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CHAPITRE VI

LA BATAILLE DES ARDENNES (22 août) A LA 4' ARMÉE

Le 9« corps. — La cavalerie. — Le ii® corps. — Combat de Maiuin. -

— Le 1 7® corps. — Ordres donnés. — La 34* division à Ofîfagaie. —

— Retraite du 17® corps. — Le 12® corps. — Le corps colonial. — La colonne Goulet. — Combat de Neufchâteau. — — Le 2" corps.

— Combat de Meix-devant-Virlon. — Résultats d'ensemble.

Le 22 août, dans les Ardennes, le temps est couvert, brumeux. En certains endroits le brouillard est si épais que les servants du caisson ne voient pas la tête des chevaux de Tattelage (i). .

Au 9* corps, les ordres pour la journée du 22 août so résumaient comme il suit : Les deux escadrons du 7® hussards devaient se porter sur Gedinne par Saint-Menge, Sugny, Membre, Houdremont; départ à !\ heures. Ils pousseraient des reconnaissances sur Haut-Fays, Vouêche, Vencimont, Willerzie et chercheraient la liaison avec le corps provisoire de cavalerie.

Derrière eux, le mouvement de la 17* division s'opérerait en deux colonnes. A droite, la 36® brigade et un groupe d'artillerie atteindraient Aile pour 9 heures, Tavant-garde étant à Oisy, un bataillon à Bièvre, en liai-

(i) Hanotaux, La bataille des Ardennes, Revue des Deux-Mondes ^ i5 février 191 7, p. 760.

son avec le ii® corps. Le gros de la brigade se rassemblerait ensuite au nord de la Semoy.

A gauche, la iy brigade, avec deux groupes d'artillerie, aurait pour 9 heures son gros à Membre, son avantgarde au nord de Nafraiture, un bataillon à Houdremont. Puis son gros se rassemblerait également au nord de la Semoy.

La division du Maroc continuerait de s'organiser dans la zone de ses débarquements; le bataillon du 32* et l'artillerie de corps resteraient à Sedan, où ils seraient à la ' disposition du commandant de corps d'armée qui porterait son quartier général en cette ville.

Le 32 août, en face du 9® corps, les Allemands sont loin encore. La 82* division (XIP corps) est le 21 vers Sovet {i)j à dix kilomètres au nord-est de Dinant. Au nord de la Lesse et au nord-ouest de Rochefort, c'est le XIX® corps. Il n'y a rien entre cette rivière et la région Beauraing, Gedinne.

Dans la matinée du 22, le 7" hussards rendait compte que la ligne de Paliseul, Bièvre n'était pas tenue par l'ennemi. A i4 heures environ, la 4® division de cavalerie était vers Gedinne et la 9* vers Graide, au nord-est de Bièvre.

Le mouvement des 36® et 33® brigades s'opérait sans incident, mais on entendait le canon vers Test. Très tard dans^la soirée, on apprenait que le 11® corps avait été arrêté dans son offensive au nord de Paliseul et que d'autres corps d'armée, vers l'est, avaient dû rétrograder. Le premier renseignement précis venait de Bièvre à 23 h. 35. La 9® division de cavalerie traversait alors ce village, allant sur Houdremont, à l'ouest. On apprenait la retraite du

(i) De Damgierre, Carnets de combattants allemands, p. 17.

laO LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

1 1* corps de Maissîn (i) sur Carl&bourg, mouvement qui ne compromettait pas encore la situation du g* corps.

Au II* corps, le mouvement commençait le 22 août, à 4 heures. A droite, la 22* division, général Pambet, suivait la direction Auby, Fay-les-Veneurs, partie est de Pâliseul; la 21% général Radiguet, la route de Bouillon à Paliseul (partie ouest). Le général Eydoux, l'artillerie et le génie de corps marchaient avec la 21® division.

L'objectif visé était Maissin. Ce village occupe le centre d'une clairière, autour de laquelle tout le terrain est coupé et couvert. Le service de la cavalerie y est très difficile.

Au sud et à l'ouest, s'élève une ligne de tiauteurs quî en défendent les approches. On ne peut les aborder au sud sur un grand front. Il n'y a place, entre les bois, que pour une division et son artillerie. A l'ouest, le terrain, plus découvert, permet une action plus étendue. Une vallée orientée sud-nord offre une bon cheminement pour amener des troupes à pied d'œuvre.

D'après ces considérations, le général Eydoux confiait à la 22" division la tâche d'engager le coinbat de front, à cheval sur la route de Paliseul à Maissin, tandis que la 21*, appuyée par l'artillerie de corps, déborderait l'ennemi par l'ouest pour attaquer son flanc droit.

Par ordre de l'armée, la 21* division avait dû, avant 6 heures, se porter à l'c^uest de la ligne Bouillon, Recogne, de façon à faire place au 17* corps. Elle précédait donc la 22* et quittait la route de Paliseul à Maissin, à 9 h. 3o, au passage à niveau de Paliseul, pour se diriger sur Opont

(i) Maissin, hameau au nord-est de Paliseul; Garisbourg, hameau au sud-ouest. La 62* division de réserve était le 22 vers Ghâteau- Regnaull, au sud de Monthermé (H. Libermann, Ce qa*a vu un officier de chasseurs à piedj p. 17).

et Our, au nord-ouest. A Ouf, elle devait faire face à droite et marcher sur Tobjectif commun, Maissin. Elle détachait sur son flanc gauche, à. Porcheresae, deux pelotons de cavalerie, lés 2® et 3* bataillons du 137* et une batterie, sous le commandement du colonel de MaroUes.

La veille, un orage très violent avait gêné la marche. La chaleur était devenue très lourde. Néanmoins, les troupes se montraient pleines d'entrain. Le général Eydoux avait ét£|ibli un poste de commandement à la sortie nord de Paliseul. Le 2® chasseurs rendit compte qu'il occupait Maissin, après en avoir chassé un escadron allemand. Il reçut Tordre de continuer vers le nord, en explorant dans la direction des Baraques. En même temps, le généra) annonçait au commandant de Tarmée l'intention de faire occuper Maissin par la 21* division et de coopérer avec la 22' à l'action du 17* corps, dont on cherchait inutilement le contact sur la ligne indiquée par l'ordre pour le 22 août.

Mais à peine les premiers éclaireurs du 19* régiment (i) se montraient-ils devant Maissin, que de tous les bois d'alentour surgissaient des masses ennemies qui garnissaient des tranchées préparées à l'avance. Depuis plusieurs jours, dit-on, les Allemands travaillaient à cette organisation défensive; ils avaient pratiqué des abatis/ tracé des réseaux de^ fils de fer, creusé des tranchées, précédées parfois de fausses défenses, pour faire croire à laprésence de troupes.

Vers le milieu du jour, le 19® engageait le combat do

(i) Ayant-gard« de la 22* division; au gros, i bataillon du 118*, rartillerie divisionnaire, 2 bataillons du ii8*; la AS" brij^ade, le 337* de réserve. Le »• bataillon du 19® marche en tête. A Paliseul, il se dirige eur Pramont, Anloy, pour couvrir le flanc droit du corps d'armée, prendre position sur la hauteur du moulin de Villance et relier le !!• corps au 17*.

front, avec « une bravoure incomparable », à cheval sur la route de Paliseul à Maissin. Jl entrait rapidement dans ce village, dont il enlevait la moitié sud, le i" bataillon à droite, le 3® à gauche. Son action était préparée, puis appuyée par Tartillerie divisionnaire placée, deux groupes en échelon à Test de la route, un groupe à Touest, à 3oo mètres en avant, dans une légère dépression.

Le feu de Tennemi, qui disposait d*un grand nombre de mitrailleuses, était d'une extrême violencfe. Il fallait engager successivement un bataillon du ii8* régiment, dont les deux autres bataillons étaient en flanc-garde à l'est, puis les 62® et 11 6'. .

