A LA RECHERCHE D'UNE ROUTE
que celle des blocs d'Hadjer-el-Hamis, car toute cette région présente le caractère d'une parfaite uniformité.
C'est en vain que nous avons cherché la station de Denino; ce village est en ruines, depuis le passage des Kanouris avec lesquels Barth fit son voyage au Logonc.
La journée du 23 octobre fut particulièrement pénible pour la mission; l'eau baissait et le Benoît-Garnier s'égara plusieurs fois parmi les canaux séparant les îles. La route était encom-
ISOUS K.NTRO.N'S DANS LA COiMMUMCATIOX. LIi SILLOX DU " BKNOIT-GARNIER « DANS LES HKHBKS. AU SOM- JIKT nu LAC TOUBOURI.
brée d'herbes, et nous dûmes suivre le milieu du chenal
dans lequel s'ébattaient de nombreux hippopotames. Le soir vers trois heures, nous arrivions à l'extrémité du Toubouri; une vaste plaine parsemée de grands arbres s'étendait de tous côtés. Ce spectacle me rendit très anxieux, et je me demandais où pouvait bien être la route. Nous décidâmes de ne pas poursuivre plus loin avant d'être en possession de quelques renseignements. Je me dirigeai dans la brousse en compagnie de deux piroguiers, afin de rejoindre, si toutefois la chose était possible, un centre indigène capable de nous fournir un guide. Mais tout le monde se sauvait à notre approche, et j'allais revenir au campement avec ma déception, lorsque je vis un vieillard moins craintif que ses hommes, assis paisiblement dans sa case et fumant une pipe en fer dénuée de toute élégance.
LA GBAyn/i ROUTE DU TCHAD.
Ma présence ne lui causa pas le moindre étonnement, il semblait résigné aux pires événements, et lorsque je lui fis signe de me suivre, il s'exécuta sans hésitation. C'est alors seulement que je constatai sa haute stature. Un corps long, sec et maigre supportait une belle tète aux cheveux blancs. La figure, très accentuée, se terminait par une longue barbe, son front portait de nombreuses cicatrices, témoins des luttes auxquelles cet homme n'avait pas succombé. Malali Dialo finit par entrer en conversation avec lui, car cet indigène connaissait quelques mots de la langue foulbé. Il nous dit que les Fellatas de l'Adamaoua venaient très souvent effectuer des rapts d'esclaves dans sa tribu, et que ces guerriers redoutables accouraient en hordes sauvages. Pour effrayer leur proie, les Foulbés se couvrent le visage avec des masques hideux, des peaux de bêtes et des casques en fer. Ils arrivent ainsi sur des chevaux nus et poussent des cris effroyables en pourchassant leur gibier humain. Notre vieux guide regarda le chaland qui parut l'effrayer, et comme nous lui demandions s'il y avait encore beaucoup d'eau sur la plaine, il nous montra, en serrant le haut de sa cuisse avec les mains, que nous avions chance de passer.
Le 24, de grand matin, j'engageai le Benoit-Gamier dans la direction qui m'était indiquée; cela nous conduisait vers l'est, et durant quelques heures nous fîmes assez de chemin, tout en écrasant les hautes herbes, très serrées en certains endroits ; mais cette route était inextricable, il fallut revenir en arrière et rejoindre à peu près la place où nous avions couché.
Le chaland calait près de 3 pieds avec son matériel et tout son personnel; il y avait beaucoup d'eau, mais les herbes se montraient rebelles à notre passage. C'étaient pour la plupart des roseaux gros comme le pouce et excessivement serrés, leur longueur dépassait souvent 3 mètres, en sorte qu'il était impossible de distinguer la route en avant de l'étrave. Nous fîmes une seconde tentative, mais le fond du bateau venait comme une ventouse s'enfoncer dans la vase, et nos efforts étaient à peine suffisants pour le dégager.