‹ La grande italienne Mathilde de ToscaneChapitre 27 sur 46 · IM LA GRANDE ITALIENNE · texte numérisé non relu

IM LA GRANDE ITALIENNE

de faire servir, contre les ordres mêmes du Pape, lca biens, les trésors sacrés des églises pour soutenir la lutte contre l'Empereur. Aussitôt que l'orage eut passé, son premier soin fut de régler elle-même les indemnités pour ces saintes et courageuses spoliations. Elle attribua aux églises, aux couvents, dos fiefs dont la valeur fut exactement proportionnée à ce qu'ils avaient perdu.

Tandis que l'on voyait l'ordre et la prospérité renaître chez la comtesse de Toscane, le reste de l'Italie, tout ce qui était encore occupé par les bandes de l'Empereur, offrait un autre tableau : la famine, la peste, les inondations, tous les fléaux, disent les chroniqueurs, s'y rencontraient à la fois. L'ignorauce et l'incurie des Allemands avaient laissé partout dégrader les endiguements des fleuves, et les champs fertiles étaient devenus des maremmes pestilentielles (1). Malgré les recrues qu'il ne cessait de tirer d'Allemagne, l'Empereur vit son armée se fondre sur celle terre de désolation. Il s'était replié vers l'Italie supérieure devant les succès de Mail; Aujourd'hui ce n'est plus lïjmnronce, cVst l'avarie* qui perpétue cet ftat île «luises (lésasli"iMi\. I.'Aulrïdie, comme on le s;iit, ,i négli^i' dYiiln'U'iiir parlinilim'ineut le lit du l'ii, et les iiiomliiliuiis que les hommes spéciaux redoutent, dans un avenir prochain, ne seront pas un des moindres maoï de cette domina-

MATHILDE t)E TOSCANE. 1S1

thilde. Les progrès du roi llermann le rappelèrent enfin par delà les monts.

Mais l'antipape, l'audacieux Guibert, restait toujours maître de Rome. Son armée tenait le centre de l'Italie, et coupait toute communication entre la Toscane et Salerne, où les partisans de Grégoire étaient demeurés. Ou n'avait point encore donné de successeur au pontife. Les embarras de la situation, 1 eluiguement de la comtesse Mathilde, dont ou souhaitait la présence, avaient fait ajourner l'élection. Les cardinaux a assemblèrent enfin sur les instances de la comtesse elle-même. Anselme venait de mourir; leur choix se tourna sur Désiré, l'abbé du Mont-Cassiu, l'un de ceux, ijue Grégoire avait désignés. Mais les évèi|ues de la haute Italie n'avaient pu traverser la campagne de Rome, et les suFfragants se trouvèrent peu nombreux. L'allié du Mont-Cassin demanda lui-même que l'on prît encore l'avis de la comtesse, et que l'on attendît des circonstances plus favorables, car une élection imposante était nécessaire pour ramener l'unité dans l'Eglise. Les succès de Mathilde aplanirent en partic ces difficultés. Craignant toujours que l'antipape, qui louait Rome sous sa main, ne fût accepté de guerre lasse , redoutant de voir donner un tel successeur à Grégoire , elle pressa le conclave de se

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réunir et de passer outre , quel que (ut le nombre des prélats; elle promettait de se rendre à Salerno pour les cérémonies de l'intronisation.

Le conclave s'assembla donc, et l'abbé du Mont- Cassin, unanimement élu, prit le nom de Victor III. Soit qu'il poussât trop loin le respect des recommandations de Grégoire quant à la présence de Matbilde, soit qu'il eût conscience de sa faiblesse, le saint abbé fit tous ses efforts pour échapper à ce redoutable honneur; il eut à subir une sorte de violence. Gisutfe, prince de Salerne, s'offrit pour le conduire à Rome et le protéger, au moins le temps nécessaire à sa consécration. On parvint à grandpeine jusqu'à l'église Sainte-Lucie. Victor 111 l'ut intronisé à la hâte ; puis ce solitaire, à bout de forces et de courage, s'en alla chercher un refuge dans son couvent du Mont-Cassin.

