‹ La grande italienne Mathilde de ToscaneChapitre 24 sur 46 · ISO LA GRANDE ITALIENNE · texte numérisé non relu

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tude du pouvoir et de la vio. Il s'adressait à Guillaume le Conquérant, ou au roi de France, avec toute la hauteur et l'autorité d'autrefois.

Lea forces al >an donnèrent enfin ce corps use par l'action et par la pensée; bientôt il prit le lit et ne ëo releva plus. On raconte , de ses derniers jours, qu'au milieu des cardinaux et des clercs qui entouraient son chevet, comme on lui parlait de ses grands travaux en ce monde, il dit : « Mes travaux ne comptent pour rien à mes yeux, mais j'ai aimé

levant les yeux au ciel : « Je monterai là, et je vous recommanderai à ce Dieu souverainement bon. »

On rapporte encore qu'avant d'expirer il répéta : •< J'ai aimé la justice et baï l'iniquité, voilà pourquoi je meurs en exil. - IS'était-co là que le regret d'e\pirer loin de Home? Une pensée plus iristc encore tra v ers a-t -elle son âme, et mournt-il découragé? Est-il même certain qu'il ait prononcé de telles paroles? Elles vivront, quoi qu'il en soit, ces amères paroles, sous le couvert de sa renommée; elles retentiront jusqu'à la fin dans l'histoire avec le mot désespéré (le Drutus : « 0 vertu, tu n'es qu'un vain mol! »

Quand on regarde à la force et à l'unité du ea-

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ractcrc de Grégoire, on tic s'attend sui'-rc. à l'entendre gémir. Mais il avait prodigieusement souffert! Mais l'humanité reparaît, un jour ou l'autre, dans ses pins grands hommes! Ceux-là qui nous accableraient île leur grandeur, nous touchent mieux ; on les préfère moins impassibles; on leur sait gré de toute faiblesse qui console notre vanité; et la plainte qui les rapproche de nous éveille en nos fîmes un intérêt plus doux peut-être que l'admiration

Cet homme extraordinaire ne savait, inspirer que des sentiments excessifs : la haine la plus violente ou le plus absolu dévouement. Lui -intime ne ressentait rien à demi : sa joie, sa douleur également sont immenses (I); il n'a jamais d'assez for-' tes paroles pour les exprimer.

Un historien protestant de Grégoire Vil établit un parallèle entre Luther et lui. Ces deux grands réformateurs, qui procédèrent au rehonrs l'un do l'autre, ont en- effet plus d'un trait de caractère pareil. Grégoire, comme Luther, fut un esprit dominateur. Il était homme par les passions, sans être, comme Luther, charnel et grossier; il n'ajoutait pas l'invective à l'anathème. Il avait les

(i) Gnudii rcpk'ti imiiu-nsiiate. [Ejûst. 1, m.) Ciri'umvallal eriiui nie dolor immanïs. (Epht. 11, 42.)

passions élevées, les passions de l'esprit : c'est par là qu'il nous saisit et nous entraine. Une foi ardente et profonde se mêlait en lui à l'instinct du pouvoir. Tous les grands intérêts du temps, l'avenir des institutions chrétiennes, remplissaient sa vaste pensée; s'il agita le monde, ce fut pour raffermir sa croyance et sa moralité; il n'y a pas trop d'agitations à ce prix!

On peut admirer Grégoire sans accepter sa doctrine. Ses idées convenaient à son temps ; car, en fait de gouvernement et de société , elles valaient mieux que les pratiques grossières du monde barbare. Il cul le sentiment de l'unité, d'accord en cela avec le vieux génie de Home et avec le génie humain. Le moyen âge a vécu des conceptions de ce grand esprit qui garda toute son autorité après sa mort : ceux qu'il avait désignés, en effet, passèrent après lui sur le trône. Il est vrai qu'il usa rudement de ce pouvoir qu'il disputait à la barbarie; il portait dans la lutte de terribles coups. Ce fut un homme d'action, placé au faite d'une société farouche, et qui n'eut, pour la conduire, que cette puissance morale dont il est, pour l'histoire, la vivante expression.

L'Église romaine a mis Grégoire au rang des snints ; partout l'idée de sa sainteté prévalut dans le

MATHU.DE Dë TOSCANE. LSî

peuple après sa mort. Les plus vénérés, les plus purs, avaient été de son parti. On lui attribua beaucoup de miracles; on croyait qu'il s'en opérait encore sur son tombeau. 11 y avait en Grégoire plus d'un côté, en effet, qui devait frapper les imaginations. Comme Jésus, il était fils d'un charpentier; comme son maître, il avait vidé le calice d'amertume. Il avait eu aussi sa passion; l'exil avait été son calvaire et sa croix. Cette conformité d'origine, ces ressemblances avec son Dieu durent parler do même à l'esprit de Grégoire, à l'orgueil de ce puissant mystique, à cette âme de prophète : il en crut d'autant mieux à sa mission.

Dans quelque sens que l'on prenne Grégoire VII, dans le sens du ciel ou de la terre, il n'est pas possible de le faire descendre : saint ou politique, grand apûtre ou grand ambitieux, il a été tout par l'esprit, et il faut, de toute façon, qu'on le maintienne au premier rang des hommes.

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