Golombé en fnulbé signifie : il y a un zèbre
COnO lî E C O NNA IT SON P A Y S
lorsque l'engin sort de la rivière, une pochette placée sous le filet lui-même reçoit le poisson captif, que son propre poids entraîne à sa perte.
Les Foulbés de Golombé nous apportent des vivres ; on ne voit pas de villa-
ges, nous n avons rencontré que des sauvages depuis quatre jours, mais noussommes signalés. Il est même probable que notre réputation n'est pas mauvaise car ces braves gens viennent à nous sans défian-
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ce; leurs présents sont
abondants et variés. C'est donc un véritable plaisir pour nous de leur rendre la monnaie de leurs pièces... de bétail et de leurs plats de mil, en offrant au chef des cadeaux appropriés.
6 septembre. — Nous montons toujours avec lenteur; les piroguiers sont exténués, seulGorose montre de plus en plus joyeux.
Il nous explique du geste qu'en partant le lendemain, au lever du soleil, nous atteindrons Bipâré vers quatre heures du soir. Notre campement est des plus pittoresques, un beau champ de mil s'étale devant nous, un petit village, dissimulé dans la brousse, attire nos regards, mais il est absolument désert; le foyer fume encore, les habitants viennent de l'aban-
donner. Goro nous dit en riant : « Moundang, Moundang^ », cela veut dire, que nous avons atteint sa terre natale et que ses compatriotes se sont enfuis. Mais il me fait un signe et se dirige vers la montagne. Confiant en lui, je le laisse complètement libre.
Tandis que notre personnel dispose le couvert et dresse nos lits, nous assistons au plus beau coucher de soleil qui se puisse imaginer. L'astre, au déclin, disparaît vers la rive droite, couverte de cultures; le feuillage prend des tons exquis, tandis qu'un ciel embrasé, bordé de nuages roux, répand son intense lumière sur les montagnes de gneiss rose. Et dans l'infini du lointain, les avant-monts de Gnroua disparaissent enfin, cachés par un voile de buée violelle, qui diapré les arbres d'un ton bleu. Le Benoît-Garnier se balance sur son ancre, le courant se brise sur l'étrave et produit un bruissement harmonieux, tandis que la nuit tombe, annoncée par les gloussements des pintades et le rugissement des hyènes.
7 septembre. — A dix heures, nous arrivons à l'accostage du village de Kakou ; c'est une grosse agglomération moundang, formée de plusieurs centres extrêmement populeux, perchés sur des montagnes cultivées jusqu'aux étages supérieurs. Goro se tient debout à l'avant du chaland, il ne nous connaît plus, tout son être se reporte vers ses congénères. Les naturels sont à 2 kilomètres, leurs silhouettes se profilent sur les crêtes, en arrière desquelles se tiennent femmes, enfants et bétail, car les hommes seuls, les guerriers, se sont risqués à regarder cette grosse masse glissant sur la rivière. Goro fait des signes, tout le monde reste néanmoins, prudemment, en expectative. Ces gens veulent bien venir à nous; Goro, dans sa promenade de la veille a dû nous faire connaître, cela se voit très bien, mais personne n'ose approcher.
Cependant nous ne pouvons dépasser une aussi forte agglomération sans entrer en contact avec elle, et voyant que ces
l. Les tribus moundangs du Kabi se nomment des Wodaï.
LA GRAXDh' ROUIE DU TCHAD.
sauvages ne viennent pas à nous, Lahure et moi nous descendons et nous nous dirigeons vers eux.
Nos tenues ne sont vraiment pas dignes pour des représentants de la civilisation européenne; nous gravissons ces pentes, en bras de chemise, sans paletot, sans armes, sans même tenir à la main le bâton porte-respect. Nous arrivons ainsi dans le premier village qui vient d'être brûlé; mais, sur les gestes désespérés et réconfortants de Goro, plusieurs indigènes, armés de flèches, d'arcs et de sagaies, nous rejoignent, nous entourent et nous conduisent, à travers un dédale de petites rues tortueuses à la case du chef. Les Moundangs sont absolument nus; quelques-uns portent un petit ornement que je ne puis décrire, d'autres ont une peau de chèvre attachée sur les reins. Elle sert de chaise pour s'asseoir, de selle pour chevaucher, de mouchoir pour s'essuyer les doigts et plus tard, peut-être, d'aliment pour la soupe. L'homme est superbe, c'est un gaillard sain et robuste, bien musclé, bien délié. Son crâne proéminent, ses tempes étroites, son nez écrasé et recourbé, ses pommettes saillantes, lui donnent un aspect farouche. La femme a le chef rasé, son unique vêtement se compose d'une bandelette ou d'une poignée de feuilles, qui passe entre les jambes et s'attache devant et derrière, sur une ceinture en cuir, ornée parfois de multiples petites perles blanches et rouges. Après avoir pris contact, aidés de Goro, nous décidons tout ce peuple à se rapprocher de la rivière. Par prudence, les Moundangs se déterminent, non pas à nous suivre en marchant; mais ils descendent, depuis le faîte de la montagne, en s'avançant assis comme des singes, et le spectacle était fort original de ces hommes tellement nombreux qu'on eût dit une vague humaine arrivant avec nous. Je répondis à l'offre de quelque nourriture par des présents. Goro avait, sans doute, expliqué son histoire; car quelques instants après, lorsque nous poursuivîmes vers l'amont, plus de deux cents sauvages balaient sur la cordelle et tiraient le Denoît-Garnier avec un entrain rassurant.