Celte lutte prolongée contre l'Kmpereur, dont Matbilde était sortie si grande, la prospérité de ses États , le mouvement do ses ports fréquentés par tous les peuples commerçants , son gouvernement de justice et d'humanité, tout avait répandu au loin sa renommée : bien des princes recherchèrent sa main, quoiqu'elle eût passe quarante ans. Parmi ces prétendants, on eu cite un d'humeur bizarre, et qui s'attacha longtemps à sa poursuite i eo fut le

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fila aîné du conquérant de l'Angleterre, nommé Robert Courte-heuse. Il était parti, mécontent de n'avoir pu obtenir que Guillaume, de son vivant, lui cédât la Normandie. 11 s'était plus d'une fois mis en campagne pour s'emparer par la force de ce duché. On racontait que Guillaume, accouru un jour du fond de l'Angleterre, s'était misa la poursuite de sou fils ; il l'avait assiégé dans un château où Robert s'était enferme. Celui-ci , dans une sortie, engagea le combat contre un chevalier dont le visage était caché aous sa visière; il le renversa de cheval d'un coup d'épée, et, au cri du blessé, Robert Gourte-heuse reconnut son père.

Après s'en être allé plus d'urfe fois combattre au loin et courir force aventure, Robert était parti pour ne plus revenir du vivant de son père, et avait encouru sa malédiction. Chez, ces Atrides normands, les iils combattaient contre le père , les frères se détruisaient entre eux. Le fugitif s'achemina vers l'Italie, où un autre Robert, un Normand , avait fort réussi dans ses affaires. Accompagné de quelques chevaliers mécontents de Guillaume et d'une bande d'aventuriers, il débarqua en Toscane, et, tout ébahi de la richesse de ces contrées , il se mit en tète de les conquérir, d'un seul coup, en épousant Mathilde ; mais elle n'était pas portée au ma-

riagc^ comme on le sait. Cet homme épais et trapu, ce nain avide et furibond, netait guère l'ait pour la séduire : la fortune de Robert, compromise, ne valait pas mieux que sa personne et sa réputation. Malhilde, tout en cherchant à reconduire, usa de ménagements toutefois, pour s'éviter de fâcheux démêlés avec les autres Normands de l'Italie.

Le moment approchait pourtant où la comtesse allait céder à d'iiutres poursuites matrimoniales, où sa résistance devait fléchir sous de plus puissantes sollicitations.

L'antipape Guiberl trônait lièrent en t au Vatican, tandis que le moine, te saint que l'on venait d'élire à Saleme, s'était déjà connue évanoui dans sa profonde retraite du Monl-Cassin . Guibert, actif, entreprenant, n'épargnait rien pour se maintenir et consolider son régne de hasard et de violence. Il n'est pas douteux que la ll-pre Gttihertine (c'est le mot du poète) aurait gagné la chrétienté tout entière, si Mathilde, à défaut du pape légitime, n'eût clé là pour l'arrêter. Elle ne cessait d'écrire à ce prêtre timide cl découragé : que c'était un sacrilège d'abandonner la chaire de saint Pierre à la profanation et qu'il fallait à tout prix rentrer à Home. Elle offrit .d'y marcher à la tète de son armée et y donna rendez-vous au pontife. Line pareille proposi-

tion épouvanta ce pauvre successeur de Grégoire; il tomba malade, et ce fut pendant quelque temps un prétexte à son inaction. Mais il avait promis au grand pontife mourant d'écouter Mathilde, de s'aboucher avec elle, et ses scrupules l'emportèrent sur sa frayeur. 11 se mit en route et gagna Home par mer; Mathilde y était déjà. De même que Jeanne d'Are, à Ileïms, marchait i'épée liante (levant son roi, ainsi Mathilde, à la tète de ses soldats, précédait le Pape et lui ouvrait les portes de Home. Elle était à la fois lame et le bras : elle était comme la papauté elle-même.

