DE NOS 3' ET 4" ARMÉES
Opératioivs du corps de cavalerie Sordet. — Premiera engagements à Ve&i de la Meuse. — Combat de Mangiennes, lo août. — Composition et emplacements de la 3* armée et de Tarmiée de Lorraine. — Le général Ruffey. — La 4* armée. — Le général de Langle. — La V* armée et le Kronprinz. — La IV® armée et le duc de Wurtemberg. — La III* armée et le général von Hausen. — Les forces en présence.
On a dit précédemment que, sur la demande pressante du Gouvernement belge, le commandement français avait fait entrer en Belgique le i" corps de cavalerie, général Sordet (i) (6 août). Cette masse de 12.000 à iS.ooo chevaux comprenait trois divisions (i", 3* et 5*) à trois brigades. Chacune comportait en outre un groupe de trois batteries à cheval et un groupe cycliste provenant d'un bataillon de chasseurs à pied. On pouvait espérer que ces soixante-douze escadrons, ces neuf batteries, soutenus par trois groupes cyclistes, très vigoureusement commandés, pourraient rendre des services sérieux dans TArdenne belge et dans les vastes plaines qui la limitent au nord et à Touest. Malheureusement il n*en fut rien, pour des causes tenant tant à Torganisation de cette masse, qu'à la nature même des missions qui lui furent confiées (2).
(i) Concentré autour de Sedan vers, le 5 août.
(2) Composition du i®' corps de cavalerie, général Sordet :
i^ division, général Buisson : 2® brigade de cuirassiers, 5® et 11*
brigades de dragons, i groupe à cheval du i3® régiment; i groupe
cycliste du 26® bataillon;
Nous avons dit ailleurs les inconvénients graves de la constitution permanente des corps de cavalerie, -le peu de résultats qu'ils ont constamment donnés, en dépit d'une consommation de chevaux souvent colossale. En août 191 4, ces inconvénients allaient être -encore accrus par la nature du pays où devaient d*abord opérer nos escadrons. La région comprise entre la Meuse et la frontière francobelge est, en effet, de parcours difficile, couverte de grands bois et de ressources médiocres. En outre, il n'apparaît pas que notre cavalerie ait reçu des missions opportunes ou que son chef ait eu la liberté de les déterminer. Pourtant il passait, avant la guerre, pour le « grand maître » de la cavalerie française.
Les escadrons du général Sordet devaient être soutenus par une brigade d'infanterie de couverture, la 8', général Mangin, 2* corps. Seul de ces deux régiments, le 45* paraît être entré tout d'abord en Belgique, le i48* demeurant à Givet (i). Nous avons vu comment trois de ces bataillons arrivèrent à Namur le 22 août.
Passant la frontière le 6, au milieu de l'enthousiasme délirant des populations française et belge (2), le i*' corps
3* division y général de Lastourâ : Ji* brigade de cuirassiers, i3* brigade d« dragons, 3* brigade légère, i groupe à cheval du 42*> i groupe cycliste du i8* bataillon;
5® division, général Bridoux : 3® et 7® brigades de dragons, 5® brigade légère, i groupe à cheval du 6i*, i groupe cycliste du 29® bataillon.
Le corps Sordet fut sous les ordres du grand quartier général jusqu'au i5 août inclus, sous ceux du général Lanrezac du 16 au 22 août, après quoi il fut rattaché à Tarmée anglaise.
(i) M. Hanotaux, V, p. 234. Le oorps Sordet ne fut doté d'infanterie que d'une manière intermittente, pendant trois périodes : l'une, de cinq jours, un régiment d'infanterie; la seconde, un jour, 2 bataillons de chasseurs de réserve; la 3*, deux jours, une brigade d'infanterie.
(2) Ouy-Verzanobres, Journal d'un officier de cavalerie y p. 5 et 6.
de cavalerie se portait, par de longues marches, vers rOurthe qu'il trouvait fortement organisée. Un témoin signale le 7 août une pénible étape de Bellevaux à Froidlieu, accomplie sous une pluie battante, sans qu*on ait déroulé les manteaux. Le 8, nouvelle marche longue et fatigante, qui conduit nos escadrons à «douze kilomètres » de Liège. Puis ils font demi-tour, après avoir pris le contact de la cavalerie qui couvre Tinvestissement de cette place, et gagnent un bivouac <( sans eau, sans avoine et sans pain » (i). Le 9, on revient purement et simplement sur ses pas jusqu'à Froidlieu, à la grande surprise de la population, qui ne peut comprendre ces allées et venues sans motif apparent. C'est qu'à l'arrivée du corps Sordet sous Liège, il a pu constater que les troupes belges de campagne s'étaient déjà retirées à l'ouest de la Meuse. A cette même date, le bulletin français de 28 h. 3o* fait connaître que la cavalerie a couvert de patrouilles toute la région de l'Eifel, sans indiquer les résultats de cette exploration. Il semble toutefois que le. corps Sordet ait pris le contact de la cavalerie allemande non seulement sur l'Ourthe, mais à l'est de Neuf château. Les renseignements recueillis étaient importants. C'est ainsi que l'escadron Lepic, du 5® chasseurs, parti le 5 août en reconnaissance sur la gare belge de Gouvy, à la frontière de Luxembourg, rejoignait le quartier général le 9, à Rochefort, en ramenant des prisonniers et des chevaux de prise. L'un des captifs, fils d'un colonel de la garde, déclarait que les Allemands avaient mobilisé 60 corps d'armée, qui seraient bientôt portés à 72. De ces 60 corps, 28 opéraient en Belgique, dont 11, débarqués vers Aix-la-Chapelle, marcheraient par Liège, Bruxelles, Anvers; les autres s'empa-
(i) Guy-Verzanobres, op. cit.^ p. 7 et 8.
Feraient des ponts de la Meuse, de Namur à Givet, et Tensemble marcherait sur Paris, où les Allemands comptaient entrer dans les premiers jours de septembre, pour dicter la paix à la France.
Ces renseignements, si importants, furent téléphonés, dès le 9 août, au grand quartier général.
