UN CAÏMAN DE LA B|';M)L IC. — LONGUKUR
LA GRAND/': nOLT/: DU TCHAD.
navigue sur un fleuve noir en côtoyant une belle nappe d'eau bleue.
Nous quittons le marigot pour pénétrer dans le lit même de la rivière, et là, c'est un spectacle grandiose qui s'offre à notre vue.
Chacun peut se rappeler certaines cartes assez anciennes où les premiers explorateurs africains avaient indiqué le Niger comme descendant du Tchad et coulant du nord-est vers l'ouestsud-ouest jusqu'à Lokodja.
L'erreur est très compréhensible; il sullit de monter le Kouarra, de se tromper de route et de pénétrer dans la Bénoué pour acquérir la présomption de ce fait, car l'un et l'autre, Niger et Bénoué sont également larges, également profonds, également importants.
Au confluent des deux artères, la vallée s'ouvre d'une manière imprévue : le plateau nigérien, qui dresse ses énormes tables aux confins de cette immensité, présente une brèche de 20 à 22 kilomètres d'ouverture. Des plaines fertiles et riches, couvertes de cultures, parsemées de villages, s'étendent à perte de vue, sur les rives. Devant nous les montagnes s'enfuient dans l'horizon et semblent se répandre à l'infini; sur notre droite, les cônes des cases et des villages révèlent au voyageur la vie intense de ce pays; sur notre gauche, c'est le dédale d'îlots verts et d'îlots boisés de la confluence, paysage rude, forêt inhospitalière que nous préférons éviter. Enfin, à l'arrière, nous distinguons très nettement la ville de Lokodja, dont les cases blanches et les toits étincelants jettent leur note civilisée au milieu de cette verdure, au-dessus de l'immense nappe d'eau qu'un soleil de feu, brusquement sorti des nuages, embrase de ses rayons.
Océan de nuages gris et noirs que roule la brise du matin ; océan de verdure, fils de l'ardente chaleur et despluies; océan de fleuves grossis par les fréquentes tornades; océan de montagnes et brèches du plateau nigérien; océan de feu, océan de lumière, issus de l'éternel soleil, tel est le spectacle inoubliable qui s'offrit à nos yeux éblouis. En face de cette nature grandiose,
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au milieu de cette vitalité prodigieuse, source de richesse et d'activité, nous avons senti notre faiblesse de roseaux pensants, de nautoniers fragiles, qui cependant résistent aux rafales et progressent vers leur but, vers leur idéal, conduits par la force de la volonté.
Les populations sont assez denses sur la Basse-Bénoué; cela tient à la proximité de Lokodja, à la présence de la race noupée, très laborieuse et très prolifique, à la pacification de ces territoires, qui se sont bien vite ressentis de la pénétration européenne. De plus, les Biras de la confluence ayant en réalité des origines noupées, présentent les mêmes caractères et se livrent aux mêmes transactions. Mais en amont, l'indigène est encore rebelle à toute pacification, et c'est les armes à la main qu'il faut affronter le mortel poison de ses flèches et de ses sagaies.
Nous dépassons de beaux villages : Oumahirou, par exemple, planté sur un petit éperon rocheux détaché du plateau nigérien, et qui semble présenter cet amas de cases perché comme sur
une console, au milieu d'une verdure intense, que ce bloc de granit rouge déchire d'un trait sanglant. Les toits des maisons prennent sous l'influence des pluies une teinte uniforme, semblable au plumage des perdrix, et dans les éclaircics, lorsqu'on se trouve en contre-bas, les sommets de toutes ces deiîieures coniques, ornées de larges feuillages et de plantes grimpantes, se profilent sur le ciel, d'une façon très originale et très pittoresque.
Le 14 août, nous entrons dans le pays des Baras, tribu récemment pacifiée, qui cultive des céréales et produit de l'huile de palme. Le bœuf et le cheval y sont à peu près inconnus; ils ne peuvent vivre dans toutes ces régions, car depuis la côte jusque non loin de Yola, la mouche tsé-tsé les fait périr. La culture du coton n'est point pratiquée, elle exige un degré de civilisation trop avancé pour ces tribus primitives, mais la plante existe à l'état sauvage. Il en est d'ailleurs de même dans toutes les régions de l'Afrique; je pourrais dire qu'il ne m'est jamais arrivé de constater l'absence du coton dans les régions irriguées que j'ai parcourues sur le continent noir. Il suffit d'y porter toute son attention, on trouve toujours un spécimen de cette plante, fût-ce à l'état sauvage, caché parmi d'inextricables buissons.
Nous dépassons un grand nombre de villages; l'un des plus importants est celui de Loko, port fluvial ou point central des routes qui mènent à Zaria, Kano et Yacouba; de belles et volumineuses pirogues y sont au mouillage dans une anse impossible à deviner du large. Los habitants sont, pour la plupart, des Garas; il y a également des Noupés, des Aoussas, tous musulmans, apportant avec eux, parmi les tribus païennes, les coutumes et les mœurs des pays situés vers le nord.
Le sel et les cotonnades sont les principaux produits d'importation ; ils sont échangés contre des fîlalis (cuir rouge), des pagnes et des broderies, du grain, de l'antimoine, du natron, etc.
Les fonctionnaires anglais, avec qui j'ai le plaisir de m'entretcnir, ne font pas un éloge très flatteur des régions situées au