‹ La grande route de TchadChapitre 42 sur 79 · LA MISSION TROUVE LA COM MIW I C AT ION · texte numérisé non relu

LA MISSION TROUVE LA COM MIW I C AT ION

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Le 25 octobre, je pris la résolution d'alléger le Benoit-Garnier de manière à diminuer son tirant d'eau d'une trentaine de centimètres. Une partie de nos bagages fut déposée à terre dans l'ouest du point où nous nous trouvions, et j'en confiai la garde à M. Delevoye,dont l'état nécessitait un repos absolu. Ce furent ensuite de nouvelles investigations, infructueuses comme les premières.

Nous avions particulièrement insisté sur la recherche d'une route au nord-est, parce que la renommée donnait à celle-ci beaucoup plus de crédit et lui attribuait plus de profondeur qu'à toute autre. Je résolus donc de revenir tout à fait dans l'ouest et de longer, en me dirigeant vers le nord, une belle forêt de tamariniers et de gommiers, au pied de laquelle une suite ininterrompue de grandes mares s'emplissaient d'une eau claire et limpide. Ce fut une heureuse inspiration. Nous avions ainsi découvert une ligne d'eau formée d'étangs, reliés entre eux par une petite rivière, dans laquelle un courant appréciable se manifestait. Durant quelques heures, nous éprouvâmes une certaine angoisse, nous demandant au sortir de chaque mare si la

ligne d'eau se continuerait avec son courant. Il fallait pour sortir des mares se jeter dans la vase et chercher dans leur périphérie la bienfaisante rivière, qui ne tardait pas à se révéler par son onde limpide. Enfin, le 27 octobre, après trois jours de lutte, le Benoît- Garnier pénétrait dans un large canal, profond par endroits de 5 à 6 mètres, et long de 6 kilomètres, qui nous conduisit au milieu d'une plaine submergée. Ici, les inondations n'ont plus le même aspect, le parc s'est éclairci, les arbres sont moins nombreux. En avant, nous pressentons un vide, un espace particulier, un large sillon tracé dans la plaine; serait-ce le Logone? Combien de fois nous avons consulté l'horizon, cherchant à distinguer le cours de la rivière au sein de cette immensité. Mais il semble aujourd'hui qu'un fluide particulier nous attire, le Benoît-Garnier refoule sans effort les grands nénuphars, les lianes aquatiques. Nous contournons des bancs de vase, des buttes de terre; nous circulons dans ce dédale de petits îlots avec une vitesse inaccoutumée. Tout à coup, derrière un village que la crue baignait récemment encore, nous trouvons de la résistance ; le courant pénètre dans la communication et s'oppose à notre marche, et nous débouchons devant une rivière large de 300 mètres, dont le flot s'écoule vers le nord. Je ne saurais dépeindre la joie immense qui s'empara de nous tous ; quel soupir de satisfaction s'exhala de nos poitrines! C'était bien le Logone c'était la belle rivière, but de nos efforts, que depuis deux mois j'entrevoyais dans un rêve. Que de fois nous avions envisagé toutes les difficultés de la route comme les préliminaires d'une tentative également décevante et capable de succès! Combien de fois nous avions pensé que nos efforts pouvaient être vains! Et voilà que tout à coup nous sommes à l'ancre au milieu de cette belle rivière, objet de toutes nos espérances! Il nous semble que nous sommes arrivés là subitement, sans efforts, car la joie nous fait oublier les souffrances passées. Le séjour à Léré, la perfidie des Moundangs, la cataracte de Lata, nos escalades parmi les rochers, notre séjour mortel dans le Toubouri, les marécages de M'Bourao, nos

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