NOS DEVANCIERS
africaine, avaient parcouru les abords de notre itinéraire. En 1852, Barth descendait de Koukawa, capitale du Bornou, jusqu'à la communication Toubouri-Logone et faisait une description des marécages des Woulias, sans toutefois fixer l'existence de cette ligne d'eau qu'il put à peine soupçonner, puisqu'il la rejoignit en pleine saison sèche. Plus tard, le voyageur allemand atteignait Tépé, en traversant le Mandara, et déclarait que ce village, situé au confluent du Faro et de la Dénoué, se trouve sur le plan même du Toubouri. Nous verrons, au cours de ce récit, que Barth s'est trompé de 150 mètres, car lac et village se trouvent sur deux plans absolument distincts.
En 1900, près d'un demi-siècle après Barth, le lieutenant Kieffer eut l'honneur de parcourir, avant tout autre, les eaux actives du Logone; il démontra, au cours d'un superbe voyage, que de grandes pirogues fortement chargées peuvent le remonter jusqu'à Laï, et navigua sur les plaines inondées qui recèlent la communication. L'année suivante, un de mes vaillants camarades, le capitaine Lofler, de l'infanterie coloniale, effectuait un raid magnifique. Parti de Carnot, il remontait vers Fort- Lamy, se rabattait sur le Logone, traversait cette rivière au village de Safousou, longeait le Toubouri et déclarait, d'après ses renseignements, recueillis également en saison sèche, que les eaux du Serbéouel ou Logone sont en relation directe avec celles du Toubouri. Lofler n'avait pas de bateau, il ne put donc naviguer sur le Kabi, qui se trouvait alors à son minimum d'étiage, et révéler la dénivellation de Lata, mais dans un rapport très sincère, ce valeureux officier affirmait sa conviction. Kieffer et Lofler ont donc été pour moi des affirmatifs en lesquels j'avais une confiance absolue, et s'ils n'ont pu nous donner une certitude, je suis heureux de déclarer hautement que leurs prévisions étaient fondées et qu'elles furent pour nous d'une constante exhortation.
Kieffer et Lofler ont été les nouveaux pionniers de ces régions peu connues; leurs travaux nous ont tout au moins
LA GRAND fi ROUTE DU TCHAD.
donné, aussi bien avant le départ que durant le voyage, l'espoir d'une réussite; ce sont, en vérité, des documents en lesquels nous avons eu foi. et notre confiance à leur égard s'est agrandie sans limites^. Aussi, avant de franchir le seuil de cet ouvrage, je tiens à rendre un hommage cordial à ces deux camarades qui, par leurs efforts et leur dévouement à la cause africaine, ont bien mérité de la patrie.
En outre du problème géographique posé à la mission, en outre de la recherche toute scientifique d'une communication entre le Logone et le Toubouri, nous nous étions imposé l'étude d'une voie d'accès nouvelle reliant directement Fort- Lamy à l'océan Atlantique et capable, sinon de remplacer, tout au moins de suppléer les routes utilisées jusqu'alors.
Les résultats de notre voyage ont prouvé qu'il existe maintenant, pour pénétrer au Tchad, une route praticable qui remplacera très avantageusement, à mon sens, les deux routes naguère employées pour pénétrer dans la région de l'ex-grand lac africain.
La première, utilisée jusqu'à présent par nos convois, emprunte le cours du Congo jusqu'à Matadi; le chemin de fer belge, depuis Matadi jusqu'à Kinchassa; puis le Congo, l'Oubangui, la Kémo jusqu'à Fort-de-Possel. Arrivé en ce point, le voyageur qui se dirige vers le Tchad peut suivre des voies différentes, mais il doit atteindre, soit par terre, soit par voie mixte (fluviale et terrestre), le poste français de Fort-Crampel et descendre le Gribingui et ses rapides pour gagner Fort- Archambault sur le Chari. C'est ensuite, il est vrai, une belle et large voie fluviale, sans embûches et sans difficultés, qu'il trouve devant soi.
Cette route, pour s'élever à l'altitude du Tchad, trouve des
1. J'apprends, par un rapport de M. Fourneau, administrateur en chef des Colonies, qu'il existait également sur le Toubouri des travaux dus à M. le lieutenant Faure, de l'infanterie coloniale. Nous n'en avons jamais eu connaissance, et personne ne nous les ayant mentionnés, nous les avons toujours ignorés. Je m'empresse de signaler cette lacune dans ma documentation.