‹ La grande italienne Mathilde de ToscaneChapitre 8 sur 46 · I.A GRANDE ITAI.IKNSK · texte numérisé non relu

I.A GRANDE ITAI.IKNSK

il réussit à dépêcher lui courrier nu roi Ollion [îour lui rappeler ses anciennes promesses et réclamer sou secours. A ce message, Othon franchit les monts, descend dans les plaines de Vérone, et se porte au-devant de lïérenger. ("elui-ri lève le siège, en frémissant, pour faire face à ce terrihle adversaire, La lutte s'engage acharnée, sanglante; enfin l'armée de llérengcr plie et tourne le dos ; Itérenger tombe aux mains du vainqueur; à son tour, il esl jeté dans un noir cachot, d'où il ne devait pas sortir. ■ Cette Iliade de Canosse ne s'arrête pas là : un nouveau siège commence, non moins homérique, et la vieille forteresse, comme une aïeule complaisante, défile le long chapelet île la légende épique. Kéeit grandiose, mais naïf, qui nous peint fidèlement celle société de lohusles enfants qui ne rougissent pas de pleurer, mais qui essuient si vile

Voici les iils après les pères. Albert, roi des Lombards, brûlant de venger le sien, accourt devant Cauosse. Le vigilant Azzo était prêt à le recevoir; il avait eu le temps île remettre eu état sa bonne forteresse, qui, sûre d'elle-même, apostrophe ainsi le présomptueux Albert : - Tu t'évertues en vain , roi des Lombards ; non , je ne serai pas prise. Aveuglé comme ton père, in finiras comme lui. Tu

DiqitiZGd Ûy C

MATI111.UE DE TOSCANE. 50

peux te tenir là, debout, fièrement campé devant nies tours; non, non, je ne serai pas prise! ■ Au liotit de Irois mois, pourtant, Arao, craignant de se voir bloqué encore pour trois ans dans Canosse, envoya de nouveau au roi de Germanie, qui dépêcha son fils Lilolphe en Lombardie. Au dire de la forteresse, une lutte corps à corps s'engagea entre Liloljihe et Albert.

« Les Teutons s'avançaient en désordre, chacun suivant sa fantaisie, soit seul, soit par troupe; ils couraient, croyant surprendre les Lombards. .Maïs ceux-ci, prévenus à lemps el rangés en bataille, entendaient pieusement la messe, prêts à recevoir l'ennemi.

« I.e jeune Litolphe, la lance au poing, !e casque en tète, s'élauce, suivi à peine de quelques-uns des siens. Le roi des Lombards l'attend île pied ferme et, d'un coup de hache, fend son armure et sa poitrine. A cette vue, l'année tculonique est prise de douleur et d'effroi. Mais Azzo, qui était accouru au secours de son allié, s'écrie au milieu du tumulte pour soutenir le co.'ur des Allemands; il les rassure, les presse el les entraîne an combat. La lutte fut horrible et longtemps indécise. Enfin Azzo, bien qu'épuisé, meurtri, resta maître du champ de bataille. Force fui au roi AIIktI de s'éloigner : u'iivanl

pins d'asile ni de paix dans sud rojamne, c\ilé, errant, il passa la grande mer, el plus jamais un ne le revil dans ces contrées. S'il ne s'en était pas pris à moi , il ,,'anrail pa, en relie lin misérable. .

Après ee Irait de compassion, la triomphante forteresse nous montre les résultais de la victoire d'Azzo : les Lombards renonçant à prendre un roi parmi eu\ , et le seigneur de Cauosse devenu l'arbitre de ee royaume. Prévoyant dans son ambition, ou modéré dans ses désirs, il ne tenta pas de se Taire élire, de s'imposer lui-même aux Lombards; i! jugea plus sur d'offrir cette couronne au roi Otbon, comme dédommagement de la perle de son lils, tombé sous la bâche du Lombard. Dés le lendemain de la bataille, Azzo n'avait pas manqué d'honorer le corps de son allié, et, ses affaires l'établies , il s'en était allé lui-même jusqu'en Allemagne reporter cet Hector au nouveau Priam. Pour qu'il ne manquât rien à sou épopée de tous les arcessoires obligés, Donmi/.o nous a décrit dans toutes les formes les funérailles du guerrier, mêlant les mœurs et les usages de son temps à des emprunts faits à Virgile, l'éternel amour de l'Italie et l'honneur de cette Mantoue mie le poêle de t'.anosse avait snus les veux :

