NOTRE ŒUVRE EN AFRIQUE
que par intermittence et dans de faibles proportions, le ravitaillement qui leur est indispensable pour lutter contre l'anémie tropicale.
Je me suis donc mis, en Afrique, à étudier la recherche des moyens qui devaient permettre à nos colonies d'assurer ou de faciliter les transports, d'abolir ou de supprimer le portage; mon but n'a pas été choisi au hasard, et je pense qu'il serait utile d'exposer comment je l'ai conçu et atteint.
Le 19 janvier 1900, le gouverneur général de l'Afrique occidentale fit jusqu'au Niger une tournée d'inspection. Il s'arrêta plusieurs jours dans le poste de Koulikoro, chef-lieu de la flottille du Niger, que je commandais alors et qui l'intéressait vivement.
Mon camarade d'école et ami, le capitaine Hauet, son officier d'ordonnance, l'accompagnait, et comme il avait étudié sur place beaucoup de questions africaines, nous profitâmes du séjour de l'expédition à Koulikoro pour causer longuement de ce qui nous intéressait si vivement. C'est précisément sur l'acte de Berlin du 26 février 1885 et sur les conventions du 15 mars 1894 et du 15 juin 1898 que nous dissertâmes. Hauet me fit entrevoir que le Gouvernement porterait un jour ses vues sur l'utilisation du Niger et de ses collatéraux, dont les eaux sont rendues libres et internationales par traités et conventions; il me fit même observer que l'emprise de ces routes fluviales, étudiées par Toutée, Hourst et Mizon, pourrait être considérée comme la continuation de mes travaux à la flottille du Niger. Dès lors, je ne cessai de porter toute mon attention, toutes mes études, sur la résolution de ces problèmes.
C'est ainsi que s'accomplit, avec trois convois chargés, notre passage des rapides de Boussa, au cours duquel, en dépit des difficultés et de la variation des saisons, nous avons pu, sans perdre une caisse, sans briser une embarcation, transporter près de 10 000 charges en territoire français. Nous supprimions ainsi le portage à travers le Dahomey sur 800 kilomètres de route, et de plus nous parvenions à ravitailler, en plein Centre
africain, des troupes que la fièvre jaune du Sénégal isolait de toute relation avec les magasins de la côte et que menaçaient les plus dures privations.
Mais le rail, qui maintenant relie le Sénégal au Niger, permettra bientôt d'amener à Bammako le matériel destiné à la région de Say; plus tard, le chemin de fer de Kotonou à l'Issa- Ber viendra compléter l'œuvre du précédent. Ces voies ferrées vont donc tout naturellement relever la flottille de Boussa de ses pénibles labeurs.
Mais la tâche est lourde; ce n'est pas une ou deux voies de pénétration qui suffisent à l'immense région du Soudan, en général, et du Tchad, en particulier; bien des années s'écouleront encore avant qu'un réseau complet de voies ferrées y facilite les communications. Or le temps presse, l'assistance déjà précaire du portage va faire défaut. C'est pour écarter un danger que j'ai cherché par voie fluviale un chemin plus rapidement disponible que le rail et plus sûr que des porteurs.
A mon précédent voyage en 1901, quand j'avais fait escale à Lokodja, au confluent du Niger et de la Bénoué, cette rivière n'avait pas laissé d'attirer mon attention, car j'entrevoyais déjà que, grâce à elle, j'exécuterais le plan depuis longtemps caressé; l'entreprise que nous venons de réaliser, et qui consistait à pénétrer au Tchad par le cours de la Bénoué, s'est effectivement accomplie.
En septembre de la même année 1901, je reçus à Badjibo une lettre de M. le lieutenant-colonel Destenave, commissaire du Gouvernement au Chari, qui, déjà à cette époque, désirait faire passer par la Bénoué le ravitaillement destiné à son territoire. Aussi, en juin 1902, un mois à peine après mon retour du Niger, toute mon activité se portait-elle à nouveau sur cette question fort intéressante, que j'avais étudiée sur place et dont l'exécution pratique était déjà conçue dans ses grandes lignes. D'ailleurs, nous possédions, avant le départ, des renseignements variés sur le champ de nos investigations.
Plusieurs explorateurs, hardis pionniers de la pénétration