Partout nos cavaliers voyaient ceux de Tennemi céder devant eux:^'Mais venaient-ils à poursuivre leurs adversaires, c'était pour se heurter infailliblement à des organisations défensives garnies de mitrailleuses. Leurs pertes devenaient graves et les résultats tactiques obtenus presque nuls.
D'ailleurs, les renseignements recueillis étaient parfois interprétés de la façon la plus tendancieuse au grand quartier général. Pour en donner une idée, le bulletin français du lo août, 28 h. 3o, est ainsi conçu : « Quelques débarquements en chemin de fer continuent à avoir lieu dans la région de Gerolstein, mais les principaux débarquements actuels se font plutôt en arrière de Metz et de Thion ville ». On pouvait logiquement en déduire que le mouvement d'invasion en Belgique était arrêté et que les Allemands se disposaient à garder la défensive derrière la Moselle, ce qui était exactement le contraire de la vérité.
Le même bulletin signale une escarmouche de cavalerie à Houff alizé, entre Bastogne et Stavelot, où l'une de nos patrouilles a fait 17 prisonniers. Ces petits engagements étaient fréquents et parfois moins heureux. D'ailleurs la chaleur était devenue torride. Les chevaux, souvent au bivouac, restant sellés pendant de longues heures, abreuvés et nourris très irrégulièrement (i), s'épuisaient
(i) Le corps d-e cavalerie n*avait pas reçu de convois automobiles. H
6o LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL
et tombaient en masses. Les cavaliers eux-mêmes perdaient de leur magnifique entrain du début.
D'après un autre témoin (i), une fraction du corps Sordet reste à cheval 17 heures le 6 août, 12 heures le 7, 20 heures le 8, pour parcourir i3o kilomètres; i3 heures le II. Si ces chiffres sont exacts, il est évident qu'aucune cavalerie n'eût pu résister à pareil régime.
L'un des plus éminents de nos adversaires, général von Bûlow, commandant la IP armée, a sévèrement apprécié le rôle de ces beaux escadrons en Belgique. Il estime que notre cavalerie n'existe pas en tant qu'arme. Elle serait superbe dans la charge, il est vrai, mais la charge n'est plus que la poésie de la guerre et il faut s'en tenir à la simple prose. La dure réalité de nos jours veut a^utre chose que d'héroïques chevauchées, à savoir un pénible travail d'éclaireur, beaucoup plus terre à terre, il est vrai, mais qui paie au moins les efforts accomplis (2).
11 convient d'ajouter que la responsabilité première de l'emploi du i®' corps de cavalerie en Belgique paraît incomber surtout au grand quartier général, qui lui imposa la fatigante randonnée sur Liège et Neufchâteau, au lieu ,de le diriger immédiatement à l'ouest de la Meuse, en liaison avec les Belges.
Le résultat final fut désastreux. Avant le 20 août, les pertes en chevaux du corps Sordet étaient déjà 'colos-
étaît impossible que des convois ordinaires pussent le ravitailler au cours de longues étapes.
(i) Gliristian Mallet, Etapes et combats, cité par Hanotaux, III, p. 186. Le régiment de cet officier cantonne le 6 août à Muno, le 7 à Restaigne; le 8, bivouac; le 9, cantonnement à Ave; le 11 à Beauraing; le i4 à Florennes; le 16 à Maisons-Saint-Gérard; le 17. bivouac à Saint-Martin; le 19 à Gembloux, point ultime atteint en Belgique.
(a) Cité par Hanotaux, III, p. 284.
NOTRE CAVALERIE EN BELGIQUE 6l
sales (i). Ceux qui ont pu voir les débris de ces beaux régiments refluer en septembre jusqu'à Touest du camp retranché de Paris ne sauraient trop sévèrement juger des opérations ainsi conduites.
Après s'être porté vers l'Ourthe, le i*' corps de cavalerie était revenu vers la Lesse. Le lo, il séjournait dans la région de Froidlieu. Le ii, un témoin note une longue marche au pas de Froidlieu à Sart, vers Neuf château : « La cavalerie allemande se retire devant nous et il est impossible de l'atteindre » (2).
Le 12, nouvelle marche de Sart à Sohier. On se rapproche de là Meuse, vers Givet, où sont les convois. Les chevaux sont très fatigués -^t les déchets (c énormes. Il nous semble que nos escadrons fondent bien vite et nous sentons que les chevaux encore debout n'ont pas la même vigueur que la semaine passée » (3).
Les i3 et i4 août, séjour à Sohier, où une patrouille de hussards allemands vient se jeter. Elle est tuée ou prise. Le i5, à minuit, départ de Sohier. Le î^ corps de cavalerie se rassemble au bivouac, pour se diriger Hans la matinée sur la Meuse, qu'il va traverser au sud de Dinant, à Hastière. On entend une violente canonnade vers cette ville, on passe en vue de troupes françaises d'infanterje et d'artillerie. A ce moment même deux divisions de cavalerie allemande, soutenue^ par trois bataillons, attaquent Dinant, et le corps de cavalerie pourrait, en se jetant sur leurs derrières, conquérir sans efforts les plus brillants résultats.
'(i) M. Hanotaux mentionne une perte de dix mille chevaux qui paraît Tort exagérée. De source autorisée, on nous a dit qu'elles ne dépassaient pas 3. 000 chevaux le 20 août,
(2) Ouy-Verzanobres, p. 9.
(3) Ouy-Verzanobres, p. 11.
Maifi une tentative de la 5* division et du 45* pour passer la Lesse au sud-est de Dinant a échoué devant une flanc-garde allemande et nos troupes continuent leur mouvement au nord-ouest.
Le corps Sordet va donc dans la région de Saint- Aubin, où certains de ses éléments arrivent vers 22 heures (i), en pleine nuit. Le 16 se passe dans l'attente. Le commandant de la 5* armée, général Lanrezac, à qui le i" corps de cavalerie est momentanément subordonné, lui prescrit de garder les ponts de la Sambre, de Namur à Charleroi; de reconnaître les colonnes ennemies signalées vers le nord-est et de les arrêter. La brigade légère du général de La Villestreux est chargée de la première de ces missions. Le reste des trois divisions tentera de remplir la seconde. Le 17, le corps Sordet est vers Ligny, allant au-devant des deux divisions de cavalerie allemande signalées à Dinant et qui auraient passé la Meuse au nord de Namur (2).
