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VILLES RIVERAINES DU LOGONE

KOTOKOS l)L' 1!A^

sommes habitués à la nudité complète des peuplades récemment traversées. La transition est fort brusque en effet; on croirait volontiers que les nouveaux venus ont des difformités à cacher, tant ce changement comporte d'imprévu. Le palmier doum, le renier font leur apparition, nous en trouvons de véritables forêts. Les villes sont bâties au bord de la rivière et défendues par de grands remparts en terre avec gradins pour les combattants. Mais il est très difficile de débarquer; les naturels ont pris coutume de déposer toutes leurs ordures sur la face dominant la rivière et nous en sommes fort incommodés. Karnak donne, par ses ruines, l'impression de sa grandeur passée, les murs ont au moins 3 kilomètres

de tour; de larges avenues, de longues rues tortueuses en séparent les différents quartiers, les maisons construites en terre sont surélevées d'un étage. Les abords ne sont que marécages, répandant une odeur pestilentielle.

Les Kotokos sont les seuls indigènes exerçant la profession de piroguiers dans toute la région jusqu'au Tchad; ils montent de grandes embarcations faites de planches cousues à la ficelle et dont l'avant est plus large que l'arrière. Cette race est fort peu sympathique avec sa face anguleuse et bestiale, et ses mœurs sont extrêmement cruelles.

Karnak tire son ancienne importance de la route que suivaient autrefois les pèlerins du Bornou pour atteindre la Mecque; les caravanes s'y reposaient, dit-on.

En aval de ce point, la campagne se couvre d'une épaisse forêt, le sol se relève de quelques décimètres, et cela suffit pour restreindre les zones inondées sans toutefois les faire disparaître. La brousse est en grande partie composée de faux gommiers, puis ce sont des mimosas aux troncs rouges, des acacias, des gommiers et de nombreuses espèces d'arbustes épineux. En aval, le Logone se rétrécit, sa profondeur devient plus grande; les berges, bien dégagées en amont, sont recouvertes d'une impénétrable végétation. Et depuis Karnak jusqu'au lac, depuis Fort-Lamy jusqu'au Bornou, la même forêt inhospitalière s'étend de tous côtés, et couvre sans interruption le territoire jadis occupé par l'ancien lit du Tchad.

Le 4 novembre, de bon matin, nous étions en vue de Fort- Lamy.

Le Chari mesure près d'un kilomètre de largeur au confluent du Logone, il atteignait 7 mètres de profondeur au maximum de la crue, c'est-à-dire à l'époque même de notre arrivée. La jonction présente, en outre, d'immenses marécages.

Nous allons maintenant étudier la crue du système Chari- Logone-Toubouri-Kabi, non pas sur le bas fleuve, mais plutôt aux environs du 10^ parallèle, puisque la communication se trouve de ce cJté.

INONDA TI O NS II T M. l li É CA G /:S .

A hauteur de Diokoïdi, le Logone atteint son maximum d'étiage vers les premiers jours d'octobre; il en est de même du Chari, de la communication et du Toubouri. La crue de tout cet ensemble commence au mois de juillet et progresse d'abord rapidement. Mais la plaine ou cuve du pays moussgou et le galdiam des Woulias ne sont inondés qu'au moment où le Logone dépasse l'étiage de 3 mètres, c'està-dire au mois d'août ; donc à partir de cette époque et en raison même de l'épandage des eaux sur la cuve tchadienne, les rivières montent avec beaucoup moins de rapidité. C'est précisément ce qui explique pourquoi le

Toubouri n'est plein que dans le courant d'octobre. En outre, le Logone et le Chari sont séparés par une région très plate.

D'après les renseignements parvenus sur la contrée dont il s'agit, la bissectrice de leur angle serait un terrain surbaissé, dans lequel les crues de ces deux cours deau se rejoignent pour former de vastes inondations, qui permettent aux pirogues de passer de l'un dans l'autre, durant la saison des pluies, à travers la forêt.

Toute cette région du plateau soudanais, aussi bien vers l'ouest que vers le nord et l'est du Logone, joue donc, de toutes parts, le rôle de réservoir régulateur et modérateur de l'étiage, car il accapare une bonne masse d'eau, charriée par ces deux rivières, et retarde la montée de la crue. Tous ces phénomènes : écoulement des eaux vers le nord, déclivités faibles,

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pente générale du terrain, jusqu'aux similitudes géologiques^ sont, en quelque sorte, les porte-retard de la crue générale; ils donnent du poids à l'hypothèse que nous venons d'émettre au sujet du Toubouri et font penser, comme nous l'avons déjà dit, qu'un barrage placé au sommet des cataractes de Lata, forcerait cette masse d'eau à se déverser vers le Tchad.