La comtesse s'était déjà rendue maîtresse de la rive droite du Tibre, de cette portion de la cité que l'on appelle le Transtévère. Le reste était encore au pouvoir de (Inibert, qui n'était pas homme à céder devant ce premier échec. Mathilde avait établi le- Pape dans 1 église de Saint-Bar thé lem y, à défaut de Saint-.lean de Latran qu'occupait Guibort. Victor officiait le samedi saint en grande solennité, et la foule était accourue pour recevoir la bénédiction de ce vieillard qui était en grand renom de sainteté. L'antipape, vu de près, avait déjà, par ses mœurs de soldat et sa vie plus que mondaine, étrangement compromis son caratlère pontifical : il résolut d'arrêter la défection, qui gagnait Home, par un coup

de main sur la personne, du pape Victor. I-e jour do Pâques, à l'heure où les offices allaient commencer, il fit envahir par ses soldats l'église de Saint-Barthélémy. Une lutte violente s'ensuivit et le sang coula. Mathilde ainsi surprise, parvint à conduire le Saint-Pe.ro dans le château Saint-Ange, tandis (]Ue ses troupes continuaient le combat et réussissaient à arracher l'église au\ mains de leurs adver-

Sans doute que !a comtesse ne se sentit pas assez forte pour triompher, à ce moment, de (iuibert, homme de tête et d'adresse singulière, toujours assisté d'ailleurs par les secours que l'Empereur lui faisait parvenir. Mathilde, il semble, s'attacha toul entière alors à la pensée de Grégoire : faire diversion au schisme et réunir vers un grand but toute la chrétienté eu discorde.

Mais Victor III ne vit même pas commencer cotte croisade qui fut le seul acte, le seul projet plutôt, de son pontificat. Les circonstances où l'on était n'allaient pas à sa faiblesse. Toujours malade et tout épuisé par les alertes qui troublaient son séjour à Rome, il s'en retourna mourir au Moiil-Cassin (I ).

Ce fut à peu de dislance de là, à Béuéveut, que,

;i) ni septembre mua.

SATHII.DK db TOSCANE.

se tint le concile où l'expédition Tut décidée. La côte d'Afrique; vers laquelle on se dirigea, semble indique!' que le bul de la croisnuY n'était point exclusivement religieux (1). Les pirates mahométans de ces pays infestaient la Médilernuiée et jusqu'aux rivières de l'Italie. Malhilde avait armé plusieurs fois contre eux, soit du côté de l'Adriatique, soit dans la mer de Toscane ; mais, continuellement chassés, ils reparaissaient toujours. On prit donc le parti d'aller les attaquer et les détruire jusque dans leurs repaires.

La comtesse assista-t-eile au concile de lîénévent, se demande son biographe, ou fut-elle alors retenue par sa lutte devant Home, contre l'antipape, son ennemi constant et particulier? Quoi qu'il en soit, Matlnïde lit prêcher partout la croisade. Ses grandes villes maritimes, Pise et Gênes, jouèrent le premier rôle dans cette expédition, où les intérêts de politique et de commerce avaient leur part. Une rivalité ardente existait dès ce temps entre Pise et Gênes. Ces deux cités firent trêve à leurs sanglantes querelles pour fournir des transports aux croi-

(I) On sait eue ta dernière iroisada de saint Louis, en 1270. eut lieu ^paiement sur la rûte iln Tunis, pour des motifs politiques et rommereiau\ que lit prévaloir lu roi de Sicile, Charles d'Anjou.

ses. Mathildc, on le suppose, eut assez d'influence et d'autorilé pour intervenir entre ces deux rivales et les réconcilier un moment, afin de concourir au même but. Les croisés débarquèrent vers Tunis; ils fondirent sur les Sarrasins, remportèrent des avantages, firent main basse sur ce qu'ils trouvèrent de précieux, et ramenèrent sur leurs vaisseaux tous les chrétiens en esclavage chez ces barbares. Cette petite croisade fut comme le prologue de la grande épopée qui remplit les siè cl cs^ suivants.

