CARACTERE DES BOR N O L'A NS
Les Bornouans ne circulent jamais sans être armés de lances et de sagaies, qu'ils manient avec une adresse remarquable. Quelques-uns portent également arc, flèches et carquois, mais tous tiennent sur l'épaule gauche un bouclier en cuir très épais ou bien en bois extrêmement léger, que l'on trouve au milieu des îles du Tchad. La lance de parade est un objet de luxe très long et très soigné, la lame est fort large, bien affilée, tandis que le manche est orné de feuilles de laiton soigneusement ouvragées. Les armes à feu sont interdites; les indigènes que l'on rencontre armés de fusils et porteurs de magnifiques ceintures à cartouches, aux couleurs éclatantes, sont très inoffensifs, car le fusil n'est souvent qu'un tube en fer dans lequel il met du tabac ou des hochets, et la ceinture est garnie d'étuis absolument vides et ramassés on ne sait où.
Le Bornouan se montre fort médiocre dans le métier des armes, sa bravoure est des plus discutables, et si Rabah put jamais tenir nos troupes en échec et combattre nos Sénégalais, il le devait certainement à la présence de ses proches, ainsi qu'à ses effectifs de Bandas, race beaucoup plus valeureuse et beaucoup plus guerrière que la race bornouane. Les Kanouris se sont amollis dans les splendeurs de Koukawa, dans les vices de la grande cité, dans le bien-être et la langueur du pays. Ils s'étaient endormis confiants en leur prospérité relative, sans songer au point noir grandissant à l'horizon, à l'orage qui devait bientôt éclater, au flot de conquérants jaloux de leur puissance et que Rabah devait un jour amener sous leurs murs pour y semer la ruine et l'épouvante.
GIIyVPITRE VII
Voyage au Bornoii (suite). — Mœurs et coutumes, — Les Marocains d'Abécher.
— Départ de Kouiiawa. — Marches de nuit. — Les trois zones tcliadiennes.
— Le retrait du grand lac. — Sa crue. — Son évaporation. — Ses eaux. — Ses rives. — Ses îles. — Hypothèse hydrologique et considérations géographiques sur le Centre africain. — Rencontre du colonel Jackson. — Les Kouris . — Voyage à Oulgo, — Le delta du Chari. — Makari, — Goulfeï. — Retour à Fort-Lamy.
LE contraste le plus visible entre les populations du Moussgou et celles du Bornou se trouve dans le vêtement. Arabes, Koukas etKanouris sont généralement vêtus; le coton est cultivé, tissé, utilisé, la nudité complète disparaît. L'homme revêt de grands boubous parfois très bien brodés, blancs ou bleus; un vaste pantalon large, orné de dessins, complète le costume; le turban se porte dans la classe élevée, celle-ci n'étant la plupart du temps distinguée de la classe pauvre que par la bassesse de ses sentiments.
La femme porte le pagne et des camisoles aux broderies multicolores; les couleurs voyantes et criardes sont les plus en faveur. La Bornouane est d'une coquetterie surprenante, elle aime à se parer de colliers en perles d'or ou de verre doré, de ceintures en acier, de bracelets en argent et de lourds anneaux de laiton, pesant chacun plus d'un kilogramme, et passés autour des chevilles. Dans la narine droite et dans les oreilles, parfois même dans les lèvres, sont piquées des tiges de corail vrai ou faux, de petites baguettes en verre rouge, bleu ou vert. Les cheveux sont ornés d'épingles en argent et la houppe supérieure est enclavée dans le « falla-fall-kibabou », bijou indicateur de corruption et dont le nom est synonyme d' « anti-pu-