CHAPITRE II
Aspect du confluent du Niger et de la Hénoué. — Valeur de la Basse-Bénitué. — Le bief Ibi-Lokodja. — Le pilote Padingué. — Le défilé Mountchi. — Au pays des Dioukouns. — Ibi. — Objets de trafic et productions. — Laou. — Séjour à Yola. — L'émir Amadou. — La destinée des compagnons d'exil du sultan de Ségou. — Exode des Fonlanis. — La crue de la Bénoiié. — Nous atteignons Garoua.
POUR faciliter la compréhension de notre voyage et permettre au lecteur de nous suivre aisément, nous allons lui donner, sans plus tarder, le détail des itinéraires suivis par la mission :
1° En route pour Fort-Lamy. Départ de Bordeaux le 15 juillet 1903. Départ de Lokodjale 12 août, en vapeur sur la Bénoué, arrivée à Ibi le 16, à Yola le 22, à Garoua le 26 août. Montée du Mayo Kabi avec le Benoit-Garnier jusqu'à Léré et Lata, du
27 août au 16 septembre. Arrivée dans le Toubouri le 10 octobre, navigation sur ce lac. Recherche de la communication du
28 au 29, jour de notre passage dans le Logone. Arrivée le 4 novembre à Fort-Lamy (112 jours après notre départ de France, dont 7H de marche et de navigation, et 3't de stations et d'études.
2o Voyage au Bornou du Ti novembre au 3 janvier. — Aller par Kousseri Afadé, N'Dofou, Dikoa, Gawa, Monghono, Koukawa. — Retour: Koukawa, N'Gornou, N'(;ala, Woulgo, Makari, Goulfeï. Fort-Lamy, Bérirem, Iladjer-el-IIamis. Chaoui, Fort-Lamy.
3° Itinéraires suivis pour rentrer en France — Fort-Lamy, Kousseri. Karnak Logone, Djina, Balda, Maroua, Binndéré foulbé, Tréné, Léré, Golombé, Garoua, Yola, Bénoué.
Tandis que nous traversions le Bornou du nord au sud,
M. Delcvoye remontait le Logoneen bateau jusqu'au 10« parallèle et nous rejoignait à Binndéré foulbé en longeant le Toubouri.
Départ de Fort-Lamy le 7 janvier, arrivée à Calais le 9 avril 1904 après 72 jours de route, arrêts compris et 21 jours de stations et d'études.
Nous avons suivi la route fluviale également, au retour durant la saison sèche, afin de nous mieux renseigner sur son cours et sur la baisse des eaux. Enfin, conformément aux désirs qui nous furent exprimés, nous avons essayé de nous rendre un compte, aussi exact que possible, de la valeur des pays traversés et de la nature de leurs populations.
Ces observations jointes à nos travaux complétaient le programme que nous nous étions tracé.
J'ajouterai, d'ailleurs, que ces itinéraires avaient été conçus très longtemps à l'avance, car nous avions prévu la crue du système fluvial, en lui appliquant, comme je l'ai dit précédemment, les étiages du Niger à Badjibo.
Cela posé, reprenons notre voyage à l'escale de Lokodja où nous avons amené le lecteur.
Le jour de notre arrivée, deux indigènes vinrent s'ajouter à notre escorte. Le premier, Oumarou, était engagé à titre d'interprète aoussa, ce fut un brave garçon qui travailla très énergiquement avec nous; le second Baba Fofana, Sénégalais de race sarracolèse, qui vivait dans la misère, fut très heureux de nous accompagner, c'était une de ces excellentes natures, un bon chien fidèle, laborieux à toute heure et toujours prêt à rendre service.
Le soir du 10 août, un vapeur vint à Lokodja, se ranger près du nôtre et je ne fus pas peu surpris de constater la présence de Watts à son bord. Il venait spécialement de Forcados pour nous souhaiter bon voyage et pour s'assurer que rien ne nous manquait.
Nous causâmes fort avant dans la nuit, dissertant sur l'avenir, sur cette Bénoué que nous devions parcourir, envisageant les difficultés à vaincre et le retour probable. Nous nous sépa-