Victor III s'était éteint au fond de son monastère (1), Le Mont-Cassin perdait, avec lui un pieux abbé; l'Église ne perdait point un pape, et c'était l'heure d'en trouver un. La comtesse eut hâte cette fois encore de voir le conclave assemblé : elle craignait de laisser au persévérant Guibert le temps de profiter d'un interrègne. Elle envoya donc aux éveil) On s'étonnera peut-être i|»c le faillie Victor HI ail été désigne par Grégoire VU comme l'un de ses successeurs; mais il y aurait à répondre que Grégoire. ;'i cette époque, se trouvait fort limité dans ses choix ' il avait, en premier, désigné Anselme. If conseiller de Matliildc. qui était un homme de gouvernement, mais que la mort enleva; puis le cardinal Otto, éïéque d'Oslie, qui succéda à Victor 111. et qui fut le pape Urbain II. Grégoire avait désigné en troisième l'atiUé du Mont-I jissin. renommé pour ta douceur et sa sainteté. Peut-cïro Grégoire, à qui l'on avait tant reproché sa hauteur iullcxiliie, crut-il. ;i sa dernière heure, qu'un saint serait, dans l'état si tronhlé de l'Église, plus propre qu'un aune ii rapprocher les esprits.

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quea messages sur messages et leur conseilla de se réunir à Terracine, prévoyant qu'une partie d'entreeux n'oseraient pas se rendre ;ï Rome. Ce fut l'évoque d'Oslie, le cardinal Ollo, que Mathildo appuya, (irégoire, à sou lit de mort, l'avait désigné parmi les quatre plus dignes. Elle intervint hautement en sa faveur, faisant rappeler en quelle estime il était auprès de Grégoire, et ce qu'il avait bravé de fatigues, de souffrances pour la cause de l'orthodoxie. L' évoque d'Ostie fut donc élu pape et prit le nom d'Urbain II. Celui-là était à la hauteur de sa fonction ; il y avait en lui un homme à côté d'un saint. Cet Urbain fut l'apôtre et le grand ouvrier des croisades. Il reprit la lutte où l'avait laissée Grégoire; il convoqua à Homo même un concile universel et renouvela les anathèmes do ce dernier contre l'antipape, contre l'Empereur, contre tous leurs partisans. 11 fit appel au peuple de Rome et l'exhorta à chasser honteusement Gnibert. Mais si Guibert n'était pas fait pour être pape, il était fait pour commander. 11 réussit à agiter de nouveau la Lombardie et la Toscane, afin d'y opérer une diversion.

Malhilde, ainsi, se vit forcée de quitter Rome à la hâte et de reparaître dans ses Etats. Elle trouva la Toscane déjà soulevée; l'ingrate Lucques avait

encore une fois repoussé son autoriu'i. Tout était à -recommencer, et Mathilde se remit à l'œuvre. Son activité, sa ferme intelligence ne lui firent pas défaut, et bientôt elle parvint à faire rentrer dans le devoir la plupart des rebelles.

Abandonné à lui-même, le l'ape trouvait sa position critique. « Il écrivait, dit le bon Dofnnizo, lettres sur lettres à la comtesse; il fui envoyait légats sur légats, lui rappelait les serments qu'elle avait fait» à Grégoire, et l'adjurait de sauver le Saint-Siège.» C'était une tâche au-dessus des forces de Mathilde, que de faire face à loua les périls en même temps. Hélait évident que si elle venait à quitter ses l'"lats, la révolte y éclaterait encore. «Les vrais catholiques devenaient de plus en plus rares, dit un chroniqueur; les fauteurs du schisme au contraire pullulaient. - Henri se préparait à descendre encore en Italie et à tenter quelque grand coup pour en finir avec ses ennemis.

