‹ La grande italienne Mathilde de ToscaneChapitre 28 sur 46 · U LA GRANDE ITALIENNE · texte numérisé non relu

U LA GRANDE ITALIENNE

muable, sur la pierre où Dieu a bâti son Église. C'est en vain qu'elle est assaillie par les flots, battue par la tempête, elle ne sait pas flccliir(i). »

L'héroïque forteresse ne s'arrête pas là : après ce juste hommage rendu à sa maîtresse, la ville de Domnizo trouve l'occasion bonne pour faire à Manloue une leçon sévère, et Garnisse l'apostrophe comme il suit :

« Ah! quelle n'aurait pas été ta gloire, ô Mantoue, si lu avais, mieux avisée, fermé l'oreille au\ séductions du roi Henri! Ta renommée, ton honneur remplissaient l'univers. On t'appelait la forte, on l'appelait la riche ; tu devenais immortelle comme Troie la Phrygienne, dont le siège fabuleux, pouvait revivre en loi. Toutes 1rs villes de l'Italie proclamaient tes enfants les enfants d'une forte race, d'un sang antique et généreux. Partout on aurait dit : « De même que les Phrygiens ont été la ter- « reur des tirées, de même les Mantouans sont la « terreur des Germains, n Fatale trahison qui précipite Manloue d'un tel sommet de gloire dans un abîme de honte! 0 trahison, ce sont là de tes œuvres! Tu souilles la fidélité, lu souilles la victoire; tu mets le trouble parmi les rois, les dues, les ha-

(I) Domnizo : Vila Malhlidli ducairicU, de.

11ATHIL1IE UE TOSCANE. IÎ1

rons; tu portas dans tous les rangs la. confusion et la honte. Ah! Mantoue, si tu avais gardé ta foi, Madame Mathilde n'aurait pas failli à le délivrer, et ce n'est pas dix ans, c'est douze ans au moins que tu aurais pu braver son ennemi? Tu aurais conquis la* paix; le roi eut fini par s'éloigner tout honteux de tes murs , tu serais restée l'amour et l'orgueil de la Grande comtesse. Elle t'aurait enrichie, honorée, enihellie au-dessus de toutes les villes. Ton peuple aurait porte la toge, comme jadis le peuple romain. Admettons même que le roi L'eût prise d'assaut, quelle gloire encore c'eût été pour loi! Il n'y a pas de honte à être vaincue; personne n'aurait pu dire alors : La perlide, la lâche Mantoue! Ah ! plût à Dieu que ces noms-là ne fussent pas les tiens ! Mais, il n'est que trop vrai, ces noms-là t'appartiennent maintenant, ces noms-là te resteront; tu as troqué ton vieil honneur contre cette vile renommée. 0 Mantoue, pourquoi t'es-tu vendue! Autrefois, à pareil jour, remplie de bons catholiques, tu célébrais la pàque du Christ en compagnie de l'illustre Mathilde, dont la cour resplendissante répandait sur toi une pluie île bienfaits; tu ne possèdes maintenant que la cour affamée d'un prince ruiné; tu célèbres la pàque avec des Allemands hérétiques, amis de la bouteille et perdus de luxure, iî

ith LA GRAÏDE ITALIENNE

Tq ne sais pas un seul mot de leur langue , à ces brutaux qui su prennent do querelle après avoir bu, qui tirent l'épée au moindre mot, s égorgent entre eux, se mordent comme des loups se disputant un os, et ne sont d'accord que pour violer et dépouiller, les sanctuaires.

■ Mantoue, regarde et vois donc quels compagnons tn t'es donnés! Fuis-les, méprise-les, la mort est avec eux. I," amitié du roi no durera pas toujours. Sacbe-le, il ne tiendra rien de ce qu'il t'a promis. 11 te trompera, ou bien s'en ira comme il est venu. Prends garde que sa paix ne soit au fond une guerre à mort. Allons, ré veille- toi, de la résolution; aie le courage de pleurer ton crime. Tu as tout mis en oubli, il est vrai, devoirs anciens, promesses récentes; mais les larmes peuvent tout laver, pleure ! »

L'Empereur Henri, maître de Mantoue par la connivence d'un petit nombre, s'efforça de se l'attacher en lui concédant d'importants privilèges, outre ceux que Matliiide lui avait déjà accordés. Ce fut là une constante politique des' princes allemands, ses successeurs , à l'égard des villes de la Lombardie ; les amener, par degrés, à leur domination par des faveurs particulières, des concessions municipales, qu'ils distribuaient de façon à

HATHN.DK 1)K TOSCANE.

susciter entre les cités tles jalousies et îles discordes. C'est ce qui explique qu'un si grand nombre de ces villes lombardes se soient prononcées pour l'Empereur, dans le duel séculaire qui commençait.

Recueillant les fruits de sa victoire, Henri prit possession de tout le pays jusqu'au Pù; seules les deux forteresses de Plaiina et de Nogara résistèrent à tous les efforts. Moins heureuse, la forleresse de Minervia, prise à ['improviste, el que l'on n'avait pas eu le temps (l'approvisionner, fut réduite à capituler.

Laissons encore le poète de Cauossc nous raconter il sa manière naï\ e eu qui su i vil la prise de Mantoue. Il continue d'apostropher, de flageller ironiquement de son mépris toutes les villes qui ont ouvert leurs portes ou qui se sont mal défendues : «Le roi, ditil, se réjouit fort do la prise de Mantoue. Il lui donna pour gouverneur l'Allemand Conon; ce faux évéque remplaça Ubaldc, le vrai pasteur, qui s'était réfugié près de la Grande comtesse catholique. Henri s'empara de tout le pays jusqu'au delà du Pô, à l'exception tmilediis de Platina et de Nogara: deux bonnes places qui restèrent fidèles à Mathildo, et méprisèrent les menaces et les fureurs des Allemands Minervia, tout au contraire, ouvrit ses por-

tes ; assurément elle avait eu grand'pcur d'avance, car elle n'attendit pas tjue le roi eût' lancé contre ses murs le moindre trait. Mais sa perle ne fut pas si sensible à Madame Mathilde qu'elle lui fit déserter la cause de Pierre ; toute pleine de joie et d'espoir, elle allait nuit et jour par les comtés de Jieggio et de Mantouc, fortifiant, approvisionnant ses

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mencer la lutte, liien convaincue qu'elle viendrait à bout du roi. En attendant, elle-même !e suivait pas à pas, étudiait ses habitudes, jusqu'à ses moindres mouvements, et partout où se montrait Henri arrivaient Mathilde et ses soldats pour le surveiller ou pour le surprendre. Un jour (c était après la prise de celle valeureuse Mincrvia), en plein hiver, Henri s'en était allé de l'autre côté de l'AIhésis, s'y aventurant seul , sans un seigneur de sa cour ni un soldat de son armée. Avis eu est donné à la vigilante comtesse, qui fait prendre aussitôt les armes à un ■ millier de ses gens et les lance à la poursuite du roi, avec ordre de ne combattre, quoi qu'il advienne, qu'en pleine campagne. Henri les aperçoit à temps, se réfugie dans les marais du Pô et les roseaux de l'Atbésis. Pendant huit jours le rusé monarque les promène, les épuise à courir après lui; il voulait donner à ses troupes le temps de le

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