‹ La grande italienne Mathilde de ToscaneChapitre 16 sur 46 · U GRANDE ITALIENNE · texte numérisé non relu

U GRANDE ITALIENNE

sonls ordinaires; mais, celte année-là, il s'en était montré par trop prodigue : le froid était horrible. Sept jours avant la fin de ce rigoureux janvier, le Pape permit que le roi parût devant sa face , les pieds nus et tout transi. Le monarque se jeta, les bras en croix, aux genoux du Pape, en s' écriant plusieurs fois : u Grâce , Saint-Père ! grâce pour moi , père miséricordieux ! je te le demande du fond du cœur. » Le Pape, le voyant en pleurs, se prit de pitié et lui dit : « Assez, assez (1)! « Cette grande pitié, longtemps retenue, arrivait enfin.

C'était assez, en effet, et trop, peut-être, dans l'opinion du monde (2) ; mais la conduite du Pape

(1) Soliloque munere mage frigus

Pemimium magnum Janus dnbat hoc el in anno ; Ante dies septem, quant finem Janus haberet.

Anle simm facïem concessit l'apa venire Rcgem, tum planlis nadlf, a frSgure caplit.

In cruce se jaitan* \>;\\rs. sa-pissime damans : ■ Parce, béate pater. pie, parce mihi peto plane! ■ Papa videns Ilentem, miserotus ci : - Salis esl, esl. *

Cl] Grégoire . en rendant compte lui-même de ces faits dans une lettre au* princes de l'Allemagne, convient que tous les assistants le (avèrent de cruauté, ivrannique. Ce passage mérile d'clre levliiellement rapporté :

■ Ad oppidum Canusii. in quo morali sumiis. cuni paucis advenit, ibique per triduum nnte portam deposilo omni regio cullu misera bi Hier, utpote discalceatur , et lavcis indutus. persistens, non prius cum miillo lletii apostolic.-e niiseralionis au\ilium et consolatiouem împlorare destitit . quam omnes qui ibi

MATHRDE DE TOSCANE.

s'explique , si l'on considère le grand rôle i|iie l'idée expiatoire jouait alors dans les consciences chrétiennes. Grégoire avait promis son pardon sous la condition d'une pénitence, comme il en est mention dans ses lettres. Les temps antérieurs lui fournissaient maint exemple de ces dures expiations imposées à des princes. L'empereur Henri 111 s'y était soumis, et son fils, Henri IV, plus coupable aux yeux de Grégoire que ne l'avait été Théodose, ne fut pas plus sévèrement traité. Il faut se souvenir d'ailleurs que la rébellion était aux portes de la forteresse. Les évéqtics excommuniés s'étaient portés au-devant de l'Empereur; tout le parti rebelle menaçait de se relever; Grégoire pensa l'abattre et le punir dans son chef.

Grégoire consentit donc à lever l'anathème, mais sous la condition que l'Empereur se présenterait à Àugsbourg, se soumettrait à la décision du Pape, seul maître de lui laisser ou de lui retirer la couronne. Henri accepta, voulant prévenir à tout prix le fatal anniversaire, et prêta le serment tel qu'il fut exigé.

Minant et ad qiios nimor ille prrvenit , ad lantom pirt.nr m rt compassionis misnïmnliam ïiiovit. il! pro ro nmllis prriibiis et larryiiiis iulrrrrdrnlrs «murs quittent inmlilinn noitrit menti*

durittam mlrartntar; nomtt/fl rem fn noàtt non apaitaflcm

wtriliitlx yntrittitem, ted Juatl tgranmlta fertlallt rrude

litalem tut rlmnareiit. - {EpMol. XII, I. iv.)

W LA GRANDE ITALIBSSR

Muia lo serment <U- Henri donnait peu de sécurité nu pontife, et il lui fallut encore des garants (i\ Tout ce qu'il y avait, à ce moment, de grand on du vénérable à Canosse eut à donner caution pour Henri; les comtesses Muthildo et Adélaïde, le margrave Uzo, les évêqties présents, jurèrent sur des reliques, et s'engagèrent pour tT.mpereur. Grégoire poussa l'cxigenro à ee point que l'abbé de f.luuy. à qui les statuts de l'Ordre défendaient de faire serment, fut forcé de donner sa parole.

Apres s'Être assuré do l'Empereur par tant de liens, Grégoire consentit à l'admettre à la communion, Lui-même célébra à cet effet une messe solennelle. Au moment de communier, tenant déjà l'bostieà la main, (irégoire dit ces paroles à Henri : « Vous m'aie/, accusé d'être amvé au Saint-Siège par la simonie, d'avoir commis îles crimes faits pour m'interdire les ordres sacrés. 0. uoique je puisse me justifier par le témoignage de ceux qui savent toute ma vie, depuis mon enfance, je ne veux m'en rapporter ici qu'au jugement de Dieu, et point à celui des nommes. Que le corps de Not re-Seigncur Jésus-Clirist, que je vais recevoir, soit aujourd'hui

(1] •.Grataater rcs atrepit raiitliliiiiies cl sonaturum se omnia quam sanctissimis paierai assertionibus promit tebat. Sec tomen promittenti temere lides liahita est.. [Lambert. Sclifllt'n., p. 331.)

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S1ATHILDE DE TOSCANE. si

nue preuve de mon innocence; que Dieu dissipe tout soupçon si je suis innocent, ou me fasse mourir à l'instant si je suis coupable. » Mors Grégoire rompit l'hostie et eu prit la moitié. Le peuple, introduit daoa la chapelle, poussa, à cette vue, des exclamations de joie, iOiiant le pontife et île son courage el île son innocence. Le Pape, présentant l'autre moitié de l'hostie à l'Empereur, continua ainsi : « Faites, s'il vous plaît, mon fds, à votre tour, ce que vous m'avez vu faire. Les princes allemands ne passent point un joui' sans vous accuser devant moi de crimos qui vous rendraient indigne à jamais de la royauté, de la communion ecclésiastique, et même de tout commerce de la vie civile. Us demandent que vous soyez jugé, et vous savez l'incertitude des jugements humains. Faites donc, mon (ils, ce que je vous conseille, et, si vous ne vous sentez pas coupable, prenez cette autre moitié de l'hostie, afin qu'une telle preuve de voire innocence ferme la bouche à vos ennemis. >■

A celte proposition inattendue l'Empereur se troubla, balbutia; on vit sou visage se couvrir de

familiers sur ce qu'il avait à faire (I). Remis de son

(I) - Inopiuatu re altouilus , œsluare, lorgi versa ri . ronsilia.

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