Les batteries étaient soumises à un feu très bien réglé de 77 et de io5. A Toùest de la route, celle du capitaine Gallati perdait, en très peu de temps, son chef et la majeure partie de ses servants; son matériel était fort endommagé. A Vest, la batterie Parmentier était très éprouvée également. Comme, à Textrême droite, des tirailleurs ennemis se montrent sur une crête et menacent nos pièces, dont le soutien d'infanterie est trop loiil pour intervenir à temps, un officier va réclamer Tappui d'un bataillon

Le capitaine Par mentier est blessé grièvement, son lieutenant tué. C'est avec peine qu'on peut amener les avant-trains et se replier sur une position en arrière.

Le tir de l'ennemi est facilité par sa connaissance du terrain. De notre côté, au contraire, l'artillerie a peine à trouver des objectifs. L'impression ressentie est que les batteries allemandes tirent mal. La plupart de leurs obus éclatent trop haut; beaucoup ne font pas explosion.

Cependant, le 19* gagne du terrain dans Maissin, au prix de pertes très sensibles. Il arrive à border la rue de Libin, qui coupe le village de Test à Touest; le bataillon du 118* qui Tappuie chemine péniblement sur un plateau balayé par les feux de l'adversaire. Entre i5 et 16 heures, un bataillon du 62" et un autre du 116® viennent encadrer celui du 118®, sans pouvoir progresser sous des nappes de projectiles. Enfin, vers 19 heures, des signaux faits par le 19° montrent que ee régiment est maître de Maissin; les éléments avancés des 118®, 62*, 11 6**, stimulés par ce succès, y sont entrés également et aident le 19* à refouler uiie contre-attaque. Le village est à nous (i).

Dans son mouvement offensif, la 22* division a été appuyée par la 21®. Partie de Paliseul à 9 h. 3o, elle a cru devoir faire une grand'halte à la fin de laquelle (i3 h. 3o) elle a entendu le canon du général Pambet. A i5 heures, elle débouche d'Our et marche par brigades accolées, la 42* à droite (4 bataillons) sur Maissin; la ^l^ k gauche en direction générale de la cote 385, au nord-ouest. Le général Radiguet prescrit de ne déployer tout d'abord que des avant-lignes légères, afin de permettre à l'artillerie de battre les lisières du bois. Le 293® de réserve a Tordre de se placer derrière la gauche de la 4i* brigade, pour parer à tout mouvement débordant. Mais la distance à parcourir Tempéche d'arriver en temps opportun.

L'artillerie de la division ouvre le feu à 16 h. 1 5 environ; l'artillerie de corps vient ensuite l'appuyer. Toutes ces batteries nettoient méthodiquement les lisières des bois et allongent leur tir à mesure des progrès de notre infanterie. Le 77 et le io5 allemands les contrebattent

(ï) Les prisonniers appartiennent au ii8* (hessois), 25® division, XVIII* corps. La plupart sont tués ou blessés, dans la matinée du 2^, par un obus de io5.

sans leur infliger de pertes sensibles, mais il est impossible de les repérer.

Vers 19 h. 5o, la droite de la l\i'' brigade pénètre dans Maissin, où elle rejoint la 22* division et oîi des foyers d'incendie ne tardent pas à se révéler sous les obus ennemis. La /ji® brigade, les 64* et 65*' en ligne, refoulent l'adversaire vers les hauteurs d*Anloy. Mais le feu destructeur des mitrailleuses allemandes arrête la poursuite. Un moment retentît de leur côté la sonnerie française « Cessez le feu ». La 21® division y répond par la sonnerie de la charge, qu'exécutent les tambours et clairons du 65* et qui est répétée sur toute la ligne. L'infanterie met baïonnette au canon et se précipite en avant aux accents de la Marseillaise, II est exactement 18 h. 55.

La division hessoise (25"), qui était en face du ii* corps, bat en retraite en désordre, poursuivie par les obus de notre artillerie. La nuit lui permet d'échapper à une entière défaite, mais elle n'en recule pas moins de i5 kilomètres, dit-on. Nos troupes occupent sa troisième ligne et s'y installent. On ramasse les blessés, on remet de l'ordre dans les unités. On se prépare h repousser une contreattaque qui a lieu à 2 heures du matin, sans succès.

Cependant la flanc-garde de droite est obligée de se replier devant des forces très supérieures, le 17* corps ayant laissé ce flanc à découvert. Quant à la flanc-garde de gauche, celle du colonel de Marolles, elle lutte héroïquement à Porcheresse. Dès son arrivée elle a occupé ce village et les hauteurs qui le dominent. Vers 20 heures, deux bataillons allemands, qui se sont introduits dans le château et le parc, avec la complicité, dit-on, du propriétaire, font irruption dans le village et, par dessus le mur du parc, balayent les rues des balles de leurs mitrailleuses.

LA BATAILLE DES ARDENNES (22 AOUT) A LA k^ AHMÉE ia5

Mais nos troupes veillent et ouvrent un feu très vif des fenêtres, des toits, dfes barricades. L'ennemi bat en retraite sur le château, après avoir incendié l'église et les maisons voisines; il a même tué le curé et quelques habitants.

Dans la nuit du 22 au 23, le ii** corps est en pointe, ses deux flancs découverts. A gauche, le détachement de MaroUes a écarté tout danger immédiat; mais K droite la retraite du 17* corps compromet la sécurité de son voisin. La menace de Tennemi dans cette direction devient de plus en plus sérieuse; des feux nourris d'infanterie et de mitrailleuses retentissent sur le flanc droit, où est échelonné le 337*, lieutenant-colonel Magnan, face à fest. Le général Eydoux juge nécessaire de battre en retraite pour ne pas être coupé de Bouillon, c'est-à-dire de tout ravitaillement.

La 22** division reçoit l'ordre de retraite immédiate vers 21 heures, la 21' à 22 heures; ce n'est pas sans les plus vifs regr(^ts. De même, à la 21* division, « chacun comptait poursuivre au jour l'ennemi ».

Dans Maissin, le 19* (colonel Chapes) n'a reçu aucun ordre. Vers 3 heures du matin, apprenant par ses patrouilles que les autres corps ont disparu et qu'il reste isolé, il décide la retraite. A 6 h. 3o seulement, le i"' bataillon se met en mouvement vers Paliseul, sans être inquiété. Mais les Allemands dessinent une attaque contre le 3* bataillon, qui est ainsi conduit à tenir le village jusque vers 9 heures. Il suit alors le i**' bataillon, sans plus de difficulté, et va le rejoindre à Bpuillon, oii ils cantonnent.

Le 2® bataillon du 19® avait, nous l'avons vu, été porté en flanc-garde de droite vers Villance. Il cherchait inutilement la liaison avec le 17® corps. D'autre part, la hauteur du moulin de Villance était.tenue par l'ennemi, qui appa-

raissait également à Test et au sud-est; le chef de bataillon tombait mortellement atteint, en reconnaissant cette position. l*e capitaine qui lui succédait croyait devoir se replier directement sur Paliseul devant la menace allemande.

Les pertes du 19® étaient lourdes : 9 officiers et 3oo hommes tués, dont deux chefs de bataillon; 4 officiers et 600 hommes blessés ou disparus.

Tous les blessés n'avaient pu être évacués, faute dé moyens suffisants. Une centaine, non transportables, furent laissés à Our avec un aide-major du 65® qui, fait prisonnier contre tout droit, dut risquer plusieurs fois sa vie pour empêcher leur massacre. D'après le rapport qu'il fournit à son retour, les Allemands auraient enterré plus de 2.800 cadavres de leurs compatriotes stir le front de la 21® division.

La retraite du ii* corps fut pénible. Le gros des troupes s'arrêta dans le bois au sud du carrefour des routes de Bouillon à Paliseul et à Bièvre. Certains régiments continuèrent plus au sud, comme le 116® qui alla cantonner h Nôllecourt. Sur l'ordre du général Radiguet, le détachement de Marolles se replia dans la direction d'Oizy, Mogimont (i heure).

