CRUE DU TO UB O UR I
LES KABAS DE LAI, IM>R11;.M;S 1)L LcniU.M;, liSCORTIi DU SERGENT DU.MiIXT.
Le Toubouri montait encore et gagnait progressivement le sol sur lequel nous campions. Il est facile de comprendre combien cette constatation nous remplissait d'aise. Nous pensions, en effet, avec juste raison, que cette crue résultait de celle du Logone, et dès lors, nos doutes s'effaçaient, sinon à l'égard de la praticabilité de la communication, du moins au sujet de son existence.
La fièvre nous frappait à tour de rôle. De toutes parts, nous étions environnés de marécages; de hautes herbes nous enfermaient et masquaient nos regards. La vase dégageait des odeurs écœurantes, nous vivions nuit et jour au milieu d'un nuage de moustiques voraces qui ne nous laissaient pas un moment de répit; mais, comme pour nous réconforter, le Toubouri se rapprochait de plus en plus, rétrécissant le petit îlot sur lequel nous vivions.
Le 12 octobre, le kaïgama de Léré venait nous rejoindre et me faisait connaître que l'arnado de Trêné avait formé le projet de i.ous attaquer lors de notre retour.
Celte nouvelle n'avait rien de surprenant, nous avions entravé la traite des esclaves, et les gens de Trêné ne pouvaient nous pardonner cette mainmise sur leur gagne-pain.
Quand le kaïgama reprit le chemin de Léré, je l'assurai que nous serions tous très heureux de revoir son pays et que si l'arnado de Trêné se disposait à nous recevoir de la sorte, nous étions, de notre côté, résolus, quand même, à lui rendre visite une fois de plus. Ce qui m'intéressa le plus dans cette démarche, ce fut d'apprendre, par la bouche même du kaïgama, l'existence d'un sentier allant de M'Bourao à Léré par la rive droite du Kabi, mais il escalade les roches et les ravins. C'est une route à peu près inutilisable, sur laquelle il est Impossible de trouver une goutte d'eau pendant la saison sèche.
Le 17 octobre, tout le personnel de la mission joignait ses efforts pour mettre à l'eau le Beiwît-Garnier. Nous partions juste à temps, la crue gagnait notre campement avec persistance, nos lits se trouvaient dans un mélange de terre et de boue liquide, nos cantines étaient dans l'humidité. Nos pieds enfonçaient jusqu'aux chevilles, et les rats grouillaient autour de nous. La satisfaction de quitter ce repaire hâta le rétablissement de nos santés, pour quelques jours du moins.
Le lac Toubouri commence ou plutôt se termine à quelques kilomètres en amont de M'Bourao; son lit se rétrécit en face de ce village, tandis que le courant s'y dessine. Une petite rivière s'écoule vers l'ouest, saute dans les rochers, tombe de la cataracte et va passer devant Lata, formant ainsi le Mayo-Kabi. Cette rivière ne serait en somme qu'un émissaire, et son cours ne devrait commencer géographiquement qu'au pied même de la cataracte, car toute la masse d'eau du Toubouri, qui stationne ou circule sur le plateau soudanais, par 375 mètres d'altitude environ, fait partie d'un système hydrographique absolument étranger à celui de la Bénoué.
Dès que nous arrivons dans le Toubouri proprement dit, le courant cesse, la navigation devient très facile. Nous marchons à l'aviron, nous apercevons sur les dunes limitrophes les deux villages de M'Bourao et de Sulkano, placés face à face, en sentinelle, à l'entrée du pays moundang. La route de Binndéré-moundang à Sulkano est courte, praticable et facile.
Le lac Toubouri est fort large ; il s'étend à plus de 3 kilomètres par endroits sans compter les inondations. De nombreux villages sont établis sur les dunes dominant la rive, mais tout est désert, notre approche a fait fuir les indigènes dans la brousse. De véritables troupeaux d'hippopotames viennent à notre rencontre, surpris, effrayés par la masse qui chemine sur leur élément habituel, notre présence produit une véritable stupéfaction chez ces pachydermes.
Cependant pour prendre contact, deux énormes bêtes se détachent du groupe, puis à 10 mètres du chaland, plongent pour nous éviter. Mais les hippopotames ne s'étaient pas doutés de la longueur du bateau, et lorsqu'ils voulurent nous regarder par l'arrière, ils vinrent nous donner un violent coup de reins qui nous fit sérieusement osciller.
Barth ne s'était pas trompé sur l'étendue du Toubouri; ce lac mesure en effet 100 kilomètres de développement, mais il n'est pas uniquement dirigé du nord au sud. Vers son milieu, en effet, le Toubouri forme un coude et la seconde moitié prend une direction sensiblement nord-ouest. Deux marigots de quelque importance viennent le grossir et lui portent les eaux du pays laka. Tikem était notre première étape ; en ce point le lac est très large et profond; de vastes bancs d'herbes l'occupent en partie. La rive opposée se couvre de villages, situés à flanc de coteau ou réfugiés sur les trois pics Daoua, dont le relief est d'environ 200 mètres au-dessus du plateau. — Le rapport du capitaine Lôfler est très net à ce sujet. — Ce sont des blocs de gneiss ou de granitoïde rose, brûlés par le soleil; ils ne diffèrent pas des rochers de Minndiff et de Lara, leur structure est la même