‹ La grande route de TchadChapitre 25 sur 79 · DÉCOURAGEMENT DE NOTRE ÉQUIPAGE · texte numérisé non relu

DÉCOURAGEMENT DE NOTRE ÉQUIPAGE

chenal, beaucoup trop profond pour nos bambous, qui cependant, ont plus de 4 mètres de longueur. En outre, le courant est toujours vif, nos piroguiers se découragent. Ces braves

GOUO, CHF.F UR BIPARE, VIVAIT HKUREUX SUR I-IC CHALA.NU.

gens, qui sont d'une valeur incomparable au feu, d'une énergie sans pareille devant un effort momentané, se montrent d'une indolence désespérante en face du travail continu, tout aussi bien qu'on leur peut reprocher d'être intenables dans une garnison. Les voici, d'ailleurs, divisés en deux camps : celui des « fait-à-rien » et celui des silencieux. Le premier groupe cause, discute, regimbe, se plaint. Le second travaille sans mot dire. Je me vois dans la nécessité d'infliger une punition, qui consiste à camper seulement lorsque nous avons parcouru un nombre raisonnable de kilomètres et à supprimer la ration de café,quitient fort àcœuràcesindisciplinés. Celanous redonne de l'impulsion pour deux jours, après lesquels il faudra de nouveau les sermonner vertement et me figurer à moi-même que je suis irrité, situation fausse entre toutes, car nous comprenons bien que la route est dure, le chaland lourd, le soleil

ardent, mais nous ne pouvons cependant nous résoudre à disserter sur la vitesse du courant; nous devons sortir de ce pays désert, inhospitalier et sans ressources, nous voulons en finir avec les 60 kilomètres qui nous séparent de Bipâré.

Les montagnes se rapprochent de la rivière, elles nous enserrent et nous étouffent; l'air manque absolument, car les herbes sont plus hautes, les arbres plus serrés. Goro se montre sous un jour excellent; il paraît très reconnaissant des procédés que nous employons à son égard; chaque fois qu'il faut remorquer à la corJelle, ce roi fraîchement désenchaîné se jette à terre le premier et tire de toutes ses forces. Depuis huit jours, il ne nous parle que par battements de langue ou par «hon-hon », mais nous finissons par nous comprendre. Lorsqu'il voit enfin les hautes montagnes du nord-est, il pousse un « Bipâré » profond, cri de soulagement intime; il reconnaît enfin son pays d'origine, que le mot de Bifara, porté sur la carte, ne caractérise pas du tout à son oreille. Nous lui donnons les boîtes vides, il les nettoie avec soin et passe tout son temps à contempler son image dans ce miroir improvisé.

Devant nous, se trouvent trois chaînes ou groupes de montagnes, séparées par de larges échancrurcs. Cela ressemble à de grandes portes laissant passer de l'air et de l'eau. La porte du nord est celle du Mayo Boulo, que nous allons bientôt atteindre, et qui se jette, à Golombé^ dans leKabi; l'échancrure du nord-est livre passage au Mayo Kabi qui vient à notre rencontre. C'est par cette porte, que s'échappent les eaux du Logone, c'est la baie qui donne accès au Tchad, en partant du golfe du Bénin.

Nous commençons à trouver un peu moins de résistance, la rivière s'élargit au confluent de ses collatéraux, le courant cat moins fort. Des pêcheries sont installées sur la berge, ce sont des filets ronds tenus par deux fourches de bois, qu'un indigène relève en les faisant basculer par le poids de son corps, et

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