Jusqu'à l'aube, le général Eydoux resta au carrefour pour remettre de l'ordre dans ses troupes. Lé bois était rempli d'éléments du ii' corps, auxquels étaient venues . se joindre de nombreuses fractions du 17® qui erraient à l'aventure. Une colonne de cuirassiers, en marche de l'est à l'ouest, cherchait à se frayer passage dans cette cohue, en file indienne. Par la nuit noire « et avec l'impossibilité d'allumer même une lanterne », le commandement était difficile.

Au matin, le général Eydoux laissait la surveillance au

général Favereau, commandant rartillerie, et se portait vers Bouillon. Déjà toutes les voitures s'étaient écoulées dans la forêt de Bouillon, en marche sur La Chapelle et Sedan; l'artillerie était allée prendre position sur les hauteurs de Noîrfontaine, Sensenruth, Botassart, qui couvrent Bouillon au nord, ou sur la rive gauche de la Semoy. pour arrêter toute poursuite. L'infanterie se retirait sur Bouillon, sous la protection d'une forte arrière-garde, commandée par le général Radiguet.

Chose incompréhensible, l'ennemi n'inquiétait pas la retraite, en sorte que le gros du corps d'armée pouvait s'installer au cantonnement-bivouac dans Bouillon et au sud. Malgré les fatigues d'une journée, d'une nuit et d'une matinée consacrées à la marche ou au combat, le moral de ces troupes était a parfait ». Elles admettaient que leur recul n'était pas imposé par l'ennemi, mais résultait des ordres du commandement.

D'après l'ordre donné pour le 22 août au 17® corps, il devait opérer son mouvement en trois colonnes de brigade, précédées par le 9* chasseurs. Celle de droite, ayant à traverser des bois étendus, était faible en artillerie et devait suivre l'itinétaire Est assigné au corps d'armée • Herbeumont, Bertrix, Ochamps. Elle était constituée par la 66* brigade, général Fraisse (11® régiment, colonel \ppert; 20* régiment, colonel -Détrie), avec deux groupes d'artillerie divisionnaire. L'autre brigade de la 33' division (65®, 7® régiment, colonel Hello, et g* régiment, colonel Hue) devait, dès 4 heures, être à la lisière fest de la forêt d'Herbeumont et tenir par ses avant-postes la

ligne de la Vlerre, entre Saiilt-Médard et Orgéo. Elle y attendrait qu'elle eût été dépassée par les têtes de eolonne du 12* corps, vers 9 heures, croyait-on; puis elle s'engagerait sur le chemin de Saint-Médard à Bertrix. Dans ce dernier village, le général de Villeméjane rejoindrait sa brigade de tête (66'), dont il prendrait le commandement. Le groupe de la 65* rallierait le reste du 18* d'artillerie, colonel Paloque.

L'itinéraire de la colonne de droite était presque parai lèle à celui indiqué pour la gauche ^u i2®corp§ : Saint Médard, Orgéo, Saupont, Pré-du-Bois, forêt de Luchy, Recogne, Il n'y avait entre eux qu'un intervalle de 4 kilomètres en moyenne.

Les deux colonnes de gauche du 17* corps étaient constituées par la 34* division (général Alby) : la 67® brigade, général Dupuis, i4* et 83® régiments, devait marchei: pai Cugnon, Geripont sur Assenois, Jehonville; la 68*, colonel Bertaux, 69* et 88® régiments, par Dohan, Fays-les- Veneurs sur OÎifagne. L'artillerie divisionnaire (34® divi* sion) et l'artillerie de corps étaient réparties entre ces deux brigades, sous cette réserve que l'artillerie de <5orps restait à la disposition du général Poline.

Ce dernieiu marchait au centre du corps d'armée, en tête du gros de la colonne Dupuis. Nous ignorions que, dans cette même journée du 22, les deux divisions du XVIIP corps se portaient sur Ochamps (25*) et sur Bertrix (21') (i), venant de l'est, ce qui compromettait fortement notre droite. Pourtant deux de nos divisions de cavalerie (4* et 9*) avaient- opéré dans la région de Neufchâteau jusqu'à la veille. On s'explique mal qu'en dégageant le front de l'armée, le 22; pour se porter à Gedînne — }

(i) Hanotaux, V, p. iio-ii3.

et à Graide, elles n'aient pas gardé le contact ou, si elles, le gardaient, tenu le 17® corps au courant des mouvements de l'ennemi.

Nos trois colonnes avaient à traverser une zone boisée qui, par place, mesurait plus de 10 kilomètres de largeur. Ce passage difficile s'effectuait sans incident. On passait la Semoy. Un brouillard épais masquait tous les mouvements à l'observation aérienne, du moins pendant une partie de la matinée.

^ Les avant-gardes du 17* corps n'atteignaient la route Paliseul, Bertrix qu'à 10 heures environ, c'est-à-dire avec tin retard d'une. heure, moins grave en raison de celui des corps voisins, 11® et 12®. L'avant-garde du ii®, qui était à Bertrix, ralliait son corps d'armée par la route de Fays-les- Veneurs, coupant ou longeant ainsi les colonnes du 17* corps, sur plus de huit kilomètres.

Vers i4 heures, la 3^* division rendait compte qu'Offagne paraissait occupé. Le général Poline, qui avait établi son poste de commandement près de la route de Pays, Becogne, à 2 km. 5oo environ de Pays, prescrivait aux divisionnaires de procéder méthodiquement à l'attaque, on la faisant mûrement préparer par l'artillerie, après reconnaissance par les avant-gardes.

Pour attaquer Offagne, le général Alby disposerait, s'il était nécessaire, des deux groupes de l'artillerie de corps marchant avec la colonne de gauche (colonel Bertaux).

Vers i5 «heures, il rendait compte de la prise d'Offagne ef recevait l'ordre de continuer sur Jehonville et le bois de Sart, pendant que le général Poline portait son poste de commandement à la sortie nord-est d'Assenois. La 65' brigade, colonel Hue, qui était à Bertrix venant de Saint- Médard, allait également sur Assenois, oîi elle avait reçu l'ordre de s'établir dans les bois, en réserve du corps

La grande gnerre, lU. 9

iSo LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

d'armée. Elle devait reconnaître les itinéraires permettant de marcher soit sur Ochamps, soit sur Jehonville.

Sur les entrefaites, la 66® brigade, général Fraisse, rendait compte qu'elle éprouvait des difficultés à pousser jusqu'à Ochamps. Le général Poline faisait donc chercher des emplacements de batteries sur la lisière nord de la forêt de Luchy, afin de préparer cette attaque. En même temps (i5 heures environ), il prescrivait au général Malcor, commandant l'artillerie du corps d'armée, de rechercher des positions à l'est de Jehonville, d'oii l'artillerie de corps de la colonne Dupuis pourrait tirer également sur Ochamps, facilitant ainsi le débouché de la colonne Fraisse sous le feu de l'artillerie allemande en batterie vers la cote 5io, au nord-»est d'Ochamps.

Mais, à i6 heures environ, des obus ennemis commencèrent de tomber à la lisière sud-ouest de la forêt de Luchy, vers le point où le chemin de Bertrix à Ochamps pénètre dans ce couvert, c'est-à-dire sur les derrières de la colonne Fraisse, déjà engagée de front, lui donnant l'impression qu'elle était cernée.

Peu après, le général Poline, qui était à la sortie est de Blanche-Oreille, recevait avis, par un motocycliste venant de Bertrix, que la colonne refluait de la forêt de

Luchy et que son artillerie, les trois groupes du avait été en grande partie enlevée dans ces bois.