Le 18, on allait de Ligny vers Orbais. On apprenait que Tennemi avait un centre de renseignements entre Perwez et Ramillies pour deux autres divisions de cavalerie, les 4® et 9*. De gros rassemblements étaient signalés vei% Ramillies. Le général Sordet combinait une opération avec la garnison de Namur et avec la brigade de droite de l'armée belge, vers Jodoigne. Mais à cette dgite du 18 août, nos alliés étaient attaqués sur la Cette, comme nous l'avons vu. D'autre part, aucun détachement n'apparut dans la direction de Namur. Tout se bornait à une prise de contact assez violente avec des avant-gardes ennemies (VIP corps) vers Perwez et Hattomont. Dans la soirée, on apprenait que la i" division, « donnant l'avoineo), avait été repérée par lin avion et canonnée. Il y eut quel-
(i) Ouy-Verzanobres, p. i5.
(2) Ouy-Verzanobres, p. 18.
ques pertes (i). Le corps de cavalerie cantonna dans la région Nil-Saint-Vincent, Corroy-le-Grand.
Le 19 août, il opérait une reconnaissance offensive sur Orbais. Nos divisions entraient violemment en contact avec de Tinfanterie allemande venant de Test. Cette rencontre survenait vers Thorembais et Grand-Rozière, entre Perwez et Jodoigne. Elle semble avoir été malheureuse, à en juger par les communiqués allemands. Un témoin signale encore Taction efficace des avions ennemis pour le réglage du tir de leur artillerie (2). Le soir du 19, on cantonWit dansles environs de Boignée et de Sombrefîe.
Après un nouvel engagement à Lonzée, dans la direction de Namur, le corps Sordet se repliait vers Charleroi. Le 20 août, il allait de la région de Wagnelée à celle de Courcelles. Le 21, il devait y avoir séjour, mais ce repos était interrompu par le canon, qui retentissait vers Luttre, au nord-ouest de Charleroi. Une fraction du corps prenait des emplacements de combat à pied derrière un petit ruisseau. L'ennemi ne paraissait pas. Néanmoins, on montait à cheval pour se retirer en pleine obscurité : « Quelle nuit! On marchait pendant quelques mètres et Ton s'anrêtait. La traversée de Carnières dura bien trois heures.^On songeait, malgré soi, à la marche heurtée et énervante qui précéda la bataille de Rezonviîle... » (3). Le 22, au petit jour, on rencontrait les premières troupes anglaises, vers Binche. On arrivait dans la région de Merbes vers 10 heures, à l'ouest de Thuin. Nous verrons
(i) D'après Ouy-Verzanobres, la i" division aurait €U 6 chevaux tués, 60 blessés et 3o hommes atteints légèrement. Il mentionne « un peu de débandade, vite arrêtée » (op. cit^ p. 19).
(2) V. supra, p. 28; OuJ-Verzanobres, p. 20. Il se peut que le communiqué allemand se rapporte au 18 août.
(3) Ouy-Verzanpbres, p. 22.
plus tard le rôle du i*^ corps de cavalerie pendant la bataille de la Sambre.
Cependant notre concentration s'achevait sur la Meuse, non sans quelques engagements d'importance secondaire. Le bulletin français du 9 août (28 h. 3o) signalait dans la région Longuyon, Spincourt des forces nombreuses de cavalerie allemande, appuyées par de l'infanterie, qui obligeaient un bataillon de chasseurs à céder du terrain.
Le 10 août, dans la soirée, vers Mangiennes, deux bataillons du i3o* (8* division, l^ corps), aux avant-postes, étaient attaqués par des forces supérieures et refoulés, après avoir été durement éprouvés (i). Mais des fractions des 2* et 4* corps les recueillaient et prenaient l'offensive. Les Allemands se retiraient avec de grosses pertes-. Une batterie du 42* régiment anéantissait Tune des leurs; trois canons, trois mitrailleuses, des caissons, des prisonniers tombaient entre nos mains.
Le 12 août, cet engagement continuait sur l'Othain. Notre artillerie surprenait par son tir le 21® dragons, pied à terre, et le décimait en quelques instants. La supériorité du 75 sur le 77 apparaissait à tous les yeux. Nous recueillions ainsi neuf officiers et un millier d'hommes, tant blessés que prisonniers (2). Un témoin écrit à la date du 9 août : « Les Boches se sauvent devant nos baïonnettes. Nulle part ils ne tiennent; ils se rendent sans combattre;
(i) Al. Joubaîre, Pour la France^ carnet de route d^un fantassin, p. 17.
(2) Bulletin français des 11 août, 28 h. 3o, et i3 août, 5 heures; Lieutenant Deville, Virlon-La Marne, p. 22.
D'après le Bulletin français du 17 août, 10 heures, les AUemands auraient engagé le 5® bataillon de chasseurs, les 7®, 8®, 21* dragons, I groupe d'artillerie et 6 compagnies de mitrailleuses.
ils n'ont plus à manger; ils consomment leurs vivres de réserve. La guerre ne sera qu'une course à la victoire » (i). Ainsi se développaient parmi nos troupes de folles illusions, qui devaient entrer pour une part dans leurs prochains échecs. Déjà l'ennemi préludait aux prétendues représailles par lesquelles il allait tenteï" de terroriser la population civile. A Villerupt, le village était incendié et des habitants fusillés, sous prétexte que des coups de fusil avaient été tirés. Or, un officier allemand reconnaissait lui-même, dans son carnet, que cette résistance provenait de douaniers et de forestiers, c'est-à-dire qu'elle était parfaitement régulière (2). La petite place de Longwy avait été sommée, dès le 10, sans succès.
Primitivement, la 3* armée devait se concentrer entre la Moselle et la ligne Verdun, Audun-le-Roman. Elle se composait alors des 2* corps (général Gérard), 4* corpsr (général Boëlle), 5* corps (général Brochîn), 6* corps (général Sarrail), des 7* et 10® divisions de cavalerie, et d'un groupe de divisions de réserva (54®, 55*, 56*), général Pol Durand. Les 2* et 6* corps étaient chargés de la couverture; le 6* è la droite^, son quartier général à Vigneulles, le gros du 2* dans la région de Marville.
