LES CHARMES DE LA VERTU
Mesdemoiselles, mesdames, messieurs I
A toutes les époques, aussi bien dans l'antiquité, cette grand' mère des temps présents, qu'au moyen âge, dans les siècles d'hier et d'avant-hier, dans
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Popularité de Cabassol.
es temps barbares, dans les temps héroïques, dans les temps chevaleresques, — à Rome, à Sparte, à Carthage, en Grèce, en Egypte, en Perse, — sur le Nil, sur l'Euphrate, sur le Tigre ou sur le Tibre, chez les hommes de 1 âge de pierre, chez les tribus de l'âge de fer, chez les peuplades de l'âge de bronze, — au sein des populations lacustres, parmi les sauvages peu vêtus des déserts préhistoriques, — sous la tente en poil de dromadaire des Arabes pasteurs, sous les portiques d'Athènes, dans les palais de marbre des augustes sénateurs de Rome, dans les gothiques manoirs de la féodalité, — en même temps que l'on récompensait le courage, la force, l'adresse, le talent, toujours on a honoré, glorifié, récompensé la vertu, cette simple et candide petite violette !
Dan? Les jeux olympiques où toute la jeunesse grecque était conviée, des exercices étaient réservés aux jeunes filles, on ne leur apprenait pas à lancer d'une main sûre le dard cruel ou le javelot meurtrier, on ne leur apprenait pas à manier le glaive, mais on les faisait lutter à la course, on 'organisait des concours de travaux de coulure et des prix étaient réservés aux plus habiles et aux plus sages.
A Rome, au Colysée, dans ces arènes où le sang des gladiateurs coulait avec celui des bètes féroces ou simplement sauvages, certains jours étaient réservés pour des distributions de prix et d'accessits de vertu. C'est là, sans doute que les Romains venaient choisir celle qui devait être la gardienne du foyer domestique, car un poète de cette époque féconde en poètes, fait dire à une jeune Romaine dans une de ses fraîches églogues :
C'est au Colysée que je fis sa conquête, Ce jour pour moi, etc..
A Rome encore, les amis de la vertu doivent l'institution du collège des Rosières, en latin du temps, Vestales!
Au moyen âge nous trouvons les jeux Floraux, ces aimables tournois poétiques qui se sont perpétués d âge en âge jusqu'à notre époque, que des censeurs austères se plaisent pourtant à nous représenter comme entièrement dépourvue d'idéal. Des églantines, des roses et des soucis d'or étaient et sont encore distribués chaque année aux vainqueurs de ces joules pacifiques, aux poètes qui ont le mieux chanté la vertu.
Les tournois eux-mêmes n'étaient pas exclusivement les fêtes de la vaillance et de la force, outre les prix pour les combats à la lance émoulue ou non émoulue, à l'épée, ou à la hache, dans la lice armoriée et pavoisée nos aïeux avaient coutume de distribuer aussi de blanches couronnes aux jeunes élèves des pensionnats de la noblesse, de la bourgeoisie et du peuple, qui s'étaient particulièrement distingués pendant le cours de l'année, dans la pratique de la vertu et des travaux à l'aiguille.
Mais je m'arrête, il me serait facile de trouver dans nos annales, mille faits pour prouver que jamais l'aimable vertu n'a cessé d'être pratiquée par les jeunes personnes, chantée par les poètes, les sociétés musicales, vocales et instrumentales, hautement protégée et "glorifiée par les hommes les plus distingués de toutes les époques.
Notre temps si calomnié a non seulement suivi la tradition, mais encore il l'a développée et il a tout fait pour répandre et propager le culte de la vertu, pour faire goûter ses charmes dans les cantons les plus éloignés : comices agricoles, concours régionaux, fêles, institutions particulières, etc., il a tout
muitiplié! Gouvernement, académies, autorités municipales, sapeurs-pompiers et simples particuliers, tout le monde dans notre patrie, dans les pays circonvoisins et même en Amérique, rivalise maintenant d'ardeur pour rechercher la vertu partout où elle se cache et pour l'encourager à la persévérance par des distinctions aussi flatteuses que méritées.
