LA G BANDE ITALIEN KK
inÈme à le faire déclarer roi; pour ce motif, elle hâta la ruine de l'Empereur. Déjà Malliilde lui avait enlevé sa femme; maintenant elle lui enlevait sou lils. En vain Henri ordonne à Conrad' de se retirer on Gaule. [,c «rince comprit ijne c'était un exil, et il resta auprès de la souveraine du Toscane. Celle-ci l'assista de ses précieux conseils; elle (il épouser à ce jeune et charmant prince une belle princesse de Sicile, lu fille du puissant due [loger. Le Pape, de sou côté, lit connaître que si le jeune Conrad se montrait docile à ses avis, il ne s'opposerait pas à
une girouette tournant à tous les venh (\ ). Sa parole, tranchante comme le fer, coupait , brisait tout ce qui s'opposait à ses desseins. Ainsi que le serpent fascine de son regard le cerf éperdu , ainsi le sage pontife fascinait, terriliail l'hérésie, et la réduisail à ses volontés. »
Maïs ici revenons à Malliilde : c'est donc lui , le hou serviteur, le pieux chapelain, qui nous dit sans détour qu-> h t ■uni'- s« mlr; . i ■|.im- m I Km ■ pereur sa femme, puis son fils. Devant le dire formel d'un témoin si sur, il n'y a plus de place pour le doute. Il ne reste qu'à se demander comment une
(1) Joli ïml liïr rci'lnv Ircniulus (jiiasi cumula vi-nto.
Dowrio.
âme si grande et si sainte, un caractère aussi généreux que Math il de, en vint h l'emploi de pareilles armes, comment elle poursuivit clans son ennemi jusqu'à lepoux, jusqu'au père ; voyons ce qui peut expliquer sa conduite.
Mathilde était la personnification d'une idée; tout convergeait en elle vers un seul but, et sa noble nature fléchissait parfois sous les Hures exigences de la lulle qu'elle soutenait.
L'Empereur son parent était devenu le fléau de
déchiré le inonde par un schisme; il promenait la dévastation depuis vingt ans sur la Toscane et l'Italie; il avait mis les domaines de Mathilde à feu et à sang. Elle voyait donc en lui une sorte de bête furieuse qu'il fallait nécessairement détruire. Puis cet homme inspirait, en outre, aux âmes pures une secrète horreur. Partout on disait, en Italie, que cet empereur d'Allemagne avait plus d'un trait de ressemblance avec les pires empereurs de l'ancienne Home; on lui attribuait les folles dépravations d'Héliogahale ou de Néron. On rapportait que, non content de faire tomber sur l'infortunée l'raxedis ses brutales colères, il l'exposait, dans ses orgies, aux outrages les plus impurs. Ce qu'on disait de lui à propos de son fils Conrad passait,
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il est vrai, toute vraisemblance, car, en fait de débordements, Henri était sans doute un de ces riches à qui l'on aime à prêter largement (1).
Mathilde était donc entourée de gens qui n'avaient point intérêt à lui peindre en beau son adversaire, lequel était, pour tout le parti orthodoxe, un monstre dépravé, incorrigible. 11 était mis hors la loi religieuse; il était excommunié relaps. C'était bien un souverain déchu aux yeux de Mathilde; mais, proche parente de la maison de Franconie, elle souhaitait île voir maintenir la couronne dans cette maison; elle aimait Praxedis, et ne voulait pas que les enfants payassent pour les méfaits de leur père. Ce fut pour tant de raisons qu'elle recueillit le jeune Conrad, et songea à le faire couronner roi, au moment où il était question en Allemagne de divers compétiteurs à l'Empire.
Mathilde, se sentant plus forte de son alliance avec Conrad, reprit hardiment l'offensive. Elle courut occuper les défilés des Alpes, et s'engagea même 'an delà des monts. Henri, devinant les conséquences de la rébellion de Conrad, mil tout en œuvre pour s'emparer de lui. Peu s'en fallut qu'il n'y parvînt, Le jeune prince, s 'étant un jour avancé iinprudoni-
(i) Vi>yirr.res l'Inm^s ili'-litils ihns Kiiiri'iilinï : itemurie tlr/lti
Gràn-Contetta.
ment, tomba aux mains d'une 'troupe <le partisans au service de sou père. Matliilrle l'apprend, accourt elle-même, délivre Conrad, le ramène à Milan ou â Monza, et le fait hardiment couronner roi.