Le 2* corps passa de la 3* armée à la 4* dès le 9 août, ce qui réduisait déjà la première de i4 divisions à II divisions et demie (3). Nous verrons qu'elle allait être encore une fois réduite à la veille même de l'offensive, avec les résultats que l'on peut croire.
.Le commandant de cette armée était le général Ruffey.
(i) A. Joubaitre, p. 16.
(a) Bulletin français du 17 août, 10 heures.
(3) Le 6® corps était à trois divisions et demie. Le quartier général du 2» corps fut le 3 août à Louppy-«ur-Loisoin, vers le 12 à Sivry-sur- Meu^e, pui« à Louppy et vers le 20 à Montiriédy.
La grande gaerre, 1IT. 5
Né le 19 mars i85i à Dijon, entré à l'Ecole polytechnique en octobre 187 1, le général est un artilleur. Admis à l'Ecole de guerre en 1879, il fut successivement professeur à l'Ecole spéciale militaire (1882), professeur adjoint à l'Ecole de guerre en 1888. Pendant l'expédition de Madagascar, il commanda le groupe monté; au retour, il revenait comme professeur d'artillerie à l'Ecole de guerre. Chef d'état-major du 17* corps, il était promu général de brigade le 26 décembre 1906, divisionnaire le 8 novembre 19 10 ; après avoir rommandé la 36* division (Bayonne) et le i3* corps (Clermont-Ferrand), il était membre du Conseil supérieur de la guerre en 1913.
Le général Ruffey était bien connu dans l'armée comme un partisan déclaré de l'artillerie lourde et des gros approvisionnements en munitions. Ses idées à cet égard lui avaient même valu des inimitiés déclarées. A la veille de la guerre, il donnait, à l'ouvrage du capitaine Daille, dont nous avons fait mention (i), une préface qui vaut d'être lue par la netteté de l'idée et de l'expression, par les vues prophétiques qu'elle développe. Elle montre, en particulier, la fausseté de la conception allemande qui fait de l'attaque en tenaille la condition obligée d'une victoire décisive. Elle insiste sur la nécessité de varier les procédés à la demande des circonstances et se termine par ces mots destinés à demeurer vrais, tant qu'il y aura un art de la guerre : (( Les formules, les procédés ne peuvent remplacer le Chef; ne retenons donc que* ceux qui exaltent les qualités offensives de la troupe comme du commandement (mai 191 3) ».
Par son expérience, par ses études, par sa conception
(i) Essai sûr la doctrine stratégique allemande d*après la bataille de Cannes, par le feld-maréchal de Schlîeffen. Cf. La grande guerre sur le front occidental, I, p. 266 et suiv., p. 271.
de la guerre moderne, le général Ruffey paraissait destiné à jouer un rôle important dans la guerre qui allait^ commencer. Son chef d'état-major était le général Grosset'ti, le futur commandant de l'armée française d'Orient.
Le 8 août, il recevait ordre d'établir l'armée derrière le front Sâint-Baussant, VigneuUes, Ornes, Flabas, c'està-dire à peu près le long des Hauts-de-Meuse. File s'y tiendrait prête soit à une offensive vers le nord, la gauche marchant sur Damvillers, soit à une contre-attaqu^^ vers Metz (i). Le i6, l'orientation était sensiblement modifiée : la 3* armée allait remonter vers le nord et s'établir sur la ligne Etain, Jametz, en se préparant à déboucher sur Longwy avec les 4*, B* corps et deux divisions du 6V . la 3" division de ce corps d'armée restant en couverture face à Conflans et à Briey.
Le 3* groupe de divisions de réserve, renforcé de la 67*; recevait déjà mission de commencer progressivement l'investissement du front sud-ouest de Metz, mais surtout d'arrêter toute tentative de l'ennemi entre Toul et Verdun. La y armée était donc pratiquement affaiblie de troià nouvelles divisions, ce qui la réduisait à 8 et demie, au lieu de i4 qu'elle comptait au début.
Le 19 août, le grand quartier général constituait un nouveau groupement portant le nom d'armée de Lorraine, général Maunoury, bien qu'il comprît uniquement des divisions de réserve dont nous avons dit les cause» de faiblesse au cours de cette période des opérations (2). Aux quatre divisions précédentes étaient venues se joindre les 65* et 76*. L'ensemble avait mission de masquer Metz, ce qui était beaucoup dire. Le lendemain 20 août, dans la soirée, la 3* armée recevait Tordre de prendre l'offen-i
(i) Hanotaux, V, p. 71 et suîv.
(2) La grande guerre sur le front occidentaly II, p. 25.
sive en direction générale d'Arlon. Or, son front actuel bordant la ligne Etain, Jametz, elle allait suivre une ligne oblique par rapport à lui, avec tous les inconvénients que présente un mouvement de cette nature.
A ce moment le 6® corps, qui s'était d'abord concentré autour de VigneuUes, s'était porté au nord-est de Verdun, son quartier général à Fresnes, puis à Spincourt (i4 au 21 août). Deux divisions étaient prêtes à marcher au nord; la Ao* demeurant en réserve, comme nous l'avons vu, derrière la droite de la 43*, et faisant couverture dans la région de Béchamp, Jeandelize, Chambley.
La cavalerie, qui comprenait d'abord deux divisions, les 7* et lo", ne comportait iplus que la 7* (général Gillain), la lo* division ayant été rattachée à la 2* armée. Déjà, on le voit, la composition des armées subissait des modifications incessantes, au prix des inconvénients que l'on peut croire.
L'ensemble des 3* armée et armée de Lorraine représentait une force considérable, soit I^ divisions et demie (i), mais, de cette masse, 7 divisions et demie seulement allaient prendre part à l'offensive de la 3' armée. Peut-être aurait-il été possible de répartir nos forces d'une façon plus rationnelle. Notons encore que, sur ces i4 divisions et demie, plus de moitié étaient des formations de réserve, n'ayant pas encore acquis la consistance voulue, ainsi que de nombreux incidents devaient le montrer prochainement.