On sut ensuite comment était survenu ce Toute la brigade, moins un bataillon, et les neuf batteries du s'étaient engagés dans les bois sur un seul che-

min. L'un des groupes, qui essayait de se mettre en batterie à la lisière nord, était anéanti en quelques instants par l'artillerie lourde allemande (i). L'affolement com-

(i) C'est peut-être à cette destruction que fait allusion le carnet alleiriand cité par M. Hanotaux, V, p. ii3.

LA BATAILLE DES ARDENNES (2 2 AOUX) A LA 4® ARMÉE i3t

mençait. On tourbillonnait sur place, tandis qu'à deux kilomètres au sud d'Ochamp retentissait une fusillade nourrie. Les fantassins, démoralisés, se groupaient autour de leurs chefs, ne tirant même pas au commandement. Finalement, ils s'échappaient de la forêt par Acremont, au sud-est de JehonvîUe, essayaient de gagner Bertrix, *déjà occupé par l'ennemi, filaient sur les Hayons, puis sur Bouillon, sortant ainsi complètement de la zone du 17* corps et gênant gravement la retraite du ii®. Ils étaient mal reçus à Bouillon et devaient parlementer pour être admis (t). Des 36 pièces du neuf seulement

avaient pu être sauvées. Les autres, surprises en colonne sous bois, avaient perdu leurs attelages tués à bout portant ou à éoups de baïonnette et restaient aux mains de Tennemî.

Cependant les renseignements parvenus au général Poline étaient confirmés par les obus allemands qui atteignaient déjà Bertrix et Assenois. Le commandant du 17* corps se portait à la 65® brigade et prescrivait au colonel Hello de former avec le 7® régiment barrage à Test d'Assenois, à cheval sur la route de Libramont à Bouillon, vers la cote 463; il pourrait ainsi recueillir les troupes refluant de la forêt de Luchy. Le colonel Hue recevait Tordre de diriger le 9® régiment (2 bataillons) (2) 'sur Bertrix et d'en organiser la défense. Le capitaine AUehaut était envoyé à la colonne Dupuis vers Jehonville, avec mission de porter un groupe de l'artillerie de corps ;^ l'ouest d' Assenois, vers un petit bois. Ces pièces battraient les débouchés sud de la forêt de Luchy et coopéreraient à Taction de la 65®. brigade.

(i) Hanotaux, V, p. 112, d'après le Journal inédit du commandant G....

(a) Un bataillon était en soutien de la 9" division de cavalerie.

iSa l.A GRANDE GUERRE SUR LE FROxNT OCCIDENTAL

Enfin, le général Poline faisait arrêter des groupes d'infanterie et des attelages du i8* d'artillerie conduits par un sous-lieutenant de réserve, le tout refluant en désordre vers l'ouest. Des renseignements complémentaires qu'il recevait, il résultait que la colonne avait dû perdre

la liaison avec le 12® corps; mal éclairée par la cavalerie et par son avant-garde, -à découvert sur son flanc droite elle ne s'était pas rendu compte que l'ennemi avait déjà pénétré dans la forêt, à l'est de la route où elle était entassée, l'artillerie sur la chaussée et l'infanterie sur l'accotement droit. II y avait alors un vide mesurant près de neuf kilomètres entre la droite du 17* corps et la gauche du 12*, vide résultant des mouvements mêmes de ce dernier. Nous verrons qu'il n'avait pas marché sur ses objectifs, Recogne et Libramont, à l'est d'Ochamps. Il n'avait même engagé personne sur la deuxième partie de son itinéraire de gauche.

On peut en conclure que ce funeste accident est dû en premier lieu au défaut de liaison entre nos colonnes: mais il est également imputable à des fautes d'exécution tout à fait choquantes, à une insuffisance visible d'ins truction professionnelle qui avait permis à cette malheureuse brigade de s'engouffrer tête baissée dans la forêt de Luchy, au voisinage immédiat de l'ennemi, sans prendre les moindres précautions pour couvrir son flan3 <^xposé et même ses derrières; protégés d'un peu loin par la brigade Hue, à Bertrix.

Pendant que ces tristes événements se passaient à la

LA BATAILLE DES ARDENNE8 (22 AÔUT) A LA 4* ARMÉE l33

droite du 17® corps, la 34* division menait son attaque sur le bois deSart et sur celui au nord. Vers i5 heures, un compte rendu faisant -connaître que le 1 1* icorps éprouvait de grosses difficultés dans son offensive sur Maissin, le général Poline prescrivait au général Alby d'y coopérer avec une fraction de Tartillerie de corps et les éléments d'infanterie dont il pourrait disposer.

Dans la soirée, on apprenait que le 11* corps était en retraite.

D'autre part, des éléments de la brigade Hue, disposés en repli et en barrage, cédaient à la pression ennemie. La situation devenait dangereuse, en raison du vide existant entre les 12® et 17* corps, dans un pays couvert où lés liaisons latérales étaient très difficiles, même en plein jour. Le général Poline jugea imprudent de laisser des troupes, déjà fâcheusement impressionnées, sous le coup d'une attaque de nuit éventuelle. Au lieu de stationner sur place, comnte il le voulait d'abord, il allait donc se reporter derrière la Semoy, où il pourrait réorganiser ceux de ses éléments que cette courte offensive avait déjii dissociés. Peut-être eût-il été prudent de limiter davantage la retraite du 17* corps.

Quoi qu'il en soit, vers 19 heures, le général donna» t ses ordres en conséquence, la 33® division devant aller sur Herbeumont, la 34® sur Cugnon et Dohan. Aucun compte rendu n'était parvenu des débris de la colonne en retraite sur Bouillon. Pour couvrir notre recul, le général Malcor (i) recevait le commandement des restes de la 33® division et du groupe Gézé, du 57®, venu sur les entrefaites au nord de Fays, avec ordre d'arrêter toute poursuite. L'ennemi n'en manifestait aucune velléité.

(i) Commandant rarlillerîe du 17* corps.

l34 l.A GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

Le chef d'état-major du corps d'armée, colonel Grégoire, allait aussitôt rendre compte au général de Langle, à Stenay. Le 17* corps avait subi de lourdes pertes : 3 colonels, k chefs de bataillon, presque, tous de la 33* division, avaient été tués et parmi eux le commandant de la 65® brigade. Au ii* régiment, 24 officiers avaient été mis hors de combat et 26 au 20®. L'effet moral était plus grave, de beaucoup, comme il arrive pour les échecs survenant au début d'une campagne. Après renthousiasme et les rêves des premiers jours, c'était un réveil singulièrement brutal.

Le 12* corps partait de la région Florenville, Les Deux- Villes, en arrière et à droite du 17® corps. Ses objectifs, Recogne et Libramont, étaient à peu près à la hauteur de ceux du 17* (Jehonville et Ochamps). Il devait donc nécessairement les atteindre après que ce corps aurait atteint les siens. De plus, le général Roques jugea n^ces saire, pour traverser la forêt d'Herbeumont, de procéder par échelons, la lisière sud constituant le premier objectif du corps d'armée réparti sur un très large front. Comme le général Poline, il constituait trois colonnes à la sortie de la forêt. A gauche, la 24® division portait ses deux bri gades au nord dans la direction de Saint-Médard et au delà; puis venait vers l'est une brigade de la 28* division, la deuxième et l'artillerie de corps restant en réserve, au nord de Florenville. Les deux artilleries divisionnaires marchaient avec les brigades de première ligne (i).

A hauteur de Saint-Médard et de Straimont, on rencontrait déjà l'ennemi qui engageait un vif combat. De

(i) Hanotaux, V, p. ii4.

LA BATAILLE DES ARDENNES (22 AOUT) A LA 4* ARMEE l35

ce fait le 12* corps était très sensiblement en arrière du 17**, sans que ce dernier en fut avisé, faute de liaison. La 24® division finissait néanmoins par enlever Névraumont, puis un bois en arrière, qui était pris à la baïonnette. Elle franchissait alors la route de Neufchâteau à Bertrix jusqu'à la hauteur de Rossart. Ses pertes étaient sévères, surtout aux 100® et 126®, mais elle couchait sur ses positions, à la droite descelles qu'évacuait le 17' corps pour se replier derrière la Semoy.