Mais ce lac est également grossi par les pluies locales et par les cours d'eau provenant du pays laka, dont les deux principaux débouchent à la pointe sud, et ces marigots, dès le début de l'hivernage, font monter le niveau du Toubouri.

D'autre part, le Mayo-Kabi reçoit également de nombreux affluents, mais il prend réellement naissance au pied de la cataracte de Lata, et ne doit pas être confondu avec la rivière Dalla, qui se jette en ce point.

Le jour même où le Toubouri se remet à monter, grâce aux premières tornades, le Kabi desséché, réduit à l'état de mares successives, pendant la saison sèche, renaît à l'activité, redevient rivière et manifeste sa crue sous la double influence des pluies et des premiers apports du Toubouri qui se gonfle. Cet émissaire du Tchad commence donc à progresser au début des tornades; il atteint son maximum au plus fort de l'hivernage, baisse à la fin de septembre, lorsque cessent les orages, et reprend une marche ascensionnelle, quelques jours après, ainsi que nous l'avons pu constater à Léré.

Cette crue tardive, que nous avons également observée sur la Bénoué, résulte uniquement et directement de la montée du Logone sur la communication. En résumé, depuis la fin de juillet jusqu'à la fin d'octobre, des vapeurs partis de Forcados, avec 60 tonnes et plus de chargement, auront accès dans le pays moundang jusqu'au village de Lata; depuis les premiers

\. Les roches de la barrière rocheuse du Toubouri sont analogues à celles du Niger et, comme nous le verrons plus loin, la nature rapproche encore ainsi, par celte analogie, le procédé d'écoulement des lacs nigériens et du Tchad vers la mer. Nos échantillons sont des granits porphyroïdes à cristaux roses de micro- Une, ils renferment de lalbite, de la biotite et de l'horneblende {selon M. Hubert).

PRAriCABILITE DE LA ROUTE FLUVIALE.

jours d'août jusqu'à la seconde quinzaine d'octobre, la communication sera franchissable pour de beaux chalands; depuis le milieu de juillet jusqu'à la fin de décembre, les mêmes embarcations pourront circuler sur le Logone, depuis le poste de Laï jusqu'à Fort- Lamy.

Donc l'ascension où plutôt la navigation du Mayo-Kabi est possible durant trois mois, chaque année. Quant à la communication, elle serait utilisable durant dix à douze semaines, au moment même où le matériel déposé à Lata pourrait être progressivement écoulé vers Sulkano et le Toubouri par voie de terre. Nous sommes donc amenés tout naturellement à penser que la route Niger-Bénoué-Kabi-Toubouri est utilisable durant environ trois mois, chaque année, que si les 30 kilomètres de portage Lata-Sulkano sont sagement organisés, les ravitaillements, destinés aux postes du Tchad, pourraient être expédiés de Forcados sur Fort-Lamy, de juillet à octobre, et qu'avec une flottille composée de chalands assez forts et nombreux, de volumineux approvisionnements atteindraient sûrement le Bas Chari. Mais toutefois, de ce fait que nous avons mis la route en pratique avec un bon bateau, il ne faut pas conclure que la voie fluviale Kabi-Toubouri-Logone est dès maintenant utilisable pour des touristes. Elle demande, à partir de Bipâré

LK DOCTKLH ALLAl.N, MLDliCIN DKS TROUPICS A FOUT- LAMY.

jusqu'à Lala,des soins spéciaux et peut être rapidement mise en valeur, si le piste que nous demandons à Léré peut se mettre dès maintenant à l'œuvre. Quoi qu'il en soit, cette route flu-

i.i: <:i\ii;tii:i!i:. immhi': jii com mandant i.A.M'i.

viale est, par rapport à la voie Congo Oubangui, d'une praticabilité, d'une rapidité, d'une économie et d'une humanité vraiment sarprcn:uitcs, grâce à sa direction constante ainsi qu'à la réduction du portage à l'étape d'une seule journée.

Nous arrivâmes à Fort-Lamy, le 4 novembre. M. le commandan Largcau, chef des territoires militaires du Tchad, était alors en inspection dans le Kancm et le Fittri, car les populations du Ouadai se montraient assez turbulentes à cette époque même. Nos fatigues brusquement interrompues firent un retour offensif, mais grâce aux soins affectueux et dévoués du docteur Allain, nos santés furent promptement rétablies. Fort-Lamy est un grand poste composé de deux parties différentes : le camp et la résidence. Le marché n'est pas encore très achalandé. Notre première visite fut pour la terre où dorment nos devanciers. La tombe du commandant Lamy se trouve la première de l'unique rangée. C'est un massif en briques, surmonté d'une croix sur laquelle on lit encore cette inscription « Famille Lamy », qui réveille avec

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