(i) 4* corps, a dîyisions et demie; 6* corps, 2 divisions et demie; 0^ corps, 3 divisions et demie; 6. d. r., 6 divisions : total, i4 divisions et demis. Notons encore une brigade coloniale qui fut affectée à la 3» armée comme à chacune dee i"*, 2« et 4*, et qui porte le totaî à i5 divi8Îo>n«.
La gauche de la 3* armée était, tenue par la 4*, généra] de Langle de Cary.
" Né le 4 juillet 1849 ^ Lorient, entré à Saint-Cyr le 11 octobre 1867, lé -général de Langle en sortit avec le n® i et fut affecté au 2* chasseurs d'Afrique. Admis en 1869 à l'Ecole d'état-major, il fit la campagne de 1870 comme officier d'ordonnance du général Troohu. Grièvement blessé à Buzenval (19 janvier 1871), il y conquit la croix de chevalier. Capitaine dès 1878, ehef de bataillon en i885, il était en 1886 professeur à l'Ecole de guerre. En 1896, il . était colonel et prenait le commandement du 127*. Comme brigadier (1900), il commandait une brigade de cavalerie en Algérie, puis la 72* brigade (i8* corps). Divisionnaire en vgoG seulement, il recevait le commandement de la i4' division à Belfort, puis du 4* corps (Le Mans) (1908) et du S* (191 î). Il n'était membre du Conseil supérieur de la guerre qu'en 191 2 (i), au terme d'une carrière dont les débuts avaient été plus rapides que la fin, gênée selon toute apparence par les attaches politiques et religieuses du général. Il avait, dans Tarmée, la réputation d'un homme de devoir, ayant du chef le coup d'œil, la netteté de vues et le commandement; Beau cavalier, très actif, sachant joindre la fermeté à la^bienveillance, il figurait parmi ceux de nos généraux les plus indiqués pour le commandement d'une armée. Son chef d'état^major était le général Maistre, ancien professeur à TEcole de guerre et futur commandant d'armée.
La 4** armée se concentrait dans la région jde Suippes, Sainte-Menehould. Elle comprenait seulement tout d'abonl le icorps colonial, les 12® et 17® corps, les 52** et 60® divi-
(i) Hanotaux, V, p. 62.
sions de réserve. Le 2* corps, qui lui fut ensuite rattaché, faisait la couverture sur la rive droite de la Meuse. Le "corps colonial débarquait à Vitry-le-François et aux environs; le 12" corps se concentrait autour de Givry-en- Argonne; le 17* corps vers Suippes; les 52* et 66' divisions de réserve autour d'Apremont (i).
Un autre corps d'armée, le ii*, comptait pendant la concentration à la 5® armée; il avait son quartier général à Monthois jusqu'au 8 août inclus et allait passer sous les ordres'du général de Langle. Enfin, la 4* armée devait encore comprendre le 9* corps, qui faisait tout d'abord partie de la 2* armée et se concentrait à ce titre dans la région de Pont-Saînt-Vincent. Nous ne mentionnerons que pour mémoire le i*' corps de cavalerie qui, dès le 6 août, opéra en Belgique et sortit ainsi de la zone d'action de nos deux armées de la Meuse, auxquelles il ne fut jamais rattaché.
Au début, ces armées étaient orientées face au nordest, c'est-à-dire à la frontière franco-allemande. Cette orientation ne tenait aucun compte de la menace d'une invasion allemande en Belgique, ainsi qu'on ne saurait irop le répéter.
Du II au 20 août, le général de Langle portait le corps colonial, le 12® et le 17* corps, d'abord à la lisière ouest de l'Argonne, face à l'est (2), puis entre l'Aisne et la Meuse, face au nord et à l'est. Cette modification était l'effet, singulièrement tardif, de l'entrée des Allemands en Belgique.
(i) Cf. Hanotaux, IV, p. 28 et suiv.
(2) Le II août, les corps de la 4® armée recevaient encore pour instructions de faire étudier, organiser, réparer les communications allant de l'ouest à Test, afin que la traversée de l'Argonne pût se faire sur plusieurs colonnes à la fois.
Le i3 août, des dispositions étaient prises en vue d'une bataille à livrer le 1 5 ou le i6. Bien que très vagues encore, les renseignements recueillis sur rennemi donnaient à penser que nous n'aurions peut-être pas le temps de chercher la bataille au delà de la Chiers et de la Semoy^ du moins dans de bonnes conditions. Le général de Langle avait donc en vue une grande action, dans laquelle la 4* armée s'engagerait entré la 3', à droite, vers Damvillers, et la 5® au sud de Mézières. Si, au contraire, la distance de l'ennemi le permettait, il songeait à marcher sur Quincy, Margut et Tétaigne (i).
Des instructions données le i3 août prévoyaient cette double éventualité, preuve que le haut commandement était encore mal renseigné sur l'ennemi. Il ne pouvait en résulter qu'une fâcheuse impression. En outre, ces instructions montrent qu'à cette date, au grand quartier général français, on n'a pas renoncé à faire agir la 5® armée vers le nord-est au delà de la Meuse, en négligeant l'invasion allemande en Belgique. Croît-on cette menace négligeable, en présence de l'armée belge et des deux places de Liège et de Namur? Suppose-t-on que le meilleur moyen d'y parer est de porter un coup droit sur les communications allemandes vers le Rhin? Un fait certain est qu'on ne songe pas encore à porter la 5* armé^ sur la Sambrc, face aux Allemands opérant à l'ouest de la Meuse.
Le i5, nouveau projet. Cette fois il s'agissait d'établir les 12* et 17® corps sur la ligne Saint-Walfroy (2), Margut, Carignan, Pouru-Saint-Remy, le corps colonial en ,ar-
(i) Margut près la Chiers, au nord-est de Montmédy; Tétaigne, sur cette rivière, au nord-ouest de Carignan; Quincy, à Test de Stenay. (a) Au sud-est de Margut.
rière, à Wiseppe (i), Beauclair, l'artillerie lourde à Nouart. Les études faites dans ce sens n'avalent pas de suites^ des renseignements nouveaux étant sans doute survenus.