Dans la journée, le général Roques recevait du commandant du corps colonial un avis portant qu'attaqué violemment, il avait besoin de secours. Les réserves du 12** corps se portaient donc vers la droite; elles paraissent n'avoir pas été engagées, mais cette menace empêchait l'ennemi d'assaillir le flanc droit du corps d'armée, comme il arriva pour ses voisins. A la nuit, il s'organisait sur les positions occupées.

Le corps colonial était moins heureux. L'ordre pour le 22 août portait qu'il marcherait en deux colonnes sur Neufchâteau, éclairé par le S** chasseurs d'Afrique. A gauche, la S** brigade coloniale et divers éléments adjoints partiraient de la ferme d'Orval, pour marcher sur les Bulles, Suxy, Montplain champs. Elle serait suivie de la 2' division coloniale, qui marcherait par Thonne-le-Thil, Herbeuval, la ferme d'Orval et Pin, sans dépasser Jamoignes. Elle y resterait en réserve d'armée.

A droite, la 3* division coloniale se porterait vers le nord par Saint-Vincent, Mesnîl-Brévanne, Rossignol, Les Fossés. Les gros des avant-gardes devaient franchir, à 6 heures, le 22, la ligne Mesnil-Brévanne (i), Jamoigneg.

(i) La carte de France au 80.000® porte Breuvannet sur la Semoy, au sud^de Rossignol .

l36 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

Le général Lefèvre paraît avoir laissé le quartier général du corps colonial à Baalon, c est-à-dire à 4 kilomètres de la Meuse à Stenay. Or il y a près de 4o kilomètres à vol d'oiseau de cette dernière ville à Neufchâteau, ce qui impliquait d'énormes difficultés pour la liaison et le com mandement.

La réserve du corps colonial était constituée par un régiment de la 3* division, avec Tartillerie et le génie de corps. Entre les premiers objectifs indiqués, Mesnil- Brévanne, Jamoignes, et Neufchâteau, une large forêts celle de Ghiny, formait un .rideau difficilement pénétraWe. Néanmoins on avait cherché à régler les mouvements de sorte que les deux colonnes, marchant de front, pussent déboucher sur Neufchâteau à la même heure» tandis que, vers Touest, le 12** corps, et, vers Test, le 2® corps appuieraient leur offensive.

A la 5® brigade (général Goulet), Tavant-garde comprenait un peloton du ô** dragons et deux bataillons du iV colonial, colonel Nèple. Le gros suivait à i.5oo mètres : un bataillon du 23®, trois bataillons du 21®, un groupe d'artillerie, une compagnie du génie, le train de combat, une ambulance, des brancardiers.

La colonne se constituait aux Bulles seulement; le gros en partait à 7 h. 20. Le peloton de dragons à Tavantgarde, composé en grande partie de réservistes, montés sur des chevaux de réquisition (i), était insuffisant comme nombre et fatigué par les marches précédentes, ainsi, sans doute, que par Tabus qu'on avait fait de ses forces, suivant la tradition à peu près constante pour la cavalerie divisionnaire.

Dès la lisière du bois de Chiny, près le château des

(i) C'était la composition habit;uelle de la cavalerie divisionnaire.

LA BATAILLE DES ABDENNES (22 AOUT) A LA 4* ARMÉE l37

Greutties, il était accueilli par des coups de feu et se repliait. Mais la cavalerie allemande qui Tarait refoulé n(^ tenait pas davantage devant Tinfante'rie de Tavantgarde. Il faisait une chaleur torride. Un avion ennemi survolait la colonne avec insistance. On cherchait la liai son avec la colonne de droite, sans la trouver (i).

On débouchait devant Suxy, au milieu des bois. Quelques coups de feu étaient encore tirés; puis un escadron allemand se retirait vivement et Ton continuait de marcher sous bois, en se gardant sur les flancs par des compagnies détachées.

Vers lo h. 45, la tête débouchait devant Montplainchamps, à la cote 2/10, sur la rive gauche de la Vîerrc, que traverse la route. On découvrait au loin, sur la droite, les toits d'ardoise de Neuf château par dessus les pentes boisées bordant la rivière. La colonne avait déjà parcouru i5 kilo mètres d'une marche très dure.

Les habitants déclaraient que, depuis huit jours. Neufchâteau était occupé par l'ennemi, mais que, la nuit et le matin, des colonnes nombreuses en étaient parties vers l'ouest, sur Saint-Médard et Bertrix.

A II heures, l'avant-garde reprenait son mouvement. Les dragons passaient le pont de la Vierre, pour se replier presque aussitôt devant des coups de feu. Une compagnie se déployait et gravissait la rampe menant des bords de la rivière sur le plateau. Une fusillade plus nourrie l'arrêtait. Il «fallait déployer une seconde compagnie qui était immobilisée de même, sous un feu violent partant "des abords ouest de Neufchâteau. L'artillerie allemande ouvrait le feu; la nôtre répondait à i3 h. 45 seulement, plus

(i) Hanotaux, V, p. 118. Cf. Colonel Bujac, Nos 3* et 7« régiments^ colonlauj; sur la Semoy (Q2 août i9iU), France du Sud-Ouest, février

ï38 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL /

de deux heures après le début de rengagement. Une batterie ennemie, à 700 ou 800 mètres à Touest de la ville, tirait sur les bois de sapitïs où s'étaient accrochées les deux compagnies du 23® colonial. Celles-ci reprenaient leur mouvement en avant, perdant du monde sous le feu de mitrailleuses qu'il fallait menacer d'une attaque à la baïonnette pour les faire d-éguerpir (i).

L'une des compagnies, capitaine Triol, était contreattaquée par l'infanterie allemande et subissait de fortes pertes. Réduite à 4o hommes, son capitaine blessé, elle refluait jusqu'à une ferme à mi-hauteur du plateau et s'y maintenait.

La compagnie O'Kelly avait ordre d'attaquer Neufchâteau par la gauche, sur le chemin de Petitvoir. Elle s'apercevait bientôt que l'ennemi garnissait des tranchées armées de mitrailleuses, et elle ne pouvait gagner du terrain dans cette direction. On engageait un nouveau bataillon du 9.y, commandant Amîel. Il traversait la Vierre, poussant jusqu'au bois d'Ospot, d'oti il chassait l'ennemi. Amiel, blessé, encore étendu sur le sol, ne cessait d'encourager ses soldats.

Ceux-ci débouchaient devant une nouvelle ligne allemande, établie en avant de la lisière ouest de Neufchâteau. Elle était occupée par des fractions d'une brigade "hessoise venue ce jour-là de Libramont. D'autres troupes i^nemies se montraient à l'ouest. Nos compagnies étaient entre deux feux. Leurs officiers, visés surtout, tombaient en nombre (2). Le colonel Nèple était averti qu'on apercevait une longue ligne allemande et que des fantassins arrivaient pour la prolonger vers l'est. Jusqu'alors le gros de la colonne Goulet avait paru se désintéresser de l'ac-

(i) Hanotaux, V, p. 119.

(2) Hanotaux, V, p. 120.

LA BATAILLE DES ARDENNES (22 AOUX) A LA 4® ARMÉE iSq

tion, sans qu'on puisse en apprécier -les motifs. Nèple avait dû engager toutes ses réserves. Il faisait demander du renfort et ralliait les débris de ses. compagnies autour d'une maison du bord de la route, sur la rive droite du ruisseau. Aussitôt ce groupement attirait un feu terrible* Une de nos sections de mitrailleuses essayait d'entrer en action sur un renflement de terrain. Elle était écrasée en quelques instants par les mitrailleuses allemandes, et le nombre des tués ou des blessés s'accroissait constamment. Autour du poste du colonel Nèple s'étendait une véritable (( zone de mort ». Les Allemands s'infiltraient dans le bois d'Ospot; leur artillerie tirait à 1.200 mètres sur le pont de la Vierre, le rendant presque inaccessible (l^ h. 3o). Le combat continuait cependant, sans que le gros de la colonne intervînt.

