‹ La grande route de TchadChapitre 34 sur 79 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Séjour à Léré. — Je vais reconnaître la route du Toubouri. — Nous recevons des nouvelles de Lahure. — Les Moundangs, leurs origines. — Mœurs et coutumes. — Baisse et recrudescence du Mayo-Kabi. — Retour de Lahure et notes sur le pays laka. — Nous démontons le Benoît-Garnier pour le porter à M'Bourao. — Le lamido Bokary et son royaume. — Une collectivité laborieuse chez les Foulanis. — Iba et Chérif ; les vols de notre interprète. — Nous pénétrons dans le Toubouri.

LES gens de Léré furent assez convenables avec nous, durant les premiers jours de notre stationnement. Je partis pour Binndéré-Foulbé, pour juger de l'état de la route, et Gonthiomé m'offrit l'escorte de sa société, ainsi que celle de ses proches, pour me montrer le chemin. Le matin du 20 septembre, au lever du soleil, nos chevaux étant sellés, tout le monde se mit en route. Une sorte de hautbois faisait entendre une musique fantastique, dont les sons très graves se répercutaient au sein des rochers. Le kaïgama (chef de la guerre) était spécialement adjoint à ma personne. Son métier consistait principalement dans l'emploi de toutes les ruses qu'il enseignait à son propre maître.

Mais, grand fut mon étonnement de constater, à mesure que nous avancions, l'accroissement continuel de notre escorte, qui compta bientôt près de cinq cents hommes armés, parmi lesquels je me trouvais seul complètement noyé avec mon interprète. Néanmoins tout se passa pour le mieux à l'aller. Nous montâmes tout simplement, à partir du Kabi jusqu'au niveau du plateau africain, pour atteindre au-dessus de Léré une altitude de 110 mètres, égale à celle de la cataracte et des chutes qui la précèdent.

Ainsi, pour gagner le centre de l'Afrique, il faut s'élever au niveau de cet inévitable plateau, sur le bord et sur le faîte duquel se trouve, précisément, l'agglomération de Binndéré-Foulbé avec ses dépendances.

Nous arrivâmes le soir au coucher du soleil; les Foulbés ne se firent pas prier pour m'apporter du laitage et des œufs. Ils m'annoncèrent que leur chef Bokary était en voyage à Garoua. Les cartes portent ce domaine en territoire allemand; mais durant la longue marche que je venais de faire, le soleil n'avait cessé de me chauffer le dos, j'avais donc marché longtemps vers l'est, et Binndéré ne me semblait pas du tout situé en pays germanique. M. Delevoye, dont j'avais attiré l'attention sur ce fait, fît à cet objet plusieurs observations de latitude et trouva en effet que la grande ville peule est par 9o57'59" de latitude nord, c'est-à-dire au-dessous du 10e parallèle et par conséquent en territoire français.

Au milieu de la nuit, les Foulbés vinrent me réveiller pour me dire que les Moundangs ravageaient les champs de mil et d'arachides. Je fis prévenir Gonthiomé, qui tâcha de les contenir, mais au petit jour, pressentant qu'une certaine tension se manifestait entre les deux races, je décidai le retour sur Léré, en donnant l'ordre aux Moundangs de se rassembler et de me suivre.

Je revenais enchanté de la voie parcourue : notre mouvement de matériel était assuré de ce côté, car nous devions démonter le chaland à Léré pour le porter dans le Toubouri,via Binndéré foulbé. Mais cette satisfaction fut vite interrompue : mes compagnons de route recommencèrent, en effet, le pillage des cultures, et je dus les en empêcher par la force, car les Foulbés s'étaient rassemblés en armes pour protéger les moissons.

Au-dessous du village de Berlé\ nous trouvâmes les gens de Dialoumé, Gonzi en tête, qui, venus pour me saluer, se joignirent à nous. Mais tout à coup, au passage d'un fourré marécageux, les Moundangs de Léré se précipitèrent de mon côté, les armes à

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