Le bulletin de renseignements du -17 août permet de s'en rendre compte. Ce document ne mentionne, du côté allemand, qu'une brigade d'infanterie active ayant passé la Meuse au nord de Liège et arrivée à Tongres. La division de cavalerie qui opérait dans la région d'Hasselt semble avoir rejoint une autre division gui a traversé le fleuve à Test d'Huy. Toutes deux se sont portées vers la Sambre, mais, arrêtées et battues par les troupes belges, elles se sont repliées, si^r Gembloux, où elles cantonnaient le soir du 16.
On voit que ces renseignements rabaissaient singulièrement l'importance des forces allemandes à l'ouest de la Meuse. Toutefois on signalait que le pont d'Huy avait été rétabli dans la nuit du i5 au 16 et que des troupes, d'effectif inconnu, en faisaient usage. Une attaque des poqts de Dinant, le i5 août, n'avait mis en jeu que deux divisions de cavalerie soutenues par trois bataillons de chasseurs. Le tout avait été repoussé, et la cavalerie de notre i" corps, un régiment, le « poursuivait » vers l'est.
Nous n'avions encore aucune donnée précise sur les gros rassemblements signalés à l'est de la Meuse, en Belgique et dans le Luxembourg. Toutefois, le 16 dans l'après-midi, on avait reconnu des masses de cavalerie entre Muno et Fontenoille (2), à Gérouville entre Neuf-
(i) A Test de Beauclair, «ur la Meuse.
(2) En territoire belge à l'ouest de Floren ville. C'est d'après ces leaseignements, sans doute, que, dans la soirée du 16, la 4i® brigade « le 2* chasseurs et un groupe d'artillerie reçurent l'ordre de se porter à Bouillon, avec une avant-garde à Muno. Dès le lendemain, ce détachement fut «réduit au 2* chasseurs et à un bataillon du 65*.
La 60? division de réserve fut mise le 16 à la dispoeition du ii* corps.
NOTRE CAVALERIE EN BELGIQUE ^i
château et Montmédy, de gros rassemblements dans la forêt de Moyeuvre, au nord-est de Brîey.
De ces renseignements, si incomplets qu'ils fussent, on pouvait déduire que des forces importantes de cavalerie opéraient de la Meuse au nord de Montmédy et^de Longwy. Il était peu probable qu'elles ne fussent pas destinées à couvrir vers le sud des masses en position ou en mouvement à Test du fleuve (i).
Sans doute le général de Langle envisageait-il ainsi la situation, car, le 17, il prescrivait aux corps sous ses ordres d'organiser des positions défensives. Les travaux commençaient aussitôt (2), pour être abandonnés dès le lendemain. Déjà les idées avaient pris un autre cours.
En effet, le commandant de la 4** armée invitait (18 août) les commandants de corps d'armée à se renseigner et à transmettre au plus tôt les renseignements recueillis sur la viabilité des régions dans lesquelles on. s'attendait à pénétrer. Une zone à reconnaître était indiquée pour chacun. On les prévenait que les travaux de défense commencés ne devaient pas être terminés, la 4* armée allant reprendre son mouvement offensif. Un bataillon du 9* régiment était désigné comme soutien de la 4® division de cavalerie.
Les 18, 19, 20 août, les troupes conservaient leurs emplacements du 17 au soir, sans doute dans l'attente d'un ordre d'exécution venant du grand quartier général.
{i) Entre fe 12 et le 20 août, « des renseignements précis nous pai-viennent (au 2* corps) sur une concentration énorme de troupes* dans la région de la Belgique au nord de Montmédy. Ces renseignements tran^nis à l'armée ne l'inquiètent pas; elle tient pour radotages et polin-s sans valeur les renseignements qui indiquent que dos corps d'armée débarquent sans cesse dans la région d'Arlon et que des armées importantes s'y concentrent ». (IS'oles manascrites <Vun témoin).
(2) Pour le 17* corps au nord de Mouzon. entre la ferme de Blnn- Champagne et Mairy.
Nous avons vu que le 2* corps avait d'abord fait la couverture à Test de la Meuse, son gros dans la région de Marville. A ce titre u\ie fraction de la 4* division, général Rabier, livrait le combat de Mangiennes (lo août), conjointement avec des éléments du 4* corps. La 3* division (i) était allée de Stenay à Louppy-sur-Loîson le 12, puis (i8 août), à Juvigny-sur-Loison (2).'Le 2* corps cantonnait, le 20 août, à gauche de la 3* armée, face à Virton, son quartier général à Louppy-sur-Loison et se reliant par Montmédy au 4* corps.
A gauche du 2* corps, le corps colonial, général Lefèvie, stationnait d'abord au nord de Montmédy, puis un peu à l'ouest, face à Meix-devant-Virton, Gérouville, Herbeuval, Villers-<ievant-Orval, c'est-à-dire à la frontière belge; son quartier général était à Haa^on (3).
Le 12* corps, général Roques, d'abord dans la région de Stenay, était le 20 août, dans celle des Deux-Villes, au nord-est de Carignan, son quartier général à Inor, sur la Meuse.
Le 17* corps, général Poline, parti de Suippes, puis de Buzancy, était à Mouzon (quartier général). Il faisait face à la ligne Herbeumont, Cugnon, au nord de la forêt de Muno. Le 2* chasseurs à cheval, vers Sachy, établissait sa liaison avec le ii* corps. Ce corps d'armée, commandé par le général Eydoux (4), était, le 17 août, la 22* division, général Pambet, dans la . zone Francheval, Escombres,
(i) Le général Cordonnier y avait remplacé le général Regnault av.int môme le début des opérations.
(2) Lieutenant Deville, Carnet d^un artilleury Virton-La Marne^
f3) A Test de Stenay.
(4) Ancien commamdant de la mission militaire en Grèce. Récemment arrivé au ii* coirps, il n'avait pu enco«rc voir toutes ses troupes •dans leurs garnisons.
Douzy, Bemilly; la t^i*, général Radiguet, à Gironne, Daigny, La Moncdle; le« éléments non endivisionnés à Bazeilles et le quartier général à Sedan, puis à Bazeilles. Le 19 août, le commandant de la /ii* brigade, colonel de Teyssière, retournait occuper Bouillon avec le 65*, sans que rien indique les causes de ce contre-ordre (i).
