‹ La grande route de TchadChapitre 20 sur 79 · Habé signifie sauvage en langue peule · texte numérisé non relu

Habé signifie sauvage en langue peule

MOUILLAGE DE LAOU.

passe la tête dans un trou découpé au milieu d'une peau d'antilope; en nouant de chaque côté, par dessus les épaules, les pattes de l'animal, elle forme un sac à deux poches dans lequel se prélasse sa progéniture.

Le pays de Laou, qui se trouve en territoire mouri , produit principalement du karité, de la gomme ordinaire et de la gomme copal. A part quelques pointes d'ivoire, c'est là tout le commerce, mais la station reçoit une grande partie de l'étain de Baoutchi, localité située dans l'intérieur des terres, à plusieurs jours de marche sur la rive droite de la rivière. Les indigènes habitent des cases en terre, recouvertes d'une toiture en paille affectant la forme d'un casque syrien.

Ici, mon personnel s'augmente d'une nouvelle recrue, qui s'engage comme cuisinier. C'est un Yoruba, dont le nom m'a tellement arraché le gosier, que nous continuerons à l'appeler Georges, ainsi que le fit son précédent maître. M. Lenthall, agent important de la Niger Company. Cela nous permet de verser notre maître-cock à l'effectif, car sa cuisine était odieuse. George est un bon garçon; sa prudence, au moindre danger, faisait nos délices,

La Bénoué montait encore à la date du 20 août, elle était loin du maximum de sa crue et, depuis Lokodja jusqu'à Laou, nous avons observé, en effet, que la berge dépasse encore de 2m50 le niveau de l'eau dans la rivière. Le courant est très fort, il atteint la plupart du temps trois et quatre milles de vitesse, mais les fonds sont moins considérables qu'en aval

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d'Ibi, car nous avons déjà trouvé 2m05 et le Liberty passait tout juste.

Jusqu'à Yola, nous longeons des chaînes de montagnes; sur la rive droite, les hauteurs se présentent maintenant de flanc, et nous les voyons rangées d'une façon très uniforme, sensiblement à pic vers l'ouest, tandis que le versant opposé s'étale, vers l'est, sur des pentes beaucoup plus douces; on pourrait s'imaginer aisément qu'elles figurent les dents d'une scie gigantesque.

Au village tassama de Matiakala, nous remarquons une agglomération composée de trois groupes de cases distincts : le premier habité par les notables, le second réservé aux humbles, le troisième, absolument isolé des deux autres et relégué près du fleuve, destiné aux fétiches. Personne ne doit pénétrer dans celui-ci; d'ailleurs il dégage une odeur pestilentielle; sur le sommet des cases on peut voir des bouquets de plumes de coq; aux arbres pendent des ossements.

Survienne une forte et longue saison sèche, le chef des féticheurs se livre à toutes sortes de simagrées, et l'on égorge deux ou trois individus pour gagner les faveurs du dieu des tornades; qu'un vol de sauterelles menace le pays, et c'est encore le sujet de nouveaux sacrifices. Ces sauvages protègent et fertilisent leur pays en y faisant pleuvoir du sang.

Le 22 août, nous arrivions au mouillage de Yola, en face des docks de la Niger Company, qu'un épci-ou montagneux, ainsi qu'une distance de 9 kilomètres, sépare de la 'jrande ville, capitale de l'Adamaoua.

C'est là qu'au retour nous passerons dix jours en compagnie de M. Campbell, qui nous offrit une si charmante hospitalité !

Yola était autrefois un grand centre ; on peut se rendre compte de sa splendeur défunte à l'inspection même de sa vaste étendue. La ville se divise en deux : ville foulani d'une part, ville aoussa de l'autre.

Les cases sont groupées pour constituer des fermes, habitées par des familles entières. Les indigents habitent des maisons en

paille, entourées de palissades faites d'herbes tressées, tandis que les nobles et les riches vivent à l'intérieur de maisons en pisé, que de hauts murs de terre entourent complètement. La population atteint peut-être encore le chiffre de 10 000 âmes, dont la moitié de foulanis.

L'émir Amadou, grand vieillard très vert et très droit, me reçoit avec bonne grâce; il est assis dans une salle de réception fort bien entretenue, dont le dôme est, pour ces pays, un véritable chef-d'œuvre d'architecture mauresque. Sur les murs sont moulés des dessins et des inscriptions arabes occupant de grands panneaux; les portes, ajourées de sculptures, sont fort belles et spacieuses. Une foule de courtisans nous entoure; ces hommes portent de superbes boubous brodés avec un goût exquis. Les êtres et les choses de céans ont un charme particulier, un cachet spécial. Ils portent l'empreinte d'une série de tendances artistiques, de coutumes indécises. Est-ce la race Arabe qui modela ces sculptures? d'où proviennent ces dessins orientaux ornés de filets grecs? Combien, également, il serait aisé de retrouver les traits de l'Égyptien chez ces naturels au profil antique. Quoi de surprenant à cela puisque nous sommes en présence de la belle race peule que la plupart des voyageurs africains font provenir de la vallée du Nil. Notre séjour à Yola nous laissa sous l'empire de sentiments très émus, car depuis que nous sommes en route, nous n'avons jamais oublié ceux qui furent nos devanciers dans ces régions.

Yola, c'est la terre que Mizon avait explorée comme il avait exploré la Bénoué. C'est également la ville que Maistre visitait, dix années avant nous. Yola est le pays des souvenirs, c'est la région fertile et pittoresque à laquelle le rude paysage environnant donne une poésie captivante, empreinte d'un charme singulier. C'est la ville qu'on aperçoit de loin, perdue dans la buée nacrée de cette atmosphère humide, et qui de près, faiblement protégée par son mur écroulé, s'entoure d'un rideau clair de papaiers et de palmiers.

L'émir Amadou, qui cause avec mon interprète, nous rappelle

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