PRODUCTIONS ET COUTUMES DU BORNOU
deur ». Les dents sont teintes avec une mixture de tabac et de noix de kola. Les gencives sont tatouées en noir. La chaussure est constituée par des « markoubs » : chez l'homme, ce sont des bottes rouges en filali; et chez la femme, des sandales en cuirs ouvragés et coloriés.
La maison est une case ronde en terre, couverte de paillotte; 1 atre est au milieu de la case, des lits en lanières de bœuf sur cadre de bois servent au couchage. Le sol est dallé partout et surélevé à l'emplacement des lits, enfin la toiture est surmontée d'un œuf d'autruche pour attirer le bonheur au logis,
La nourriture se compose de mil, mais, blé, poulets, laitage, beurre, légumes, etc. Le kessré est une sorte de crêpe de mil légèrement fermenté ; les nouilles du pays s'appellent dyédé ou latéria. La bière de mil, boisson favorite, se nomme pypy au Chari, mérissé au Bornou; la bière de tamarin est le mérissé ardeb, elle est sucrée au miel. Les Bornouans mangent des dattes, des bitos, fruits de l'hadjilidj, et des gâteaux de toutes sortes, parfois très agréables.
La dépravation est un trait constant de leur caractère ; Guerbaï, le sultan de Koukawa, est un kamouma (galant) de haute marque, il a deux cents femmes.
La faune a perdu beaucoup de ses spécimens depuis l'occupation du pays; et en général la rareté du gibier atteste de la sécheresse et de la pauvreté du sol.
La flore n'est pas des plus variées ; elle comprend baobabs, palmiers doums, roniers C^orassM.s /"iabeiii/b/'mfsy, bitos ^6a?a?iiïes œgyptiacus), karagué (acacia girafii), mimosas, tamariniers, dattiers, papaiers, sycomores, gommiers. Les cultures s'étendent sur les champs de mil varié, de mais sucré (sorghum saccharatum), blé, tabac, coton, légumes, etc.
Le climat est très nettement divisé en deux périodes bien distinctes : saison sèche, d'octobre à juillet ; saison des tornades, depuis les premiers jours de juillet jusqu'en octobre, mais les pluies vont constamment en diminuant d'intensité, le pays perd ainsi d'une façon progressive toute sa fécondité. Les mois de
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décembre, janvier et février sont particulièrement frais, la nuit surtout; le thermomètre descend jusqu'à 8 degrés centigrades, et le maximum de la saison sèche est de 47 degrés environ. En hivernage, au contraire, l'humidité est considérable; à Léré nous avons eu 41 degrés centigrades à l'ombre, tandis que l'hygromètre marquait 82, c'était une chaleur atroce et déprimante.
Après quelque repos, nous allâmes rendre visite à Guerbaï; celui-ci nous reçut dans une partie récemment reconstruite de son palais. Il se tenait dans une pièce ombragée, assis sur un divan recouvert de coussins et de riches tapis. Auprès de lui, ses gens étaient accroupis en cercle; l'eunuque Malam Moussa lui passait des papiers que rédigeait son secrétaire. Dans la cour, des griots dansaient, et l'un d'eux s'approchait parfois de Guerbaï pour lui dire la bonne aventure, pour l'assurer des bonnes intentions de la lune qui s'était levée sous des auspices favorables, et pour lui dire qu'Allah répandait sa bénédiction sur le peuple.
D'après le sultan, la dynastie présente est d'origine berbère. Les Kanouris furent les premiers occupants du Bornou, mais ils furent chassés par les Kanemyns, Arabes du désert, qui se sont progressivement fondus avec eux, depuis le commencement du xixe siècle.
La première capitale du Bornou fut Kars Egomo, qui sombra dans les flammes; elle fut remplacée par Birni-N'kobi, qui disparut au milieu des guerres livrées par le sultan Hassem, vers 1830; ce fut ensuite Goudjba, dont on ne retrouve plus aujourd'hui que des vestiges.
Toutes oes villes n'égalaient toutefois pas en importance la « ville aux glycines )),Koukawa, qui devait bientôt les remplacer. Cette capitale fut construite, lors de sa fondation, à quelques kilomètres à peine du lac Tchad, que dix lieues de dunes sablonneuses séparent aujourd'hui de la ville. Les commerçants des îles du Tchad, Kouris et Kanembous, y venaient en pirogue avec du bétail, du natron, des dattes et du grain ; les caravanes