« Le mois de mai était, tout en fleurs : c'était le

temps des herbes aromatiques. Azzo lit apporter solennellement le corps du jeune.Lilolpbe, ordonna qu'on l'ouvrit et que l'on enlevât respectueusement

traduisit habilement et avee mainte» précautions des aromates et des parfums. A ee spectacle, peuple et soldats attendris pleurèrent tous sur la perte de eu jeune et puissant prince. Le cœur et les entrailles furent déposés à part dans nu rielie tombeau, digne de la gloire do Litolphc. Ce tombeau se voit encore dans l'église de Saint-Prosper, en tin lieu que l'on appelle Anlouituiiiin. Uuant au corps. Azzo le porta lui-même jusqu'en Allemagne au roi Olhon. Il l'ahorda non point d'un air compatissant et la tristesse sur le visage, mais, parlant à l'ambition du rai plus qu'à la douleur du père, il lui dit résolument : « C'est trop pleurer; il ne s'agit point de gémir, mais de gagner un royaume : viens doue, viens au plus vite, les Lombards sont à toi. Le roi Albert est en fuite, pars, pars, et la Lombardie tombo sous la domination (l). ■

;i; Palii r 011 for l.i ns ip^iini i1irp\il et hoitatis:

Ne nimium |]|an;;iv priions lincrre magna.

Si veneris statim. tougobanlos superabis; Illorum fiipil <)uomam re\, si iiiodocurris; I.oiigobnritorimi rrgnum domiiplipris liorum.

Hovimzo. (ia'J:

Olbon, pourtant, pleura son fils; mais, après lui avoir rendu les suprêmes honneurs, il se hûta de rassembler ses guerriers et de passer en Italie. Sa marche ne Fut qu'un long triomphe; les Lombards lui ouvrirent d'eux-mêmes les portes de leur ville et l'acclamèrent roi. A 'leur tète, il se rendit à Home et reçut des mains du Pape la couronne de fer. Othon n'oublia pas le dévouement d'Azzo; il le combla de biens el d'honneurs, et nul ne pénétra plus avant dans son amitié que le seigneur de Canossc. » Comment ne pas aimer, en effet, celui à qui l'on doit une couronne? •>

Ainsi Ollum devait tout à. Azzo, mais Azzo devait tout à Canosse ; c'est ce dont notre héroïne ne cesse

la sincérité dans l'orgueil : « Azzo multiplia mes tours et éleva jusqu'au c : el mes murailles; mais n'était-ce pas par moi qu'il élait riche, par moi que tout lui était venu; 1 II était donc naturel que foui ce qu'il avait compiis de beau, de précieux, casques, boucliers, armures, haches, épées, servît à l'ornement de mes vastes salles (1). »

01 Voira l'Appendice A le te\le latin. I.Vvrcstive rareirrfe if iicii\ piieiiie lions engage à en citer les peine ipanv fracnu'iils. Vnir. en même temps. Ic^ i">i-Kiîri-i>M'iiii'[ii~ liistneiiiuessurlos premières iinasionsd'Otlinn le (leaiul en Italie, el la lutte nvec li s

Lombards.

Arrêtons-nous dans cette histoire plus ou moins légendaire d'Azzo : nous avons surtout voulu montrer le rôle véritablement historique de cet aïeul de .Mathildc, qui fut l'instrument de la domination germanique en Lombardie. Ses descendants restèrent lidèles aux souverains allemands, qui, de leur côté, ne cessèrent d'augmenter en puissance cette famille italienne, lïoniface, petit-fils d'Azzo et père de Maihilde, fut ainsi créé, en 1027, par l'empereur Conrad, due et margrave de Toscane. Il no s'épargna pas pour son suzerain; il alla combattre pour lui jusqu'en Bourgogne et sur le Rhin. On le voit également dévoué à Henri III, lils de Conrad; il lui conquit ta ville de Parme. Hais l'Empereur, jaloux peut-être de la haute influence de son vassal, tenta, dit-on , de le faire assassiner. Cet ami des Empereurs fit, comme eux, la guerre aux biens de l'Église; s'il eu faut croire les historiens du temps, il était peu scrupuleux à cet endroit.

