‹ La grande route de TchadChapitre 2 sur 79 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Continuation de notre œuvre en Afrique. — Les avantages des routes fluviales. — Quelques mots sur nos prédécesseurs : Barth, Kieffer, Lôfler. — Organisation de la mission. - Le Benolt-Garnîer. — Le Paraguay nous conduit à Forcados. — Présentation de notre équipage au lecteur. — Nous retrouvons M. Watts. — Progrès du Bas-Niger. — Excellent accueil en territoire anglais. — Les Ibos de l'Amambara. — Télégramme significatif de AL Wallace.

L'année dernière, à pareille époque, j'eus l'honneur d'exposer au lecteur comment j'avais pu ravitailler les troupes du troisième territoire militaire de l'Afrique occidentale, en utilisant la pénible route fluviale du Bas-Niger, que venait d'explorer avec tant de succès mon éminent maître et devancier, le colonel Toutée. Aujourd'hui, c'est une tentative analogue, poursuivie sur une route différente, que nous allons étudier. Son itinéraire est, toutefois, greffé sur le précédent : depuis Forcados jusqu'à Lokodja, située au confluent du Niger et de la Bénoué, ils sont même identiques; mais ce sont là les seuls points d'attache qu'ils aient en commun.

Le but de cette mission et de ses efforts est la recherche d'une voie de pénétration vers le Tchad, qui soit plus facile, plus rapide et plus économique que les voies de l'Oubangui et du Congo. Depuis plusieurs années déjà, nous nous consacrons à cette œuvre qui doit entraîner la suppression du

portage et offrir des garanties plus certaines pour le ravitaillement de nos postes dans le Centre africain.

L'exactitude des ravitaillements est d'une importance capitale, peut-être plus encore aux colonies qu'en Europe. Une troupe, soumise à un climat déprimant, ne peut conserver sa vigueur que si les vivres et le confortable nécessaires lui sont fournis en temps voulu; en outre une colonne ne saurait manifester de l'énergie, faire preuve d'activité sans troupes vigoureuses et douées d'un moral excellent.

La pacification d'une colonie est donc en corrélation directe avec le service des ravitaillements, dont la bonne et régulière exécution assure, seule, au commandement une tranquillité absolue. Au Soudan, durant les premières années de la conquête, les transports ont toujours été confiés aux soins de l'artillerie coloniale. C'est au titre d'officier de cette arme que ma carrière africaine a pris naissance au service des ravitaillements fluviaux confiés à la flottille du Niger, à Koulikoro. C'est pourquoi j'ai sans cesse considéré ma tâche comme essentiellement militaire.

Les routes fluviales ont toujours eu pour moi cet attrait particulier d'être, en Afrique, des routes humanitaires.

Combien elles diffèrent, en effet, des sentes ou des chemins que parcourent de longues théories de porteurs ! Le Soudan est un exemple frappant de ces colonies, où la suppression du portage a ranimé des régions que les convois faisaient déserter par l'indigène; depuis l'achèvement du rail Kayes-Bammako, la vie commence à renaître, avec une intensité croissante, tout le long de l'ancienne ligne d'étapes. Au contraire, vers le Centre africain, sur la route de Fort-de-Possel à Fort-Grampel, qui relie le bassin du Congo à celui du Chari, l'indigène, qui n'a pas voulu se contraindre au métier de bête de somme, s'est enfui vers l'est, abandonnant cultures et villages. La conséquence rapide de cet exode est que le portage, nécessaire à l'existence de nos troupes du Tchad, est devenu impossible, et que nos contingents du Chari ne reçoivent plus,

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