C'est ainsi, mesdemoiselles, mesdames, messieurs et honorables sapeurspompiers, que madame Suzanne Criquetta, devenue l'enfant adoptive de la commune de Beaumesnil, a songé à instituer dans ce vertueux village, un
Les invitées de Criquetta.
couronnement annuel et solennel de rosière municipale ! Noble exemple que l'on s'empressera d'imiter, nous l'espérons, dans les communes environnantes.
La modestie et les occupations de votre charmante concitoyenne l'ont empêchée de prendre part, au premier concours, mais je crois être l'interprète de toute l'assemblée, en rendant ici un public et solennel hommage à la limpidité cristalline de son âme, à la pureté de son cœur,à la fois asile et autel pour les plus austères vertus — et en demandant pour elle le beau titre de rosière honoraire.
Chaque année la jeune personne dont les vertus auront réuni les suffrages éclairés du conseil municipal, recevra des mains de Mme Suzanne Criquetta la couronne blanche de rosière et un livret de caisse d'épargne de cinq cents francs.
Des applaudissements unanimes couvrirent la fin de cette phrase. Bezucheux s'inclina et retourna s'asseoir auprès de Criquetta. M. le maire se leva,
salua l'assemblée, parut avoir l'envie de prononcer. un discours, mais ne pouvant maîtriser l'émotion de l'orateur à son premier début, il se contenta de prononcer d'une voix étranglée :
Commune de Beaumesnil... Conseil municipal... Délibération...
Rosière: M1" VIRGINIE MOUSSARD
Mentions honorables : Mlles Clara Bombled, Ernestine Dupignon. Accessit de consolation : Mlle Jeanne Buchot.
Un commissaire s'était déjà précipité vers Mlle Virginie Moussard et lui avait offert son bras pour gravir l'estrade. La rosière fortement émotionnée, salua M. le maire et s'inclina devant Criquetta, qui lui mit sur la tête une superbe couronne de roses blanches. Bezucheux se leva et tendit à la jeune fille son livret de caisse d'épargne.
Quel âge avez-vous, mon enfant? demanda-t-il avec intérêt.
— Vingt-huit ans à la Saint-Fiacre, répondit la rosière.
Tiens, moi aussi, fit Bezucheux, c'est très bien, mon enfant, continuez
et dans vingt-huit ans encore, vous aurez droit à un autre livret.
Sur ce, il fit un signe et les deux sociétés musicales entamèrent ensemble la Marseillaise, le plus brillant morceau de leur répertoire.
A ces accents entraînants, les autorités descendirent de l'estrade et quittèrent la villa à la tète d'un brillant cortège, pour reconduire la rosière à son domicile.
Il ne restait plus que les invités de Criquetta, la fête intime allait commencer.
— Mes enfants, dit Criquetta, en recevant les félicitations de ses amis, pour la façon gracieuse et digne avec laquelle elle avait présidé cette touchante cérémonie, mes enfants, les jeux sont ouverts, voyez ce mât de cocagne élevé de trois mètres. quatre-vingts au-dessus du niveau de la mer, des prix offerts par des dames généreuses sont à la disposition des plus hardis et des plus agiles ! Les concurrents devront se faire inscrire par M. Bezucheux de la Fricottière, ancien sous-préfet, ancien homme politique, qui nous a offert gracieusement le concours de sa vieille expérience. Allez !
Les dames s'étendirent sans façon sur la pelouse, au centre de laquelle se dressait le mât de cocagne.
Bezucheux de la Fricottière tira son catepin et se déclara prêt à inscrire les jeunes athlètes.
— Voyez! cria-t-il en désignant les objets qui se balançaient au sommet du mât de cocagne, voyez, hommes courageux, les splendides prix donnés
par les dames et brodés de leurs blanches mains : une montre en argent remontée tout à l'heure par mes soins avant qu'elle le fût au sommet du mât; une paire de bretelles brodées et damasquinées, avec une place pour les initiales que la donatrice s'engage à remplir; un parapluie, une cravate, une paire de pantoufles en tapisserie des Gobelins, et enfin un chapelet de cervelas authentiques de l'école de Bologne, rapportés de cette terre classique des beaux-arts et de la charcuterie fine, par un navigateur qui désire garder l'anonyme !...
