‹ La grande italienne Mathilde de ToscaneChapitre 3 sur 46 · LA L H A >U K ITALIENNE · texte numérisé non relu

LA L H A >U K ITALIENNE

paya n'ont pu conquérir leur unité nationale : les Césars allemands ont régné là , y régnent encore , et leur système avec eux.

Mais, au moment où la féodalité du moyen âge, l'Empereur en têle, frappait aux portes de l'Église, portait le tumulte au fond des cloîtres, mettait la main aur la crosse et sur la tiare, elle recula devant un homme, un prêtre, devant le geste d'un simple moine, Grégoire VU; il proclamait qu'audessus de l'Empereur, souverain du monde matériel, il y avait le Pape, souverain des aines, à qui le premier devait obéir, comme le corps obéit à l'esprit. Cette doctrine absolue ne pouvait jamais être acceptée par les rois, et la lutte du Sacerdoce et de l'Empire commença.

Quel était, et d'où venait cet homme, qui, de son autorité, se rangea parmi les maîtres du monde, et dont le nom est resté l'un des plus retentissants du passé?

Le pape Jean Gratien, en quittant l'Italie pour aller vivre dans l'exil que lui avait marqué l'Empereur, emmena avec lui un jeune homme, un clerc, dont il avait dirigé les études : on l'appelait HilileOraml. Malgré ce nom allemand, il était né dans la ville de Soane, en Toscane, où son père était charpentier; il avait passé à Rome une partie de sa

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jeunesse, et avait eu sous les yeux les brigues et tous les scandales des dernière règnes. Il s'Éloigna cependant avec regret, attaché par la reconnaissance à la fortune de son ancien maître.

Les exilés traversèrent la France et s'arrêtèrent à Cluny. Dans cette profonde retraite, soumise à la règle la plus austère, Hildebrand montra de telles dispositions pour le cloître, et y exerça si jeune un tel ascendant , qu'il fut, à peu de temps de là, élu prieur. Mais son influence ne resta pas confinée dans l'enceinte du monastère. L'Empereur s'était attribué le droit de nommer au Saint-Siège, et troiR papes de son choix s'y étaient déjà succédé. Le dernier, Allemand d'origine et de maison féodale, s'arrêta à Cluny en se rendant en Italie. Tel fut l'effet de la parole d'Hildebrand, qu'il dépouilla, sur ses conseils, les insignes pontificaux pour se rendre à Rome eu habit de pèlerin, voulant que son élection fïlt approuvée par le peuple et le clergé de Rome.

L'état de l'Église empirait de jour en jour ; ses mœurs primitives et son esprit s'abîmaient dans une société farouche, dont elle n'avait pu triompher. Une réforme prompte et hardie était l'espérance de tout ce qui restait d'âmes fortes et pures. Mais de quel côté pouvait-on l'attendre dans l'état d'abaissement où le Saint-Siège était descendu? Le trouble

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et le désordre n'avaient été nullo part aussi grands qu'au faîte même de l'Église. Le pouvoir religieux s'était divisé, isolé, à l'exemple des pouvoirs temporels.

On ne voit pas que l'esprit d'IIiidebrand ait hésité devant ce prohlômo; son premier pas marque un parti déjà bien pris, une vue nette et hardie do la voie qu'il devait suivre. Rendre à l'Église une autorité sans contrôle , à l'abri des caprices du pouvoir temporel, réhabiliter l'Eglise par l'indépendance, arracher à la société barbare les hauts intérêts de la société chrétienne : c'est la ce qu'avait rêvé le moine de Clunydans la paix et la sécurité du cloître, avant d'être à portée do conduire à fin de pareils plans.

Le nouveau Papo, consacré sous le nom de Léon IX, appela près de lui le prieur de Clunj et le At cardinal; puis il commença le travail de réforme avec un zélé où l'on reconnaît l'influence et les âpres inspirations d'Hildebr.md. Léon IX avait une valeur à lui qui tranche avec la nullité des papes qui le précèdent et le suivent. 1a nature, comme les sculpteurs, pétrit deux fois l'urgilo, avant de façonner un grand homme : Léon IX est comme celte première argile d'où sorlira tout à l'heure Grégoire VII. Des conciles, où lo Pape se

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rendit, abordèrent toutes les questions que faisait naître létal de l'Église : les empiétements île l'autorité laïque, le relâchement de la vie des délires, le concubinage des prêtres, la vente des dignités ecclésiastiques : c'étaient là des maux presque universels, que l'usage et le temps avaient consacrés.

