PREMIÈRE PARTIE
A côté de la puissante figure de Grégoire Vil, il eu est une qui semble s'effacer d'elle-même , et se inetlre pieusement dans l'ombre où les historiens l'ont laissée. C'est Mathilde de Toscane, celle qui, pourtant, fut appelée la grande comtesse, la grande Italienne (I). Celte femme, l'honneur de son siècle et l'âme de sa patrie, mérite bien la pleine lumière de l'histoire. Nous tacherons de dégager sa vie des nuages de la tradition, et de montrer tout ce que
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fut celte Jeanne d'Arc de l'Italie, qui allia, elle aussi, le patriotisme à la foi, et qui n'apparaît jusqu'ici que comme une figure de légende entre les papes et les empereurs. Et d'abord, voyons ce qu'étaient l'Italie et le monde chrétien au tempe où vécut Mathiide.
L'empire de Charlemagne n'avait pu survivre au conquérant; ce grand effort d'un lionime pour ramener à l'unité et jeter dans le moule de l'ancienne civilisation lea éléments de l'invasion barbare, n'avait pu se continuer après lui. La puissante individualité qu'admirait Tacite chez les Germains résista partout à cette pression du génie : il y eut des représailles et une victoire de plusieurs siècles, la féodalité.
Il n'était resté du monde romain et de son fantôme carloviogien qu'un nom, celui d'empereur; mais son prestige devait durer longtemps, Les cliei's du démembrement germanique en comprirent toute ia force ; ils s'intitulèrent Césars du saint Km pire romain; ils gardèrent le titre et attendirent le pouvoir. Non qu'ils songeassent à reconstruire l'unité sociale qu'ils avaient mise en pièces ; ces Germains s'accommodaient trop des divisions qu'avait faites le système féodal; leur politique était plutôt d'encourager ces divisions, de briser les
MATHII.UK de toscane.
royaumes et île tailler à même des comtés et des baronnies. (" est ainsi qu'on les vit grandir à mesure que tout diminuait autour d'eux. Ils entendaient régner, eux aussi, de par l'antique maxime : Divide ut imperes.
L'œuvre des Césars allemands ne ressemhle donc pas à l'œuvre des Césars romains, non plus qu'à celle des rois de France. Ils ne s'attaquent point au patricîat, à l'exemple des premiers, et, loin de combattre la féodalité, comme les seconds, ils songent à la pousser jusqu'à ses limites extrêmes. C'est par eux qu'elle pénètre partout, désorganise tout, et entre jusque dans l'Eglise, a: grand et unique refuge de l'imité. Que cette dernière invasion s'accomplît, et l'amliiti les chefs germa niques était satisfaite : les nations réduites, morcelées, s'endormaient sous le sceptre de ploml> de ces califes chrétiens.
Combien de siècles aurait duré celte léthargie des peuples? Se seraient-ils jamais réveillés? N'auraient-ils pas fini par s'éteindre, emportant avec eux, comme tant d'autres qui les avaient précédés, le secret de leur génie et d'une civilisation qui n'aurait pu naître? Qu'on jette un regard sur l'Allemagne et sur l'Italie : malgré les ré\ olutions, les bouleversements sociaux, les guerres qui vingt fois depuis ont renouvelé la face du inonde, ces deux