‹ La grande route de TchadChapitre 36 sur 79 · PERFIDIE DE NOTRE INTERPRETE IRA · texte numérisé non relu

PERFIDIE DE NOTRE INTERPRETE IRA

aux yeux bleu de Prusse, nous piquaient jusqu'au sang, et le soir toute cette gent ailée faisait place à l'invasion des moustiques.

Je m'étais aperçu que notre interprète, Iba, désertait le campement, durant la nuit, pour se rendre au village. Le roi lui avait fait cadeau d'une case qu'il habitait avec deux femmes et qu'il avait réclamées en mon nom. Rien ne lui manquait; il avait ses captifs, ses domestiques, ses chevaux, une vache pour son lait. C'est par crainte de ses menaces que les Moundangs durent lui fournir jusqu'au mobilier le plus complet, jusqu'à la sellerie la plus luxeuse, car notre voleur prétendait agir conformément à des ordres qu'il aurait reçus de ma part.

Iba avait noué des relations avec un Foulbé nommé Chérif, lequel portait une chéchia de tirailleur pour exercer avec plus de facilité son métier de brigand; en outre les incursions incessantes de cet individu vers Garoua me furent signalées. Chaque jour apportait un nouveau luxe au costume de notre interprète; boubous neufs, turbans, sandales brodées, etc., rien ne manquait.

Ces déprédations étaient dangereuses pour nous et du plus mauvais effet, mais malheureusement je n'en sus le fin mot que plus tard. Cependant les Moundangs ne furent pas les dupes de notre homme, ils se turent avec l'intention de prendre leur revanche. A Léré, nos soupçons furent seulement éveillés, à Binndéré les événements vinrent les confirmer.

D'ailleurs, il était indispensable de ne pas montrer à nos hôtes la moindre discorde parmi nous : la faiblesse de notre effectif donnait déjà bien assez de prise à leur perfidie. Iba était aussi beau parleur que Birama; c'était merveille de l'entendre énumérer ses droits d'électeur et ses devoirs de citoyen.

« Nous, Sénégalais, disait-il, nous voulons être Français et pour cela nous en subirons toutes les conséquences, nous voulons faire notre service militaire comme les blancs. »

Les choses en restèrent donc là, mais par mesure de précaution, je confiai désormais les commissions délicates à Malal

Page 1