Léon IX mourut après six ans d'un règne actif, et Hildebrand fut député vers l'Empereur, par le peuple et le clergé de Rome, pour le choix d'un nouveau Pape. La bonne harmonio, un moment rétablie cuire les deux pouvoirs, conseilla, cetle voie de ménagements et de conciliation. Le négiiriatHiir fit prévaloir son choix; et le nouveau pape, Viclorll, poursuivit les réformes de son prédécesseur. Il assembla dos conciles, envoya Hildebrand en France, où de grands désordres troublaient l'Église. L'hérésie do Bérenger surtout y avait jelé lo doute et la confusion.

Ce fameux hérésiarque était alors dans toute sa renommée; maître obéi et au loin révéré, il enseignait à Tours dans l'école de Saint-Marlin, où l'autorité de sa parole et son vaste savoir avaient attiré successivement toule la chrétienté savante. 11 avait eu pour disciples les plus hauts dignitaires du clergé de France. Mais cetle réputation, cette gloire longtemps inconlestée, vinrent à subir un échec, dont

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l'orgueil du maître fut profondément blessé. Une dispute théologique s'était élevée entre Bérenger et le fameux Lanfranc, et Bérenger n'en était pas sorti victorieux. Une telle atteinte à sa renommée avait éelairci les rangs de ses auditeurs; beaucoup s'étaient détachés de lui pour aller à son rival. Bérenger essaya de ramener à lui les transfuges par la nouveauté des opinions, par la singularité et la hardiesse. Ce fut ainsi qu'il en arriva à professer les doctrines de Scol Érigène; il attaqua le dogme de la présence réelle dans l'Eucharistie'.

Rome s'émut de cette hérésie renaissante ; des conciles furent assemblés, et l'on y condamna les écrits du scoliaste de Saint-Martin. Mais il persévéra dans sa doctrine, se refusa à toute soumission, et l'hérésiarque fut enfin excommunié. Procédant comme Luther cinq cents ans plus tard , il voulut intéresser le pouvoir laïque à sa querelle ; il se relira près du jeune duc de Normandie, Guillaume le Bâtard. Mais, déjà la politique de ce prince tendait à se ménager l'appui du Saint-Siège, dans la prévision de ses grands projets; il se hâta aussi de convoquer uu concile, et y fit prononcer de nouveau la condamnation de Bérenger. Inquiet pour sa liberté, le coupable se tourna vers le roi de France et ne fut pas plus heureux; il se vit frapper encore

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el confondre dans un concile assemblé à Paria. Découragé par ce dernier coup, il baissa la lête et offrit de se soumettre, demandant à rentrer dans la communion de l'Église.

Ce fut à ce moment, et pour en finir, qu'on décida de tenir on dernier concile à Tours même, d'où l'hérésie était partie. Hildebrand fut envoyé de Rome et chargé comme légat d'en prendre la direction. Bérenger y" comparut, rencontra dans Hildebrand un juge sévère, fléchit sous aa parole, et rétracta solennellement ses erreurs. Ce ne fut qu'à grand'peiue pourtant que le légat voulut bien l'admettre à la communion, comme s'il avait prévu ses nombreuses rechutes, comme s'il avait In dans son âme toute la fragilité de son repentir.

Hildebrand officia lui-même ce jour-là dans la vaste basilique , au sein d'une foule immense qui remplissait les nefs et envahissait les abords. On rapporte qu'après avoir consacré l'hostie et le vin du calice, saisi d'un saint enthousiasme, il les éleva tour à tour au-dessus de sa té'te, comme pour les offrir à la vue de tous, el presser la foule de rendre hommage au dogme de la présence réelle :

geste mémorable, dernière et énergique protestation contre l'hérésie de Bérenger 1 L'hérésie n'est plus, mais le geste resté dans la liturgie catholique

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