Mais ce coup d'audace eut pour la comtesse de dangereuses suites. Son beau-père, le yietix Guelfe, s'en montra fort irrité, car il songeait à un autre pour la couronne de llcrmauie. Voyant ses projets contrariés, il sr rapprocha de Henri, qui étnit à la veille de quitter l'Italie, el déterminé, disent, les historiens, à no pus survivre â sa honte et ;\ ses malheurs. Le jeune Guelfe, le mari de Mathilde, se plaignit très-haut également, et parla de se retirer en Bavière.
Celui-ci, du moins, avait quelque sujet de se plaindre. Nous avons dit quelle avait été la politique d'Urbain en faisant contracter ce second mariage à Mathilde. Le jeune duc , de son coté , n'avait fait là, comme on peut le croire, qu'un pur
cans l'avait tenté. On avait bien parlé, il est vrai, de la donation faite par Mathilde an Saint-Siège; mais l'acte avait été déchire , annulé par le roi Henri, devenu maître de Home, et cet acte, depuis lors, n'avait pas été renouvelé. Tant quo le Pape eut besoin du jeune duc de Bavière, il s'éludiaà le
■ton |.A GRANDE 1TA I.IENNK
ménager et évita de parler à la comtesse d'un sujet si grave et si délicat. Mais, après que la rébellion de Conrad eut donné à l'Église un auxiliaire inattendu et pins puissant que les deux Guelfes, le pontife se crut libre d'agir, et il chargea son légat de rappeler à Mathilde ses anciennes promesses. La fdle de l'ierre, loyale et constante dans son dévouement, sans hésitation, sans murmure, renouvela sa donation, et convoqua de nombreux témoins à cet acte solennel qui se fit à Rome.
Le jeune Guelfe, déçu dans ses espérances, fit éclater ses plaintes et ses ressentiments. Ne voulant plus porter le joug d'une union sans profit, il annonça son dessein de demander le divorce et regagna l'Allemagne en attendant.
Les ennemis de Mathilde s'évertuèrent à montrer ces discordes domestiques sous un jour faux et scandaleux. On se plut à inventer mille causes à cette séparation. Les uns prétendirent, avec aussi peu de sens que de pudeur, que ce jeune mari désertait le toit conjugal, ne pouvant plus répondre aux passions amoureuses de sa femme, et qu'il avait besoin de l'air nalal pour y refaire sa santé compromise; les autres, tout au contraire, disaient que Guelfe s'était lassé de n'être qu'un mari sans femme el un due sans duché; qu'en vain il
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HATH1L0E DE TOSCANE. 101
avait prît- Mathilde de. lui octroyer l'une et l'autre.
Ceux-ci, sans doute, élaient plus près île la vérité que les premiers. Cruelfc, en effet, voulant faire prononcer l'annulation de sou mariage, ne trouva pas ilf meilleure raison à invoquer que celle-ci : « Il n'y avait jamais eu d'intimité conjugale entre lui et la comtesse do Toscane., n
Une femme toile que Matliilde eut à souffrir de ces débats qui devinrent, pour ainsi dire, publics. Interrogée à son lotir , elle répondit simplement : « que c'était là un secret de la vie privée qu'elle eût désiré ne pas révéler; mais puisque Guelfe avait jugé à propos d'en dévoiler le mystère, elle avouait franchement que son mari n'avait dit, en cela, que l'exacte vérité (1). »
Tout ee bruit ne profita guère à ceux qui l'avaient propagé. L'Empereur, malgré l'appui des deux Guelfes, qui passèrenl sons ses drapeaux avec tout l'éclat de leurs rancunes, ne put se maintenir en Italie. I.a clirétienté tout entière, emportée par l'enthousiasme de la croisade, n'entendait plus rien que la parole ardente d'Urbain 11; ses prédica-
(l) Pour répondre à ceux qui ont cru pouvoir contester le second mariage de Matliilde, comme le premier, nous donnons a l'Appendice O plusieurs actes où les noms de Godefroi et de r.uclfp figurent îi coté de relui de Mathilde.
