SCÈNE II
Les yi.^:M^.<. ROBERT, ANïUlNEfTE
MADEMOISELLE DE SAINT-MAURICE, par la gauche;
CARVAJAN, PASCAL, par la droite: DUMONTIER
FLEURY, TONDEUR et POURTOIS,puis ALICE
DUMONTIER, puis ROSE etLE ROUSSOT.
Robert et Antoinette entrent et se trouvent presque face à face av»-.; (";arvajan et Pascal. Robert toise Carvajan qui l'attend de u.v;'' ferme. Il passe devant lui, d'un air de bravade.
ROBERT, allant à Groix-Mesnil et à Tourelle. Bonsoir, mes chers amis... (Regardant du côté de Carv.J
C'est déjà assez mal composé ici!
CARVAJAN, à mi-voix.
Insolent!..
ROBERT, à madame de Saint-André.
Ma tante et ma sœur vont s'asseoir prés de vous,.. Pourtois, pour qui ces siè}^es?
Il montre les chaises de velours de l'estrade. POURTOIS.
Monsieur le comte... ils sont r.jsorvés pour les autorités...
ROBERT
Le conseil municipal et le maire, sur des sièges de velours, quand ces dames seraient sur des chaises de paille?... Allons donc!...
Il prend les chaises et fait asseoir mademoiselle de Saint-Maurice et Antoinette.
ANTOINETTE
Robert I...
Mouvement des amis de Carvajan.
GARVAJAN.
Laissez, Messieurs... Donnons l'exemple de la modération et de la patience... Tenons les actes de ce jeune homme pour non avenus.
POURTOIS
Si Monsieur le maire voulait le permettre... je ferais apporter...
GARVAJAN.
Tout à l'heure... Nous ne céderons pas le terrain à M. de Glairefont... Mais je veux d'abord présenter mon fils à ces messieurs qu'il n'a pas vus depuis dix ans.
PASCAL, à part.
Elle s'est détournée pour ne pas me voir.
II est entouré par le groupe des amis de Carvajan. MADAME TOURETTE.
Qui est donc ce jeune homme que je vois là-bas dans la masse des courtisans de M. Carvajan ?
MALÉZEAU
C'est son fils, madame. [
MADEMOISELLE DE SAINT-MAURICE
Tiens! Il n'en a pas trop l'air : il est vraiment bien !
ROBERT, riant.
Ma sœur peut vous renseigner sur lui : elle le connaît!
ANTOINETTE, souriant.
Oh! Robert... Je l'ai rencontré sans savoir qui il était, et par hasard.
MAD.\ME TOUUETTE
OÙ donc?
MADEMOISELLE DE SAINT-MAURICE
Mais où on pouvait rencontrer le fils de son père : au coin d'un bois.
MADAME TOURKTTE, riant.
Il VOUS a demandé la bourse ou la vie ?
ANTOINETTE
Non. Son chemin tout simplement... Il a été fort respectueux.
ROBERT, menaçant.
Je l'en félicite!... Mais c'est déjà trop qu'il t'ait parlé...
MALÉZEAU
On dit i^".j c'est un homme d'un réel mérite... 11 a mené à bien, pour de grandes compagnies françaises, des négociations financières et industrielles en Amérique. Du reste, il était, avant de partir, avocat à Paris... 11 passait pour avoir un grand talent de parole.
MADEMOISELLE DE SAINT- MAURICE
Grand bien lui fasse ! C'est encore un ennemi !
MALÉZEAU
Qui sait ! (ll va à Pascal qui s'est dégagé du cercla des amis de
son père. — A Pascal.) Monsieur, j'étais le notaire de madame Garvajan, je suis, par conséquent, le vôtre... J'ai beaucoup connu votre mère... C'était une personne d'un grand cœur...
PASCAL, avec effusion. ■
Ah I monsieur, vous ne pouvez vous douter du bien
3tJ LA GRANDE MARNIÉRE
que vous me faites... Oepuis que je suis ici, j'entends débattre des intérêts, discuter des affaires... Vous, vous évoquez le souvenir qui m'est le plus cher : je vous remercie.
DUMONTIKR.
Mon cher Pascal, voici ma lille, ta cousine Alice Dumontier.
MADEMOISELLE DE S A I NT-M A iT HIGE. à madame Tourette.
C'est extraordinaire! On le traite comme un personnage... On lui présente les demoiselles !