Ce fut alora que le pape Urbain « calcula, dans sa sagesse, dit le biographe, que si, au courage indomptable de la noble comtesse , à toutes les ressources de ses riches pays, on pouvait unir les troupes allemandes du jeune due Guelfe de Bavière, il résulterait de cette union un formidable faisceau dont empereur ni antipape ne viendraient

HATHILDE DE TOSCAirE. m facilement à bout(l). n Plein d'espoir dans ses. combinaisons, Urbain ne s'épargna pas pour les mener à bien. Il s'en ouvrit à Malhilde, et lui proposa hardiment d'épouser Guelfe de lîavière..

Malhilde en fut surprise et gravement contristéc. La chose était étrange pour un esprit solide et chaste comme le sien : moins que jamais elle inclinait au mariage ; elle avait refusé les plus dignes, les plus glorieux partis. Ce que le Pape lui proposait n'élait pas fait pour la ramener à d'autres vues : Guelfe avait dix-huit ans, et Mathilde alors en avait plus de quarante; elle marqua donc sa répugnance ;\ contracter un pareil nœud. Mais le Pape insista sur les avantages qui en sortiraient, et finit par commander au nom de l'Église. La fille de Pierre Laissa la tÈto et se laissa avec tristesse arracher son consentement : le mariage se fit donc. Est-il besoin de marquer ici que Malhilde lit encore ses réserves de chasteté, dans ce nouveau mariage politique qui était moins le lien de deux personnes que de deux États?

L'Empereur s'émut à celle nouvelle; < il en prit dit le chroniqueur (2), un âpre souci; s sans perdre de temps, il se disposa à quitter l'Allemagne

(I) Fiorenlmi : Vemarlr. rit.

i. Bertliolâ.

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et ressembla Imites ses forces pour tomber sur l'Italie (1). Matbilde avait déjà passé par de rudes épreuves, mais des moments plus terribles encore l'attendaient.

L'Empereur, avant de franchir les Alpes, s'empara de tout ce que sa cousine tenait du chef de sa mère, en Lorraine et ailleurs; il échoua toutefois devant la forteresse de lïrigerino (2). Furieux de son échec, il se jeta sur l'Italie et dévasta tout jusqu'à Mantouo où la comtesse et son mari s'étaient enfermés.

Matliilde avait prévu l'orage; elle savait que cette ville, par son importance, aurait à faire face à quelque grand effort de l'ennemi. Elle n'avait donc rien négligé pour la mettre en état de soutenir un long siège. Henri se présenta devant Mantoue avec toute une armée et se flatta de l'emporter. Il multiplia les assauts, mais ses iroupes périrent à la peine, et il se décida, faute de mieux, à réduire l'ennemi par la famine; il convertit le siège en un étroit hlocus.

Mathilde alors sortit de la ville, se jeta dans la

(1) Au mois de mai 1090.

[2) Abslulii omnirio niai castrum itrigerinum.

Forte qund et magnum loi-uplex. cr.it iiiitliqur Urgum. Hoc re\ apgressns iinjuil iiitus puiu'iv jircssus.

Douttuo.

MATIN LUE DE TOSCANE. 173

campagne, inquiéta les Allemands par d'incessantes alertes, et réussit, de temps à autre, à introduire daus la place des approvisionnements °u des renforts. Sans cesse elle écrivait aux. assiégés, les conjurant de ne point oublier quelle cause sainte ils avaient à défendre, les encourageant à tenir bon, leur disant de compter sur elle.