Jloniface avait épousé une princesse de Lorraine, Béatrix, issue de race capétienne. Béalrix, aussi pieuse que helle, parvint sans doute à faire réfléchir son mari sur les conquêtes qu'il faisait au\ dépens de l'Église, car on le voit bientôt aller dans la pénitence aussi loin qu'il était allé dans le péché : la tradition nous le montre, en effet, se faisant lia-

gellcr nu par des religieux devant un autel de lu Vierge; il se disposait à un pèlerinage expiatoire à Jérusalem lorsqu'il mourut. Un jour qu'il traversait à cheval la Forât de Mantoue, des meurtriers embusqués l'assailliront à coups de flèches einpoisounées(l D'un étaient partis ces coups'.' Llimpereur, inquiet des pénitences de lionil'are et de son retour subit vers l'Kglisc, se délia rrassa-t-il de lui \iolenimeiit?

ï,c margrave avait eu trois entants de sa fournie lîéatrix : l'un mourut de sou \ivant; l'autre fils succéda à sou père et no lui survécut que peu de temps. Heslail nue fille âgée de sept ans, du nom do Matliilde. lei se remarque un fait important : lîéatrix suecéda eu toute souveraineté à sou iils; ee l'ut une dérogation à la loi féodale. Lors du mariage de lîéatrix, l'Empereur, qui avait do grandes obligations au duc Frédéric, son père, voulut, cji signant au contrat, que les ïitats de Toscane, à défaut d'héritier mâle, lussent réversibles sur la tête de lîéatrix

(Il \ "ir ;'i rA|i|ii'iiiln-i' !: h- li-\!i> IjIiii il. I iiizii cl li s ci-lair-

t'isM'ini'iits historique;. >ur lu iiinMln^ie dp Hralriv

■ 2) JiiMju'iilors lr inargratiitt de Tosciup ii'.-n.nit jioiJit i'l< ; ull Nef héréditaire. V[iits rhaqitc niiirgraie il liiisiiil reloue à l'Kiti-

nirc et BoDifocc lui-mlrac n'eu avait obtenu l'investiture qDr

eim| i ■ après, lu nmn di- 'iVihildc. liais, à l'ipi>i|iie lie 61111 m.v

MATHILDF. DE TOSCANE.

Ce l'ut à Lucques , alors la plus belle des villes de Toscane et la résidence des margraves, que la. jeune Mathilde fut élevée; elle y grandit sous la tutelle de sa mère. I* pot-fe exalte el la haute naissance et la beauté de liéatrix :

" La belle Kéalris était de race royale; elle était de la race des maîtres du monde (I). »

Dans cette Italie où le génie de L'antiquité s'était voilé plutôt qu'éteint sous les Barbares, on nous montre la jeune Mutliilde adonnée à l'étude, à la méditation; de bonne heure elle parlait plusieurs langues ; elle écrivait en latin comme les clercs , vénérait les grandes ruines du passé, songeait à élever aussi de nouveaux monuments où le beau s'alliat à l'utile (Ti. De sa mère elle apprit la piété, mais avec l'ardeur du sang italien qu'elle tenait de son père : au moral comme au physique, elle avait de l'un el de l'autre Elle était grande, avec les beaux traits de liéatrix et le teint méridional de sou

iïa;;e asec Héalm lit: Lni-raim-. rKnipi'ivnr n-ifjea la Toscane l'n fiH' héréditaire, cl permit de plus. ™ faveur de Béniriï, celle dérogation nu\ lois féodales < laliére de succession. (. tri de vérifier 1rs dates.)

:ii Stirpe mit iicnila rejiali pulelira lleatri\; Majorum muudi stivne fuit genita.

Do.WM/.ll.

ï) C-kroH. de Laiulieiï ,1 Wli;ifl'i>nbourg.

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