îilî I.A GRANDE 1TAT.TKNNK
tiona retentissaient du fond de b Gaule en Italie et enflammaient partout les peuples. La Papauté grandissait, triomphait; l'Kmpire desi codait au second rang.
Henri, après tant d'efforts en pure perte , comprit enliu que sa position n'était plus tenaille, qu'il fallait se replier derrière, les Alpes et attendre dus jours plus favorables. Sa retraite foreée fut le triomphe de Mathilde, .Le parti de l'Église le poursuivi! de ses malédictions; on en peut juger par cette fongueuse sortie que lui adressait un cardinal (I) en forme d'adieux : «Cet empereur, cet autre Néron, qui livrait sa femme à la luxure do ses courtisans, sans pitié, sans honte, à la face de Dieu et du monde; ce père qui, par sa cruauté,
avait forcé son (ils de le trahir Après une lutte
acharnée qu'il soutint, non contre un roi, non contrè un due ou un puissant baron, mais contre une simple femme, bien glorieuse, il est vrai, car c'était l'illustre Mathilde, cet empereur tomba dans toute la force de l'âge, à cinquante ans; ce chef du Saint Empire, ce princo parjure et relaps, s'enfuit devant une femme!.... »
« Madame Mathilde , dit un autre conteinpo-
(I) Le cardinal neusdedii.
XATHILDE t)K TOSCANE.
rain (1), la Grande comtesse, la fille dévouée de sainl Pierre..., avait combattu, presque seule, sept années durant, l'empereur Henri, Guibert et tous leurs complices : elle les chassa tous de la Lombardie... »
Le naïf enthousiasme de ce temps comparait les hauts faits de Mathilde à ceux do Mareellns et de César. Plus d'un, sans doute, trouvait Mathilde au-dessus d'eux encore, comme général : «Marcel- Jus, nous dit un biographe, ne s'était trouvé qu'à Ironie batailles, César à cinquante, tandis que la .Grande comtesse avait livré plus de soixante combats (2). »
La retraite de l'Empereur n'avait pas déconcerté l'antipape; l'énergique Guibert tint lion quelque temps encore dans Rome. Mais il avait affaire à un rival aussi ferme et aussi persévérant que lui. Urbain II, voyant le moment de se débarrasser définitivement de cet adversaire, s'adressa à tous les princes italiens, et les pressa de s'unir pour écraser le schisme entièrement. Mathilde parvint h gagner lioger, le cher des Normands. Elle avait en grande amitié la jeune Constance, fille do ce due de Sicile, dont elle avait l'ait le mariage avec Cou-
(1) Berthnk) de Constance.
(2) FiorenHoi, Memorle tfelfa Gratt-Canleua, ae.
rail. lùlle décida en! insatiable politique à mettre, pour un jour, ses calculs île côte et à faire acte de désintéressement envers l'Église; elle finit par lui en arracher du moins la promesse.
Voyant se former un tel orage, Guibert jugea qu'il était temps de cesser la lutte : il quitta Rome et se retira à Ravenne, où il mourut de lassitude et de rage quelques mois après.