Une douzaine d'invités de Griquetta se firent inscrire et reçurent des numéros d'ordre. L'amphytrionne donna elle-même le signal de lalutte en frappant dans ses mains. Les concurrents s'élancèrent et grimpèrent courageusement les uns par-dessus les autres.
t^^X^Vw ^ *"■" Les divers l°ts furent enlevés en dix minutes ;
Liv. 65.
La fête de Criquetta. — Petits jeux et mât de cocagne.
la paire de bretelles fut décrochée la première et le vainqueur, après être descendu but Les têtes des autres, eut la permission d'embrasser Criquetta.
— Maintenant, messieurs et amis, reprit Bezucheux après avoir félicité les gagnants, nous allons faire succéder, aux luttes vulgaires du mât de cocagne, des exercices pour la partie intelligente de la société. — Nous avons des balançoires, des jeux de tonneau, un jeu de boules pour gagner des macarons! Après une heure donnée à ces joies pures, des plaisirs non moins purs, mais nautiques, vous seront offerts. Je veux parler des grandes régates à la voile et àU'aviron, des courses de skiffs et de périssoires sur la Seine. Les escadres de Bougival et de Groissy sont convoquées; la lutte promet d'être belle ! Deux bombes annonceront l'ouverture et deux autres bombes la clôture des régates. Ce n'est pas tout, gagné par le touchant exemple donné par notre gracieuse amphytrionne, je veux à mon tour faire quelque chose pour la moralisation des populations maritimes de la Grenouillère. Mme Criquetta a fondé un prix de vertu, j'en fonde un autre et je déclare solennellement instituer pour tous les ans, à pareille date, le couronnement d'une Rosière approximative, choisie parmi les canotières les plus vertueuses! Donc, après les régates, l'élection au scrutin public de la Rosière approximative et son couronnement!
Quelques invitées, habitantes des villas de Beaumesnil, de Groissy ou de Bougival étaient, après le couronnement de la rosière, parties accompagnées de leurs cavaliers pour aller revêtir leur costume de canotage; une bombe annonça leur retour, et les invités ayant épuisé les félicités des jeux de boule et de tonneau, se groupèrent sur la terrasse pour saluer de bruyantes acclamations l'arrivée de l'escadre.
Trois canots, montés chacun par une dame et quatre rameurs, et cinq périssoires de différents modèles, formaient toute la flotte; les équipages étaient superbes de tenue, les dames des périssoires avaient endossé des costumes de bains d'une coupe aussi gracieuse qu'indiscrète et de couleurs éclatantes.
— Bravo! Coralie ! Bravo! Emma!... Louisa!... Amy !...hurrahl... Bravo! Bibi! crièrent les spectateurs de la terrasse à chaque périssoire.
Coralie avait un costume maillot blanc, bordé et étoile de bleu foncé; Emma, une petite blonde, était en jaune des pieds à la tête et semblait, sous les rayons du. soleil, transparente comme un sucre de pomme de Rouen; Amy remplissait crânement un costume à carreaux écossais; Louisa portait un costume de bain ultra-fantaisiste, rouge â fleurs bleues; quant à la dernière, celle que deux ou trois messieurs avaient saluée du doux nom de Bibi, que cette dame portait dans l'intimité, c'était une extrêmement plantureuse brune qui, par modestie sans doute, cherchait â diminuer l'opulence de ses
charmes dans un maillot extrêmement serré d'un bleu marine presque noir.
Bezucheux, descendu sur la berge, reçut l'escadrille avec toute la solennité possible ; il remercia les équipages de leur précieux concours et annonça que l'aimable amphytrionne, Mme Griquetta, désireuse d'encourager les progrès de la navigation, offrait gracieusement trois prix pour les régates.
1er Prix, destiné à l'embarcation qui arriverait avec le n° 1 dans la lutte de vitesse. — Deux lapins de chou parfaitement élevés.
2e Prix, pour l'embarcation n° 2. — Un lapin idem.
3e Prix, pour l'équipage possédant le mieux l'allure vieux loup de mer. — Une boîte de sardines et un lapin jouant du tambour.
Les régales.
Quand toutes les embarcations, canots, skiffs ou périssoires, se furent rangées sur une seule ligne perpendiculaire au rivage, Bezucheux annonça le départ par une bombe.
