LA MISSION FAIT ESCALE A BU' ARE
LKS MOUNDANGS l)i; KAKOl', APUKS MAINTINS II ISSITATIONS, VIK.NNE.NT .NOIS SAI.LKR AU BOHI» I)U KAlil.
Quelques milles plus loin, nous atteignions le lac Nabarat, dans lequel se perd le courant du Kabi. Goro nous ai'rêta quelques instants devant une abominable négresse, nue comme une limace, qui venait nous saluer et nous adressait force remerciements pour avoir ramené son fils, brebis égarée, au bercail de ses pères.
Le lac Nabarat est une plaine marécageuse, en forme d'estomac, dont le milieu présente, aux hautes eaux, des profondeurs de 8 à 9 mètres. Il y a peu d'eau libre, les herbes s'y propagent sur la majeure partie de son étendue, et c'est principalement au débouché du Kabi dans ce lac qu'elles ont le plus de densité. Ce fait est, d'ailleurs, facile à comprendre. La rivière entraîne avec elle un volume très notable de graines; tant qu'il y a du courant, ces graines sont emportées. Une faible partie s'accroche à la rive, soit dans les anfractuosités, soit dans les remous où l'eau ne bouge pas; mais dans un lac, la rivière perd sa vitesse, les graines font de même, elles se
déposent et germent. D'où l'encombrement que nous trouvâmes pour progresser en amont, à la sortie de chaque nappe d'eau.
Bipâré, qui détermine le méridien extrême ouest de la frontière française, dans le Haut Congo, se trouve au fond nord du lac Nabarat; l'accostage en est diffîcile, car de véritables arbustes obstruent le chenal. C'est un maigre village de Moundangs pillards. Lorsque nous rétablîmes Goro sur son trône ou plutôt sur la botte de paille qui lui en tenait lieu, je rassemblai tout son monde et leur dis que le calme absolu devait régner dans le pays. Je leur prescrivis, en outre, de reconstruire immédiatement le village, que nous trouvâmes en ruines et que, d'après les dires des naturels, une colonne, venait de détruire.
Nous trouvâmes par bonheur un Foulbé qui parlait le moundang; cet homme nous lit savoir que le lamido de Garoua réclamait, depuis quelque temps, au nom des Européens, des impôts en grain et en bétail, que nos gens du Kabi s'étaient refusé à payer. L'un d'eux cependant, l'arnado de Dialoumé, oncle maternel de Goro, s'était exécuté de suite, par obéissance aux blancs. Le chef de Bipâré, voulant s'opposer à cet acte de soumission, arrêta et dévalisa la caravane sur la route de Garoua. Ce fut, dit la chronique, la cause de l'internement in carcere mura de notre compagnon de voyage et de la destruction de son fief.
C'est probablement une histoire contée â la mode indigène, mais elle ne manque pas d'un certain pittoresque. Je crois plutôt que le bon Goro s'assurait ainsi l'héritage de cet oncle qui, pour n'être pas d'Amérique, n'en était pas moins involontairement généreux. Nous installâmes d'abord le campement, puis je licenciai, après les avoir payés, les deux piroguiers que m'avait confiés le lieutenant Sandrock. Ces hommes nous donnèrent toute satisfaction, mais Lahure s'aperçut qu'ils avaient profité d'un moment de loisir pour avaler deux litres d'alcool à brûler, destiné à notre lampe thermométrique. Après un jour de station, durant lequel nous procé-