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LA MEILLEURE ROUTE DU TCHAD

obstacles dès son point de départ : ce sont d'abord les rapides du Congo et ceux de l'Oubangui, puis les rapides du Gribingui; le trajet par voie de terre est de 170 kilomètres environ. Or le portage est devenu complètement Impossible dans les pays traversés, car il a produit chez l'indigène des révoltes sans cesse renaissantes, suivies d'un exode progressif des habitants de la contrée. En outre, les bêtes de somme sont rares dans ce pays : la tsé-tsé fait une guerre acharnée à tout ce qui s'appelle montures ou bétail, en sorte que les Européens, valides ou malades, ont dû le plus souvent effectuer le trajet à pied.

Il résulte de tout cela que le ravitaillement de nos territoires du Bas-Chari et des régions situées à l'est du Tchad est une opération tellement difficile, à l'heure actuelle, que les vivres et le matériel destinés à nos troupes leur parviennent très rarement, et, la plupart du temps, avariés ou diminués.

La seconde voie d'accès vers le Tchad emprunte la ligne sinueuse du Niger, grimpe les rapides de Boussa et franchit les défilés de l'Issa-Ber pour atteindre Niamé. Ce village est le terminus de la route saharienne (rectifiée par la convention du 8 avril 1904), qui passe à travers le Sokoto, le Damangara, Zinder, et se dirige vers l'est-sud-est, sur l'embouchure de la Kamadougou-Yoobé. On pourrait dire que, d'une façon générale, la montée des rapides de Boussa conduit le voyageur à Niamé jusqu'au niveau même du Tchad, et qu'à partir de ce point il chemine sur le plateau africain, suivant une ligne voisine de l'horizontale. Ici les difficultés sont plus considérables que par la voie précédente. Il faut d'abord, en s'élevant vers le nord, franchir les obstacles du Niger avec des convois chargés; ensuite le matériel doit traverser, de l'ouest à l'est, l'immense étendue Niamé-Tchad (1300 kilomètres environ), soit à dos de chameau, soit à dos d'âne, le portage étant impossible d'ailleurs au sein de ces pays désertiques.

On connaît maintenant une troisième route accédant au Tchad, c'est celle que nous venons de suivre. Partant de

Lokodja comme la seconde, elle suit cette belle rivière, au courant énergique, mais sans rapides et sans chutes, qui s'appelle la Bénoué, puis elle emprunte le cours d'une petite ligne d'eau, le Mayo Kabi (Mayo, « rivière », en langage foulbé), collatérale de cette dernière, et qui s'élève calme et facile jusqu'au village de Lata. Ici le plateau africain se dresse brusquement en travers de la route. On le longe depuis Lokodja, on côtoie ses contreforts et ses « tables » isolées ou groupées, mais il ne gêne en rien. C'est seulement à Lata qu'on l'aborde, à 2 200 kilomètres de la mer, sans avoir rencontré jusqu'alors la moindre difficulté.

La solution de ce problème de navigation est donc très nette.

Il n'y a pas de rapides à franchir, l'obstacle est une cataracte précédée de chutes, le saut est vertical, il nécessite un portage de 30 kilomètres environ, dans une région très peuplée. Ensuite, on se trouve à quelques mètres d'altitude audessus du Tchad. D'ailleurs, depuis le sommet des chutes de Lata, traversée du Toubouri comprise, la voie fluviale est d'une surprenante facilité. On voit donc de suite l'attrait immense, incontestable, de cette voie de pénétration : rapidité d'accès, économie considérable des transports, réduction du portage à l'accomplissement d'une seule étape, tels sont les avantages pratiques, économiques et humanitaires de la voie Niger- Bénoué-Kabi-Toubouri.

Cela posé, examinons rapidement les documents et les principes sur lesquels nous nous sommes basés pour la mise en œuvre de cette expédition. On sait queBarth, à la fin de l'année 1851, quittait la ville de Koukawa, capitale du Bornou, pour entreprendre vers le Sud un fort beau voyage. Parti, le 25 novembre, avec une armée de Kanouris dont le but évident était un rapt d'esclaves en pays moussgou, Barth longeait la zone marécageuse qui s'étend entre le Mandara et le Logone et descendait jusque vers 10° 20' de latitude nord environ. L'explorateur allemand reconnut le cours de cette rivière, puis constata, à proximité de celle-ci, l'existence d'une faible dépression

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