A i5 h. 20, l'approche dç l'ennemi obligeait Nèple à quitter la maison. Les restes de ses deux bataillons se retiraient sous la protection d'une cinquantaine d'hommes qu'il avait réunis. Un autre groupe^ une quinzaine d'hommes seulement, commandés par le lieutenant-colonel Maillard, continuait de tirer sur place. Une partie de notre ligne gagnait les bois de sapins sur une croupe au sud de Grapfontaine.

Un peu au sud du ruisseau, le colonel Nèple était mortellement atteint. Maillard quittait enfin la maison si héroïquement défendue et prenait la direction du combat.

Chose incompréhensible, des agents de liaison envoyés au général Goulet un seul avait pu l'atteindre. Il était en liaison avec le 12® corps vers Straimont, mais ignorait totalement ce qui se passait à la 3® division coloniale, et l'ennemi essayait de nous déborder dans cette direction.

Goulet tenta d'agir vers l'est, pour dégager son avantgarde et préparer l'entrée en ligne de la y division. Il

l4o LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

déployait son gros au nord de Giapfontaine et à hauteur de Montplainchamps pour recueillir Tavant-garde. La gauche des quatre bataillons restants, celui du commandant Ibos, du 2i', opérait dans la vallée de la Vierre, tout en gardant la liaison avec le 12* corps. Elle ne parvenait pas à progresser vers le nord, mais couchait sur les positions occupées.

Cependant Tennemi continuait de s'étendre vers Test, cherchant visiblement à nous déborder. D'autre part, nous ne pouvions trouver la liaison avec la S** division coloniale qui, on le sut le lendemain seulement, n'avait pas dépassé Rossignol. Il ne restait que trois compagnies en réserve. A 20 heures, Goulet donna l'ordre de se replier jusqu'à la lisière nord du bois ^e Basse-Heveau. Ce mouvement s'opéra par échelon, a Vec la plus grande régularité, sans que l'ennemi tentât de nous poursuivre. La brigade rentrait ainsi à Suxy, le bataillon Ibos la couvrant à la lisière des bois (22 h. environ), Puis, sur l'ordre du général Leblois, commandant la 2* division, elle se repliait sur Bulles, qu'elle atteignait à 2 heures du matin, le 23, dans un état de fatigue extrême. Le bataillon Ibos et quelques éléments du 28® passaient la nuit sur le champ de bataille et ralliaient la brigade au jour, en colonne de route (i), ce qui tendrait à prouver que notre repli avait été précipité et qu'il eût été possible de défendre la lisière des bois.

Le XVIIP corps allemand avait combattu à l'ouest de Neufchâteau et le VP au sud. Entre eux, il se produisit une trouée que le XVIIP corps de réserve fut chargé de boucher. La 2/i® division de réserve mardha sur Neulchâteau, la /u® brigade venant de Jusseret et de Lescheret,

(i) Hnnotaux, V, p. 122; Colonel Bujac, loc. ciU

LA BATAILLE DES ARDENNES (22 AOUT) A LA 4* ARMEE l4l

au nord-est, la 42* de Folschette. Elle atteignit la ville au moment où allait commencer Tattaque de Nèple (i). La 21* brigade d'artillerie de campagne, un bataillon d'artillerie à pied et une brigade de cavalerie auraient en outre pris part au combat.

Dans ce malheureux engagement, nos pertes furent très lourdes, surtout au 23*. Celles des Allemands auraient été évaluées à i.3oo tués et 3.ooo blessés, c'est-à-dire à un chiffre supérieur de 25 % au nôtre. Un témoin aurait vu onze canons de 77 rendus inutilisables par nos feux. Un régiment allemand aurait été à peu près anéanti au débouché du bois nord-est de Neufchâteau. A la fin du jour, il lui serait demeuré 5 officiers seulement. Un groupe d'artillerie voisin aurait été détruit.

Les Allemands n'auraient fait qu'une centaine de prisonniers non blessés.

Ces- renseignements paraissent sujets à caution. Un fait certain est que la colonne Goulet avait subi un échec sérieux, résultant en grande partie de dispositions vicieuses. Elle avait engagé son avant-garde dans un combat disproportionné, sans la soutenir en temps opportun, ne faisant intervenir son artillerie que tardivement. En outre, elle n'avait pas été soutenue elle-même par le reste du corps colonial, dont une grande partie n'était p^s engagée et qui eût dû l'être, puisqu'il s'agissait d'attaquer des forces supérieures. Enfin, la brigade Goulet s'était peutêtre trop hâtée de regagner la ligne de la Semoy, sans qu'il y eût nécessité et au risque d'atteindre le moral de la troupe, considération qui eût dû imposer d'autres procédés.

(i) M. Hanoiaux écrit (V, p. 128) entre 11 heures et 12 heures. S'il s*agit de l'heure allemande, comme il est probable, cela correspond à notre « entre 10 heures et 11 heures ».

La y division coloniale, général Raffenel, avait atteint le 21 Tintigny et Saint-Vincent. Elle devait se porter le 22, par Rossignol, sur Neuf château.

D'après divers récits (i), elle marchait dans la formation suivante : i*"* régiment colonial et une batterie de 75 à Tavant-garde, général Montignault; le 2* régiment colonial au gros suivi de huit batteries, la compagnie du génie entre ses 2* et 3® bataillons, disposition qui. ne s'explique guère. Les 3* et 7® régiments suivaient. Entre eux, l'artillerie de corps.

La colonne s'engageait sous bois, par une chaleur humide, accompagnée de brouillard. On prévoyait une longue étape, près de 4o kilomètres.

On traversa sans encombre la forêt du Grand-Bois; on dépassa le village de Saint-Vincent à^ 7 heures, pour reprendre la marche vers 7 h. 1 5. Le général Lefèvre et le colonel Puypéroux, son chef d'état-major, marchaient avec le 2'' colonial. Vers 7 h. 3o, le i®' colonial, ayant traversé le pont de Breuvanne, sur la Semoy, était accueilli par une vive fusillade en approchant de Rossignol. On dépassait néanmoinss ce village et l'artillerie se mettait en batterie sur ses deux ailes, face à la lisière de la forêt de Neufchâteau, à 600 mètres environ au nord de ses dernières maisons.

Peu à peu, le i®' colonial, les i*' et 2® bataillons du 2* s'engageaient à fond dans ces bois. Il n'y avait aucune liaison à gauche et à droite. La réserve du 2* colonial s'établissait près d'une carrière, à l'ouest de la route' de Neufchâteau et à 25o mètres de la lisière du couvert. Déjà quelques hommes refluaient vers Tarrière. Les deux

(i) Hanotaux, V, p. 126; Colonel Bujac, loc. cit.

régiments, qui auraient dû suivre immédiatement l'artillerie divisionnaire, ne se montraient pas encore (i). Vers 8 h. 3o, le général Montignault réclamait Tinter.vention d'un nouveau régiment. On ne pouvait lui envoyer que deux compagnies servant jusqu'alors de soutien à l'artillerie. Celle-ci, par suite de lenteurs inexpliquées, n'avait pas encore achevé son déploiement; sa queue défilait en colonne par pièces sur la route, au sud du .pont de Breuvanne, non sans subir déjà des pertes sérieuses. Elle traversait vivement le pont et venait s'établir par pièces accouplées sur le chemin de Breuvanne à Rossignol, prenant sous un feu d'écharpe les Allemands qui essayaient de sortir de la forêt de Neuf château. Le combat se prolongeait quelque temps, indécis. Le général Rondony était tué (2). Le pont de Breuvanne s'effondrait sous le feu repéré de l'artillerie allemande, tirarit d'une position dominante (cote 44 1) à la lisière du bois.