Le parti orthodoxe avait sans doute de quoi reprocher à Guiberl; cependant le chapelain de Mathilde nous semble afficher des sentiments peu chrétieus envers l'antipape défunt, qui mourut, il est vrai, dans l'impénitence finale. « Que l'anathème, s'écrie le poète, le poursuive à travers les siècles ! que le ciel et la terre lui soient également impitoyables! que les bons se réjouissent enfin ; il est donc mort, ce fils de perdition! Puisse la terre ne jamais revoir de fléau semblable! » Un autre nous dit que Guibert « fut hypocrite jusque dans la mort. Il n'est point de prière qui puisse sauver un homme que Dieu lui-même, à la dernière heure, a dédaigné de rappeler à lui ! »
Urbain II ne jouit pas de sa victoire: il trépassa vers le même, temps que Guibert. Lui aussi, on le prétend, mourut de ses angoisses, lorsqu'il apprit la fatale issue des premières expéditions chrélien-
nés en Terre sainte. Il avait été l'âme de cette grande entreprise dont il attendait le salul de la chrétienté, aussi bien que la délivrance du saint tombeau. Il avait soulevé le monde an profil d<
tiens s.ur l'Asie, et il en répondait devant Dieu.
Urbain le coup de la mort. De ce moment plus que languir. Mais après celte tum croisade de l'ermite Pierre, vint lu croisai
. Urbain mou êrance Pareil
Le poêle, qui nous a dit avec tant d'émotion les derniers adieux de Mathilde et de Grégoire, ne parle pas de cette mort d'Urbain ni des rcgi-els que sa
maîtresse en eut. Avait-il encore quelques raisons de se taire, comme à l'égard des deux maris de Mathilde? Il perce à travers sa naïveté un certain tact italien qui avertissait le bon serviteur d'éviter tout fâcheux souvenir à sa main-esse, Mulliikie avait-elle eu quelques griefs contre ce pape Urbain, en qui elle n'avait pas trouvé la grande âme de Grégoire? C'était (si on peut faire ici ce rapprochement) Mazarin venant après Richelieu, mais Mazarin joignant à son astucieux génie le souille ardent de la foi. Malhilde, habituée avec Grégoire à eombatlro l'Empereur en face, eut quelque peine peut-être à pardonner a Urbain certains expédients de fine politique auxquels il lit descendre cette nature uohle et franche.
La comtesse de Toscane se hâta d'envoyer à Home ses ambassadeurs pour l'élection du nouveau pape. Le chois tomba sur le cardinal Régnier, qui prit le nom de Pascal II (1J. La princesse, pendant le conclave, était restée dans ses Étals; elle se trouvait en mésintelligence avec Conrad, le nouveau roi d'Italie. .< Mais cette brouille, selon le chapelain, ne dura pas longtemps; le roi accourut en bâte au pays toscan , chassa ceux qui cher-
(1) Eu 1099.
il AT II 11: DE DE TOSCANE. ÎOl
chaicnt à exciter sa colère contre Mathilde, et vécut en paix avec elle.» Quelques mois après (I), Conrad mourut subitement, emporté par la lièvre. Le chroniqueur d'Drsperg le juge ainsi : a Conrad mourut neuf ans après sa fuite du palais paternel. Lié à Mathilde, la grande et très-noble comtesse, et, selon le terme populaire, la plus grande des femmes chrétiennes; lié par le sang, par le commerce quotidien de la vie, il s'attacha à suivre ses conseils et ceux de Home dans toutes les affaires du royaume d'Italie, il écoutait avec sagesse les personnes élevées dans la erainlc de Dieu, et mourul, nous le croyons, plein de foi et de bonnes œuvres. H passa ainsi d'un trône éphémère à la gloire éternelle des saints. Quelques-uns prétendent qu'il mourut empoisonné. »
Mathilde lit enterrer Conrad à Florence, et lui éleva, disent les chroniqueurs, « un tombeau digne d'un roi et digne d'un chrétien, u Celle mort, d'ailleurs, ne compromit en rien la prospérité de ses affaires. Il semble même qu'affranchie de cette tutelle morale, Mathilde recouvre , après la mort de Conrad , plus de liberté d'action et d'énergie. On la voit reprendre , à ce moment , toute son activité
(i) Juillet îosa.
