‹ La grande route de TchadChapitre 47 sur 79 · L1-: DOCTEUR KRAVIETZ VIENT A MA RENCONTRE · texte numérisé non relu

L1-: DOCTEUR KRAVIETZ VIENT A MA RENCONTRE

LES DUNES ('().\('E.\7 lUOl ES

DANS LA <c ÏKRRE CASSliU l) COMMKRÇANTS -MAROCAINS CAHAVAMl.KS DE TRIPOLI A DIKOA PAR ZIXDER ET KANO.

pente extrêmement douce et régulière; il offre donc, en raison de la faible profondeur de l'élément liquide, une prise énorme aux agents desséchants. Donc, si le niveau du lac baisse de manière à rester en dessous du sommet de la dune immergée, l'intervalle compris entre celle-ci et la dune extérieure va se transformer en marécage, et ce dernier sera très rapidement asséché. Tous les villages perchés sur les dunes périphériques et sur les terres émergeantes vont, du même coup, se trouver à sec; il arrivera môme un moment où les eaux seront tellement éloignées que les indigènes devront se déplacer vers le nord pour trouver de l'eau et pour reconstruire leurs habitations près

LA GRANDE ROUTE J)r TCHAD.

du Tchad; ainsi font d'ailleurs les habitants de la « terre cassée » depuis Afadé jusqu'à Logomani.

Après avoir traversé les villages de Mongala, Tiégasala et

DIKOA. I.A MAISON DIC HAliAll.

Gadjibo, nous arrivâmes, à travers une vaste plaine inculte et marécageuse, en vue de la ville de Dikoa. Le sergent Rippa nous fit ses adieux, et je le remerciai très vivement de ses bons offices auprès de nous.

Je ne saurais dépeindre notre déception à la vue des vestiges de cette cité, de cette Babylone africaine, témoin des splendeurs de Rabah. Les villages extérieurs ruinés, réduits à l'état de mottes de terre, les murs croulants de l'enceinte, les maisons délabrées, les palais démolis, des rues sales et puantes, voilà ce qui reste de Dikoa. Le marché se tient à l'extérieur sur un espace désert et sablonneux; il présente encore assez d'animation, mais se trouve bien loin de la réputation dont il jouit au Bornou. Si nous le comparons à ceux du pays sâo, il est évidemment des plus vastes, mais, toutes proportions gardées, il ne présente qu'un intérêt bien médiocre. D'ailleurs, les caravanes qui, de Tripoli, se dirigent vers Kano et Dikoa, se font de plus en plus rares ; des Marocains nous ont dit que le marché de Ivano

LA grandi: route du TCHAD.

n'a plus d'importance et que le commerce perd toutes ses transactions. Il faudrait plutôt conclure de nos documents que le commerce de Kano conserve une certaine activité, mais les marchandises y montent par Lokodja; les Aoussas débarquent à Loko, sur la Bénoué, puis rejoignent la grande ville peule au bout d'un petit mois de route. Dans ces conditions, les caravanes du désert ne peuvent soutenir la concurrence avec l'importation provenant du Niger, puisque, grâce à cette nouvelle voie de pénétration, les frais de transport sont cinq fois moins élevés. Il en résulte que le commerce anglais bénéficie de toutes les transactions locales, et que les marchandises provenant de Tripoli ne peuvent lutter avec les produits britanniques issus du Bas-Niger.

Dikoa est entourée d'immenses marécages, à plusieurs lieues à la ronde: la cuvette tchadienne présente en ces parages une légère dépression, et cela suffit pour créer de vastes inondations qu'une rivière temporaire, le Bahr Boulou, conduit au lac lui-même, en passant devant le village d'Ourgué.

Je causai avec plusieurs Marocains venus de Tripoli; ceuxci me confirmèrent la marche de plus en plus difTicile des affaires; les caravanes coûtent fort cher, elles trouvent dans l'Air une sécurité très variable et les Touareg les obligent à s'armer pour la lutte. En outre, les marchés de Kano et de Sokoto s'affaiblissent à leur égard. D'autre part la traite des esclaves est de plus en plus restreinte, le centre africain n'a donc plus grand intérêt pour les commerçants de la Tripolitaine.

La ville de Dikoa semble considérablement transformée au point de vue des mœurs; la disparition de Rabah, tout en modifiant l'état nerveux de ce pays, a sans doute entraîné avec elle les vices honteux dont j'entendis parler. Les Allemands ont remis en état la maison de Rabah; c'est une demeure confortable à étage, entourée de vérandas et de couloirs sombres, où la température est très supportable. La demeure du cruel sultan évoque de multiples souvenirs. Au fond de la grande cour, on voit encore les ruines de la poudrière, détruite par

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