A ce moment, la i" brigade et l'artillerie de la 3® division coloniale étaient tout à fait isolées du reste du corps d'armée. Les'i®' et 2® régiments s'étaient complètement engagés, moins une compagnie (9® du 2®) en soutien d'artillerie. Deux autres (11® et 12® du 2®), établies au nord de Rossignol, pouvaient seiiles servir de repli aux fractions engagées sous bois. Malgré de fortes Certes, ces vaillantes troupes empêchèrent six heures durant l'ennemi de déboucher de la forêt de Neufchâteau. Le colonel Gallois fut. tué, le lieutenant-colonel Gadoflfre, du 2* colonial, grièvement blessé.

L'ennemi tenta un mouvement débordant S l'ouest du

(i) Hanotaux, V, p. 126, sans explication de ce fait. Nous en verrons plus loin les motifs.

(2) D'après le colonel Bujac, loc. cit., jj avait accompagné dans Rossignol le général Raffenel, bien que sa brigade fut en queue.

l44 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

village; il fut contenu par la 12^ compagnie du 2* colonial. Vers i4 heures, nouvelle attaque dirigée de la forêt de Neufchâteau sur Rossignol. Le combat fut acharné, notre artillerie fît des prodiges. Les compagnies qui occupaient les lisières nord et ouest tinrent Tennemi en respect, puis se replièrent lentement sur le parc du château de Rossignol.

A ce moment les Allemands tentaient une nouvelle offensive venant de l'est, sous un feu d'artillerie. Ce qui restait du i*"* colonial se réunissait au 3* bataillon du 2® et essayait de percer au sud-est, sans y parvenir. Le général Raffenel se faisait tuer, dit-on, un fusil à la main. La plupaH des officiers étaient tués ou blessés. L'artillerie était dans les conditions les plus

tragiques. Voici ce qu'écrit un témoin : « Des marsouins, quelques-uns ont pu s'échapper; de l'artillerie, personne. A 7 heures du soir, après être resté douze heures sous un. feu épouvantable, il ne restait plus qu'un charnier de notre belle artillerie divisionnaire : les canons étaient hors de service, après avoir consommé toutes les munitions, les chevaux étaient éventrés, la moitié du personnel était hors de combat. Les survivants, à la nuit, étaient faits prisonniers par les Allemands.... Les hommes ont été d'une bravoure sans égale.... Alors qu'ils étaient sûrs d'y passer tous, pas un n'a flanché : ils ont servi leurs pièces comme à la manœuvre » (i).

Parmi les pertes, l'une des plus cruelles était, celle du petit-fils de Renan, le lieutenant Psicharî, le mystique auteur de V Appel des Armes^ des Terres de Soleil et de Sommeil, du Voyage du Centurion.

(i) Lettre d'un survivant prisonnier en Allemagne citée par H. Manis, Vie d^Emest Psichari, Revue hebdomadaire du i®' janvkr

LA BATAILLE DES ARDENNES (2 2 AOUT) A LA 4* ARMEE l45

Pendant qtie la i"^® brigade était ainsi écrasée, les 3* et 7® régiments (3® brigade) livraient deux combats distincts de celui de Rossignol.. Vers g heures, le 3® (colonel Lamolle) défilait encore dans Saint-Vincent, au nord de Breuvanne, quand une attaque se dessinait vers l'est. Le régiment faisait face à droite « avec la même souplesse et le même calme que sur le terrain de manœuvres » (i), les 3® et 2® bataillons en première ligne. Vers lo heures, le général Rondony réclamait l'intervention du 3® régiment en faveur de l'artillerie divisionnaire, ^mcore coincée entre le pont de la Semoy et Rossignol. On y portait le y bataillon (commandant Mast), qui, vers midi, avait l'occasion de prendre part à la défense de ce village. Son chef était atteint de cinq blessures.

Quant aux i®"^ et 2® bataillons, ils s'efforçaient d'arrêter l'ennemi au sud de la Semoy, sans y parvenir. A la nuit, après avoir recueilli des isolés de la brigade Montignault, ils se retiraient vers Jamoignes, quand ils rencontraient î\ Fresnois les avant-postes de la 6® brigade (général Caudrelier, 2® division). Ils se portaient ensuite à Pin, après avoir subi de très grosses pertes.

Un autre combat avait lieu à Test de Saint-Vincent. Vers 9 h. 3o, le 7® colonial enti*ait dans ce village, déjà sous le feu de l'ennemi. Le général Lefèvre l'arrêtait sur place, pour le garder en réserve. Le colonel Mazillier jugeait nécessaire de se couvrir vers l'est en dirigeant son t" bataillon, commandant Sévignac, sur la croupe 385 (vers II heures); le 2® bataillon était ensuite porté au nord-est de Saint-Vincent, face à l'ennemi débouchant de Tintîgny. L'artillerie de corps, colonel Lenfant, cherchait dès emplacements au nord-ouest. Mais, dès la sortie de

(i) Colonel Bujac, loc, cit.

La grande gaerre, ITT. 10

l46 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

Saint-Vincent, elle était accablée de projectiles; un seul groupe (commandant Peltier) parvenait à prendre position au sud-est du village; les autres demeuraient inactifs, ce qui ne se comprend guère.

Le 7* colonial était très vivement engagé; vers i5 h. 3o, sa situation devenait critique. Un grand nombre d'officiers étaient déjà tombés. Par deux fois, les compagnies du centre se ruaient en avant, pour être bientôt ramenées. Vers i4 heures, un officier d'état-major était venu annoncer l'entrée en ligne prochaine de la 2* division.

Vers i6 h. lo^ les Allemands abordaient la lisière de Saint-Vincent, refoulant les compagnies de la gauche et du centre sur un grand bois à proximité de la station. Les compagnies de droite, aidées par une charge du 3* chasseurs d'Afrique, se dégageaient plus aisément.

Les débris du régiment passaient la nuit à Soye, puis réoccupaient à l'aube les emplacements du soir.

Le i"* brigade était à peu près . La 3* avait

perdu 66 officiers et 3.:^oo hommes environ. Des trois généraux de la 3* division, Raffenel et Rondony étaient tués, Montignault blessé grièvement.

Les pertes des Allemands auraient été de 5.ooo, hommes (2). Ce n'était pas payer trop cher Deux de nos brigades à peu près

(3), trois généraux et une foule d'officiers tués, blessés ou disparus, tels étaient les résultats d'une offensive mal conduite et dont le prin-

(i) Colonel Bujac, loc. cit. Le colonel Mazîllier commande actuellement le I*' corps colonial.

(2) Hanotaux, V, p. i3o. D'après cet historien, le i®' groupe d'artillerie était sur la crête ouest (de Tîntîgny?), le 2* plus près d* Tintigny, le 3^ sur un mouvement de terrain au nord de la Scmoy.

LA BATAILLE DES ARDENNES (2 2 AOUT) A LA A* ARMÉE llx']

cipe même est discutable, comme nous le dirons en temps et lieu.

Dans le cas du combat de Rossignol, la cause immédiate de notre échec tient au décousu de notre action, à Tabsence de toute protection vers Test. La 3* division avait ainsi été coupée en trois tronçons engagés dans des combats isolés, sans direction commune. Elle avait subi une sorte de surprise.

Quant à la 2* division coloniale, général Leblois, on se souvient qu'elle était en réserve d'armée et ne devait pas dépasser Jamoignes, à l'ouest de Rossignol. Elle y recueillit les débris de la 3* division et arrêta la poussée des Allemands, tenant jusqu'au lendemain dans une position médiocre (i).