Dans la soirée, d'après un ordre de Tarmée, les avantgardes du II* corps étaient portées sur la ligne Mogimont, Bellevaux, Auby, au sud de Paliseul; le d-étachement de Bouillon était renforcé d'un bataillon; un régiment d'infanterie et une Jbatterie allaient à Dohan, sur la Semoy, pour en faciliter le passage ultérieur.
Au début de la campagne, le g* corps (général Dubois) faisait partie de la 2® armée. Nous avons vu (2) comment il avait été désigné pour la 4* et comment les circonstances avaient interrompu son embarquement. Il laissait sous Nancy deux de ses brigades actives et ses régiments de réserve. Les 33*, 36* brigades et trois groupes d'artillerie des 17* et 18* divisions, le tout formant la 17" division provisoire, arrivaient seuls à la 4* armée (3). Mais le
(i) V. supra, p. 72, note 2. ,
(2) La grande guerre sur le front occidental, Liège, Mulhouse, Sarrebourg, Morhange, p. 202.
(3) \près son transport sur la Meuse, les deux divisions du 9® corps ^evamt opérer accolées, les deux divisionnaires étaient partis avec les premiers éléments. Il fallut renvoyer d'urgence l'un d'eux sous Nancy. Xcs éléments qui firent partie de la 4® armée furent, les suivants : 33* brigade et 2 groupes de l'A. D.. 17; 36* brigade et i groupe de TA. D. 18; compagnie du génie de la 17® D. T., escadrons divisionnaires des 17* D. I. et i8' D. L; 2 groupes et i batterie de l'A. C.; 1/2 régiment du 7* hussards, avec 1^ colonel; i bataillon du 32®. Les
débarquements furent opérés dans la région de Charle ville. Le quartier général fut porté à Sedan et les éléments du corps d'armée s'installèrent le long des routes de Vrigne^ur-Meuse, Vrigne-aux-Bois, Sonnerai, Sugny, Membre et de Torcy, Sedan, Saint-Menges, Fleigneux, Alle- Le dernier élément débanqua le 23.
9* corps allait recevoir un précieux appoint, la division marocaine, général Humbert, qui devait débarquer à Charleville, à partir de la nuit du 21 au 22 août, et que Ton rattachait provisoirement à ce corps d'armée (i).
. Au nord, la 52* division de réserve, général Coquet, allait former l'extrême gauche de l'armée et garder les ponts de la Meuse entre Fumay et Monthermé. Son quartier général était à Renwez (20 août). La 60* division de réserve, général Joppé, restée d'abord un peu en arrière ^ dans la région de Donchery (quartier général) était intercalée, le 17, entre les ii* et 9* corps (2).
Le quartier général de la Ix^ armée était à Stenay. Les 4* et 9** divisions de cavalerie, généraux AbonneaU et de L'Espée, opéraient dans la région de Neuf château, couvrant ainsi le centre de l'armée, mais d'une façon insuffisante, comme nous le verrons.
L'ensemble représentait dix-sept divisions d'infanterie (3), dont quatre et demie seulement appartenant à la réserve. C'était, assurément, une magnifique armée, la plus belle que nous eussions mise en ligne au début de cette guerre. Avec les armées Ruffey et Maunoury, le tout comprenait plus de 3i divisions, soit environ 600. oeo
(i) La division du Maroc comprenait la brigade du général Blondkt : régiment colonial Pernot; régiment de zouaves Lévêque; la brigade X : régiment de marche de tirailleurs à k bataillons, colonel Fellert; régiment mixte, colonel Cros, 2 bataillons de tirailleurs et i bataillon de Eouaves; i compagnie du génie, 2 escadrons du 9® chasseurs, 2 groupes d'artillerie seulement au lieu de 3. Le dernier bataillon ne débarqua que le 27.
{2) Au 20 août, la 62^ d. r. tenait les ponts entre Mézières '"t Fumay; la 60® avait la 120® brigade à Gespunsart, Sugny, Pussemangc, avec détachements sur la Semoy; la 119* brigade aux ponts entre Flize et Donohery.
(3) 'Les 2® corps, corps colonial, 12', 17®, ii* corps étaient à 2 divisions et demie ; le 9* corps à 2 divisions. Il y avait en outre 2 divisions de réserve et i brigade coloniale indépendante qui combattit avec le corps colonial.
NOTRE GAVALBRIB BN BELGIQUE 77
rationnaires. Une telle masse, opérant sous une seule direction, avec un objectif bien défini, aurait dû, semblet-il, être irrésistible. Nous verrons par quel concours de circonstances les résultats de son offensive furent purement négatifs.
En face de nos trois armées, les Allemands allaient mettre pareil nombre en ligne. La plus importante, la V*, était à leur gauche, devant les généraux Maunoury et Ruffey. Elle comprenait, du sud au nord, la 33* division de réserve (i), sortie du camp retranché de Metz, avec une brigade de landwehr. Le tout se tenait en liaison avec la 6* division de cavalerie et menaçait Verdun comme elle.
Le XVr corps, général von Mudra, débouchant de Thionville par Aumetz, se portait dans la direction de Fillières, Joppécourt au nord-ouest, entre Audun-le- Roman et Longuyon. ^
Le Vr corps de réserve, à droite, était destiné à prendre Longwy (2). *
Le V* corps de réserve, général von Solms, après avoir stationné autour de Bettembourg, dans le grand-duché de Luxembourg, allait marcher sur Koerich, entre Arlon et Luxembourg, au nord-est de Longwy. Il était précédé du V* corps, général von Strantz, qui suivait à peu près le même itinéraire. .
Le Xlir corps, général von Fabeck, formait la droite de la V* armée et marchait d'Arlon sur Neufchâteau, au
(i) Faisant partie du XVP corps de réserve.
(2) D'autres éléments furent engagés vers Xîvry-Ciroourt, au sud de la ligne Audun-le^Roman, Longuyon (Hanotaux, Y, p. 7^).
nord-ouest, quand notre offensive Tobligeait à faire face à gauche (i).