Mais Henri, à bout d'efforts, eut recoure à ce grand moyen qui lui avait réussi devant Home. Il parvint à gagnée quelques chefs, à forée de promesses ou d'argent, et la trabison lui ouvrit les portes de Manîoue après onze mois de siège (1). Le duc Guelfe eut graud'peine à échapper il ceux qui avaient promis de le livrer à l'Empereur.

lei se remarque encore le silence obstiné du chapelain à l'égard du pauvre Guelfe. Il est envers ce second mari, comme envers le premier, d'un mutisme évidemment calculé et inflexible. Volontiers il les effacerait de l'histoire, d'un trait de plume, comme il les bannit de ses vers. Avait-il contre l'un et l'autre quelque rancune particulière? Ou bien ces princes s'étaient-ils comportés de telle façon avec Malluldc, que le bon serviteur évitait de rappeler à sa maîtresse le souvenir néfaste de ses deux

[1, yuL-luues chroniqueurs disent treize mois. Avril 1091.

ni LA GRANDE 1TAL1KHNK

maris? C'est par hasard et probablement à son insu qu'il laisse une seule fois échapper, à propos de liuoirectdeMatbilde, ce mol fatal, îles deuxcpouxB

(coixsorles).

Dans un tableau plus dramatique et plus vivant que le simple récit de l'histoire, Canosse uous raconte au long, par la muse de son chapelain, le siège et la trahison de Mantoue, avec toute l'émo- Lion du moment, avec cette verve de colère et de rivalité jalouse qui poussait la patrie de Domnizo contre sa voisine, la patrie de Virgile (1).

« .... Iles tait à ma maîtresse, poursuit la lidèle Canosse, une ville qu'elle avait, hélas ! toujours aimée, cette ville qui, de tout temps, s'est appelée Mantoue. Madame Mathilde l'avait comblée de faveurs, de privilèges. Le roi brûlait de s'en rendre maître, et tout à coup il apparut devant ses murs. Aussitôt la fdle de Pierre y jette ses soldats les plus braves. Quant à elle, l'intrépide femme , la grande duchesse, elle s'empare des hauteurs voisines, et de

(1) Ceci n'est point nue pure supposition, (jmosse il i 1 ù Mantoue : «Tu es bien Itère de Ion Virgile, lui qui cependant n'a eompose ses vers que sur lui seul limite, nievamètre, tandis que mon poêle se permet it- distique. cli'.»l'lt pour eu donner la preuve, DomnUo raconte aussitôt en vers lieva métros et pentamètres (où les fautes de quantité et lesliartwismes ne manquent pas;, les noies de Béalrix, etc.

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là lient en échec son insolent ennemi. L'armée du roi livre à la ville d'atroces assauts. Les assiégés multiplient les sorties; les troupes do la comtesse tuent, écrasent, chassent devant elles lo vil troupeau des Allemands, Oh! la belle résistance! Le roi n'osait plus se montrer, il se tenait la tète basse el à l'écart. Ses perplexités et ses frayeurs durèrent ainsi onze grands mois. Cependant on lui livra, dans l'intervalle, Ri pal ta; on lui livra la tour de Gubermila. Ces pertes n'ébranlèrent pas le courage de la servante de Pierre. Sans cesse elle fait parvenir aux assiégés des secours, des approvisionnements; elle leur prodigue tout et les conjure de tenir ferme. Ceux-ci lui promettent de rester fidèles. Promesses menteuses, auxquelles la confiante Matbitde ajouta foil Ils la trompaient, ces malheureux. Déjà ils s'étaient engagés envers le roi à lui livrer la place avant le jour do Pâques. Ils persévèrent dans leur dessein, ces nouveaux Judas, et vendent la ville dans la nuit même où le traître apôtre vendit sou Dieu.

t A l'heure où le roi entrait furieux dans Mantnue, les soldats de Madame Mathilde parvinrent à en sortir. L'adversité trouva alors, et toujours, la grande comtesse pluB ferme que ie roc, plus indestructible que le dianiaut : elle s'était assise, im-

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