Le canot la Torpille, mené par deux boursiers et par une barreuse et Jersey collant, remporta le premier prix avec une avance de quelques mètres seulement sur Louisa, qui obtint le second. Au bruit des hourras, les gagnants vinrent recevoir leurs prix des mains de Griquetta; par malheur les lapins offerts, effrayés par une bombe et n'étant attachés que par de faibles rubans roses, prirent la clef des champs et détalèrent sur la berge, à la grande joie des jeunes habitants de Beaumesnil, qui se donnèrent le plaisir d'une chasse à courre et coururent après les évadés jusque sur le territoire de Marly, de l'autre côté du pont de Bougival.
Restait le troisième prix à décerner; d'une commune voix il fut'accordé à la plantureuse Bibi.
— Et maintenant, s'écria Bezucheux, des rafraîchissements sont préparés ; que tout le monde se rafraîchisse et se recueille, car nous allons avoir à procéder à l'élection et au couronnement d'une Rosière approximative (Ton-
dation Bezuchôux do la Fricoltière fils, rival de feu Monthyon et de Mmo Criquetta!).
Tous les invités, spectateurs et canotiers, rentrèrent dans la villa. Sous la tente, précédemment occupée par les autorités municipales, des rafraîchissements abondants les attendaient.
Mesdames, messieurs! prononça Bezucheux sur l'estrade, pendant
que madères, vermouths et absinthes gommées se préparaient avec une musique de petites cuillers tintant dans les verres; mesdames, messieurs!
cette journée commencée par un éclatant hommage rendu aux charmes de la vertu, finira de la même façon; après avoir couronné l'innocence villageoise dans la personne de la Rosière deBeaumesnil, nous couronnerons la vertu parisienne, dans la personne d'une Rosière approximative, choisie parmi les jolies femmes qui nous entourent. Non, il ne faut pas laisser croire plus longtemps au monde, lorsque Nanterre, Beaumesnil et bien d'autres simples villages se signalent chaque année par une production régulière d'innocentes rosières, que le sol parisien reste improductif! Non, la vertu parisienne ne restera pas plus longtemps sans récompense, nous saurons la découvrir où elle se cache et la montrer à l'univers ébloui ! Donnons l'exemple aujourd'hui, couronnons une Rosière relative, la Rosière de la Grenouillère, et demain, grâce à notre noble initiative, l'institution se propagera, demain chaque quartier de Paris se montrera jaloux de prouver qu'il n'est pas inférieur à Nanterre, demain nous aurons la Rosière du boulevard Haussmann, la Rosière de l'Opéra, la Rosière de la rue de Suresnes, etc., etc. Vous comprenez, je l'espère, la haute importance du choix que nous allons faire. Je ne dirai plus qu'un mot, pour vous recommander, messieurs les électeurs, la plus grande impartialité l Ne vous laissez pas émouvoir par les souvenirs personnels ou par n'importe quelle considération; pas d'intrigue, pas de fraude. J'avertis charitablement ces dames que toutes les tentatives de corruption électorale, par clignements d'yeux, promesses ou autrement, seront réprimées avec sévérité .
Une barreuso.
J'ai l'œil sur elles et je mettrai hors de concours toutes celles qui chercheraient à influencer la décision des électeurs. J'ai dit, que l'élection commence!
— Je demande la parole, dit une voix; le mode d'élection n'a pas été, ce me semble, suffisamment étudié... le fondateur de ce prix de vertu croit sans doute qu'à son exemple, tous les hommes sont vertueux et forts. Il n'en
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Les dames des périssoires.
est rien, j'ai le regret de le dire! Il n'en est rien, je le répéterai jusqu'à demain, sans me laisser intimider par les protestations. L'honorable Bezucheux de la Fricottière ne connaît donc pas la fragilité masculine? Mais, au lieu de voter librement, nous allons tous voter ici pour la déesse de nos rêves... Plaît-il? Oui, nous allons tous... ainsi moi, si l'on vote comme cela au scrutin public et par acclamation, je vais voter pour Louisa... et pourtant, messieurs et amis, elle ne mérite aucunement cette distinction J — Insolent !
— Non, vous ne la méritez pas ! sans faire juge l'honorable société de nos querelles, je puis dire vous ne la méritez pas, surtout depuis deux jours!
— Discutons un à un les mérites des candidates! dit une autre voix.
— C'est cela, ouvrons une enquête sévère sur chacune d'elles!