d'autrefois. Quelques semaines après, elle court à Ferrare, dont la fidélité douteuse venait de se changer en rébellion. La comtesse rassemble en hâte une petite armée, qu'elle recrute indistinctement parmi les Toscans, les Romains et les Lombards. Elle négocie avec Ravemie, la ville schisniatique , mais avant tout marchande, et en obtient des (aisseaux ; clic traite de même avec Venise pour une flotte , et s'en vient alors , par terre et par mer à la l'ois, bloquer la ville iulidèle. Ferrare, épouvantée, implora la paix a de celle iirande Malbikle qui avait l'habitude de la victoire, dit mililairement notre poète, et qui ne voulait laisser debout aucun de ses
Du reste, la souveraine de Toscane avait une prodigieuse tâche de tous les côtés. Apres une lulle si longue, 9,i passionnée, l'apaisement des esprits, de villes à villes, de citoyens à citoyens, ne s'opérait que (rès-leuteuienl. Chaque jour c'était encore des récriminations el des querelles; aux haines mal apaisées du passé se joignaient les rivalités d'un commerce qui renaissait à peine. Entre l'ise el Lucques il existait nue inimitié jalouse qui amena alors une sorte de guerre civile entre les deux cités marchandes. Malgré les efforts de Mathilde, cette guerre civile dura cinq ans.
SATMILDK DE TOSCANE. îoo L'état îles esprits, à. cette époque, su réfléchit encore assez, bien ilans quelques incidents que va nous rapporter ic véridique chapelain : « Pascal faisait paître, dit-il, In troupeau du Seigneur, et lui recommandait souvent à l'autel sa brebis de prédilection , la pieuse et vaillante comtesse. 11 envoya près d'elle, eomme autrefois ( ii-épii r« l'avait fait, un prêtre instruit, dévoué, le cardinal Bernard, l'honneur et l'exemple du clergé romain. Mathildo associa donc Bernard à l'œuvre de réconciliation et de paix qu'elle avait entreprise. Bern::rd allait de ville eu ville, prêchant la concorde entre ies chrétiens et pressant chacun de revenir docilement au SainX-Siége. 11 arriva ainsi à l'arme, cet antre de l'hérésie. C'était un jour de fête , et la ville tout entière se trouvait en joie : la foule dis vrais fidèles se pressait dans l'église, placée sous l'invocation de la mère du Sauveur. Bernard s'y préparait à célébrer tes saints mystères : après 1'fivangilc, il prêcha donc ; mais certains mots à propos du roi Henri déplurent n la Foule, et de violents murmures s'élevèrent. Bernard, réduit au silence, continua le saint sacrifice de la messe. Au moment où le prêtre dépose !e calice sur l'autel et appelle sur les assistants la protection du Christ, tout à coup s'élèvent de grandes clameurs; la foule s'ajiile et devient
lin LA GRANDE ITALIENNE
menaçante. Ce ne soiil que violences et blasphèmes; beaucoup criaient : Mort à ce faux prophète! Ceux-ci : Lapidons le suborneur! Ceux-là : Laisserons-nous debout cet ennemi du roi?
« Les épées sont tirées du fourreau ; les femmes, encore plus exaltées que les hommes, les exhortent, les poussent : « Si vous laissez son crime impuni, répètent -cl les, vous perdrez l'affection du roi. 11 ne faut pas qu'il sorte d'ici vivant, si vous-mêmes vous tenez à votre vie. o Tout est brisé dans l'église; les haches, les lances se croisent et se dirigent sur Bernard que ses compagnons , ses prêtres ont abandonné. Seul l'ahhé Thébalde demeure à ses côtés. Bernard tend la Eêle et dit : <• Frappez ! li □ de ces forcenés, dans son transport, lui laboure le cou de sa f ramée... »
Madame. Matliible, prévenue, se hâta d'accourir à la lêle de quelques troupes, et dégagea le cardinal. A sa prière, la comtesse pardonna à la ville de l'arme. Partout ces violences se renouvelaient , et Mathilde, pendant dix ans, Fut sans relâche occupée à courir d'une ville à l'autre pour les prévenir ou les réprimer.