Le Vr corps, général von Pritzelwitz, fît partie de la IV* armée jusqu'au 3o août, mais il avait opéré au sud de Neuf château, vers Rossignol, avec les troupes du Kronprinz, leur prêtant un piécieux appui.
La V armée était sous les ordres du Kronprinz de Prusse, dont nous avons dît le rôle dans Tavant-guerre. Ce prince, obéissant à une tendance qu'on a souvent remarquée chez les héritiers de la Maison de Hohenzollern, avait paru, depuis des années, encourager les vues guerrières des pangermanistes, en opposition avec les idées pacifiques prêtées alors, un peu légèrement peut-être, au chef de la famille. Il accentuait si bien cette attitude, ne manquant pas une occasion de flatter les passions nationales, qu'il y gagnait une popularité réelle,, dont TEmpe^ reur ne laissait pas d'être jaloux. Les choses en venaient à ce point qu'une véritable camarilla se formait autour du prince, accusant volontiers Guillaume II de faiblesse et ne cachant pas qu'elle comptait sur l'avenir pour réparer ses fautes. On peut croire que l'évolution guerrière de l'Empereur, si évolution il y eut, en fut accélérée (2). En tout cas, le Kronprinz paraît avoir joué un rôle de premier plan dans les incidents qui aboutirent à rendre la guerre inévitable. Parmi les chefs de l'armée allemande, il représentait donc les passions pangermanistes en ce qu'elles
(i) A noter que le XIII* corps paraît avoir eu des éléments en Lorraine une partie du mois d'août. Cf. La grande guerre sur It front occidentaJ, II, p. i5i.
(2) « Peut-être éprouve-t-il on ne «ait quelle jalousie de la popularité acquise par son fils, qui flatte les passions des pangermanistes, et ne trouve pas la situation de Pempire dans le monde égale à ^ puissance » (M. Jules Gambon à M. Stephen Pichon, 29 novembre 191 2, Livre Jaune, p. 21).
ont de plus forcené. Mais ses aptitudes au commandement allaient promptement se révéler fort au-dessous de ce qu'eût exigé son rôle (i). Il est vrai que la mênie constatation s'applique à son père.
L'ensemble des forces sous ses ordres, en y comprenant le VP corps, représentait i3 divisions et demie, dont huil appartenant aux formations actives. En outre, le Kronprinz pouvait puiser dans les garnisons de Metz et de Thionville, très proches des Hauts-de-Meuse et de Verdun.
La IV® armée, duc de Wurtemberg, comprenait indépendamment de son corps de gauche, le VP, le XVIIP corps de réserve, qui marchait sur Neuf château; le XVIIP corps, général von Tchenck, qui se portait vers Bertrix, à l'ouest; le VHP corps de réserve, ^général von Egloffsteîn, qui allait opérer vers Paliseul, dans la mêmç direction; le VHP corps^ général Tulff von Tchelpe und Weidenbach, qui, venant du grand-duché de Luxembourg, serait, le, 23 août, entre Paliseul et Gedinne. Deux divisions de cavalerie, les 3® et 8®, complétaient la IV® armée. L'ensemble,v^moins le VP corps, représentait huit divisions d'infanterie, dont quatre de réserve.
Le duc Albert de Wurtemberg était, comme le Kronprinz, un prince héritier, dont la naissance faisait le principal mérite.
La IH® armée comprenait, eîi premier lieu le XIX® corps, général von Laffert; parti de la région des Trois- Vîerges (Ultlingen, à l'est de Houffalize), dans le grandduché de Luxembourg, il ^IslH à Ambly (a) le 19 août, à Mont-Gauthier le 20 et se dirigeait à marches forcées
(i) Au suj€t de La manière du Kronprinz, of. Débats du 22 juillet
(2) A Vesi de Rochefort.
8o LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL
vers les ponts d'Hastière et de Haybes, sur la Meuse, entre Dînant et Fumay. Une marche de vingt-cinq heures, du 22 au 33 à Taube, le portait sur Bourseigne-Neuve et Hargnies, au nord-est de Fumay (i).
Le XP corps, général von Pluskow, demeura peu de temps sous les ordres de von Hausen. Dès la fin d'août, il était appelé dans la Prusse orientale, où la pression des Russes se faisait violemment sentir.
Le XIP corps, général von Eisa, corps saxon ainsi que le XIX*, exécutait plus au nord le même mouvement que ce dernier. Il était le 21 vers Sovet, à dix kilomètres nord-est de Dinant.
Le XIP corps de réserve, général von Kirchbach, suivait la même direction générale et débouchait vers Sorin nés, à Test de Dinant, le 28 août. Enfin, la division de cavalerie de la garde prussienne complétait cette armée, dont Tensemble, le XP corps compris, représentait huit divisions d'infanterie, dont deux de réserve, c'est-à-dire la même force que celle de la VP.
Le général von Hausen, qui commandait la IIP armée, était un ancien ministre de la Guerre saxon, assez peu goûté du commandement prussien, dit-on. L'empereur Guillaume l'aurait même durement traité aux manœuvres de 191 2. Il ne devait pas longtemps conserver son commandement, en raison de lenteurs d'exécution qui lui furent reprochées à tort ou à raison.
L'ensemble de ces trois armées représentait un total de 29 divisions et demie, opérant sur un front qui s'étendait sur plus de i4o kilomètres à vol d'oiseau, de Dinant vers Conflans, a l'ouest de Metz. Nous disposions de forces
(i) De Dampierre, Carnets de combattants allemands ^ p. i58. La 24^ division marcha du 2a à a h. 3o au 2a à 3 h. 3o.
NOTBB CAVALERIE EN BELGIQUE 8l
légèrement supérieures {3i divisions et demie), réparties de Fumay à Etain, sur un front moindre, iio kilomètres environ. Les Allemands étaient en pleine exécution d'un iimnense mouveiyient de conversion autour de Metz comme pivot; si leur gauche était à pied d'œuvre, la droite avait à exécuter des marches forcées pour entrer en ligne. Tout semblait donc nous réserver la possibilité d'un brillant succès. Nous allons voir comment il nous échappa.
LaSgrandd guerre, III .