I.IG
sobriété tout un monde de souvenirs glorieux, tout un passé de dévouement à la France, tout un présent de tristesse et de regrets. Ce soldat héroïque, mort au champ d'honneur, conscient de sa victoire, est un exemple toujours vivant pour ceux qui restent.
Nous sommes allés le saluer et nous incliner sur la terre brûlante, au sein de laquelle tout Africain n'est jamais assuré de ne point dormir.
Nous avons exposé les difficultés de la mission, mais il est encore plus intéressant d'en montrer les résultats qui peuvent se résumer comme il suit : Durée du parcours do Paris au Tchad : 75 jours. Totalité du portage : une étape de 32 kilomètres. Nombre des mouvements de matériel : trois (déchargements à Forcados et Lata, rechargement à Sulkano). Enfin le prix du fret est réduit de plus de moitié. La route présente, comme on le voit, de réels avantages. Mais tout cela suppose implicitement le curage de certains tournants du Kabi, le recrutement facile des porteurs et l'organisation rationnelle du pays. C'est ici que l'on appréciera l'utilité d'un poste à Léré. Le chef du district doit assagir les indigènes qui sont plutôt des enfants turbulents que de mauvaises gens. Dès que les Moundangs trouveront du profit à notre contact, on pourra les employer pour couper les herbes gênantes à l'entrée des trois lacs de Trêné, de Léré et de Bipâré. Dès
.MO.NL.MIi.NT ELEVl; PAR NOS CAMARADES DU CIIARI A LA MÉMOIRE DE CEUX QUI SONT TOMBES POUR LA CAUSE AFRICAINE.
PRÉPARAriFS DE VOYAGE AU BORNOU.
qu'ils trouveront rétribution à leurs labeurs, l'ofïicier chef de poste pourra leur faire couper du bois de chauffe pour les vapeurs. Dès qu'ils verront le profit du portage, ils s'y livreront de plein gré, vu la faible durée de ce travail. Ces conditions sont nécessaires, et sincèrement je les crois suffisantes pour la circulation facile et rapide des remorqueurs, pour le fonctionnement normal des transports. Ainsi, comme on le voit, le but de nos efforts en Afrique est pleinement atteint, nous arrivons à réduire le portage à son minimum : l'étape d'une journée.
Le 14 novembre, M. Delevoye s'embarquait sur le Benoît- Garnier pour gagner le Tchad, longer la côte ouest, observer les atterrissages et revenir à son point de départ, après avoir fait complètement le tour des eaux libres de l'ex-grand lac africain. Nous lui donnâmes donc rendez-vous à Koukawa, que nous devions rejoindre par voie de terre. Mais en raison de formalités à remplir, notre départ fut retardé ; nous quittâmes Fort-Lamy, le 19 novembre seulement, pour traverser le territoire allemand et pénétrer au Bornou.
CHAFITliE VI
Voyage au Bornou. — La forêt du Bas-Chaii. — Nous entrons sur la « terre cassée ». — LesKotokos de Méloué, la chasse à l'esclave. — Les ruines d'Afadé. — Passage du Bahr-elObéïd. — Les dunes concentri jues et le retrait du Tchad. — Séjour à Dikoa. — Le sultan Zanga. — Fin de la « terre cassée ». — Qu'est-ce que le Bornou? — Sécheresse et médiocrité. — Le marché de Monghono. — Nous entrons à Koukawa. — L'accueil du si.ltan Giierbaï. — Kanouris et Bornouans.
LE 19 novembre, à deux heures du soir, nous quittions Fort- Lamy pour le poste allemand de Koussri. Nous y devions passer la nuit, et MM. les lieutenants b'chipper et Strumpel
nous y firent le meilleur accueil.
Il est dilTicile de concevoir un village plus sale et plus délabré que Koussri.
La berge est à pic, dominée par la demeure du sultan Moussa; la plupart des maisons sont en ruines ou désertes, et leur annexe à étage ne donne aucun aspect de confort à ces demeures. Les immondices et les ordures fétides sont répandues de toutes parts jusqu'au bord du Logone et exhalent une odeur nauséabond^. En arrière, du côté de la
LMC nui; DE KOLSSRI.
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FEM.Mi; SARA : LA .\ilsi;iu: in UAS-i;irAiu.
brousse, un terrain dégagé sépare les maisons d'un rempart en hémicycle, percé de deux portes et muni de gradins. Dans l'angle est de la forteresse on voit un groupe de fort beaux arbres réduit de la défense, où nos morts furent enterrés ; car c'est à 5 kilomètres de Koussri que se livra la sanglante bataille où sombra l'empire de Rabah, où celui-ci trouva la mort, tandis que le commandant Lamy victorieux rendait son dernier soupir, au milieu de ses vaillants collaborateurs. C'est auprès de l'ossuaire que nos morts ont quitté, que s'est installé le poste allemand, caravansérail des plus confortables et des mieux compris.
La ville de Koussri comptait autrefois trois ou quatre mille habitants; aujourd'hui la population est réduite à cinq cents âmes et décroît de plus en plus. M. le lieutenant Stieber, rési-
LA BROUSSK ih'INKUSI-: DU B.VS-CHARI : TlîliRlî CASSlili, MIMOSAS ET FAUX-GOMMIEliS.
dent du Bornou allemand, nous fit l'accueil le plus gracieux, il nous autorisa même à chasser sur son territoire, permission dont je ne profitai guère, car le gibier n'est pas abondant. Cet officier nous avait, en outre, donné une escorte, commandée par le sergent Rippa, dans le but de nous faciliter la route et de nous procurer des vivres à travers ce pays, dont les ressources ne sont pas des plus variées.
Le 20 novembre, nous longeâmes le Chari par un sentier qui circule à travers la forêt. La brousse est extrêmement serrée, les hautes herbes ne sont jamais brûlées, elles enlacent le pied des arbres touffus, au milieu desquels on ne peut se frayer un chemin. J'ai vainement cherché à reconnaître une valeur possible à cette végétation, ce sont de tous côtés des arbres épineux : mimosas, acacias gigantesques, faux -gommiers, hadjilidjs, plantes rébarbatives et d'un contact dangereux.
L'existence sur le chaland nous avait été fort pénible, nous