I.A GRANDE ITALIENNE
lit à laisser entrer l'Empereur dans ta forteresse, -pourvu qu'il dépouillât 1rs insignes royaux, et s'avouât indigne du titre et de la fonelion de roi. Ces eruelles conditions affligèrent l'âme de Mathildc et d'Adélaïde, son amie, qui suppliaient le Pape de ne pas achever de briser » le roseau déjà abattu ». Les femmes les plus grandes ne sont pas grandes à la manière des liommes.
Le vieux pontife, qui avait passé par tant d'épreuves, résista-t-il à toute pitié devant ce spectacle inouï d'un grand monarque précipité si bas? N'était-ce que la revanche du prêtre contre l'Empereur? La conduite de (Irégoire à Canosse, tant de rigueur dont il s'arma à l'égard d'un roi suppliant, a jeté sur sa ligure historique un reflet d'orgueil et d'insensibilité farouche. Cependant l'homme chez lui ne manquait pas d'entrailles; scsletlres témoignent partout d'une ardente compassion pour les souffrances humaines, pour la cause des faibles et des opprimés. Mais il se défiait de l'Empereur; il n'avait pas foi dans son repentir, il ne croyait pas a au roseau abaLtu. » Sa démarche ne lui semblait dictée que par la peur de perdre sa couronne La fonction enfin dans Grégoire ht taire l'homme; ce
liane diem excoumiunicatione non absolialur , dciuceps. ju.rta putntiiias tryt', indignus regio honore habtaiur. »
M A TU ] I. 11!', DE TOSCANE. Si
fut la l'onction qui resta inflexible. C'était pour l'Église l'occasion d'un pas décisif, le moment d'affirmer sa suprématie, 'de toucher d'emblée au but de tous ses efforts; et Grégoire ne fléchit pas. Ses longs griefs contre Henri et sa roideur personnelle purent entrer dans sa conviction , en redoubler l'énergie, mais cette conviction partait de plus haut. Il ne céda pas aux larmes et aux supplications de Mathilde et des autres. 11 fallut que l'Empereur mît sa couronne à terre, qu'il dépouillât tous ses insignes royaux , avant d'être admis dans la forteresse. Il y avait autour de Canosse une triple muraille; l'Empereur tout seul fut introduit dans la seconde enceinte , et sa suite demeura au dehors.
On a besoin de citer ici les narrateurs contemporains : tous s'accordent pour nous montrer l'Empereur couvert d'un habit de pénitent, la tête et les pieds nus dans la neige (c'était en janvier). « Il demeura à jeun depuis le malin jusqu'au soir, attendant vainement la sentence du pontife! Il attendit le second jour et encore le troisième (1). » Mais écoutons le chapelain de Canosse, sous les yeux de qui se passa celle scène mémorable (2) : « Les trois
(1) Lambert, p. 77. — P. Hernr., diap. lxxxiv.
(2) Cuniqur dies stomit por très pro pare loquenles, Et pa\ non esset. rex alque recéder* vellet;
'us l.i GRA'Mtfi 1TALIKNXK
jours l'évolua, le mi ne voyant poinl venir le pardon songea à se retirer ; il gagna la i-liapelle de Saint - Nicolas et'j rencontra Tlugo '(l'abbé île Cluny). H le conjura , en pleurant, d'aller so porter son garant auprès du Pape, l/alibé, répondil an roi : « Je ne le puis, b U comtesse Matbilde, qui était présente, joignit su prière iin\ insinuées du monarque; mais Hugo lui ilit que personne autre qu'elle-même ne pouvait tenter celle démarche. Alors le roi, se jetant aux pieds de madame Hatbilde, lui dit ces paroles : « Si m ne me viens toul à l'ait en aide, ma cousine, et à l'ÏHltant, je no lutterai plus, jo ne combattrai plus à l'avenir, La Pape m'a trop maltraité; chère
Cupellam sancli pet it idrm rc\ Jiirolnï.
la (|un pastuirm lacn iiinns orai il lliiconem Ut pro parc su» lidpjtissor silii liai.
Mon liccl Imr, i<- n i LT-pumlil; et asl;ni.s
Illit; M.Hliilills rogltavit min. Scd et ipsi : " Hou fui'ifl sic il lu. l'ïspuudil. tu uisi, L'rudo. Poplilihiis Ile-vis divil rev atque Motliilili :
Ullerius frangam. mulctavil me quia Papa.
Cnnsobrira valons ht me lirncdii'i'i-c, vade >■ m
Ipsa siirrcvit repique spopondit. r\ exil
A-rciiilcns Mirviiin. ^li'lil ;n- ii'v ijjM' di'ur-iun.
Silice ri s diriis domina! veneraliilk islis
Oedidii autistes, al jurel sic lame» ipso
Hov illi, srdi romaniT silque lidelis.
l'ra^ul quteque velil Orcgoriiis, line sibi feeit
Ktx rétro soriptuB.
XATHIMM! BK TOSCANE.
cousine, loi qui le peux, fais-moi absoudre, je l'en supplie; vu et hâte-toi. » Madame Mathilde se leva et promit nu roi. Elle sortit et monta tera le Pape [ lu roi continua de se tenir dehors. Arrivée devant (Irégoire, Malhilde le conjura de mettre lin à la pénitence. Le vénérable pontife crut auv sincères nanties de ma maîtresse (1), mais exigea que le rnj lui jurât d'être fidèle au Saint-Siège romain. ï.u roi consentit à tout ce que le Pape voulut, et s'engagea par écrit. Janvier nous faisait alors ses pré-
(1] Nous innm fnil remarquer ;i propris du poème de Domnizo. que c'est la forteresse rte C.ninsse ctlr-uième, qui raconte sa r>luirc et celle lie ses maîtres. I-a grande scène dont il est ici question a de quoi l'iMiorunnlIir. ri Caiiossc cuiimère, avec complaisance. Unis 1rs persr a^es illiMres du temps qui se trouvèrent ;i ce moinrnt réunis dans ses murs : te Tape. l'Empereur, la eonilesse Malhilde. Ail'daidc de fiii/r . Himtesse lie Savoie, et son (ils Amrdée; Aï/o, margrave d'Est, pnrciil de Malhilde. qui fut le chef des Guelfes i't In soiielie île l;i maison de Ttrunsuick ; Hugo, abbe de Gluuv, etc. « l>o tels événements, s'écrie Caiiossc. oui fait de moi mie nouvelle Home. Oui. lille éternelle, à moi tous les honneurs : je possède à In lois l'Empereur et le Pape, princes de l'Italie , princes de la Gaule, eenv d'au delà les monts. ceu\ de Hume, prrlal-i respleiuli's.nit-.. >ii!es. vénérés, et parmi cu\ Hugo de Clujiiy. ■
On lit dans la traduction française du Grégoire V II , de M. Voigl, que le récit de Damnixo, • rpii était présent à Ganosse : serait bien plus authentique s'il n'avait point altéré la vérité par ses vers.» On peut dire à cela que la poésie de Dumnizu n'est pas de nature a préjudiciel' beaucoup à la vérité historique : les mille petites circonstances que ce pieu* rapporteur, ee Daugcau de la Grande comtesse nous rapporte, font penser que l'exactitude le préoccupait plus que le. reste.