MON" PETIT CHEVAL BORXOLAX
TR A / 7;' R S F. 1: I) K L A T E R R /: Cl S S /•/ E .
PAYS F0U1.BI-;. — L'ENTRl'iE DU VILLAGK DK MOMBOUÉ.
Le pays est à peu près désert; les villages sont situés sur les rares éminenees de terre non submergées par la crue du Logone et par l'inondation de la cuve kotoko; de grandes étendues incultes et arides les séparent les uns des autres. Les seuls terrains asséchés sont recouverts dune épaisse brousse épineuse, rebelle au voyageur. Nous visitons Mouli, Ghédési et Yénalé, pauvres hameaux entourés de remparts; puis il nous faut traverser une rivière à courant rapide pour atteindre Godéni; ce cours d'eau s'appelle le Laho Matiha. Ici, la marche devient impossible, nos chevaux très fatigués ne peuvent plus nous porter, nous louons donc des pirogues pour atteindre Djina et Shiddé, villes situées à la limite extrême de cette zone marécageuse. Plus nous progressons et plus nous pataugeons dans la vase.
Le guide nous avait affirmé que nos souffrances prendraient fin à Shiddé, que les inondations cessaient en ce point, pour céder le pas à de belles routes plates et faciles; mais cet homme s'enfuit pendant la nuit. Le lendemain matin, il nous
fallut reprendre la marche à travers une plaine bourbeuse, à peu près desséchée, mais couverte de grandes herbes en touffes rondes, compactes et dures, sur lesquelles nos pieds se tordaient pour retomber dans les trous voisins.
Je ne saurais décrire la lassitude que nous imposa cette dernière étape; la lumière aveuglante paralysait nos regards; l'épaisseur des joncs nous empêchait de voir les fondrières où se posaient nos pas; la vase où nous glissions jusqu'à la ceinture décuplait nos fatigues, et durant cinq heures de route, nous eûmes l'obsession d'un bouquet de bois qu'il fallait atteindre pour camper. Il y a beaucoup d'éléphants dans le pays; ces pachydermes marchent et se promènent aisément dans la vase où leurs pieds énormes laissent des empreintes parfois profondes d'un mètre et larges comme de petites barriques, c'étaient des baignoires improvisées.
Enfin, vers midi, nous arrivâmes au campement de Niagaré. C'est un bois très touffu, complètement entouré de mares larges et profondes; le village peul a disparu, détruit par les Kotokos; les ruines ne sont même plus apparentes. Mais cette station présentait pour nous un intérêt considérable. En arrière, vers le nord, sur la route parcourue depuis huit jours, le terrain s'offrait sous l'aspect d'une série de cuves et de basfonds, tandis qu'en avant de la colonne, vers le sud, nous avions la sensation d'une montée très régulière, annonçant la fin de la terre inondée. D'ailleurs, le paysage est ici de toute beauté, la forêt présente de vastes éclaircies en ligne droite, occupées par des pièces d'eau; l'horizon est borné par de grands arbres, à perte de vue; la perspective est d'une ressemblance frappante avec celle du beau parc monotone et triste de Versailles. Nous sommes dans une région tout à fait déserte, il faut parcourir 64 kilomètres avant de rencontrer une créature humaine. Cette zone abandonnée sépare le pays moussgou de l'influence peule; c'est là que se livrent de continuels combats entre les deux races, la première cherchant à repousser l'invasion, ou tout au moins les prétentions de la seconde.
LA VILLl: DE BALDA.
BORXOf, UN TAMAi!iMi;r., Auni ui: -NOS :5iiit>ii;.s i;r a i.a mis mjthiî ciiA.MiiUiî
A CUUr.HER.
Le lendemain 15 janvier, il fallut traverser de nouveaux marécages; mais peu de temps après le départ, nous rencontrâmes des terres argileuses complètement desséchées et crevassées, où la marche était des plus difficiles; la « terre cassée » se propage encore plus au sud et dépasse le Toubouri.
Après une étape de 48 kilomètres, nous arrivâmes, de nuit, à Balda. C'est là que sont venues se rassembler les populations peules de Sokoto et de Kano, dont l'exode est constant depuis l'occupation de ces villes par les Anglais. Ici, le pays devient fertile, le sol hospitalier, les mœurs libres, toutes conditions recherchées par les Foulanis. Le pays peul prend naissance à Balda. Les richesses commencent en ce point même et deviennent plus intenses à mesure qu'on s'éloigne vers le sud. Le chef de Balda est un métis de Peul et de Aoussa; cet homme fait montre d'une finesse et d'une intelligence remarquables. Notre présence gênait beaucoup ses administrés, ils avaient fui les grandes villes occupées par les blancs pour se soustraire
LA GnANDi: IlOUTE DU TCHAD.