Ce fut pendant une visite du Pape à Mathilde que leur parvint la nouvelle île la mort de l'Empereur Henri. Depuis sa retraite finale de l'Italie, il
n'avait point trouvé le moyeu dis se relever de ses échecs. Il avait en l'idée d'opposer à la royauté de Conrad la rivalité de Henri, son autre fils, qu'il fit couronner roi dans la diète de Cologne (1098). Croyant se rapprocher d« l'Kglisc, il s'était engagé à partir pour la croisade, et, comme d'habitude, il avait manqué à sa promesse. Le jeune roi Henri V, imitant Conrad son aîné, et cédant peut-être aux infimes instigations, avait fini par se révolter aussi contre son père; comme Conrad encore il s'était fait assez vite un puissant parti. Accablé par celle ingratitude de son fils préféré, le vieil empereur.se retira à Mayence. Henri V t'y suivit de près. En
arrangement, le jeune homme resta sourd à louu; prière : il refusa de Toir le vieillard tant que sou excommunication ne serait point levée. L'Empereur alors fit appel à la Bohême et à l'Autriche; Mayence lui fournil, elle seule, plus de vingt mille hommes. Le jeune Henri, dont les scrupules cédèrent enfin, consentit à une entrevue. Ce lête-à-téte eut lieu sur la Moselle , et l'Empereur tout attendri se livra de lui-même aux mains de son lils qui avait montré quelque repentir. Mais celui-ci, une fois maître du vieillard , le fil jeter dans une tour du château do Bekelheim ; le prisonnier s'y vit traité impitoyable-
ment, menace de mon. réduit ;ï livrer les insignes (te la couronne. Transport'' ili' h'i â Ingelheim , on le contraignit d'abdiquer devant l'assemblée des [innées. Il supplia qu'on lui laissât le temps de se justifier, il offrit des otages; il demanda du moins l'absolution comme mi dédommagement de la perle, du trône : le légat lui dit de s'adresser au Pape. Brisé, hors de lui-même, Henri IV se jeta aux genoux de son fils et demanda grâce en sanglotant; toute L'assemblée aussi fondit en larmes à ce spectacle ; le jeuno homme resta inflexible.
Henri parvint à s'échapper enfin et se réfugia à Cologne. Cet empereur errant, ce vieillard détrôné par ses fils, a retrouvé, dans le souvenir des peuples germaniques, malgré les désordres et les crimes qu'on lui reprocha , le poétique intérêt qui s'attache aux catastrophes royales. Une triste auréole entoura, dès lors, ce front déeouronné; la légende lit de ce père malheureux un nouveau roi Lear, sans pain et sans asile. La poésie populaire le représenta cheminant seul au bord du llhin , sons la pluie et sous le vent, et, pour gagner misérablement sa vie, allant se proposer, un jour, comme sonneur de cloches, à l'église de Cologne.
Mais l'histoire ne va pas si loin que la légende : l'histoire nous montre bien L'Empereur venant à
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Cologne; cependant il n'était pas réduit à se Taire sonneur de cloches. Il lui restait encore, pour l'assister, plus d'un vassal puissant. L'un do ses fidèles, le duc de la basse Lorraine, d'autres princes et d'autres barons accoururent autour du vieil Empereur. Son courage se releva en retrouvant des amis ; il se décida à convoquer une diète à Liège, taudis que ses adhérents levaient des troupes pour soutenir le père contre le fils. Celui-ci, de son côté, s'apprêtait à la lutte. Déjà il était eu marche avec son armée, résolu d'aller jusqu'au bout dans celle guerre sacrilège. Mais, comme si le père avait reculé d'effroi devant ce duel contre son fils, Henri expira au moment d'engager la bataille.
Il mourut toujours sous le poids de l'analhèmc,an terme d'une vie dont l'ambition avait fait le tourment. Son corps fut transporté à Spire et enseveli d'abord dans une crypte de la cathédrale. Mais celte sépulture chrétienne donnée à un excommunié fil une impression profonde; il s'éleva de partout des cris de réprobation. L'histoire elle-même va se transformer ici en une sorte de légende lugubre.. Ce fut le fils qui ordonna que le corps du père fût exhumé, et, pendant cinq ans, ces restes demeurèrent sans sépulture en un lieu voisin de la cathédrale. Cet ambitieux au cœur glacé Ut servir le ca-