— Que chacun dise ce qu'il sait I
— Oh!
— Non ! non !
— Messieurs ! vous m'effrayez ! s'écria Bezucheux, cela nous mènerait trop loin ; nous serions encore là dans quinze jours! mon premier interrupteur a raison, le mode d'élection au scrutin public est impraticable, le scrutin secret prendrait aussi trop de temps, mais il est une autre manière de procéder plus prompte et qui garantira dans une certaine mesure la liberté de chacun.
— Les qualités requises pour mériter la couronne et le titre de Rosière approximative sont : l'amabilité, la sociabilité, la discrétion, la douceur, la candeur, la constance et la fidélité. Toutes ces qualités, qui ont l'air de n'en faire qu'une, sont cependant très distinctes l'une de l'autre; ainsi, on peut être candide sans être constant et constant sans être fidèle, je pourrais en citer maintes preuves.
— Dites-moi maintenant, messieurs et électeurs, quelle est parmi les candidates, c'est-à-dire parmi les dames qui nous entourent — Mmc Griquetta, notre amphytrionne, hors concours, bien entendu — quelle est, dis-je, celle qui réunit à plus haute dose, la candeur, la douceur, l'amabilité, la constance dans les affections et la plus forte quantité de fidélité?
— C'est la charmante Bibi, dirent quelques voix...
— Elle a déjà eu un prix aux Régates, objecta quelqu'un.
— Ce n'est pas la même chose.
— C'est Bibi! Bibi! Bibi!
— Levez la main pour Bibi, cria Bezucheux.
— Il y a unanimité ! je déclare donc MUo Bibi, Rosière approximative de la Grenouillère, et je la prie de venir recevoir sa couronne.
La plantureuse Bibi se leva enveloppée dans un blanc peignoir et monta en minaudant vers l'estrade, au bruit des applaudissements, — Bezucheux posa délicatement une couronne de roses sur sa tête et l'embrassa avec componction.
— Quel âge avez-vous, mon enfant? lui demanda-t-il ainsi qu'il avait fait pour la rosière de Beaumesnil.
— Vingt-neuf ans, monstre ! répondit Bibi.
— Aux prunes? fit Bezucheux, tiens, vous les aviez déjà il y a trois ans, lorsque...
— C'est vrai, je me suis trompée c'est vingt-neuf ans et demi que je voulais dire.
— La séance est levée? prononça Bezucheux en descendant de l'estrade. Les invités après une dernière salve d'applaudissements prirent congé de
Mm0 Griquetta, et formés en escorte d'honneur reconduisirent la Rosière approximative jusqu'à sa périssoire. Il ne resta plus à la villa que les intimes, une quinzaine de messieurs et quelques dames.
— Ouf! fit Bezucheux de la Fricottière, mes enfants, ces glorifications successives de la vertu m'ont terriblement creusé I Va-t-on bientôt dîner?
— Tout de suite, répondit Criquetta, mais nous sommes plus nombreux
Non, vous ne méritez pas ce prix de vertu. ...
que je ne l'espérais, et j'ai dû envoyer à Groissy chercher quelques vivres supplémentaires pour ne pas exposer mes convives à se dévorer les uns les autres.
— J'ai toujours eu du goût pour le cannibalisme, dit Bezucheux en baisant longuement la main de Griquetta, un la Fricottière assiégé dans son castel au moyen âge, brava pendant trois ans sans trop s'embêter, les fureurs des assiégeants, grâce à la précaution qu'il avait sagement prise de faire entrer dans les murs toutes ses jolies vassales...
— Gomment! et il les a mangées?
— Non, mais avec cette suprême ressource sur la planche, les hommes d'armes patientèrent, et à la fin du siège les assiégés étaient plus nombreux qu'au commencement..,
Un coup de sonnette à la grille de la villa interrompit Bezucheux dans le récit tiré des annales de sa famille.
Un domestique alla ouvrir et revint avec une carte.
— Ce n'est pas le supplément de vivres, ce n'est pas un supplément de convive? par hasard? demanda un affamé.
— G"est un avoué! s'écria Bezucheux en tendant la carte àCriquelta, ah ça ! ma chère Griquelta, vous plaidez donc en séparation avec quelqu'un?
Ciïquelta lut tout haut :