même (2).

D'après M. Hanotaux (3), les petits engagements que nous avons mentionnés auraient surpris les Allemands, qui ne connaissaient pas l'existence d'une armée dans cette direction, armée que l'arrivée, le 25 août, des 61® et 62® divisions de réserve allait rendre un peu plus consistante. Cette apparition inattendue sur le flanc droit de von Klûck

officiers d*état-inajor n'accomplirent que contraints et forcés par des ordres supérieurs... ».

. (i) La première occupation n'eut lieu que le 2 septembre (Noël Sabord, p. 38-59).

(2) Noël Sabord, p. 56-57.

(3) VI, p. i3. Les 61® et 62® divisions de réserve venaient de la zone nord de Paris où elles étaient disponibles.

I*aurait amené à ralentir son mouvement vers Valenciennes. A dater du 33, il changeait de direction et marchait au sud-sud-ouest au lieu d'aller vers la mer, manquant ainsi la capture de Dunkerque et de Calais.

Nous ne croyons pas que Ton puisse porter un pareil succès à l'actif du général d'Amade. Si l'armée Klûck, à dater du 23, obliqua vers le sud, c'est qu'elle s'attachait à l'armée britannique en retraite, depuis le 24, de Mons vers le Gâteau, Saînt-Quentin et la vallée de l'Oise. Il n'y avait là rien que de très naturel et il eût été purement absurde, pour nos adversaires, de s'attarder dans le nord de la France, afin de chercher à y détruire des formations sans intérêt.

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