à l'obsédante autorité do ces derniers, et voilà que tout à coup, nous tombons à Timproviste chez eux. Notre hôte très embarrassé, mais désireux cependant de nous être agréable, nous fit décrire une longue trajectoire au milieu des agglomérations et nous conduisit vers un arbre gigantesque où les vivres nous furent apportés. Le feuillage du géant mesurait environ 150 pieds de diamètre et la nuit, pendant les forts coups de vent, la rafale agitait ses ramures qui gémissaient dans un murmure inconcevable. Il faisait très froid, nos hommes se chauffaient sans répit, mais les bronchites furent néanmoins cruelles à notre personnel. Le lendemain, le chef du village vint assister à notre déjeuner et ne cessa de nous étonner par la logique de son esprit.
La distance entre Balda et Maroua est de 48 kilomètres; cette dernière ville a près de deux lieues de longueur et compte environ cent mille habitants. Elle s'étale tout le long d'un torrent, tandis qu'un bloc montagneux la borne vers le nord. Les rues sont larges, cailloutées, bien entretenues; les cases sont propres, bâties en grosses briques sèches et recouvertes d'une paillotte conique; mais à partir d'ici nous retrouvons des greniers à mil semblables à ceux des Moundangs. Maroua se compose comme Koukawa de deux villes séparées par un mur; l'une est habitée par les Foulbés d'origine, un éperon montagneux lui sert de réduit; la seconde est exclusivement réservée à la plèbe et à la population de caravaniers qui accourent en ïoule aux jours de grand marché.
Celui-ci se tient sur une grande place, longue de 600 mètres et large de 250; c'est indubitablement, pour une raison que je ne puis exposer ici, le plus beau marché de l'Afrique centrale ; j'ai estimé à plus de douze mille le nombre des personnes rencontrées en cet endroit. La foule est tellement compacte et serrée qu'il est difficile de circuler à l'aise ; les hommes y viennent, tous armés de lances, dont les pointes s'élèvent verticalement, comme une forêt de fer. Les denrées sont réparties par quartiers et par catégories; poteries, bestiaux, grains, coton, lé-
gumes,s'y vendent à profusion; mais le coin le plus curieux est celui des costumes. Un millier d'Aoussas se tiennent debout sur la place, portant des vêtements plies sur la tête, et criant de toutes leurs forces pour attirer le client. Mais vienne à disparaître la raison sous-entendue, Maroua deviendra ce que sont devenues Sokoto, Kano, Say, etc., une simple bourgade de quelques centaines d'habitants.
Le jour de notre arrivée à Maroua, Lahure fut pris d'un accès de fièvre bilieuse des plus inquiétantes. En excellente santé à 8 heures du matin, il était, deux heures plus tard, tout à fait méconnaissable, tant le mal avait altéré son visage ; cette attaque soudaine était le tribut réclamé par les marécages que nous venions de traverser.
De pareilles angoisses furent assez fréquentes, mais nous les préférâmes toujours lorsqu'elles se manifestaient dans notre intimité.
Plusieurs fois, en présence de médecins et d'officiers anglais ou allemands, la fièvre nous prit avec ardeur, mais nous avons pu la maîtriser de manière à cacher notre état. Ce n'est certes, ni par crainte d'exciter la généreuse compassion des étrangers, ni par dédain de leurs soins que nous agissions de la sorte, mais nous éprouvions une gêne très réelle à déceler la fatigue de notre machine humaine. La mission ne nous était pas imposée, nous avions donc recherché nos souffrances, et j'estime que notre devoir était de les supporter sans mot dire. Cependant, il fallut soumettre Lahure au régime et dans ce but, j'envoyai George au village pour y demander du lait; il entra donc dans une case où se trouvaient des autruches, et notre cuisinier, qui n'est cependant pas brave, se hasarda, pour les écarter, à leur jeter des pierres. Mais le mari de ces dames survint et fondit sur le délinquant. George revint au camp honteux, sans lait bien entendu, regrettant son audace et jurant bien d'être plus réservé dorénavant. Le brave garçon nous fit d'ailleurs plusieurs sorties du même genre. Ainsi, le sultan du Bornou m'avait fait cadeau d'un échantillon de calcaire fort intéressant et je le