Le 2® corps opérait à la droite du corps colonial. Parti de la région nord de Montmédy, Velosnes, il devait se porter en une seule colonne sur Sommethonne, Meixdevant-Virton et son objectif final était Léglise, au sudest de Neuifchâteau. Le quartier général irait à Tintigny. Le point de départ du corps d'armée étant ivh^ sensiblement au sud de celui des coloniaux, il en résultait que, si les heures de mise en marche étaient à peu près les mêmes, ainsi qu'il arriva, les colonnes du corps colonial seraient tout à fait à découvert sur leur droite pendant la presque totalité de leur mouvement. Cette disposition

(i)J)'aprè8 M. Hanotaux, La bataille des Ardennes^ Revue des Deux- Mondes, i5 février 1917, p. 760 et suiv., le 12® corps aurait, vers Ize] -Jamoignes, combiné son action avec la 2* division coloniale, qui aurait couvert la retraite de son corps d'armée sur Gérouville.

Le même auteur (V. p. 182) porte que la 4* brigade coloniak (4® et 8® régiments) se dévoua pour sauver la division et ne put y parvenir.

l48 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

résultait de Tordre même du commandant de Tarmée. Elle explique en grande partie les échecs graves du corps colonial et du 17® corps.

Le 2* corps se mettait en mouvement le 22, à 3 heures, par un fort brouillard. On a vu les incidents survenus dans la nuit à sa cavalerie et à son avant-garde. Malgré les avertissements répétés des paysans belges, nul ne supposait Tennemi aussi près. La marche était lente en raison du brouillard. Après de nombreux arrêts, on passait la frontière, près de Sommethonne, oii les habitants paraissaient soucieux. Vers 8 heures, on atteignait Villersla-Loue, qui semblait désert. Le général Gérard était arrêté dans ce village, consultant ses cartes quand sifflaient les premiers obus (8 h. 3o). Ils tombaient à la fois sur la tête et sur le centre de la colonne, encore en marche par quatre. On croyait devoir reporter le poste de commandement du corps d'armée à Sommethonne et les deux divisions ne tardaient pas à être isolées Tune de l'autre. , L'énergie du général Cordonnier et du colonel commandant le [\i^ d'artillerie nous permettaient de sortir de ce mauvais pas. On essayait de dégager le passage vers le nord en lançant une brigade de la 4® division à l'assaut, sans préparation d'artillerie suffisante. Cette attaque se heurtait à des tranchées, garnies de mitrailleuses; elle échouait entièrement et le général de brigade était mortellement blessé (i).

A II heures, le 2® corps avait trois régiments de la 4® division (général Rabier) vers Tintîgny et Bellefontaîne, dans le voisinage immédiat du champ de bataille de Rossignol (2), où une colonne du corps colonial allait être écrasée.

(i) Général Bon, p. i58.

(2) M. Hanotaux (V, p. i34) écrit même à Tîntigny et à Beîlefon-

LA BATAILLE DES ARDENNES (22 AOUT) A LA 4* ARMÉE ll\[)

Le 4® régiment de cette division et une brigade de celle de queue étaient engagés sur le front Meix, ferme d*Hoûdrigny, à la gauche du 4* corps. Parti de Villers-la-Loue, malgré un feu d'artillerie lourde qu'il supportait facilement, après un premier instant de* surprise, le 5i* engageait deux de ses bataillons et pénétrait dans Meix, qu'il occupait jusqu'au lendemain.

Autant qu'on peut le déduire des données informes qui nous sont connues, deux groupes d'artillerie et un régiment recevaient, vers 1 6 heures, l'ordre d'aller renforcer des éléments déjà en action sur Le Hayon, mouvement de terrain en fer à cheval qui domine tout le pays à l'ouest de Meix-devant-Virton. Un groupe du 17* traversait la forêt au nord de Sommethonne et cherchait un emplacement à la gauche des batteries placées, mais ce régiment ne tirait pas tout d'abord « faute d'objectif )> (i). Visiblement, nous employions mal l'artillerie qui, de soti côté, n'était pas encore accoutumée à ce qu'on a nommé « le vide du champ de bataille )>. Partout, en effet, l'ennemi dissimulait soigneusement ses formations, même en marché, ou ses batteries. On ne pouvait apercevoir aucun objectif animé et il fallait se résoudre à tirer sur dos emplacements probables ou sur des lignes de marche éventuelles. En outre, les Allemands avaient longuement étudié et repéré le terrain, comme en Lorraine, ^t leur réglage était très rapide.

. Vers 17 heures, le 2* corps combinait son action avec celle du 4® corps qui, depuis le matin, combattait aux abords de Virton. La ligne de ces deux corps d'armée était

laine, mais alors on ne s'expliquerait pas le désastre qui, vers la même heure, frappait la 3® division coloniale à Breu vanne, Rossignol, dans le voisinante immédiat de Tintigny.

fi) Lieutenant Dcville, Carnet d^un artilleur, p. 28. CL Hanotaux, V, p. i32.

marquée par Robelmont, la ferme d'Houdrigny; Virton, évacué en partie par la 8* division, avait été entièrement réoccupé à 1 7 heures environ. Les troupes allemandea qui s'étaient portées entre Ethe et Virton étaient refoulées au nord de Belmont et Virton nous restait. A la. nuit, on apprenait que la division de tête du 2® corps siétait battue « comme des lions », sans beaucoup de pertes (i). Elle était en relation par sa gauche avec le gros du corps d'armée.

. L'impression de ce combat si confus, si incohérent d'après le peu que nous en savons, n'était pas plus nette. Si les uns croyaient à un demi-succès, d'autres constataient l'importance des pertes, pour un résultat à peu près nul. De nombreux isolés des troupes coloniales s'étaient jetés dans le Vi^ corps. D'ailleurs nos troupes se rendaient compte de certaines causes d'infériorité : l'absence d'artillerie lourde, celle d'avions français, pendant que les appareils allemands se montraient trèsactifs; enfin l'habileté de l'ennemi à se dissimuler aux vues (2).

On constatait aussi qu'il faisait une énorme consommation de projectiles, pour des résultats médiocres. Notre artillerie, en particulier, avait très peu souffert. Au 17®,, pour quatre batteries engagées, il y avait 12 tués et une vingtaine de blessés (3). L'infanterie gardait un excellent moral et ses effectifs dépassaient encore en moyenne 200 hommes par compagnie (4).

En somme, les résultats de la journée variaient beaucoup selon les corps d'armée. Le 9* corps n'avait pas été engagé; après son succès de Maissin, le ii* avait opéré

(i) Le cxxrps d*armée aurait pourtant eu 3. 000 blessés.

(2) Hanotaux, V. p. i35, d*après Devîllo, loc. cit., p. ii5.

(3) Devilk, p. 29 et suîv.

{'a') Général Bon, p. i85.

l.A BATAILLE DES ARDENNES (2 2 AOUt) A LA 4* ARMÉE l5 l

une retraite difficile, ainsi que le 17®, dont une division entière, la 33®, était gravement affaiblie; le 12* corps conservait le terrain occupé; le corps colonial avait subi un échec plus grave encore que celui du 17* corps; enfin, au 9.® corps, la journée était indécise, mais pouvait autoriser certain es espérances.

Dans l'ensemble, l'offensive de la 4* armée avait complètement échoué. Ses attaques incohérentes, sur un front très étendu, s'étaient heurtées presque partout à des forces supérieures, quand elles n'avaient pas été brisées par des coups droits dans leur flanc. Les conséquences morales étaient plus graves encore que celles de nature matérielle. Que pouvaient penser des troupes ainsi rejetées au sud de notre frontière, dès le début d'une offensive qu'elles avaient accueillie avec l'enthousiasme et la confiance la plus entière?

La première idée du général de Langle était d'abord de reprendre le combat dès le matin du 23. Dans la nuit, ii donnait les ordres nécessaires. Mais il dut bientôt se rendre compte que son projet était inexécutable et se résigna au mouvement rétrograde que plusieurs corps d'armée avaient déjà commencé sans son ordre.

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